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Tribunes et décryptages - 31 mars 2006
Le Likoud est mort, vive le Likoud !
Décryptage
L’élection législative israélienne du 28 mars 2006 a vu la victoire annoncée de Kadima, le parti dit centriste fondé par Ariel Sharon. Cette victoire est cependant moins importante que ce qui avait été prédit par ses très nombreux partisans dans les médias.
Kadima a remporté 29 sièges à la Knesset et le parti travailliste 20 sièges. Il est probable que ces deux partis formeront l’épine dorsale de la future coalition au pouvoir, mais ils ne disposent pas à eux deux de la majorité absolue à la Knesset. Privé de nombre de ses cadres partis pour Kadima, le Likoud s’effondre et n’obtient que 12 sièges, comme le parti Shas, parti sépharade et orthodoxe. Ils sont talonnés par Israël Beitenu, le parti d’extrême droite des Israéliens russophones présidé par Avigdor Lieberman. L’Union nationale, parti nationaliste et religieux, obtient 9 sièges et le parti « Judaïsme unifié de la Torah » (mouvement ultra-orthodoxe) 6 sièges. Le parti des Retraités obtient 7 sièges et le Meretz, 5 sièges. Le Shinui n’a plus de représentants au parlement. Les partis arabes israéliens cumulent 9 sièges.
Cette élection n’a mobilisé que 63 % des électeurs israéliens, le plus faible taux de participation de l’histoire israélienne dans une élection nationale.
De ces résultats, on pourrait déduire que l’électorat israélien reste encore fortement marqué par les questions identitaires ou par le vote communautaire ou que l’abstention record marque une perte de confiance des Israéliens à l’égard d’une élite politique largement touchée par les affaires de corruption. Les médias dominants ont choisi majoritairement une autre approche : Israël a voté pour la paix.
Cette phrase ou des commentaires équivalents se retrouvent largement dans la presse occidentale. Cette certitude se fonde sur une image particulièrement positive d’Ehud Olmert et de Kadima, présentés comme les défenseurs de la seule politique « réaliste » pour parvenir à la paix, et sur la certitude qu’il n’existe pas de partenaire arabe pour parvenir à la paix. Cette dernière représentation avait été développée contre Yasser Arafat puis a trouvé une nouvelle jeunesse avec la victoire du Hamas aux législatives palestiniennes. Ehud Olmert ne promeut pourtant pas la paix mais l’annexion de territoires et la séparation totale des juifs et des Arabes. Le Hamas a déclaré à plusieurs reprise être prêt à un cessez le feu à durée indéterminée en cas de retour aux frontières de 1967, mais ces éléments ne sont pas pris en compte ou minimisés dans les analyses médiatiques. Seul compte le fait que la politique israélienne n’est vue qu’au travers d’un prisme bipolaire qui opposerait les « pacifistes », soutenant la politique de désengagement unilatéral et trouvant leur parfaite incarnation dans Kadima, aux « faucons », accrochés au rêve du « Grand Israël » et médiatiquement incarnés par le Likoud depuis le départ d’Ariel Sharon. Comme Kadima a gagné l’élection et que le Likoud s’est effondré, la conclusion médiatique a été que les Israéliens avaient voté pour la paix.
La rédaction du quotidien de référence des élites de gauche israélienne, Ha’aretz, soutient cette approche dans un éditorial non signé engageant tout le journal. Le journal milite pour que la coalition qui se constituera applique scrupuleusement la politique prônée par Kadima et que le retrait des colonies de Cisjordanie par-delà le Mur ne soit pas sacrifié lors des négociations, ni même repoussé. Ce faisant, le journal des élites de gauche israéliennes apporte son soutien avant tout au parti d’Ehud Olmert et au programme mis en place par le général Sharon.
Le directeur du Centre Global Research in International Affairs (GLORIA) de l’université interdisciplinaire d’Israël,
Barry Rubin, éternel supporter de Kadima et du « consensus national » qu’il incarnerait, affirme dans The Australian, que la victoire de Kadima est éclatante. Partant d’exemples individuels choisi dans son entourage, il en tire des généralités et affirme que le parti fondé par Ariel Sharon a gagné l’élection parce qu’il fédère des personnes venant d’horizons différents mais ayant adhéré à la politique de retrait unilatéral. Il balaye rapidement le résultat moindre qu’a enregistré le parti lors de l’élection en comparaison des estimations des sondages en affirmant que beaucoup des électeurs travaillistes sont en réalité des partisans de Kadima souhaitant donner une coloration plus sociale à la future coalition.
Ce faisant, il raye d’un trait l’existence d’électeurs israéliens qui auraient voté pour les travaillistes en aspirant à une autre politique, que pourrait incarner Amir Peretz. Ce point de vue démontre une fois de plus que la frange pacifiste de la société israélienne n’existe quasiment plus médiatiquement.
Le soutien de la presse dominante à Kadima a réduit la place de ceux soutenant les autres partis à la portion congrue.
La romancière israélienne Alona Kimhi, se définissant comme membre de l’aile gauche du parti travailliste, se désole dans Le Figaro de la tonalité de la campagne électorale. Bien que détestant le Likoud, elle ne parvient pas à se réjouir de sa disparition puisque Kadima a pris sa place. Elle regrette l’inexistence de la gauche israélienne et déplore que « l’Occident », obsédé par l’islam, en vienne à mépriser la situation des Palestiniens et à soutenir Israël en tout point.
À l’opposé, l’ancien administrateur de l’U.S. Institute of Peace et directeur du violemment antiarabe Middle East Forum, Daniel Pipes, enrage dans le New York Sun et le Jerusalem Post contre le consensus autour des propositions de Kadima. Pour lui, la politique de retrait unilatéral est un moyen de gérer l’opposition palestinienne mais pas de la détruire. L’auteur affirme qu’Israël est en guerre et que la guerre passe par la destruction de l’adversaire. Renvoyant dos à dos la politique d’évacuation des colonies ou la « démocratisation » de l’Autorité palestinienne de l’administration Bush, il affirme qu’Israël ne survivra que s’il convainc les Palestiniens qu’il n’y a pas d’autres choix que d’accepter l’existence d’Israël, et ce par la force. Daniel Pipes estime aujourd’hui que le seul politicien à avoir compris cette approche est l’ancien ministre israélien Uzi Landau dont il déplore la place sur la liste du Likoud, ne lui permettant pas d’être élu à la Knesset.
Uzi Landau était le ministre des relations avec les États-Unis du gouvernement Sharon.
Aucun analyste ne semble douter que la coalition qui se constituera en Israël poursuivra la politique de fixation unilatérale des frontières.
Le théologien chrétien orthodoxe, Heinz Gstrein, affirme dans le Frankenpost, qu’il ne faut pas compter sur une négociation israélienne avec les Palestiniens. Il estime que le vote israélien traduit une volonté de rejeter les Palestiniens par-delà le Mur et de se concentrer sur les affaires internes. Et pour l’auteur, ce rejet des négociations ce n’est pas la paix. Ce point de vue est partagé par un journaliste d’Asharqalawsat, Nazir Majali. Il affirme que désormais la politique d’Ehud Olmert est simple : mettre en scène une impossibilité de négocier avec les Palestiniens pour justifier des mesures unilatérales.
Mais la communauté internationale et les Palestiniens accepteront-ils ces mesures unilatérales ?
Politologue de l’université hébraïque de Jerusalem, Shlomo Aronson assure dans Der Standard qu’Ehud Olmert va, à grand frais, déplacer les populations de colons au nord du Mur et les reloger en Cisjordanie pour fixer les frontières d’Israël. L’auteur sait bien que les Palestiniens n’accepteront pas, mais le Hamas a une si mauvaise image que la communauté internationale ne demandera pas à Olmert de négocier. Il sera par la suite possible de donner aux Palestiniens des territoires peuplés par les Arabes israéliens pour mieux faire passer la pilule.
L’absence de réactions de la communauté internationale et l’approbation médiatique dont bénéficie la politique israélienne ulcère les milieux antisionistes.
Ancien collaborateur est-allemand à l’OTAN, Rainer Rupp livre son analyse de la situation dans le journal de gauche allemand Junge Welt. Il estime que le vocable définition unilatérale des frontières n’est que le nom politiquement correct pour désigner le vol de terres palestiniennes au mépris du droit international. Olmert, comme Sharon avant lui, est en train de réorganiser les implantations coloniales en démembrant les colonies difficiles à défendre et en réinstallant les colons derrière le Mur dans des colonies qui vont être intégrées au territoire israélien.
Le journaliste d’Alhayat Abdelwahab Badrakhan partage ce point de vue et assure que cette politique est l’héritière idéologique du Likoud. Il estime que l’élection israélienne est un bouleversement uniquement nominal. Le Likoud est en train de péricliter mais son idéologie demeure sous d’autres étiquettes. La politique que suivra Olmert est le fruit du consensus des élites politiques israéliennes, lui même défini par les militaires. Pour l’auteur, les étiquettes « gauche » « droite » ou « centre » en Israël n’ont pas de signification réelle puisque tous les partis politiques se sont accordés sur la politique à mener contre les Palestiniens.
Réseau Voltaire
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31 mars 2006
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Paris (France)
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Español
Pays
Palestine/Israël
Auteurs et sources des Tribunes et décryptages
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« Le rôle historique de Kadima »
Auteur
la rédaction de Ha’aretz
Source
Ha’aretz (Israel)
Référence « Kadima’s historic role », par la rédaction de Ha’aretz, Ha’aretz, 30 mars 2006.
Résumé La première conclusion qui doit être tirée des élections de mardi est que la majorité des Israéliens ont exprimé leur grand manque de confiance à l’égard du Likoud et de Benjamin Netanyahu. Ce rejet porte non seulement sur sa politique étrangère, mais aussi sur sa politique économique. Le succès du parti des retraités montre également le poids du vote contestataire et l’identification des électeurs à la difficile situation des plus anciens. Le Likoud va devoir se réinventer.
Une autre conclusion du scrutin est que le temps est court mais que la tâche à accomplir est immense. La vision anti-désengagement du Likoud a été défaite mais Kadima, le parti du désengagement, va cependant devoir construire une coalition et les négociations seront difficiles. Ehud Olmert a déclaré à la veille des élections qu’il n’accepterait pas dans son gouvernement de partis opposés au désengagement unilatéral, la raison d’être de Kadima. Toutefois, les déclarations des dernières 24 heures selon lesquelles le désengagement de certaines zones de Cisjordanie n’aura pas lieu avant un an. C’est troublant parce que cela pourrait avoir pour conséquence de retarder indéfiniment ce retrait.
Il faut que la Knesset rassure les électeurs et fixe les frontières d’Israël.

« L’élection scelle le triomphe de la stratégie de Sharon »
Auteur
Barry Rubin

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Barry Rubin est le directeur du Centre Global Research in International Affairs (GLORIA) de l’université interdisciplinaire d’Israël. Il est rédacteur en chef de la Middle East Review of International Affairs et l’auteur de The Long War for Freedom : The Arab Struggle for Democracy in the Middle East.
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Source
The Australian (Australie)
Référence « Election seals triumph of Sharon’s strategy », par Barry Rubin, The Australian, 30 mars 2006.
Résumé Le Premier ministre en exercice et héritier politique d’ Ariel Sharon, Ehud Olmert, a obtenu un mandat fort. Le parti travailliste du populiste Amir Peretz a obtenu la deuxième place et sera son partenaire dans la coalition. Mais cette élection est avant tout une révolution.
J’ai des amis très différents, Gilad et Asher, ils ont tous les deux voté pour Kadima. Gilad est ashkénaze, issu d’une famille de gauche, élevé dans un kibboutz et électeur traditionnel du Meretz, mais il soutenait avec enthousiasme la politique d’Ariel Sharon et vote aujourd’hui pour Kadima. Asher est sépharade, il vient d’une famille de droite et toute sa famille vote pour des partis religieux, lui vote pour les travaillistes, mais constatant que le processus de paix a échoué, il soutient désormais Kadima. Une autre de mes connaissances, Yonathan, est un ancien militant du Likoud mais il a cessé de croire au rêve du grand Israël. Malgré des parcours différents, ils sont tous parvenus à la même conclusion.
Kadima n’est pas un parti rassemblant des indécis ou des déçus d’autre partis. C’est un parti qui incarne une alternative. Même ceux qui ont voté travailliste ont été nombreux à déclarer soutenir Kadima mais être persuadés que ce parti gagnerait les élections et c’est pourquoi ils ont choisi de voter travailliste pour orienter la coalition vers une politique plus sociale.
Depuis que les Palestiniens et la Syrie ont rejeté la paix proposée par Israël en 2000 et après cinq ans de terrorisme, les Israéliens ont conclu que l’approche des colombes n’était pas la bonne. Sharon a développé une politique de retrait unilatéral que suit aujourd’hui Olmert et qui a été encore renforcée par l’arrivée du Hamas au pouvoir.

« La gauche israélienne est inexistante et inefficace »
Auteur
Alona Kimhi

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Alona Kimhi est une romancière israélienne d’origine ukrainienne. Se définissant elle même comme appartenant à la gauche de la gauche israélienne, voire comme « pro-arabe », elle est connue pour ses violentes prises de position contre le Likoud.
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Source
Le Figaro (France)
Référence « La gauche israélienne est inexistante et inefficace », par Alona Kimhi, Le Figaro, 26 mars 2006. Ce texte est adaptée d’une interview.
Résumé La campagne qui se tient actuellement en Israël privilégie la forme sur le fond. Avec mépris, les partis politiques préfèrent faire dans l’amusement télévisé que de développer leur programme.
Les Israéliens désirent plus de sécurité, sans toutefois que la question d’une réconciliation potentielle avec les Palestiniens soit évoquée. Le mot « paix » n’est plus à la mode. Pour les sympathisants de Kadima et des travaillistes, la priorité est de sécuriser les frontières, le pays et de résoudre les problèmes économiques. J’ignore comment Kadima compte s’y prendre pour sortir le tiers de la population de la pauvreté, mais le préalable est la fragilité de la sécurité intérieure.
Le Likoud représentait tout ce que je déteste, mais en l’absence d’ Ariel Sharon, il semble moribond. Kadima n’est guère plus engageant, c’est un parti qui ratisse large, jusqu’à l’extrême droite. La gauche israélienne est totalement inexistante et passablement inefficace, pour le moment. Son chef Amir Peretz vient d’une famille d’ouvriers, il est séfarade et ne parle pas l’Anglais. Tout cela ne l’aide guère ! Olmert devra fonder une coalition avec les partis religieux. Lesquels constitueront à coup sûr des minorités de blocage empêchant de mener à bien des réformes pourtant fondamentales.
L’Occident est obsédé par l’islam. Cette obsession, cette crainte, par ricochet, alimente une certaine sympathie vis-à-vis d’Israël. Pourtant, la société palestinienne est elle aussi bien digne de compassion. La communauté internationale devrait davantage porter secours à la société palestinienne, en proie à une grande pauvreté, au chômage et au désespoir. C’est en aidant ces gens-là, en apaisant leur frustration qu’indirectement on contribuerait à favoriser la paix au Proche-Orient.

« Israël fuit la victoire »
Auteur
Daniel Pipes
Sources
Jerusalem Post (Israël), New York Sun (États-Unis)
Référence « Israel Shuns Victory », par Daniel Pipes, New York Sun, 28 mars 2006.
« Try victory », Jerusalem Post, 29 mars 2006.
Résumé À l’heure où les Israéliens se rendent aux urnes, aucun des principaux partis ne propose de gagner la guerre contre les Arabes palestiniens. C’est une lacune frappante et dangereuse. Historiquement, une guerre est gagnée quand l’un des deux camps se voit contraint de renoncer à ses objectifs ; tant que les deux camps continuent de croire qu’ils peuvent obtenir ce qu’ils veulent, les combats se poursuivent ou au moins peuvent reprendre.
Ces objectifs sont simples, statiques et binaires. Les Arabes luttent pour éliminer Israël ; Israël lutte pour se faire accepter par ses voisins. L’intention des premiers est offensive, celle du second est défensive. Les premiers sont barbares ; le second est civilisé. Pendant près de 60 ans, les Arabes qui rejettent l’existence d’Israël ont utilisé différents moyens : propagande, attaques économiques via le boycott, terrorisme, menace d’armes de destruction massive. Mais en dépit de leurs efforts, ils ont échoué : Israël est un pays riche, puissant et moderne mais toujours rejeté par les Arabes. Ce semi-échec a entraîné un sentiment de confiance chez les Israéliens modérés et un complexe de culpabilité chez les Israéliens de gauche. De fait, très peu d’Israéliens s’intéressent encore à cette tâche inachevée : convaincre les Arabes d’accepter la présence permanente de l’État juif. Ainsi, plutôt que d’aspirer à la victoire, les Israéliens ont développé une longue liste d’approches permettant de gérer le conflit. Toutes ignorent la nécessité de vaincre le rejectionisme palestinien. Toutes cherchent à faire l’impasse devant la guerre au lieu de la gagner.
Le seul à avoir compris qu’Israël est en guerre est Uzi Landau, mais il n’est que 14ième sur la liste du Likoud et il a peu de chances d’être élu. On s’attend en outre à voir le Likoud lui-même obtenir moins de 15% des voix, ce qui montre à quel point l’idée de gagner la guerre est impopulaire parmi les Israéliens. Les Israéliens doivent se préparer à reprendre le long, difficile, amer et coûteux effort nécessaire pour convaincre les Palestiniens, et d’autres, que leur rêve d’éliminer Israël est mort. Si les Israéliens n’y parviennent pas, c’est Israël qui mourra.

« Le mur dans la tête »
Auteur
Heinz Gstrein

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Chercheur en religion, théologien orthodoxe, spécialiste des relations entre chrétiens et musulmans et directeur de l’institut G2W - Glaube in der 2. Welt (La Foi dans le 2ème Monde) de Zurich, Heinz Gstrein a été correspondant de presse pendant de nombreuses années au Moyen Orient et en Irak.
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Source
#Frankenpost (Allemagne)
Référence « Mauer im Kopf », par Heinz Gstrein, Frankenpost, 30 mars 2006.
Résumé Privé de son fondateur charismatique, le parti Kadima n’a pas réussi à convaincre de nombreux Israéliens de sa vision de la quadrature du cercle judéo-palestinien, entre politique répressive et initiatives de conciliation. Mais de l’autre côté l’opposition travailliste n’a pas non plus convaincu avec ses promesses assez unilatérales de sécurité et de paix. Le parti d’ Amir Peretz ne fournit qu’un sixième des députés, le Likoud sous Benjamin Netanyaou est tombé à la cinquième place, derrière d’autres formations nationales et religieuses. Ce sont eux, ainsi que le parti des retraités, les vainqueurs de ces élections, à un moment critique où, en face, les Palestiniens ont accordé la majorité absolue au mouvement radical islamiste Hamas.
Ces élections démontrent donc qu’aujourd’hui la majorité des Israéliens, par-delà les clivages politiques - et notamment le nombre record d’abstentionnistes - est avant tout préoccupée par les questions intérieures et la résolution des nombreux problèmes sociaux et qu’elle préfère reléguer la question de la Palestine derrière de hautes murailles en béton, abandonnant les Arabes à leur propre sort, sans plus les voir.
Cette « Muraille dans la tête » est aujourd’hui, côté israélien, tout autant un obstacle à la paix que les appels à la guerre sainte et au terrorisme du Hamas, côté palestinien. Olmert ne devrait pas avoir trop de mal à bricoler un gouvernement avec un bout de la gauche et un bout de la droite. Mais il ne faut pas s’attendre à des initiatives de paix de la part de cette coalition.

« Les élections en Israël : ainsi ils ont voté pour le parti centriste »
Auteur
Nazir Majali

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Nazir Majali est journaliste du quotidien Asharqalawsat et ancien rédacteur en chef du journal communiste Al-Ittihad. Il est analyste de la politique israélienne pour plusieurs médias arabes dont Abu Dhabi TV et Al Arabiya.
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Source
Asharqalawsat
Référence « الانتخابات الإسرائيلية : إذن.. فقد صوّتوا للوسط », par Nazir Majali, Asharqalawsat, 30 mars 2006.
Résumé Le scrutin d’hier a permis au parti « centriste » de prendre le pouvoir en Israël, tout en représentant un coup dur pour la droite et l’extrême droite. Le grand « Likoud » est arrivé cinquième, cédant sa place à deux partis qui nient leur appartenance à la droite, « Kadima » et le parti travailliste.
Pour certains, les fruits de ces élections peuvent apparaître factices, du moment que le gagnant ne semble pas prêt à changer la politique israélienne basée sur l’occupation et l’humiliation du peuple palestinien. D’autres trouvent dans le programme d’Ehud Olmert, surtout son deuxième plan de retrait unilatéral, une raison pour refuser tout ce qui est israélien, et d’écarter toute possibilité de coopérer avec le gouvernement de Tel Aviv. Mais, pour ceux qui désirent comprendre la société israélienne, ce scrutin reflète un développement considérable dans la politique de l’État hébreu.
Le citoyen israélien a confirmé son choix, celui de suivre son leader mythique, Ariel Sharon. Sa mauvaise réputation, soit au sein de son parti ou dans le gouvernement qu’il menait, n’a pas empêché de séduire son peuple, surtout après son retrait de Gaza. Mais en son absence, nous nous demandons si son remplaçant, Ehud Olmert, sera fidèle à cette voie.
Ce dernier n’a pas tardé à afficher sa malice, ayant rappelé hier au président de l’Autorité palestinienne, Abu Mazen (Mahmoud Abbas), que les Israéliens sont prêts à renoncer à certains de leurs « rêves » et à partager la terre avec les Palestiniens, Olmert a demandé à Abu Mazen à ce que ses compatriotes adoptent le même principe. Un refus de la proposition israélienne, selon Olmert, risque de mener à des mesures unilatérales. Le nouveau leader du gouvernement israélien savait bien qu’Abu Mazen et l’OLP avaient déjà renoncé au rêve d’une « Palestine entière » depuis 1988. Ce qui veut dire que l’appel d’Olmert est destiné non à Abbas mais au Hamas.
Le leader actuel de Kadima espère que les Palestiniens refuseront sa proposition, ce qui lui permettra de justifier, à son peuple et au monde entier, qu’il a fait le premier pas et que le gouvernement d’Ismail Haniyeh a refusé de collaborer. Ainsi sera-t-il obligé d’opter pour la politique unilatérale, sans avoir besoin de solliciter ni l’avis du Hamas, ni celui de la communauté internationale.

« La Politique des mesures unilatérales a reçu un mandat clair »
Auteur
Shlomo Aronson
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Shlomo Aronson est politilogue à l’université hébraïque de Jérusalem. Il est surtout connu pour ses travaux de recherche sur la Shoah.
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Source
Der Standard (Autriche)
Référence « Ein Mandat für einseitige Grenzziehung und Sperrwall », par Shlomo Aronson, Der Standard, 30 mars 2006.
Résumé Le résultat le plus important de ces élections est que la politique des mesures unilatérales de définition de la frontière et d’érection d’une clôture de protection a enfin obtenu un mandat clair. Que ce soit Kadima ou les Travaillistes, tous se sont engagés à entreprendre des mesures unilatérales et ont reçu pour cela une majorité à la Knesset.
Olmert va réaliser son projet par étapes. Il s’est engagé à le terminer avant la fin de la législature. Les petites implantations isolées - qui abritent environ 50 000 habitants - seront dissoutes. Olmert veut que les gens soient relogés dans les implantations plus grandes. Cela va coûter très cher. L’évacuation de la bande de Gaza et de ses 8 000 habitants a coûté 11 Milliards de dollars. Cela vous donne une idée du coût de l’évacuation d’une partie de la Cisjordanie. Mais il va le faire. Ensuite on achèvera d’ériger le Mur de sécurité autour des implantations et l’affaire sera terminée.
Bien sûr, les opposants à cette politique disent que le projet d’Olmert n’apporte rien à Israël en matière de politique étrangère : ni les Palestiniens ni la communauté internationale ne s’accommoderont de ces mesures. Mais il faut bien comprendre qu’aucun Israélien n’acceptera de revenir aux frontières de 1967 et d’abandonner la Cisjordanie. Si nous faisions cela, alors Israël deviendrait un pays dont la largeur ne dépasserait pas 20 Km. La ligne de démarcation définie en 1967 doit être modifiée par des négociations et les implantations doivent rester. En échange, les Palestiniens obtiendront d’autres zones peuplées d’Arabes. Mais tant que le Hamas est au pouvoir, Olmert n’a pas à se soucier de négociations.
L’Europe devrait faire pression sur les Palestiniens en cessant de leur verser des aides. Une fois l’argent bloqué, le Hamas n’aura pas d’autre choix que de changer sa position et de reconnaître Israël. Ou alors il va devoir affronter de nouvelles élections dans les territoires palestiniens d’ici un an et le Fatah gagnera à nouveau la majorité. Car sans l’argent versé par l’Europe, le Hamas ne pourra pas tenir ses promesses électorales.

« Le vol de terres comme argument électoral »
Auteur
Rainer Rupp
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Rainer Rupp est un ancien collaborateur de l’OTAN à Bruxelles. Il a été condamné à 10 ans de prison en 1994 pour avoir espionné au profit de la RDA de 1977 à 1989, livrant notamment les plans de déploiement des missiles de croisière en Europe. Il a été libéré en 2000.
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Source
#Junge Welt (Allemagne)
Référence « Landraub mit Ansage », par Rainer Rupp, Junge Welt, 30 mars 2006.
Résumé Lors des élections en Israël, le parti Kadima est allé à la pêche aux électeurs en promettant de nouveaux vols de terres palestiniennes.
Afin de convaincre les indécis et les abstentionnistes en cette fin de campagne électorale, Olmert et son parti Kadima ont mis l’accent sur la mise en œuvre de son projet de définition d’une frontière. Le principal aspect du plan d’Olmert est un nouveau vol de terres au détriment des territoires palestiniens, pourtant déjà réduits à la portion congrue. Selon le journal britannique The Times, les bulldozers israéliens ont déjà pénétré de 20 kilomètres dans la Cisjordanie palestinienne pour tracer, à l’aide de blocs de béton et de fil de fer barbelé la nouvelle frontière israélienne.
A travers la création unilatérale de cette frontière, qui représente une nouvelle violation flagrante du droit international, Israël compte s’approprier par le fait accompli une vaste bande de terre entourant les colonies du bloc d’Ariel et les intégrer au territoire national d’Israël. Afin de mettre fin à la ruineuse occupation du reste de la Cisjordanie, Olmert prévoit l’évacuation des colonies situées plus en avant dans le territoire palestinien. Cela signifie qu’environ 80 000 des 250 000 colons sionistes devront être relogés derrière la nouvelle frontière, sur les terrains volés aux Palestiniens. La semaine dernière Olmert a déjà clairement fait comprendre qu’il n’accepterait dans sa coalition gouvernementale que des Partis qui se sont engagés à soutenir son nouveau plan de définition des frontières d’Israël.

« Le « Likoudisme » persiste »
Auteur
Abdelwahab Badrakhan
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Abdelwahab Badrakhan est journaliste dans le quotidien Alhayat. Il est également écrivain et analyste politique.
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Source
Dar Al-Hayat (Royaume-Uni)
Référence « الليكودية باقية », par Abdelwahab Badrakhan, Alhayat, 30 mars 2006.
Résumé Les résultats des élections israéliennes montrent des changements remarquables sur le plan politique, les programmes des partis et les priorités de l’État. Quant au changement de mentalité, il prendra beaucoup plus de temps. Prouvant ainsi que la politique colonialo-terroriste, prônait par l’État hébreu, dominera tant que celui-ci ne peut pas se forger le statut d’un Etat pacifique, comme les autres, dans la région. Autrement dit, la paix ne figure pas sur la liste de ses priorités. De même, tant que c’est l’armée qui élabore les politiques d’Israël, les résultats du scrutin ne changeront pas grand-chose.
Benjamin Netanyahu a conduit le Likoud à une défaite méritée dont les conséquences ne sont pas encore prévisibles. Mais cette défaite ne représente surtout pas la fin du poison « Likoudiste » en Israël, et a conduit à certains de ses plus atroces crimes contre l’humanité. Même si le Likoud disparaît un jour, le « Likoudisme » survivra sûrement. Une notion qui renvoie à toutes sortes de discriminations et de barbaries, incarnée dans ses sympathisants au sein de la Maison-Blanche, ou même dans certains pays arabes. Ce « Likoudisme » survivra à travers Kadima, qui est le fils légitime du Likoud, à travers la mafia russe dans le parti de Lieberman et bien-sûr à travers l’extrémisme religieux, dont les représentants occupent un quart des sièges de la Knesset.
Le scrutin n’a pas réussi à créer la surprise, vu que le citoyen israélien ne comprend toujours pas la règle du jeu. Il n’arrive plus à distinguer entre un parti de la droite et celui du centre ou de la gauche. Une confusion mise en place par les leaders eux même.
Shimon Peres, par exemple, n’affiche, depuis longtemps, plus aucun indice précisant son appartenance à la gauche, à la droite ou au centre. D’ailleurs, existe-t-il une différence entre la gauche, la droite et le centre en Israël, lorsque toutes ces tendances adoptent l’assassinat des Palestiniens comme une politique gouvernementale et applaudissent le pillage des terres ?
En fait, la communauté internationale est appelée, plus que jamais, à préciser sa position par rapport au plan de retrait unilatéral choisi par l’État hébreu pour éviter de tenir les engagements de « feuille de route », sinon celle-ci ne servira plus qu’à masquer le complot mondial avec Israël. Un complot qui sert, bien évidement, les intérêts de Tel Aviv et non ceux menant à la paix.

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