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« L’art de la guerre »

Assiégés dans des forteresses

Les ambassades des États-Unis n’ont d’ambassades que le statut diplomatique. En réalité, ce sont des centres d’espionnage et de commandement militaire. Depuis la prise de « l’ambassade » de Téhéran et l’arrestation du personnel-espion, Washington est conscient de violer la Convention de Vienne. Aussi le département d’État transforme t-il ses « ambassades » en forteresses. Quoi qu’il en soit, elles restent des cibles du fait de leurs activités illégales.

| Rome (Italie)
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Le centre d’espionnage et de commandement militaire US à Kaboul, abusivement dit « ambassade »

À force d’entreprendre des guerres, les États-Unis se sont fait de plus en plus d’ennemis. Ils sont ainsi préoccupés par la sécurité de leurs ambassades, qui sont non seulement des sièges diplomatiques mais des centres opérationnels des services secrets et des commandements militaires. Le Département d’État, estimant que 85 % de ses ambassades sont vulnérables, a dépensé 6 milliards de dollars pour les renforcer avec du matériel anti-explosion et des barrières infranchissables. En même temps, il en construit de nouvelles, qui sont de véritables forteresses. La plus grande est celle de Kaboul, la plus grande du monde, qui abrite le quartier général OTAN/Isaf toujours sous commandement étasunien. Elle a coûté jusqu’à présent plus de 700 millions de dollars, et a été inaugurée le 14 février, mais d’autres édifices seront construits à l’intérieur de cette citadelle d’ici 2014, tandis qu’à Herat et Mazar el Sharif sont réalisés deux consulats fortifiés. Preuve que les USA n’entendent pas relâcher prise sur l’Afghanistan.

Lors de l’inauguration, le vice-ambassadeur Anthony Wayne assura que l’édifice construit, en attendant d’en réaliser trois plus grands de plusieurs étages, allait pour le moment fournir « une installation sûre et confortable pour 432 diplomates et membres du staff ».

Sept mois plus tard, le 13 septembre, l’ambassade a pourtant été attaquée par des insurgés. Et, pire encore, l’amiral Mike Mullen, chef d’état-major inter-armes (la plus haute autorité militaire), a déclaré que derrière cette attaque se trouve l’ISI, le service secret pakistanais. Un affront pour la stratégie annoncée en mars 2009 par le président Obama : après avoir assuré que les USA ne sont pas en Afghanistan pour le contrôler et décider de son avenir, mais pour affronter un ennemi commun, il a déclaré que l’avenir de l’Afghanistan est inextricablement lié à celui du Pakistan. Ce qui signifie, dans le langage du Prix Nobel de la Paix, que les USA considèrent les deux pays comme un seul théâtre de guerre.

Au Pakistan, cependant, on rencontre des résistances croissantes même au siège du gouvernement, bien que Washington fournisse à Islamabad une aide militaire de 2 milliards de dollars. Le gouvernement pakistanais a rejeté l’accusation de Mullen et sa requête de couper tout lien avec le groupe présumé auteur de l’attaque contre l’ambassade. Il a aussi refusé de laisser entrer des troupes étasuniennes dans la zone tribale à la frontière entre les deux pays, officiellement pour faire la chasse aux auteurs de l’attentat.

Le jour même où le gouvernement pakistanais a rejeté la demande, le 23 septembre, un drone de la CIA a cependant lancé deux missiles contre une maison, dans un village pakistanais de frontière, en tuant plusieurs personnes.

Depuis qu’en mai les Navy Seals ont donné l’assaut, au Pakistan, au présumé refuge de Ben Laden, dont le présumé cadavre a ensuite été jeté en mer, les attaques des drones se sont intensifiées. Ceci suscite une indignation populaire croissante. Si bien que l’ambassade étasunienne à Islamabad prévient ses concitoyens d’être attentifs aux « fréquentes manifestations anti-américaines (anti-étasuniennes, NdT) et anti-occidentales ». Tandis que ceux qui habitent à Kaboul sont avertis : « éviter les déplacements non nécessaires et les lieux fréquentés par des occidentaux ». Et, au premier avis de danger, de courir s’enfermer dans l’ambassade-forteresse. Elle aussi, quand même, pas très sûre.

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

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