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Tribunes et décryptages - 1er juillet 2006
A Washington, confusion autour du dossier iranien

Décryptage

Indépendamment de tous les développements diplomatiques, la campagne de diabolisation de l’Iran et les appels de personnalités américanistes en faveur de sanctions, rarement déterminées précisément, se poursuivent inlassablement dans la presse dominante occidentale.

Les campagnes de dénigrements insistent sur deux points : la dangerosité de l’Iran et son irrespect des Droits de l’homme. Parfois ces deux dimensions différentes se confondent alors qu’elle n’ont pas de liens entre elles. Mais le fait qu’un État puisse être dangereux pour d’autres pays tout en respectant les Droits de l’homme sur son sol ou qu’un État violant les Droits de l’homme n’est pas nécessairement une menace pour les autres semblent échapper aux experts dominants. Tout est conçu pour diaboliser Téhéran et les déclarations ou les propos imputés à Mahmoud Ahmadinejad offrent des occasions en or pour y parvenir.

Alors que la controverse autour du programme nucléaire iranien est au cœur des débats politiques elle n’est traitée que dans un nombre restreint de tribunes.
On notera cependant que les anciens conseillers juridiques de l’administration Bush père, David B. Rivkin et Lee Casey, que les lecteurs de Tribunes et décryptage commencent à bien connaître, poursuivent leur interminable tâche : justifier par des argumentaires pseudo-légaux les frappes préventives contre tous les ennemis désignés de Washington. C’est cette fois dans le Washington Post et contre l’Iran qu’ils exercent leur talent assurant qu’au vu des déclarations du président Ahmadinedjad, il y a bien assez d’éléments pour conclure que l’Iran va s’en prendre à Israël et aux intérêts états-uniens et qu’une attaque militaire est justifiée.

La critique de la situation des Droits de l’homme en Iran offre en revanche bien plus de possibilités aux analystes américanistes et les appels à des sanctions contre ce pays se sont multipliés sous des formes bien différentes.
Nous avions déjà noté dans nos colonnes la tentative des gouvernements anglo-saxons d’accréditer le mythe de l’obligation des juifs iraniens d’arborer des étoiles jaunes, mais les accusations contre la République islamique, accusée d’être un des régimes les plus violents contre sa population ne se sont pas cantonnées à cela.
Ainsi, dénonçant l’absence de liberté d’expression, la condition des femmes en Iran et les propos de Mahmoud Ahmadinejad, M. Perelman, professeur d’esthétique (Paris X-Nanterre) ; R. Redeker, membre de la rédaction des Temps modernes ; T. Schabert, professeur de sciences politiques aux universités d’Erlangen et de Rennes et P.-A. Taguieff, directeur de recherche au CNRS ont demandé dans La Libre Belgique que l’Iran ne puisse pas participer à la Coupe du monde de football. Les auteurs condamnent la présence de l’Arabie saoudite et de la Tunisie, mais n’exige que la disqualification iranienne.
Dans le New York Times et l’International Herald Tribune, Hadi Ghaemi, spécialiste de l’Iran à Human Right Watch se plaint de la nomination M. Motaravazi comme représentant de l’Iran au Conseil des Droits de l’homme de l’ONU. L’auteur assure qu’il s’agit d’un criminel qui doit être jugé et demande aux États occidentaux d’inclure la question des Droits de l’homme dans les négociations nucléaires.

L’Iran ne peut sûrement pas être considéré comme un modèle en ce qui concerne les Droits de l’homme, la liberté d’expression ou les Droits des femmes. Mais il n’est pas le seul pays dans ce cas, il est loin d’être le pire État dans ce domaine, et les États-Unis ne sont pas en position de donner des leçons. Dans ces conditions, la focalisation sur la République islamique ne peut être vue que comme l’expression d’une volonté politique, des éditorialistes ou des experts médiatiques, d’utiliser cette question dans le dossier nucléaire iranien. Cela permet de justifier un des principes de la politique états-unienne : ne pas accorder les mêmes droits à tous les États en fonction de la façon dont Washington juge leur politique intérieure.

Dans Le Figaro, la dirigeante du mouvement des Moudjahidines du peuple et présidente du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), Maryam Radjavi, se sert de cette image négative de l’Iran pour mettre en avant son mouvement et demander que les Européens l’aident à prendre le pouvoir. Elle assure qu’aujourd’hui, les responsables de la République islamique oppriment plus durement que jamais une population qui rêve de les renverser, contestant le suffrage universel qui accorda au contraire une large majorité à Mahmoud Ahmadinejad et les sondages d’opinion qui attestent du soutien de sa population dans le dossier nucléaire. L’auteur affirme qu’en Iran, des syndicalistes ont eu la langue coupée et que des manifestants ont été pendus en place publique. Pis, elle dénonce le bombardement de villages. Après vérification, on note que seuls des sites en liens avec l’organisation de Maryam Radjavi confirment ces imputations. Bien que les tortures et exécutions soient censés être publiques et que des bopmbardements ne passent pas inaperçus, ces événements auraient donc échappé, à en croire l’auteur, à l’intégralité des diplomates et des correspondants de la presse étrangère basée à Téhéran. Le Figaro n’hésite pas à les relayer cependant via cette tribune qui, il est vrai, fait suite à l’achat d’espace publicitaire dans le quotidien par les Moudjahidines du peuple.

Bien que le processus de diabolisation en cours puisse déboucher sur un conflit et pourrait être les prémices d’une préparation de l’opinion à la « nécessité » d’une attaque militaire, on note une faible mobilisation des pacifistes sur ce dossier, contrairement à ce qui s’était passé pour l’Irak
On peut trouver plusieurs raisons à cela. Premièrement, la possibilité d’une attaque de l’Iran n’est pas nette, il n’y a rien d’assuré et rien ne semble imminent. Deuxièmement, le fait que l’Iran soit une République islamique joue sans doute un grand rôle. Un certain nombre d’opposants à la Guerre d’Irak assuraient que l’attaque était une mauvaise idée car elle abattrait un régime laïque et ferait le jeu des islamistes. Cet argument était révélateur des conceptions d’un certain nombre d’opposants au conflit, moins intéressé par le respect du droit international ou la volonté d’empêcher une boucherie que d’empêcher la progression des partis politiques islamistes dans le monde arabe. Dans un contexte occidental où non seulement le fondamentalisme, musulman est présenté comme bien plus dangereux que les autres fondamentalisme religieux mais aussi dans un contexte médiatique ou toute tentative de nuance de la mise en scène du péril « islamiste » est présentée comme une complaisance vis-à-vis de l’islamisme, il semble difficile pour les mouvements pacifistes de mobiliser contre une guerre en Iran. Dans un tel climat politico-médiatique, il est délicat pour les leaders politiques de prendre le risque de s’afficher comme un « partisan de l’islamisme ». A contrario, il suffit à Madame Radjavi de se dire laïque pour obtenir des soutiens politiques peu regardants sur les crimes commis par son organisation et sur ses liens affichés avec le département états-unien de la Défense.

L’intellectuel états-unien Noam Chomsky est l’un des rares auteurs à oser dénoncer la course vers la guerre dans la presse dominante. Dans The Guardian et El Periodico, il demande pour résoudre la crise que les États-Unis et Israël en finissent avec leur menace et que le Traité de non-prolifération soit renforcé. Il accuse les États-Unis de tenir un double langage et de refuser aujourd’hui à la République islamique ce qu’ils accordaient hier à la dictature du Shah. Toutefois, on ne peut s’empêcher d’être troublé par l’introduction de cet appel au calme qui reprend les pires éléments apocalyptiques, assurant que si on ne met pas un frein à la prolifération nucléaire, on pourrait provoquer la fin de l’espèce humaine.

Souvent on note une dissonance forte entre la presse dominante occidentale et la presse arabe sur les questions proche-orientales. Mais ce n’est pas le cas dans le dossier iranien. L’Iran est perse. Il reste mal perçu et est vue comme une puissance impérialiste et menaçante au même titre qu’Israël ou que les États-Unis.
Aussi dans Asharqalawsat, l’ancien directeur de la chaîne de télévision Al Arabya, Saleh Alkallab, estime que l’Iran a une volonté hégémonique régionale. Il redoute une guerre entre les États-Unis et l’Iran au même titre qu’un Iran nucléaire et rejette ces deux options, renvoyant également dos-à-dos Téhéran et Washington.
Dans Alquds al-Arabi, le correspondant en Irak du journal, Talal Maarouf Najem considère également négativement l’attitude iranienne et décrit un pays faisant historiquement preuve de duplicité. Ainsi, il estime que si l’Iran na pas attaqué un pays depuis plus de deux siècles, c’est parce que sa politique consiste à pousser les autres à le faire. Selon lui, l’Iran a déjà un plan précis de ce qu’il fera en cas d’attaque militaire et se tient prêt. Toutefois, le journaliste est convaincu qu’il ne s’agira pas d’une guerre classique mais d’une guerre menée pour le compte des États-Unis par les Kurdes iraniens et les Moudjahidines du peuple contre les mollahs.

Toutefois si la presse est presque unanime pour fustiger l’Iran, les dirigeants politiques ne s’accordent pas sur l’attitude à suivre. On note même des dissensions fortes chez les élites washingtoniennes.

Le 16 mai, l’ancien conseiller de sécurité nationale de Richard Nixon, Henry A. Kissinger, demandait dans le Washington Post que les États-Unis cessent de passer par les Européens pour discuter avec l’Iran. Pour lui, la situation actuelle ne mène nulle part et laisserait à terme les États-Unis entre le choix d’un Iran nucléaire ou d’une frappe militaire, deux options à éviter. Pour éviter cela, l’auteur demande que Washington abandonne l’idée du changement de régime et que soit mis au point un forum international sur le modèle de ce qui a été fait pour la Corée du Nord.

Il est impossible de savoir si cette position a eu une influence mais, le 31 mai, les États-Unis se déclaraient prêts à négocier directement avec l’Iran si Téhéran abandonnait l’enrichissement d’uranium.
Cette décision a provoqué un tollé chez les néoconservateurs et une réponse exaspérée de l’ancien conseiller de Donald Rumsfeld et figure des faucons états-uniens, Richard Perle. Selon lui, il est essentiel de poursuivre l’objectif du changement de régime en Iran. Il accuse Mlle Rice d’être tombée sous la coupe de l’establishment du département d’État et d’avoir convaincu Bush de reculer face à l’Iran. Il s’agace également de ne pas voir l’Iran Freedom Support Act du sénateur Rick Santorum être adopté. Notons que cette tribune n’est pas publiée dans le Washington Times ou le Wall Street Journal mais dans le Washington Post ce qui lui donne une dimension bien plus solennelle et apparaît comme une réponse aux suggestion du Dr. Kissinger.

Difficile de savoir au travers de cette passe d’arme si la position états-unienne marque un affaiblissement net et irréversible des néo-conservateurs, mais elle est assurément un camouflet pour ce courant.
Il est à noté qu’un certain nombre d’experts de l’American Entreprise Institute se répandent désormais dans la presse états-unienne pour dénoncer la politique de Condoleezza Rice.

Toutefois, malgré l’ire des milieux les plus extrémistes des élites états-uniennes, la position de M. Kissinger et de Mlle Rice va dans le sens de ce qu’attendaient les milieux atlantistes européens.
L’ancien ministre allemand des Affaires étrangères, Joschka Fischer, développe une analyse assez similaire à celle d’Henry Kissinger dans une tribune diffusée par Project Syndicate et publiée par le Korea Herald, Libération, le Washington post, Der Standard, Los Tiempos et sans doute bien d’autres journaux. Reprenant, comme souvent, les arguments des néo-conservateurs et les accréditant avant de s’éloigner de leurs solutions, il assure que l’Iran veut développer une arme nucléaire pour assurer son hégémonie au niveau régional et même au delà, que cela serait une menace pour Israël, pays envers lequel l’Europe a un « devoir moral », et entraînerait une course aux armements régional. Toutefois, l’auteur estime que l’option militaire ne serait pas bonne. Il demande donc aux États-Unis de renoncer à leur idée de changement de régime et de participer aux négociations en proposant en échange de l’arrêt du programme d’enrichissement iranien l’accès à la technologie nucléaire civile sous contrôle international accompagné de garanties de sécurité et d’une normalisation des relations commerciales et politiques. Si l’Iran devait refuser, l’auteur ne présente pas explicitement les options à utiliser, mais il adopte un ton menaçant.

En dépit de l’activisme néo-conservateurs, d’anciens responsables états-uniens se répandent désormais dans la presse pour expliquer ce qu’il faudra faire pour négocier avec les Iraniens, comme si cette issue était acquise. Ainsi dans le New York Times et l’International Herald Tribune, l’ancien secrétaire d’État Warren Christopher se réjouit de la reprise prochaine des négociations et donne ses conseils d’ancien négociateur lors de la crise des otages : discuter avec les bonnes personnes, être infiniment patient et ne pas hésiter à prendre des sanctions si les Iraniens refusent les conditions de la troïka.

Dan les mêmes quotidiens, Flynt Leverett, qui fut le conseiller de Condolleezza Rice au Conseil de sécurité national sur les questions proche-orientales, livre une tribune singulière qui est peut-être essentielle dans la compréhension de la position états-unienne actuelle. L’auteur constate que la Chine et la Russie développent leur influence en Iran. L’alliance entre Pékin, Moscou et Téhéran peut être un contrepoids de taille à l’influence états-unienne sur le Proche-Orient et surtout dans le domaine énergétique.
Compte tenu de ce texte, il est permis de se demander si le revirement états-unien du 31 mai n’est pas la prise en compte par le département d’État du développement de l’organisation de coopération de Shanghai. Une évolution que nous décrivions dans ces colonnes en novembre 2004 et qu’il aura fallu vingt mois à Washington pour intégrer à son raisonnement.

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1er juillet 2006

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Paris (France)

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 Iran
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 Contrôle du « Grand Moyen-Orient »

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« Non, les Iraniens ne veulent pas tous la bombe ! »

Auteur Maryam Radjavi

 Dirigeante du mouvement des Moudjahidines du peuple, Maryam Radjavi est présidente du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI).

Source Le Figaro (France)
Référence « Non, les Iraniens ne veulent pas tous la bombe ! », par Maryam Radjavi, Le Figaro, 29 juin 2006.

Résumé Un an après l’arrivée de Mahmoud Ahmadinejad au pouvoir, le régime iranien persiste dans sa volonté de développer l’arme atomique et de développer sa mainmise sur l’Irak tandis que le mécontentement prend de l’ampleur en Iran. En mai, un vent de révolte a grondé dans les villes de quatre provinces de l’ouest du pays à majorité Azéris, faisant dix morts. Une déferlante de trois cent mille personnes a traversé Tabriz. Au même moment, une vague de protestations étudiantes balayait le pays. Pendant la grève des chauffeurs de bus de Téhéran, en mars, plus de 1 000 personnes ont été arrêtées. Des grévistes ont eu la langue tranchée. Dans le sud-ouest du pays, à Ahwaz, plusieurs manifestants arrêtés, ont été pendus en public. Des villages ont été bombardés.
Ces mouvements ont un message clair : les Iraniens veulent un changement et sont prêts à en payer le prix. La thèse officielle de l’élan national autour du nucléaire n’est qu’un mensonge. La population sait qu’elle sera la première victime d’une dictature consolidée par la bombe. L’enjeu est de savoir si une dictature religieuse qui opprime son peuple et veut instaurer un empire intégriste peut s’armer de la bombe atomique ou non. Mais, alors que le peuple iranien montre chaque jour dans ses manifestations qu’il est prêt au changement, l’Occident préfère offrir des mesures incitatives au régime et impose des restrictions à la Résistance, qu’il taxe de « terrorisme ».
Nous sommes opposés à une intervention militaire qui ne ferait qu’attiser les souffrances du peuple iranien mais des négociations entre les États-Unis et l’Iran n’aurait pour effet qu’un échec cuisant. On n’évitera pas la guerre avec une politique de complaisance.
Alors qu’il réprime sauvagement les revendications des Iraniens, le régime joue à merveille la victime innocente de la communauté internationale. Il exploite à cet effet les conséquences dramatiques du conflit en Irak et abuse des sentiments légitimes de l’opinion publique et des associations pacifistes contre la guerre pour les attirer dans son giron. Il faut éviter ce piège. Se limiter à lancer le slogan « non à la guerre » sans donner d’alternative, c’est précisément ce que souhaitent les mollahs.
la seule option est le changement démocratique en Iran qui passe par les iraniens et la résistance.

« Une solution négociée à la crise nucléaire iranienne est à notre portée »

Auteur Noam Chomsky

 Noam Chomsky est professeur de linguistique à l’université du Massachusetts. Intellectuel engagé, il a pris depuis longtemps position contre l’impérialisme états-unien.

Sources The Guardian (Royaume-Uni), El Periodico (Espagne)
Référence « A negotiated solution to the Iranian nuclear crisis is within reach », par Noam Chomsky, The Guardian, 19 juin 2006.
« La crisis nuclear con Iran », El Periodico, 29 juin 2006.

Résumé Il ne pourrait y avoir de plus grande urgence qu’aujourd’hui dans l’arrêt de la prolifération nucléaire. Un échec aurait des conséquences terribles, peut-être la fin de la seule expérience biologique avec une haute intelligence.
Avant 1975, quand le Shah était au pouvoir, Washington soutenait ses programmes nucléaires. Aujourd’hui, on assure que l’Iran n’en a pas besoin et que Téhéran poursuit donc, nécessairement, un programme militaire secret. L’année dernière, Henry Kissinger assurait que l’Iran n’avait pas besoin de l’énergie nucléaire compte tenu de ses réserves pétrolières. Soit exactement le contraire de ce qu’il disait il y a 30 ans quand il était dans l’administration Ford en compagnie de Donald Rumsfeld, Dick Cheney et Paul Wolfowitz. Quand on le lui a fait remarquer, il a simplement déclaré qu’en 1976, l’Iran était un allié.
Les Iraniens ne sont pas aussi prêts que nous à oublier l’histoire. Ils se souviennent que les États-Unis ont équipé Saddam Hussein pour qu’il mène une guerre qui a fait des centaines de milliers de victimes. Ils se souviennent des sanctions économiques Bill Clinton et des menaces de George W. Bush. En mai 2003, d’après Flynt Leverett, le président iranien Khatami avait proposé à Washington des négociations en vue d’une normalisations des relations mais les États-Unis ont refusé. Les États-Unis ont également fait capoter un projet de Mohammed ElBaradeï sur un renforcement du Traité de non-prolifération que l’Iran avait accepté.
Pour sortir de la crise, il faut en finir avec les menaces états-uniennes et israéliennes, accepter le renforcement du Traité de non-prolifération et appliquer enfin l’article 6 demandant une réduction de l’arsenal nucléaire des puissances nucléaires.

« L’Iran, les États-Unis et le projet nucléaire : où sont-ils les Arabes... ? »

Auteur Saleh Alkallab

 Ancien ministre de l’information en Jordanie, Saleh Alkallab est journaliste dans le quotidien Asharqalawsat.

Source Asharq Al Awsat
Référence « إيران وأمريكا والمشروع النووي : أين العرب..؟ », par Saleh Alkallab, Asharqalawsat, 29 juin 2006.

Résumé Personne ne sait pourquoi le président iranien Ahmadinejad a repoussé sa réponse aux « incitations » européennes et états-uniennes, par rapport au nucléaire, jusqu’au mois d’août prochain. Un tel ajournement laisse penser que Téhéran vise principalement à gagner le maximum de temps lui permettant d’enrichir en cachette son uranium.
Certains s’interrogent : pourquoi l’Iran n’a-t-elle pas le droit de posséder la bombe atomique alors qu’un État agressif comme Israël, entre autres, en possède des centaines ? Ceux là pourraient avoir raison si l’empire des ayatollahs n’affichait pas des aspirations impériales dans la région.
Il ne suffit pas de s’opposer à Israël, comme fait le régime iranien, pour que nous les Arabes lui accordions notre soutien aveugle et inconditionnel. Les pays arabes, se limitant au rôle du spectateur dans le conflit nucléaire, ont raison d’avoir peur et de douter de vrais objectifs iraniens. D’ailleurs l’intervention du régime des Ayatollahs en Irak leur sert d’exemple pour mesurer la capacité de ce régime à menacer non seulement ses voisins, mais aussi des pays lointains.
En cas d’une confrontation militaire entre les États-Unis et l’Iran, tous les pays de la région en subiront les retombées. Même la solution pacifique à cette crise n’arrangera pas les pays arabes de la région. Vu que Téhéran s’arrogera le rôle du leader dans les affaires régionales, notamment dans les dossiers palestiniens et irakiens.
Les deux probables solutions pour la crise nucléaire iranienne n’arrangeront en aucun cas les pays arabes, et même les alliés de Téhéran. Car l’objectif du régime iranien, en enrichissant son uranium, n’est pas de faire face à Israël, mais de s’imposer dans la région.

« Que ferait l’Iran si il était vraiment attaqué ? »

Auteur Talal Maarouf Najem
Talal Maarouf Najem est journaliste et écrivain politique. Il est également correspondant de plusieurs journaux arabes dont Alquds al-Arabi, depuis l’Irak, où il vit actuellement.

Source Al Quds Al Arabi (Royaume-Uni)
Référence « ما الذي ستفعله ايران لو هوجمت حقا؟ », par Talal Maarouf Najem, Alquds al-Arabi, 27 juin 2006.

Résumé L’histoire iranienne montre que Téhéran n’a pas déclenché de guerre depuis plus de deux siècles. Ses responsables ne cessent pas de prétendre que même la guerre contre l’Irak leur a été imposée par le régime de Saddam. Oubliant, par ailleurs, que le régime iranien a, maintes fois lors de cette guerre, refusé le cessez-le-feu. Les défis lancés actuellement par l’Iran confirment le fait que ce pays ne cesse pas de pousser les autres aux conflits.
Si les Etats-Unis avaient attaqué l’Iran, à l’instar de l’Irak, le régime de Téhéran aurait sûrement pris les mesures suivantes :
1 -Transférer le commandement politique et religieux au nord du pays, pour empêcher une probable attaque de l’armée états-unienne par l’Afghanistan ou l’Irak.
2- Fermer le détroit d’Ormuz.
3- Arrêter d’injecter le pétrole iranien.
4- Emprisonner des ressortissants étrangers dans des endroits sensibles et vitaux dans la capitale, empêchant ainsi les forces US de la bombarder.
Mais le scénario que les commandements religieux et politique n’ont pas conçu, et qui peut changer la donne, concerne les plans impérialistes états-uniens et la situation interne iranienne. Vu que plusieurs communautés locales attendent l’occasion pour s’emparer du pouvoir. De même, les États-Unis vont jouer une carte offerte pas l’ancien régime irakien. Il s’agit de préserver les milices des Moudjahiddines du peuple dans leurs bases sur les frontières irako-iraniennes.
Dans le même cadre, les États-Unis encourageront le mouvement Kurde en Iran à se révolter contre le régime local, et probablement les combattants afghans à s’impliquer dans la guerre.
Quant aux pays du Golfe, ils préféreront jouer le rôle du spectateur qui attend le résultat final, sans par ailleurs se rendre compte qu’ils seront en train de jouer un rôle important dans le succès de l’invasion US.

« Un test nucléaire pour la diplomatie »

Auteur Henry Kissinger

 [Henry Kissinger] est ancien secrétaire d’État et conseiller de sécurité national états-unien. Il est président démissionnaire de la Commission d’enquête indépendante sur le 11 septembre. Il est président de Kissinger Associates

Source Washington Post (États-Unis)
Référence « A Nuclear Test for Diplomacy », par Henry A. Kissinger, Washington Post, 16 mai 2006.

Résumé La récente lettre de Mahmoud Ahmadinejad à George W. Bush doit être analysée sur différents niveaux. Elle peut être vue comme un moyen de retarder l’adoption d’une résolution à l’ONU. Mais on peut dépasser cette analyse et considérer que sa tonalité démagogique était le seul moyen de faire accepter une prise de contact avec les États-Unis à la frange la plus radicale de la population iranienne.
Aujourd’hui, les États-Unis doivent définir leur stratégie. En effet, une diplomatie ratée pourrait restreindre notre choix à un Iran nucléaire ou une offensive militaire. L’Iran a refusé le contrôle de son programme d’enrichissement de l’uranium ce qui rend impossible un contrôle de son armement. La situation en Iran est grave, les États-Unis ne peuvent pas se permettre de négocier au travers d’intermédiaires. Il faut mettre en place une négociation multilatérale dans la quelle les États-Unis pourront négocier avec l’Iran. Les États-Unis et leurs alliés vont devoir s’entendre sur le temps qu’ils peuvent consacrer aux pourparlers, ce qui demande de trouver un consensus sur le temps que mettra l’Iran pour obtenir l’arme atomique. Il faut abandonner l’idée de changement de régime en Iran. C’est certes un objectif souhaitable mais revenir sans cesse à cette perspective brouille les enjeux de la crise actuelle.
En fait, il faut utiliser la même politique de containment ferme que face à l’URSS. Il faut également mettre en place un forum de discussion collectif pour éviter que l’Iran ne joue des divisions entre ses interlocuteurs. Ce n’est que si cette solution échoue qu’il faudra songer à une action militaire.

« Pourquoi Bush a reculé sur l’Iran ? (demandez à Condi !) »

Auteur Richard Perle

 Richard Perle est chercheur à l’American Enterprise Institute (AEI), analyste à l’Institute for Advanced Strategic & Political Studies (IASPS), administrateur du Center for Security Policy, de la Foundation for the Defense of Democracies, du Jewish Institute for National Security Affairs (JINSA), de l’Hudson Institute, du Washington Institute for Near East Policy (WINEP) et ancien président du Defence Policy Board du Pentagone. Il est co-auteur de An End to Evil : How to Win the War on Terror.

Source Washington Post (États-Unis)
Référence « Why Did Bush Blink on Iran ? (Ask Condi) », par Richard Perle, Washington Post, 25 juin 2006

Résumé Le président iranien Ahmadinejad sait ce qu’il veut : des armes nucléaires, le moyen de les envoyer, la suppression de la liberté chez lui, la diffusion du terrorisme à l’étranger et la chute de l’idéologie servant de fondement à la démocratie libérale. George W. Bush sait aussi ce qu’il veut : la fin irréversible du programme nucléaire iranien, le développement de la liberté dans le monde et la victoire dans la guerre au terrorisme. Le département d’État et les Européens veulent des négociations.
Le 31 mai, l’administration Bush a proposé de rejoindre les discussions des Européens avec l’Iran. C’est un renoncement. Condoleezza Rice en passant du statut de conseillère de sécurité nationale à secrétaire d’État a gardé l’influence qu’elle avait sur George W. Bush mais elle est désormais au cœur d’un establishment diplomatique souhaitant avant tout jouer l’apaisement.
Le président sait que l’Iran s’attaque à nos intérêts et ment sur son programme nucléaire. Il le savait déjà en 2003. Pourtant après avoir déclaré qu’un Iran nucléaire était inacceptable, il a laissé à la troïka européenne le soin de faire des concessions. Et pendant trois ans, les Iraniens ont avancé vers leur objectif. Cela n’a pas empêcher les États-Unis de reculer encore, ce qui réjouit les Iraniens. Il y a 20 ans, j’ai vu le département d’État comploter contre Ronald Reagan pour le faire renoncer à sa politique de « changement de régime » en URSS. Les États-Unis n’ont jamais osé soutenir les Iraniens désireux de gagner leur liberté. Pourtant avec le second discours d’investiture du président Bush, ils ont cru qu’ils allaient recevoir de l’aide. Ce n’est pas le cas. Le département d’État s’est opposé à l’adoption de l’Iran Freedom Support Act du sénateur Rick Santorum.
J’espère qu’il n’est pas trop tard pour les Iraniens.

« Iran, la dernière chance »

Auteur Joschka Fischer

 Joschka Fischer est ancien ministre vert allemand des Affaires étrangères. Il est aujourd’hui professeur à Harvard.

Sources Washington Post (États-Unis), Libération (France), Korea Herald (Corée du Sud), Der Standard (Autriche), Los Tiempos (Bolivie)
Référence « Iran : last exit for diplomacy », par Joschka Fischer, Korea Herald, 27 mai 2006.
« Iran, la dernière chance », Libération, 29 mai 2006.
« The Case for Bargaining With Iran », Washington post, 29 mai 2006.
« Iran : Diplomatie-Chance lebt ... », Der Standard, 1er juin 2006.
« Irán : La última oportunidad para la diplomacia », Los Tiempos, 5 juin 2006.

Résumé La crise iranienne devient inquiétante. Il n’y a guère de doute que l’Iran veuille se doter de l’arme nucléaire et devenir une puissance musulmane hégémonique au niveau régional pour traiter à égalité avec les grandes puissances. C’est précisément cela qui distingue l’Iran de la Corée du Nord ; alors que cette dernière cherche à se doter de l’arme nucléaire pour conforter son isolation, l’Iran vise à dominer la région, et peut-être même au-delà. Pour atteindre ce but, l’Iran met à profit son influence régionale et instrumentalise le conflit israélo-palestinien, la Syrie et le Liban. Cette combinaison d’une aspiration hégémonique, d’une remise en question du statu quo régional et d’un programme nucléaire est extrêmement dangereuse.
Israël interpréterait l’acquisition de la bombe par l’Iran ou même sa capacité de la fabriquer comme une menace vitale, ce qui obligerait l’Occident à intervenir. Si l’Europe a une dette morale envers Israël, elle a également des préoccupations quant à la situation sur la rive orientale de la Méditerranée qui tient une place de première importance dans sa stratégie de sécurité. Or, si l’Iran a la bombe, cela entraînera une course à l’armement régional ce qui sera à terme une menace pour l’Europe. C’est pour cela que l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France ont entamé, il y a deux ans, des négociations avec l’Iran pour le persuader de renoncer à se doter des moyens de fabriquer la bombe. Cette initiative a échoué car les propositions européennes se sont heurtées à la crainte iranienne d’un changement de régime ainsi qu’à ses aspirations hégémoniques et sa quête de prestige sur la scène internationale. En outre, la guerre désastreuse déclenchée par les Américains en Irak a conduit les dirigeants iraniens à penser que la principale puissance occidentale était affaiblie au point de dépendre de leur bonne volonté. C’est une mauvaise analyse qui pourrait entraîner une confrontation. La question au coeur de ce conflit est de savoir qui domine le Moyen-Orient : l’Iran ou les États-Unis ? Les dirigeants iraniens sous-estiment le caractère explosif de cette question pour les États-Unis en tant que puissance mondiale et par conséquent pour le propre avenir de l’Iran.
Une action militaire serait une mauvaise option, il faut donc proposer un contrat de la dernière chance à l’Iran : l’arrêt à très long terme de son activité d’enrichissement de l’uranium, en échange d’un accès à la recherche et à la technologie nucléaire sous la supervision étroite de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA). Cette première étape serait suivie de la pleine normalisation des relations commerciales et politiques, avec des garanties de sécurité. Il faut que les dirigeants iraniens sachent que le prix à payer en cas de refus serait très élevé.
Il faut une unité de l’Occident et nous ne devons pas avoir peur d’une hausse du prix du gaz et du pétrole. La prise de conscience des terribles conséquences d’une confrontation militaire et celles tout aussi terribles d’un Iran nucléarisé doit inciter les États-Unis à abandonner leur politique de refus de négociations directes et leur espoir d’un changement de régime. La communauté internationale pourrait faire bloc autour de cette proposition qui est une option intéressante pour l’Iran. Mais s’il refuse ou ne respecte pas ses obligations, il s’isolerait totalement et légitimerait pleinement des mesures à son encontre. Ni la Russie ni la Chine ne pourront se permettre de faire bande à part au sein du Conseil de sécurité. Mais cette initiative ne peut réussir que si l’administration américaine en prend la direction au sein des pays occidentaux

« La course pour l’Iran »

Auteur Flynt Leverett

 Flynt Leverett est chercheur à la Brookings Institution. Il est ancien fonctionnaire au département d’État, analyste à la CIA et directeur des affaires moyen-orientales au National Security Council. Il est le rédacteur de la « feuille de route ».

Sources International Herald Tribune (France), New York Times (États-Unis)
Référence « The Race for Iran », par Flynt Leverett, New York Times, 20 juin 2006.
« A grand bargain, or else, International Herald Tribune, 21 juin 2006.

Résumé Alors que le monde regarde les manœuvres diplomatiques sur les discussions autour du programme nucléaire iranien, peu font attention à la compétition stratégique qui oppose les États-Unis, la Russie et la Chine. Cette concurrence ne fera pas que déterminer l’avenir nucléaire de l’Iran mais aussi son rôle économique, politique et militaire eu Moyen-Orient et au delà. Cela déterminera quel pays aura le contrôle des réserves pétrolières et gazières iraniennes.
Le refus de l’administration Bush de se lancer dans de vastes discussions avec l’Iran a servi la position russe et chinoise. L’Iran a des ressources pétrolières et gazières importantes, mais n’a pas les moyens de les exploiter pleinement du fait du manque d’investissements étrangers. La Chine investit de plus en plus en Iran tandis que les grandes compagnies énergétiques russes donnent des conseils aux Iraniens, pour le plus grand profit de Gazprom. Cela va également permettre à Moscou de contrecarrer ce qu’elle perçoit comme une tentative états-unienne d’affaiblir son influence en Asie centrale.
La décision de négocier avec l’Iran a fait les gros titres, mais n’est qu’un faible réajustement tactique. En refusant une vaste négociation avec l’Iran, l’administration Bush n’a pas réglé le problème nucléaire et risque de voir sa position au Moyen-Orient être concurrencer pour les décennies à venir.

 



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