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La communication israélienne pour 2003 selon la Fondation Wexner

En 2002, des spécialistes états-uniens des relations publiques réalisèrent deux études sur le discours à tenir pour défendre au mieux les intérêts d’Israël dans le débat politique aux États-Unis. La première était destinée au gouvernement Sharon, la seconde aux leaders juifs états-uniens. Ces travaux n’ont pas été rendus publics, mais on sait qu’ils conseillaient aux Israéliens de se faire discrets à l’approche de l’attaque de l’Irak. Il s’agissait d’éviter que l’opinion publique états-unienne accorde du crédit à l’imputation selon laquelle les GI’s allaient verser leur sang à Bagdad pour défendre les intérêts d’Israël plus que ceux des États-Unis. Ces prescriptions furent suivies à la lettre par leurs destinataires.

En avril 2003, les mêmes spécialistes ont réalisé une nouvelle étude confidentielle sur le discours à tenir après l’invasion de l’Irak et pendant les négociations de la « feuille de route ».

Elle a été réalisée par Luntz Research Companies, qui avait imaginé la campagne électorale de Benjamin Netanyahu, et l’Israel Project, qui conseillait Ehud Barak. Cette étude a donc été conçue pour élaborer un discours permanent, au-delà d’éventuelles alternances politiques à Tel-Aviv. Elle a été financée par la Wexner Foundation, un organisme privé appartenant au magnat du prêt-à-porter Leslie H. Wexner, fondateur de la chaîne Limited Inc. et des marques Victoria’s Street, Express, Lerner New York etc. Selon Forbes, il détient la 67e fortune des États-Unis. Ces militants ont déjà à leur actif de nombreuses campagnes de communication. Ainsi, grâce au mécénat de dirigeants d’Intel Corp, l’Israel Project a diffusé sur les télévisions US des spots publicitaires vantant la démocratie israélienne. Tandis que Leslie H. Wexner a acquis une partie du groupe Hollinger (Jerusalem Post, Daily Telegraph, Chicago Sun-Times etc.) qui salarie Richard Perle et vulgarise la pensée des néo-conservateurs. Surtout, Leslie H. Wexner est un des principaux animateurs de Mega, le club des principaux leaders économiques sionistes. À ce titre, il est, à la demande d’Ariel Sharon, l’un des fondateurs d’Emet, un organisme chargé de surveiller l’image d’Israël dans la presse occidentale et d’organiser des campagnes pour répondre à toute critique. Installé à Washington, Emet (« la vérité » en hébreu) est dirigé par Leonard Abramson et administré par des personnalités de premier plan comme Edgar Bronfman Sr., Lou Ranieri ou Jeanne Kirkpatrick.

Ce document a été rendu public par l’Electronic Intifada et largement commenté dans la presse anglophone. Il a été traduit en français pour les lecteurs du Réseau Voltaire par l’équipe du Point d’information Palestine. Nous le reproduisons en respectant sa mise en page originelle.

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Leslie Wexner et Shimon Peres.

Synthèse

Le monde a changé. Les mots, les thèmes et les messages au service d’Israël doivent intégrer et embrasser la nouvelle réalité d’un monde post-Saddam.

Par le passé, nous avons fortement recommandé un profil plus bas pour Israël, de crainte que l’opinion américaine blâme Israël de ce qui se passe dans le reste du Moyen-Orient. Aujourd’hui, le temps est venu de faire le lien entre les succès américains face au terrorisme et aux dictateurs à partir d’une position de force et les efforts en cours d’Israël en vue d’éradiquer le terrorisme tant autour de ses frontières qu’à l’intérieur. Dans l’environnement politique actuel, vous n’avez pas grand-chose à perdre et beaucoup à gagner à vous aligner sur l’Amérique. Avec l’antiaméricanisme très puissant, partout dans le monde, et la masse des protestations et des manifestations, nous devons rechercher des alliés qui partagent notre engagement en vue de la sécurité et de l’éradication du terrorisme et soient prêts à le dire ouvertement. Israël est précisément ce genre d’allié.

La prochaine étape

Le fait qu’Israël soit resté relativement silencieux au cours des trois mois qui ont précédé la guerre et durant les trois semaines du conflit était absolument la stratégie qui convenait - et tous les sondages montrent que cela a marché. Mais, tandis que le conflit militaire approche de sa fin, il est maintenant grand temps pour Israël de proposer sa propre « feuille de route » pour l’avenir, qui devra comporter un soutien inconditionnel à l’Amérique et un engagement inconditionnel dans la guerre en cours contre le terrorisme.

Les perceptions que l’opinion publique a d’Israël et du conflit israélo-palestinien sont presque entièrement colorées et souvent mises dans l’ombre par l’action qui se poursuit en Irak. Des différences partisanes continuent à exister (la gauche politique demeure votre problème) et des marques de réprobation face à la disproportion de la répression israélienne continuent à se manifester. Les partisans d’Israël disposent d’environ deux semaines pour faire passer leur message avant que l’attention mondiale ne soit focalisée par la soi-disant « feuille de route » et la manière de « régler » au mieux le conflit israélo-palestinien. L’objectif du présent mémoire est de développer ce message.

Note de l’auteur : Il ne s’agit pas d’un document politique. Ce document est strictement un manuel de relations publiques. Comme pour tous les mémoires que nous fournissons, nous avons utilisé la même méthodologie scientifique afin d’isoler les termes, les phrases, les thèmes et les messages spécifiques susceptibles de toucher au moins 70 % du public américain. Bien entendu, il y aura toujours des gens, en particulier de gauche, qui marqueront leur opposition à vos propositions, quels que soient les mots utilisés, mais le type de langage qui suit vous aidera à vous garantir le soutien d’une majorité d’Américains. Ces recommandations sont fondées sur deux sessions de tests effectués à Chicago et à Los Angeles, au cours des dix premiers jours de la guerre en Irak, pour la Fondation Wexner.

Les conclusions essentielles

Ce document est assez long, car il est impossible de communiquer tout ce qui est nécessaire en simples séquences d’une phrase. Certes, nous avons listé ce genre de phrases dans la suite du document, mais nous avons veillé à expliquer pourquoi le langage utilisé est tellement important et le contexte dans lequel il convient de l’utiliser. Si vous n’avez le temps de ne lire que deux pages, voici les conclusions essentielles :

1) L’Irak colore tout. Saddam est votre meilleure défense, même éventuellement mort. La vision du monde des Américains est entièrement dominée par les événements en Irak. Il s’agit d’une opportunité unique pour les Israéliens de faire passer un message de soutien et d’union (avec les Etats-Unis) dans un contexte de grande anxiété internationale et d’opposition de la part de certains de nos « alliés » européens. Durant une année à venir - une année ENTIERE - vous devriez invoquer le nom de Saddam Hussein et rappeler qu’Israël a toujours été solidaire des efforts américains en vue de débarrasser le monde de ce dictateur cruel et de libérer son peuple. Saddam demeurera un puissant symbole de terreur pour les Américains pendant encore très longtemps. Une expression pro-israélienne de solidarité avec le peuple américain dans son effort couronné de succès d’évincer Saddam du pouvoir sera bien accueillie.

 

2) Tenez-vous en à votre message, mais ne le répétez pas deux fois de suite de manière identique. Nous avons vu cela, dans le passé, mais jamais aussi nettement qu’aujourd’hui. Les Américains suivent avec beaucoup d’attention les développements internationaux, et ils sont particulièrement sensibles à tout ce qui pourrait apparaître comme du dogme ou des informations ’en conserve’. S’ils vous entendent répéter exactement les mêmes mots, inlassablement, ils vont finir par ne plus accorder foi à votre message. Si vos porte-parole sont incapables de trouver des manières différentes d’exprimer des principes identiques, coupez-leur le micro.

 

3) Féliciter le président Bush NE SERT A RIEN, AU CONTRAIRE. Lorsque vous voulez vous identifier et vous aligner sur l’Amérique, contentez-vous de le dire. N’utilisez pas George Bush comme synonyme des Etats-Unis. Même après la destruction du régime de Saddam Hussein et toutes les réactions positives du peuple irakien, il y a toujours près de 20 % des Américains qui sont opposés à la guerre contre l’Irak, et ils sont très majoritairement démocrates. Cela nous laisse environ la moitié des Démocrates qui soutiennent la guerre, même s’ils ne soutiennent pas George Bush. Vous ne feriez que vous aliéner inutilement cette moitié des Démocrates à chaque fois que vous citeriez le président Bush. Donc : ne le faites pas.

 

4) Faire passer des messages véhiculant une certaine sensibilité et un sens des valeurs est un must. La plupart des phrases les plus performantes mentionnent des enfants, des familles et des valeurs démocratiques. Ne vous contentez pas de dire qu’Israël est moralement aligné sur les Etats-Unis. Montrez-le par le langage que vous utilisez. La composante « enfants » est particulièrement importante. Il est essentiel que vous parliez « du jour, plus tellement lointain, où les enfants palestiniens et israéliens joueront ensemble, couvés par l’œil approbateur de leurs parents. »

 

5) La « SECURITE » est vendeuse. La sécurité est devenue le principe clé pour tous les Américains. La sécurité est le référent grâce auquel vous devrez expliquer le besoin qu’a Israël de prêts garantis et d’assistance militaire, ainsi que la raison pour laquelle Israël ne peut renoncer à aucun territoire. Les colonies sont notre talon d’Achille, et la meilleure réponse (qui est néanmoins relativement faible) est d’insister sur la garantie de sécurité que ces colonies créent, par leur effet de « tampon » (en cas d’agression extérieure éventuelle).

 

6) Le langage exposé dans ce document fonctionne bien, mais il fonctionnera encore mieux, accompagné de passion et de compassion. De trop nombreux partisans d’Israël parlent en étant motivés par la colère ou en élevant la voix, lorsqu’ils rencontrent une opposition. Les auditeurs seront plus enclins à recevoir vos arguments s’ils apprécient la façon dont vous les formulez. Ils vont bénir vos paroles, mais ils ne vont réellement les faire leur que s’ils vous acceptent, vous.

 

7) Trouvez-vous une bonne porte-parole femme. Dans tous nos tests, les femmes se sont avérées plus crédibles que les hommes. Si cette femme a des enfants, c’est encore mieux.

 

8) Faites le lien entre la libération de l’Irak et le sort du peuple palestinien. L’argument sans doute le plus efficace dont vous disposez actuellement est celui qui fait le lien entre le droit du peuple irakien à vivre libre et celui des Palestiniens à être gouvernés par des gens qui les représentent vraiment. Si vous exprimez votre souci du sort du peuple palestinien et insistez sur à quel point il est inéquitable, injuste et immoral qu’il soit obligé de supporter des dirigeants qui volent et qui tuent en leur nom, vous construirez de la crédibilité pour votre soutien des Palestiniens moyens, tout en sapant la crédibilité de leur leadership.

 

9) Avec un peu d’humilité, on va très loin. Vous avez pu le voir de vos propres yeux. Vous devez évoquer continuellement votre sympathie pour « le sort des Palestiniens » et votre engagement à les aider. Oui, bien sûr, c’EST du deux poids, deux mesures (personne, en effet, n’attend rien de pro-israélien de la part des Palestiniens…) mais c’est tout simplement ainsi que les choses sont faites. L’humilité est une pilule amère à avaler, mais elle vous vaccinera contre les critiques disant que vous n’avez pas suffisamment œuvré pour la paix. Admettez des erreurs, mais montrez toujours, après, à quel point Israël est le partenaire qui ne cesse d’agir dans le sens de la paix.

 

10) Bien entendu, les questions rhétoriques (= questions fermées), cela marche, n’est-ce pas ? Poser des questions auxquelles il n’y ait qu’une réponse possible, voilà qui est un jeu toujours gagnant. Il est essentiel que votre communication soit émaillée de questions rhétoriques. C’est de toute façon la manière dont les juifs s’expriment habituellement.

 

11) Mahmoud Abbas est toujours un point d’interrogation. Laissez-le comme ça. Vous avez tout à perdre en l’attaquant dès maintenant. Mais, de la même manière, il ne mérite pas qu’on l’encense. Parlez de vos espoirs pour le futur, mais énumérez les principes dont vous attendez qu’il les mette en application : la fin de la violence, la reconnaissance d’Israël, la réforme de son gouvernement, etc.

Les deux mots essentiels : Saddam et Hussein (encore et toujours…)

Ce document porte essentiellement sur des conseils linguistiques. Aussi serai-je clair et net : « Saddam Hussein » sont les deux mots qui établissent un lien entre Israël et l’Amérique et qui sont les plus susceptibles de conquérir des voix de soutien au Congrès. Il se trouve, par ailleurs, que ces deux mots sont actuellement sans doute les plus honnis de la langue anglaise. En évitant d’être répétitifs, il faut savoir que les Américains croient fondamentalement qu’une démocratie a le droit de défendre son peuple et ses frontières. Malheureusement, en tant que démocratie, nous avons tendance à plus réfléchir à nos échecs (Vietnam, Watergate, etc.) qu’à nos succès. Il est essentiel, pour assurer un soutien sur le long terme à la puissance de l’armée et l’engagement dans la défense de la sécurité nationale, de rappeler sans cesse aux gens qu’il y a des moments où il est nécessaire de prendre des mesures préventives et où une intervention militaire est préférable au compromis (« apaisement »).

Avertissement

Certains diront que Saddam Hussein, c’est déjà du passé. Ceux-là ne comprennent pas l’Histoire. Ils ne comprennent pas non plus ce qu’est la communication. Ils ne comprennent pas que l’on peut très utilement intégrer l’histoire et la communication, et s’en servir de leviers, dans l’intérêt d’Israël. Le jour où nous permettrons à Saddam de finalement rejoindre sa place définitive dans les poubelles de l’histoire sera aussi le jour où nous aurons perdu notre arme la plus puissante pour la défense linguistique d’Israël.

Les références au succès final de la guerre contre l’Irak ne peuvent qu’être bénéfiques pour Israël. En des circonstances où les Américains ne veulent pas augmenter l’aide à l’étranger, le déficit budgétaire étant important et des coupes budgétaires indispensables s’imposant malgré leur caractère douloureux, il n’y a qu’un seul argument qui soit en mesure de fonctionner afin d’assurer la continuité de l’aide à Israël (en quatre étapes faciles à franchir) :

L’arborescence du message en faveur de l’aide à Israël

(1) En tant que démocratie, Israël a le droit - il en a la responsabilité - de défendre ses frontières et de protéger sa population.

(2) La prévention, cela marche. Même après l’effondrement du régime de Saddam, les menaces terroristes persistent, dans toute la région.

(3) Israël est le seul allié fiable dans la région. Dans cette période particulièrement instable et dangereuse, Israël ne doit pas être seul chargé de la contrôler.

(4) Avec l’aide financière de l’Amérique, Israël peut défendre ses frontières, protéger son peuple et apporter une contribution inestimable à l’effort déployé par l’Amérique dans la guerre contre le terrorisme.

Ce point est très important. Tous les arguments tournant autour du caractère démocratique d’Israël, qui permet aux Arabes de voter et d’accéder à des emplois dans la fonction publique, qui protège les libertés religieuses, etc. ne sont pas de nature à conquérir le soutien public dont vous avez besoin afin d’assurer la continuité des prêts et de l’assistance militaire dont Israël a un besoin indispensable. Il vous faut un angle d’attaque du type « sécurité nationale » - qui établisse très clairement un lien entre les intérêts d’Israël et ceux des Etats-Unis.

Des propos qui marchent, notamment pour faire passer dans le public les aides à Israël :

« C’est Israël qui a risqué la vie de ses pilotes et ses avions en allant bombarder le réacteur nucléaire de Saddam Hussein (Osirak, en 1981, ndt), retardant beaucoup ses démarches pour acquérir des armes nucléaires de destruction massive. »

« C’est Israël qui a fourni l’essentiel du renseignement militaire qui a permis aux Etats-Unis de vaincre l’Irak en 1991. »

« C’est Israël, seul parmi les nations du Moyen-Orient, qui a soutenu l’effort couronné de succès des Américains en vue de déboulonner Saddam Hussein et de libérer le peuple irakien. »

« Avec vous, nous avons été contre le régime de Saddam depuis le début jusqu’à la fin. Israël est un atout régional et un allié stratégique des Etats-Unis depuis plus de cinquante ans. Cette relation doit continuer, même et en particulier depuis la disparition du régime de Saddam. Il s’agit d’un partenariat entre démocraties dévouées à la guerre contre le terrorisme et au combat pour la liberté ».

Comme nous l’avons vu, les informations qui circulent durant (et immédiatement après) une guerre ne sont pas simple objets de curiosité, il s’agit de données qu’il faut impérativement analyser. Plus encore qu’en Israël, où la guerre est tragiquement banale, un conflit signifie une menace nouvelle et réelle pour la sécurité personnelle et familiale des Américains. Et Saddam Hussein, qu’il soit mort ou vivant, peu importe, incarne encore cette menace.

Voilà près d’un an et demi que les Américains réfléchissent à la guerre contre le terrorisme et en parlent, et ils en sont arrivés à la conclusion que Saddam Hussein est un soutien du terrorisme mondial et qu’il représente une menace particulière pour les démocraties partout dans le monde. De nouvelles révélations, choquantes, sur la brutalité de son régime sont découvertes quotidiennement, ce qui ne fait que renforcer le soutien à l’action militaire américaine. Mais d’une particulière importance est le fait que Saddam représentait une menace directe pour Israël. Israël s’est opposé à ses ambitions cruelles depuis des décennies - depuis dix ans de plus, en tous les cas, que les Etats-Unis. Il faut rappeler à votre public qu’Israël et l’Amérique ont des valeurs communes, mais il ne faut pas manquer, une fois cela indiqué, de dure que nous partageons aussi les mêmes ennemis.

Toutefois, la dissuasion n’est que la moitié du message. Vous devez insister sur votre volonté historique de faire des sacrifices et d’accepter des compromis pour les beaux yeux de l’Amérique. Cela risque de ne pas marcher à la perfection chez certains hommes politiques israéliens, mais cela marchera très certainement à merveille aux Etats-Unis.

Le discours qui marche

« Durant la guerre du Golfe, l’Irak a attaqué Israël avec des missiles Scud à trente-neuf reprises. A chaque fois, Israël n’a pas bougé, alors qu’il ne savait pas si le prochain missile contiendrait, ou non, des armes biologiques ou chimiques. Israël a opté pour la retenue, parce que c’est ce que les Etats-Unis lui avaient demandé. C’était notre façon à nous, les Israéliens, de soutenir notre allié, l’Amérique, et ses troupes durant la Guerre du Golfe. Nous faisons passer les priorités de l’Amérique avant les nôtres propres. Mais aujourd’hui, notre sécurité nationale étant en jeu, nous avons besoin de l’aide financière de l’Amérique. »

Réponse à la pression palestinienne

Tandis que les sessions de tests effectués à Chicago et de Los Angeles permettaient de dégager de « nouveaux principes » importants en matière de communication et de discours, la plupart de nos observations antérieures restent valables. Trop nombreux sont les membres de la communauté juive à être trop belliqueux, alors que la plupart des 97 % d’Américains autres (non-juifs) veulent qu’une solution soit trouvée au conflit. En particulier, vous ne pouvez pas simplement formuler des récriminations, aussi fondées soient-elles, contre l’Autorité palestinienne et vous attendre à ce que les élites américaines soient convaincues comme par enchantement, du jour au lendemain, que vous avez raison. Toutes les preuves et tout le bon sens du monde peuvent être de votre côté, mais l’hostilité et la négativité seront rejetées comme biaisées et unilatérales.

Voici un exemple précis :

Les mots qui ne marchent pas :

« Il n’y a aucune équivalence morale. D’un côté, vous avez des responsables israéliens dûment élus et nommés par une démocratie qui fonctionne depuis plus d’un demi-siècle. De l’autre, vous avez des officiels palestiniens corrompus qui n’ont cessé de mentir à leur peuple et de le voler. Israël ne négociera pas, tant qu’il n’y aura personne avec qui négocier. »

Bien que la phrase ci-dessus soit parfaitement exacte et justifiée, elle ne fonctionnera pas. Individuellement, les mots sont bons, les faits sont exacts et le langage est correct. Mais l’effort de communication échoue lamentablement parce qu’il est perçu comme un rejet total des négociations et de la paix. Les auditeurs le perçoivent comme accusatoire et contentieux - or c’est exactement ce qu’ils ne veulent pas entendre et n’accepteront pas. Nous avons une meilleure formulation, qui dit quasiment la même chose, mais d’une manière plus efficace :

Les mots qui fonctionnent :

« Quelles que soient les causes premières de la crise palestino-israélienne, il existe des données et des différences culturelles, tragiques, qui font obstacle aux négociations de paix entre le peuple israélien et les Palestiniens. Aucun enfant israélien ne s’est jamais fixé une bombe dans le dos et n’est allé massacrer des civils palestiniens, et néanmoins la direction palestinienne fait très peu de choses pour contrer la notion répandue chez ses citoyens les plus extrémistes selon laquelle tuer des Israéliens au moyen d’une bombe assure l’entrée au Paradis. Comment Israël peut-il traiter (autrement) un peuple dont certains parents encouragent leurs enfants à devenir des martyrs ?

Oui, c’est sans doute plus dur et plus explicite que le paragraphe précédent, mais cela fonctionne, pour plusieurs raisons :

(1) La touche humaine. Mentionner parents et enfants, voilà qui humanise et personnalise la terreur à laquelle Israël est confronté jour après jour.

(2) La question rhétorique. Même les pro-palestiniens passent un sale quart d’heure lorsqu’il s’agit de répondre à cette dernière question. Il est grand temps, pour les porte-parole israéliens, de poser beaucoup plus de questions fermées, élément important de leur effort de communication.

(3) Reconnaître une différence culturelle entre Israéliens et Palestiniens, c’est reconnaître l’évidence - et c’est bon pour votre cause. Même les Américains qui éprouvent de la sympathie pour la lutte du peuple palestinien ont plus de facilités à entre en contact avec les Israéliens en raison des similitudes entre l’Amérique et Israël du point de vue tant de la culture que des traditions et des valeurs.

En gardant ceci à l’esprit, nous avons identifié quatre thèmes et émotions spécifiques qui séduisent les personnes influentes dans la formation de l’opinion publique américaine lorsqu’il est question du conflit israélo-palestinien, sans égard, par ailleurs, aux négociations, actuelles ou futures :

L’optimisme

« J’espère qu’avec la fin de ce conflit, les peuples du Moyen-Orient célèbreront la vie et la liberté. J’ai l’espoir que les scènes des Irakiens secouant le joug de la tyrannie et de la peur inspireront tous les peuples de cette région du monde. Oui. J’espère qu’en allant dans les étoiles, nous pourrons ramener quelque chose de bon sur terre. »

Le respect

« Ce que nous espérons, c’est que le peuple palestinien reconnaisse que les dirigeants qu’il a aujourd’hui ont un programme malheureusement très différent des demandes du vrai peuple palestinien… Nous n’avons pas le droit de dire aux Palestiniens qui ils doivent élire pour les représenter, mais nous espérons qu’ils choisiront des dirigeants qui les écouteront véritablement et veilleront vraiment aux intérêts du peuple. »

L’élément humain

« Pour nous, c’est très difficile. Nous savons que faire des incursions dans les villes palestiniennes crée des difficultés et des dilemmes aux Palestiniens. Mais il est encore plus difficile de regarder nos enfants en face en sachant qu’il y a des gens, dans ces villes, qui planifient des attentats terroristes, sans aller dans ces villes afin de tenter de les arrêter avant qu’ils ne tuent. »

La vocation démocratique

« Nous savons tous à quel point il est important d’apporter une vraie démocratie et les droits de l’homme à tous les pays et d’éradiquer l’idéologie terroriste. C’est ce que nous essayons de faire, et nous allons continuer à essayer. »

Nous avons testé environ 75 minutes de ce langage rénové à Chicago et à Los Angeles. Dans la plupart des cas, cela s’est révélé inefficace… voire pire. Toutefois, nous avons découvert certains messages qui font effectivement passer les élites de l’opinion de neutre à favorable. De tous les types de discours qui ont trait directement aux Palestiniens, voici ce qui fonctionne le mieux :

Discours relatifs aux Palestiniens, et qui fonctionnent

Les partisans d’Israël feront leurs les propos suivants avec grand profit :

« Les Palestiniens ont droit à de meilleurs dirigeants et à une meilleure société dont les institutions fonctionnent, qui soit démocratique, et où la loi s’applique. »

« Nous espérons trouver une direction palestinienne qui reflète réellement les meilleurs intérêts du peuple palestinien. »

« Par principe, Israël s’assoira, négociera et signera des compromis avec ceux qui souhaitent que tous les peuples du Moyen-Orient vivent ensemble dans la coexistence pacifique. L’Egypte a fait la paix avec Israël. La Jordanie a fait la paix avec Israël. Et ces deux accords tiennent encore aujourd’hui. »

« Nous savons ce que cela signifie, de vivre avec la menace quotidienne du terrorisme. Nous savons ce que cela signifie, d’envoyer nos enfants à l’école un jour et de les enterrer le lendemain. Pour nous, le terrorisme n’est pas quelque chose que nous voyons dans les journaux. C’est quelque chose que nous voyons de nos propres yeux, bien trop souvent. »

« Nous ne voulons pas signer un accord qui ne signifie rien et qui ne vaille même pas le papier sur lequel il est imprimé. Nous voulons quelque chose de vrai. Pour qu’il y ait un jour une paix juste, équitable et durable, nous avons besoin d’un partenaire qui rejette la violence et qui place la vie au-dessus de la mort. »

« Par principe, le monde ne devrait pas forcer Israël à faire des concessions à ceux qui nous dénient publiquement le droit à l’existence ou qui appellent ouvertement à notre anéantissement. »

« Aujourd’hui, en ce moment même, il y a des groupes terroristes comme le Hamas, le Jihad islamique et les brigades des Martyrs d’Al-Aqsa, que l’Autorité palestinienne n’a pas pu (ou pas voulu) mettre au pas, et des Israéliens continuent à mourir à cause de cela. »

« Exactement de la même manière que le gouvernement américain s’engage à défendre votre vie, votre liberté et votre chance d’obtenir le bonheur, le gouvernement israélien doit garantir que nous serons libres et vivrons en sécurité ».

La démocratie : il faut faire le lien entre l’Irak et les Palestiniens

« Mon plus grand espoir, c’est que grâce au changement de régime en Irak, la démocratie pourra finalement s’enraciner solidement au Moyen-Orient. Si le peuple palestinien et les autres peuples du Moyen-Orient sont mis dans la possibilité de voir le brillant exemple que constituera une réelle démocratie arabe (en Irak, donc…), je suis sûr que l’opinion sera retournée. »

Evidemment, il serait erroné de supposer que le soutien absolument essentiel apporté par les Américains au changement de régime en Irak est entièrement transposable aux changements qui doivent être opérés dans la direction palestinienne. Les Américains considèrent qu’il s’agit de deux cas totalement indépendants l’un de l’autre - tout du moins, jusqu’à maintenant. Ceci étant dit, votre soutien à l’action américaine visant à libérer le peuple irakien peut être lié palestinien (il doit même l’être) à l’intérêt mutuel que nous avons à garantir la liberté au peuple (palestinien).

Les Américains désirent que la démocratie soit florissante au Moyen-Orient. Il existe l’espoir fondé que le peuple irakien va instaurer un gouvernement représentatif, garantissant de véritables libertés. A cet égard, rappelez aux gens que le peuple irakien n’a pas besoin d’aller chercher plus loin qu’Israël pour trouver un exemple d’un gouvernement de cette nature.

La démocratie adore la compagnie. Jusqu’ici, l’un des messages les plus efficaces d’Israël a été celui consistant à rappeler qu’il est la seule démocratie au Moyen-Orient. Le temps est venu de faire franchir à ce message un pas supplémentaire. Affirmez avec emphase que si vous êtes fier de la démocratie israélienne, vous (Israéliens) préféreriez de très loin être la PREMIERE démocratie au Moyen-Orient au fait d’être LA SEULE et unique démocratie au Moyen-Orient. Veuillez prendre note, ci-après, de l’enchaînement des arguments attirant l’attention tout d’abord sur l’Irak, pour finir par aborder, ensuite seulement, le cas des Palestiniens.

1) La démocratie, c’est très important. Jamais, dans l’histoire du monde, un gouvernement démocratique n’a fait la guerre contre une autre démocratie.

2) La démocratie en Irak, c’est fondamental. La transition de l’Irak vers la démocratie est un premier pas, indispensable, vers la stabilité au Moyen-Orient.

3) La démocratie est pourvoyeuse de paix. Une paix régionale authentique ne sera possible que lorsque les gouvernements représenteront les intérêts véritables de leur peuple, garantissant sa liberté et sa sécurité.

4) Il est temps que le peuple palestinien jouisse d’une véritable démocratie. Ils ne méritent pas moins.

Cela peut sembler simpliste, mais le message fonctionne, lorsqu’il est formulé de cette manière, et dans l’ordre indiqué. Les Américains espèrent sincèrement que l’Irak - un ancien ennemi - pourra devenir un partenaire de paix lorsqu’un gouvernement représentatif y aura été instauré. Le peuple palestinien, qui aspire lui aussi à la liberté, et qui mérite d’avoir une direction représentative, ne diffère en rien du peuple irakien. C’est exactement ce qu’Israël demande depuis si longtemps à l’Autorité palestinienne de faire : établir un gouvernement légitime qui deviendra pour Israël un partenaire de paix.

Parler de l’avenir : quatre phrases clés :

1) Nous espérons pouvoir, une nouvelle fois, établir la paix avec un voisin arabe.

2) Nous espérons que le terrorisme ne sera plus la seule chose qui sépare les Palestiniens de leur souveraineté dans leur propre Etat et les Israéliens de la possibilité de vivre en paix.

3) Nous espérons que le peuple palestinien ne continuera plus à souffrir sous la direction d’un leadership qui refuse d’être un partenaire de paix.

4) Nous espérons que nous pourrons négocier un accord équitable, avec un gouvernement démocratique, respectueux de l’état de droit.

Aussi zélés défenseurs soient-ils de leur propre démocratie, il faut très souvent rappeler aux Américains pourquoi ils la défendent si énergiquement. Ce rappel est pour vous une obligation lorsque vous associez les valeurs démocratiques d’Israël à celles de l’Amérique.

Utiliser le mot « démocratie » sans donner d’exemples de ce qui rend ce système de gouvernement tellement essentiel reviendrait, pour vous, à dire que vous voulez « la paix » sans apporter la preuve que vous avez entrepris une démarche sérieuse pour la réaliser. Les Américains ont besoin que vous leur prouviez que vous savez ce que ces mots qui sonnent si bien signifient.

En établissant notre commun attachement à la démocratie, donnez des exemples spécifiques illustrant pourquoi nous espérons que de plus en plus de pays établiront chez eux les libertés que la démocratie garantit :
- les femmes sont considérées en égales
- la presse est libre
- toutes les religions sont respectées
- le peuple choisit ses représentants grâce à des élections libres
- les démocraties ne se font pas la guerre entre elles.

Enfin, faites valoir l’argument selon lequel, si ces libertés sont si chères aux Israéliens et aux Américains, elles ne peuvent que faire cruellement défaut au peuple palestinien. Tous les peuples aspirent à vivre libres, or le leadership actuel des Palestiniens leur dénie ce droit.

La feuille de route : une approche équilibrée

[Note de l’auteur : nous ajoutons ce chapitre parce que le discours du Président (Bush) a eu un énorme succès tant à Chicago qu’à Los Angeles, et aussi parce que ce sujet sera au cœur des efforts de communication juifs et israéliens au cours des mois à venir. Nous attirons l’attention de nos lecteurs sur le fait que des recherches supplémentaires sont indispensables pour pouvoir offrir la garantie que les mots et les messages ci-après sont les meilleurs disponibles.]

Tandis que la poussière retombe sur le champ de bataille irakien, l’attention s’est déjà focalisée sur le processus de paix israélo-palestinien et ce que le président Bush a appelé la « feuille de route » vers la paix. La bonne nouvelle, c’est que le peuple américain est persuadé que, s’ils veulent donner des gages de la sincérité de leur engagement pour la paix, les Palestiniens doivent se plier aux attendus de la feuille de route du président américain, dont la publication ne devrait plus tarder. La seconde nouvelle, moins bonne que la première, c’est qu’ils attendent exactement la même chose de la part d’Israël, et qu’ils l’exigent immédiatement.

Tant à Chicago qu’à Los Angeles, et parmi pratiquement tous les répondants à notre enquête, sans égard pour leur appartenance politique, les Américains ont répondu très favorablement au discours du Président Bush pour deux raisons : il s’agit d’une « approche équilibrée », dans laquelle « les responsabilités sont partagées ». Gardez ces expressions à l’esprit et utilisez-les chaque fois que c’est possible.

Les termes qui fonctionnent : une approche équilibrée

« J’entrevois le jour où deux Etats, Israël et la Palestine, vivront côte à côte en paix et dans la sécurité. J’exhorte toutes les parties au Moyen-Orient à abandonner toutes les vieilles haines et à faire face à leurs responsabilités dans l’intérêt de la paix.

L’Etat palestinien doit être un Etat réformé, pacifique et démocratique, un Etat qui renonce à jamais au terrorisme. Le gouvernement d’Israël, dès lors que l’enchaînement de la terreur aura été éradiqué et la sécurité - améliorée - doit prendre des mesures concrètes afin de soutenir l’émergence d’un état palestinien viable et crédible, et se mettre à travailler, le plus tôt possible, en vue d’un règlement définitif.

Nous sommes convaincu que tous les peuples du Moyen-Orient - Arabes et Israéliens - méritent de vivre dans la dignité, dirigés par des gouvernements libres et honnêtes. Nous pensons que les peuples qui vivent dans la liberté sont plus enclins à rejeter l’amertume, la haine aveugle et le terrorisme ; et qu’ils sont tout prêts à consacrer leur énergie à la réconciliation, à la réforme et au développement. »

Le président des Etats-Unis, George W. Bush.

Ce qui complique la feuille de route : Mahmoud Abbas (Abu Mazen)

Jusqu’à un certain point, votre travail de propagandistes d’Israël était assez simple, jusqu’ici. Sous le régime d’Arafat, il n’était pas difficile de convaincre l’opinion publique américaine de la corruption de la direction palestinienne actuelle. Même si beaucoup d’entre eux ont de la compassion pour le calvaire du peuple palestinien, ils n’apprécient pas particulièrement Arafat. Arafat est un terroriste : ils le savent. Mieux encore : il en a le look.

L’émergence de Mahmoud Abbas comme nouveau Premier ministre palestinien intervient au plus mauvais moment. Son accession au pouvoir semble légitime. C’est une tête nouvelle, bien rasée, signalons-le au passage. Il s’exprime bien et il s’habille à la mode occidentale. Peut-être même désire-t-il authentiquement la paix…

Juste au moment où le président Bush a marqué énormément de points en attirant l’attention sur la nécessité d’une réforme du leadership palestinien, les Palestiniens nous envoient cette balle vrillée. Qu’est-ce que le monde va pouvoir retirer de Abbas ? Représente-t-il la nouvelle direction palestinienne appelée de ses vœux par Israël depuis des années ? N’est-il qu’un Arafat bis déguisé en mouton ?

Etant donné le flou qui entoure ce nouveau personnage, il est impératif de NE PAS lancer tout de suite des critiques sur Abbas. Il s’agit d’un point essentiel, pour trois raisons :

1) Il s’agirait de négativité évidente. S’il s’avère qu’Abbas veut légitimement la paix et qu’il représente les vrais intérêts du peuple palestinien, les attaques que vous lanceriez aujourd’hui contre lui retourneraient l’opinion publique contre Israël, demain. Vous saperiez entièrement votre crédibilité de partenaire de paix de bonne volonté, si vous descendiez en flammes celui qui risque d’être le premier partenaire de paix sincère offert aux Palestiniens. (Nous n’envisageons pas ce scénario, mais il reste néanmoins possible).

2) Le facteur inconnu. Abbas est relativement inconnu, pour la communauté internationale. Considérez son ascension comme s’il s’agissait d’une campagne politique. Il ne saurait être candidat à venir s’asseoir à la table des négociations avant d’avoir apporté la preuve de sa valeur. L’incertitude rendant vos stratégies de communication plus compliquées, elle ne doit en aucun cas vous amener à changer vos priorités. Plus vous en parlerez, et plus on parlera de lui. Ce qui nous amène au point suivant…

3) Attendez patiemment un partenaire de paix. Abbas est peut-être un dirigeant voulant la paix, mais il lui revient de prouver qu’il la veut et qu’il est vraiment le partenaire volontaire et sérieux dont Israël a besoin pour rechercher la paix ensemble. Qu’il ait été élu ou désigné, à ce poste, il lui faut encore apporter la démonstration tangible qu’il veut la paix. Votre objectif reste un règlement pacifique du conflit. Lorsque les Palestiniens auront montré que leur maison est rangée, vous serez prêts et désireux de trouver un accord. S’ils ne le font pas, ce sont eux qui seront blâmés, et non Israël.

Remarque : Cela ne veut pas dire qu’il faille donner une liberté totale de parole à Abbas dans la presse. Cela veut simplement dire que les critiques doivent s’en tenir à ce qu’il fait afin de faire échouer le processus de paix, en tant que dirigeant du peuple palestinien. Donnez-lui une chance de réussir. Un bref exercice de la théorie des jeux permet d’illustrer ce point au mieux. Que se passerait-il, si…

Vous attaquiez immédiatement Abbas, et qu’il s’avère un partenaire de paix authentique et efficace ?

Israël perdrait sa crédibilité de partenaire voulant la paix par-dessus tout. Abbas serait très populaire dans la communauté internationale, laquelle doute déjà de votre rhétorique et de vos actions « brutales », et il se rallierait les Américains qui ont de la sympathie pour les Palestiniens mais vous soutiennent parce qu’ils rejetaient la direction palestinienne jusqu’ici corrompue. Ce serait le pire résultat possible.

Vous attaquiez immédiatement Abbas, et qu’il s’avère qu’il est un Arafat déguisé en agneau ?

Qu’est-ce qu’Israël aurait à y gagner ? Vous auriez gagné quelques mois, en lui enlevant sa fausse laine avant qu’il ne l’ait fait lui-même, mais vous risquez un effet en retour. A long terme, il aurait été préférable de rester attachés à la paix tout en laissant la direction palestinienne faire implosion sur le front des relations publiques : cette stratégie a très bien marché jusqu’ici.

Vous attendiez qu’Abbas dise lui-même qui il est, et qu’il s’avère un partenaire de paix sincère et effectif ?

La feuille de route existe, et il y a la possibilité d’apporter une solution à des dizaines d’années de conflit, d’ici un an. C’est le meilleur résultat possible.

Vous attendez d’Abbas qu’il se définisse lui-même, et il s’avère un Arafat bis déguisé en agneau ?

Laissez-le quitter sa fausse toison de laine ; vous récupérerez tous les bénéfices de cette véritable mine d’or de relations publiques. Tous vos anciens messages selon lesquels vous aviez besoin d’un authentique partenaire de paix sembleront encore plus vrais, et la prochaine fois, rien ne pourra justifier que le prochain dirigeant soit désigné par Arafat.

Aussi, lorsque les gens demandent des opinions ou des réactions à la nomination d’Abbas, formulez-les sous la forme d’un « rapport d’estafette », en insistant sur les deux faits suivants :

1) Il a été nommé dans sa responsabilité actuelle par Arafat, ce qui est éminemment suspect ;

2) Il a nié l’Holocauste, ce qui est troublant, au mieux, et offensant, au pire.

S’il est un Arafat habillé à l’occidentale, l’identifier comme tel ne prendra pas très longtemps. Le peuple américain le saura grâce aux mesures qu’il prendra et aux exigences qu’il formulera. Il s’agit d’une incrimination qu’il portera lui-même contre lui-même, si elle est vraie.

Le fait qu’il soit négationniste est-il un problème ? Absolument. Ce fait convaincra-t-il les Américains du fait qu’il ne saurait représenter les Palestiniens dans tout effort de paix authentique ? Non. Les Américains ne veulent plus entendre parler de l’Holocauste, et en particulier, ils ne veulent pas en entendre parler la communauté juive.

Néanmoins, vous avez besoin de plus de renseignements sur le compte d’Abbas avant de pouvoir dire aux Américains que vous doutez de son dévouement à la paix.

Les Américains pensent que la paix doit commencer autrement qu’avec Arafat. Si Abbas est présenté comme cette alternative, ils vont rapidement s’identifier à lui et voir en lui un symbole d’ « espoir ». Son émergence en qualité de Premier ministre (un titre très occidental, très démocratiquement correct) est exactement ce dont les Américains ont besoin pour croire que le processus de paix devrait être déjà entamé. Ils attendront de vous que vous preniez bonne note de la nomination de Abbas et que vous vous assoyez à la table de négociations. Finalement, la plupart d’entre eux pensent que les Etats-Unis peuvent (et doivent) jouer le rôle d’honnêtes courtiers entre ces deux parties. A leurs yeux, ce sont là les seuls ingrédients nécessaires pour entamer le processus de paix.

Il est absolument essentiel que vous utilisiez un langage positif lorsqu’on vous pose des questions au sujet d’Abbas. Toutefois, cela ne veut absolument pas dire que vous deviez tresser des couronnes de laurier à Abbas lui-même. Le démolir, dès maintenant, ne servirait absolument pas vos objectifs sur le long terme, mais le monter en épingle serait tout aussi contre-productif. Par conséquent, vous devez rester positifs sur le processus de paix et indifférents au sujet d’Abbas jusqu’à ce qu’il ait précisé le rôle qui est le sien. Par-dessus tout, réaffirmez votre position selon laquelle le terrorisme doit cesser en premier, après quoi les négociations pourront reprendre.

Les mots qui « marchent »

« Oui, nous espérons que ce changement potentiel dans la direction politique marque une nouvelle opportunité pour la paix dans notre région. Israël recherche depuis longtemps un partenaire qui veuille la paix aussi fortement que nous. Mais Israël réaffirme qu’avant toute reprise possible des pourparlers de paix, le terrorisme doit avoir cessé. Nous ne pouvons pas négocier avec une quelconque direction qui permettrait à des gens de son peuple d’assassiner nos civils. »

Mélangez à ce message des paroles de compassion pour les Palestiniens. De nombreux Américains sympathisent avec leur calvaire. Vous devriez le faire, vous aussi. Les Américains veulent entendre cela, venant de votre part. L’affirmation que le peuple palestinien mérite mieux doit suivre toute récrimination à l’encontre d’un dirigeant ou d’un terroriste palestinien.

Les mots qui « marchent »

« Nous savons que le peuple palestinien mérite mieux. Nous voulons pour eux ce que nous avons, nous, en Israël : la liberté de dire ce qu’ils veulent, de croire ce qu’ils veulent, de vivre dans l’égalité. Ils devraient aussi avoir le droit de choisir ceux qui parlent en leur nom. Le peuple palestinien mérite et veut des dirigeants qui travaillent à la paix et non au terrorisme. Nous savons que le terrorisme génère des souffrances pour tous ceux qui y sont impliqués. C’est pourquoi nous nous engageons à travailler à la paix, dès lors que nous aurons affaire à un partenaire désireux de le faire. »

La grande valeur des questions fermées

Une technique efficace de communication permettant de mettre la pression sur la direction palestinienne sans avoir l’air d’ignorer délibérément les responsabilités d’Israël consiste à poser des questions fermées. Ces questions fermées conduisent à une seule réponse possible, qui est, bien entendu : « la paix ne saurait être obtenue tant que des réformes réelles n’auront pas été réalisées, et notamment la nécessité impérieuse qu’un terme soit mis au terrorisme en préalable ».

Questions fermées à poser à des anti-israéliens :

« Comment la direction palestinienne actuelle peut-elle dire sérieusement qu’elle poursuivra les négociations de paix, alors que ce sont les mêmes dirigeants qui ont rejeté une offre de création d’un Etat palestinien, voici deux ans et demi ? »

« Comment Yasser Arafat, dont le magazine Forbes révèle que sa fortune dépasse trois cent millions de dollars, peut-il prétendre être un dirigeant qui comprend et représente un peuple appauvri, alors que c’est sur son dos qu’il s’est enrichi ? »

« Est-ce trop demander à la direction palestinienne qu’elle ne soutienne plus le terrorisme ? Sommes-nous irraisonnables lorsque nous insistons sur notre exigence qu’ils arrêtent de tuer nos enfants innocents avant que nous ne mettions en danger notre sécurité en faisant des concessions en vue de la paix ? »

« Comment pouvons-nous faire la paix avec un dirigeant qui ne croit pas en des élections libres et honnêtes et ne permet pas qu’elles aient lieu ? »

« Pourquoi les écoles palestiniennes affichent-elles des photos de kamikazes dans leurs halls pour les célébrer comme des martyrs ? Pourquoi donnent-ils aux équipes de sport, en Cisjordanie, les noms de kamikazes ? Comment pourrions-nous faire la paix avec les Palestiniens, dès lors que leurs dirigeants instillent une culture de haine contre notre peuple ? »

« Pourquoi Yasser Arafat est-il au pouvoir depuis si longtemps, et n’a-t-il accompli que si peu de progrès vers une solution pacifique ? S’il était vraiment sincère, n’aurait-il pas déjà accompli un effort sincère en vue de la paix, avant ce jour ? »

« Quand le peuple palestinien disposera-t-il lui même de représentants à la table de négociations ? »

La réponse à chacune de ces questions fermées est la même : la paix viendra lorsque la direction palestinienne aura été totalement réformée et que la tactique terroriste aura cessé.

Conclusion : un peu d’humilité, s’il vous plaît !

Proposer une évaluation honnête de votre passé, nous permet de présenter une vision optimiste - et crédible - de votre avenir.

Vous avez un chemin tout tracé. Emergeant à peine d’une situation difficile en terme de relations publiques - la guerre contre l’Irak - vous entrez dans une situation encore plus difficile : la nécessité de coopérer à la mise en application de la « feuille de route » avec un partenaire que vous ne connaissez pas, Mahmoud Abbas. Heureusement, la guerre en Irak est susceptible de vous donner un peu de temps pour souffler, tandis que vous avez la possibilité de vous abriter derrière Abbas.

La conclusion essentielle est la suivante : restez concentrés sur vos priorités de communication, à l’avenir. Le terrorisme doit prendre fin en premier. Ensuite, un partenaire de paix motivé émerge. La feuille de route, enfin, est mise en application. Tout au long de l’ensemble de ce processus, vous faites preuve d’humilité et vous réaffirmez que le peuple palestinien mérite mieux que ce qu’il a (en matière de dirigeants).

Ce mémoire a identifié le langage qui fait passer efficacement les raisons pour lesquelles, et de quelle manière, la direction palestinienne doit changer. Critiquer l’adversaire est, toujours, la partie la plus aisée en communication, mais cette critique ne représente que la moitié du discours efficace.

Les élites de l’opinion américaine ne trouveront pas crédibles des critiques de la direction palestinienne inlassablement répétées, à moins que celles-ci ne soient couplées à une insistance similaire vis-à-vis du gouvernement israélien sur la nécessité de faire des concessions en vue de la paix et de reconnaître les erreurs du passé. Les assertions selon lesquelles Israël a une histoire sans tâche sont à juste titre rejetées. Sans doute cette proposition ne sera-t-elle pas bien reçue par tout le monde, mais il est essentiel que nos porte-parole reconnaissent qu’Israël a pu faire certaines erreurs. Non seulement cela ne pourra qu’augmenter notre crédibilité, mais cela permettra aux porte-parole d’expliquer et d’affirmer l’idée qu’Israël fait des efforts en vue de la paix.

Voici comment développer au mieux ce message :

Reconnaître le passé, aussi bien les bons que les mauvais côtés

1) Nous savons que l’histoire de notre conflit a été marquée par la frustration et la méfiance tant des Israéliens que des Palestiniens, et Israël est prêt à reconnaître un partie de la faute pour ce qui s’est produit, dans le passé.

2) Toutefois, tout au long de notre histoire, nous avons apporté la démonstration que nous plaçons la paix au-dessus de tout. Dans notre espoir de paix, nous avons dépassé certaines dissensions et nous avons trouvé un accord avec nos voisins arabes, l’Egypte et la Jordanie.

3) Nous restons attachés à la paix. Nous avons offert au peuple palestinien un Etat à eux, qui recouvrait 97 % de la superficie de la Cisjordanie. Leur direction a rejeté cette proposition, démontrant une fois de plus que nous n’aurons pas de partenaire avec qui faire la paix, aussi longtemps que l’Autorité palestinienne demeurera la voix du peuple palestinien. Il est grand temps de changer de direction palestinienne - non pas seulement pour nous, mais dans l’intérêt, tout aussi bien, de nos cousins palestiniens.

Traduction
Marcel Charbonnier

Documents joints

 
WEXNER ANALYSIS : ISRAELI COMMUNICATION PRIORITIES 2003

Document original de la Fondation Wexner, en anglais. (Pdf 40 Ko)


(Flash - 37.3 ko)
 

Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier, publié simultanément sur www.reseauvoltaire.net et dans le Point d’information Palestine n° 222 (newsletter réalisée par La Maison d’Orient [email protected]).

Concernant la stratégie israelienne, voir Faire la paix avec les États, faire la guerre contre les peuples.

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