« Libérer une nation de l’emprise d’un tyran »

Freeing a Nation From a Tyrant’s Grip
New York Times (États-Unis)

[AUTEUR] [Colin L. Powell] est secrétaire d’État des États-Unis. Il a été assistant aux affaires de sécurité nationale du président Reagan (1987-1989) et chef d’état-major de l’armée états-unienne (1989-1993) sous la présidence de George Herbert Walker Bush.

[RESUME] Récemment l’archevêque catholique zimbabwéen Pius Ncube m’a décrit combien la vie était devenue insupportable dans son pays en raison des violations des droits de l’homme. Pour des centaines de milliers d’habitants du Zimbabwe, le pire est déjà advenu avec la famine entraînée par la réforme agraire de Robert Mugabe, réalisée au nom des pauvres paysans noirs, mais qui a été conduite au profit de ses fidèles.
L’économie du pays s’est totalement effondrée et le régime de Mugabe est de plus en plus répressif. Son principal opposant a été arrêté et exposé au public uniquement parce qu’il avait appelé à la grève contre la politique économique. Tôt ou tard ce régime s’effondrera, mais combien de Zimbabwéens devront souffrir avant cela ?
Les États-Unis et l’Union européenne ont pris des mesures contre le régime de Mugabe et soutiennent l’opposition zimbabwéenne, mais nous ne parviendrons pas à le renverser sans l’aide des Africains, de l’Afrique du Sud notamment. Il faut pousser à l’organisation de la transition, condition nécessaire à ce que nous aidions économiquement le pays.

« Sortir le monde arabe de son désespoir socio-économique »

Remarks from His Majesty King Abdullah II of Jordan
services de presse du Forum économique mondial

[AUTEUR] Abdallah II de Jordanie est roi de Jordanie. Sa femme Rania est administratrice du Forum économique mondial.

[RESUME] Alors qu’à Davos nous avions discuté de la guerre, nous parlons aujourd’hui de la paix, de la reconstruction de l’Irak, de la constitution d’un gouvernement irakien crédible et de la solution des deux États en Israël.
La « feuille de route » offre aux Israéliens de sérieuses garanties de sécurité et une normalisations de leurs rapports avec leurs voisins arabes. Elle offre aux Palestiniens, la création d’un État d’ici à 2005. Pour que ce plan fonctionne, il faut un engagement de la communauté internationale. Toutes les parties veulent la paix et ce forum va servir à collaborer pour parvenir à cet objectif.
Ce forum doit aussi servir à sortir le monde arabe de son désespoir socioéconomique. La moitié de la population arabe a moins de 18 ans. Elle doit profiter des opportunités offertes par la globalisation. Pour cela nous devons agir et créer un environnement dans lequel la population pourra se développer grâce à la paix, la stabilité et les droits politiques. Nous avons pris de telles mesures en Jordanie, mais aucun pays ne peut avancer en étant isolé et nous devons travailler ensemble.

« Garantir la liberté économique des Irakiens »

Address by Ambassador L. Paul Bremer III
services de presse du Forum économique mondial

[AUTEUR] [L. Paul Bremer III] est administrateur civil états-unien en Irak.

[RESUME] Après 30 ans de gouvernement totalitaire, les Irakiens sont enfin libres. Une société civile est en train d’émerger, la sécurité est en train de revenir et une presse libre se forme. George W. Bush et Tony Blair ont clairement exprimé leur souhait de voir un Irak libre, en paix avec ses voisins et dirigé par un gouvernement démocratique et représentatif.
Pour cela nous devons d’abord assurer la sécurité et nous devons donc mettre en place une police et une nouvelle armée irakienne. Ensuite nous transformerons politiquement l’Irak en mettant en place un Conseil politique représentatif de la société irakienne. Notre troisième priorité, plus immédiate, est économique et elle vise à garantir la liberté économique des Irakiens et la reconstruction du pays qui, avant guerre, avait 50 % de chômeurs et dont l’État allouait pourtant le tiers de son budget à l’armée. L’Irak souffre des maux économiques typiques des pays à l’économie contrôlée par l’État et manquant de liberté. Le marché alloue mieux les richesses que les politiciens.
Nous devons donc diminuer les subventions du secteur public et favoriser le secteur privé en encourageant les PME, en libéralisant l’économie et en incitant l’arrivée des investisseurs étrangers. L’Irak a des atouts et peut relever le défi économique. Le pétrole sera utile et il profitera à tous, soit sous la forme de dividendes comme en Alaska, soit en alimentant un fonds commun où sera puisée l’aide sociale le temps de la transition à une économie de secteur privé.
J’ai été homme d’affaire pendant 14 ans et je suis optimiste pour l’avenir de l’Irak.

« Recoller les morceaux à Gaza »

Picking up the pieces in Gaza
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Peter Hansen est le Commissaire général de l’Agence humanitaire des Nations unies pour les Réfugiés de Palestine (UNRWA).

[RESUME] Tous les jours, des habitations de Palestiniens sont détruites par des bulldozers ou des explosifs israéliens. Depuis le début de l’Intifada, 32 habitations par mois étaient détruites en moyenne. Pour l’année 2003, cette moyenne est montée à 72. La « feuille de route » ne semblant rien changer.
La plupart de ceux dont on détruit la maison ne sont pas les familles de kamikazes ou de personnes recherchées par Israël, mais des personnes qui habitent au mauvais endroit et dont l’habitation gêne les infrastructure de sécurité israélienne ou les colonies. La plupart des destructions se font de nuit. Les Palestiniens sont réveillés en pleine nuit par des appels au mégaphone qui leur intiment l’ordre de sortir avant que leur maison soit détruite. Ils ne peuvent emporter que ce qu’ils peuvent porter sur eux à ce moment-là.
L’United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees (UNRWA) tente d’aider les sans abris en les relogeant et en leur fournissant une assistance psychologique. Malheureusement nous manquons de fonds. Nous comprenons la préoccupation d’Israël pour sa sécurité, mais il n’y parviendra pas en créant de la frustration.

« S’attaquer aux racines des attaques contre les juifs »

Grasping the root of assaults on Jews
Jerusalem Post (Israël)

[AUTEUR] Survivant de la Shoah, [Abraham H. Foxman est directeur national de l’Anti-Defamation League et a été un membre de la délégation états-unienne à la réunion de la conférence contre l’antisémitisme, organisé à Vienne par l’OSCE. Cette délégation était dirigée par Rudolph W. Giuliani.

[RESUME] L’antisémitisme connaît une recrudescence sans précédent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais la situation est différente de celle des années 30-40, car les juifs ont aujourd’hui une patrie pour refuge et une super puissance comme défenseur.
La réunion de Vienne de l’OSCE s’est conclue par un espoir partagé de voir l’Europe agir contre cette haine. Nous espérons que cette conférence va donner lieu à la création d’une structure permanente qui luttera contre l’antisémitisme en Europe. L’Europe a été pendant des siècles la patrie de l’antisémitisme et, encore aujourd’hui, elle a du mal à admettre ce problème et préfère le présenter comme une dénonciation de la politique israélienne. Si l’Europe soutient les Palestiniens, contrairement aux Américains qui soutiennent Israël, c’est en raison de la couverture médiatique européenne du conflit. Il ne doit cependant pas y avoir de différence d’opinion concernant les attaques contre les juifs et la négation des droits du peuple juif. Les Européens et les Américains sont venus à Vienne pour dénoncer les attaques contre les juifs et admettre que les racines de ces attaques ont leur racine dans le même extrémisme d’où est né le terrorisme qui menace notre civilisation.
Les attaques contre Israël doivent être vues comme un avertissement par l’Occident. L’Europe doit prendre des mesures concrètes contre l’antisémitisme en se mettant aux côtés des États-Unis. L’Europe ne doit pas être la complice d’une nouvelle tentative d’extermination.

« Iran : derrière les combattants de la liberté »

Iran : Back the Freedom Fighters
Washington Post (États-Unis)

[AUTEUR] Michael Ledeen est éditorialiste régulier de National Review. Il est l’auteur de The War Against the Terror Masters. Il détient la chaire de la Liberté à l’American Enterprise Institute. À ce titre, il fut l’un des principaux organisateurs du dîner de gala du 26 février dernier au cours duquel le président Bush prononça son discours sur l’avenir de l’Irak. Michael Ledeen est l’un des experts du cabinet de relations publiques Benador Associates.

[RESUME] Les reportages qui échappent au contrôle du pouvoir le montre : les manifestations en Iran sont plus que des rassemblements d’étudiants. Elles regroupent désormais des personnes de tous âges, de toutes classes et de toutes régions. Ces manifestants demandent la fin du régime islamique et l’élection d’un gouvernement séculier et démocratique.
Pendant de nombreuses années, beaucoup ont cru que les mollahs verraient leur pouvoir absolu limité par les réformes progressives, mais Khatami a échoué et les manifestants ne veulent plus de réformes, ils veulent la liberté. Nous assistons à la fin de la mollahcratie, ce régime qui a opprimé son peuple et soutenu le terrorisme, du Hezbollah au Jihad islamique, du Hamas à Al Qaïda. Les manifestants savent que s’ils arrêtent leur mouvement, ils seront abattus ou torturés et les dirigeants du régime ont une crainte similaire. Même si je doute que les manifestants veuillent autre chose que leur destitution, ils ne veulent pas les punir comme ils le méritent.
Il est surprenant que certains commentateurs et politiciens américains affirment aujourd’hui qu’ils ne faut pas soutenir verbalement ou matériellement les manifestants en affirmant que de telles prises de positions seraient contre-productives. Cet argument « contre-productif » nous l’avons entendu souvent par le passé, avant que nous ayons un président qui ait le courage de dénoncer le régime de Téhéran. Ceux qui critiquent George W. Bush devraient avoir honte de leur couardise.
Il faut soutenir le peuple iranien dans sa lutte car c’est aussi dans notre intérêt, plus encore que de renverser Saddam Hussein, de porter un coup aux terroristes.

« Un peu de patience, s’il vous plaît ! »

Un peu de patience, s’il vous plaît !
Le Figaro (France)

[AUTEUR] John Holmes est ambassadeur du Royaume-Uni en France.

[RESUME] J’ai été déçu par la façon dont la presse française s’est emparée de la question des armes de destruction massive irakiennes en accusant George W. Bush et Tony Blair de tromperies. Pourtant, les armes de destruction massive ont bien été à l’origine de notre intervention et il importe de savoir ce qu’elles sont advenues.
On sait que Saddam Hussein a développé des armes de destruction massive ultra sophistiquées et qu’il les a utilisées contre l’Iran et contre son peuple à Halabja, faisant 31 000 morts. Ces programmes ont été recherchés par les inspecteurs pendant sept ans avec quelques succès malgré les nombreux obstacles mis sur leur route. Saddam Hussein a mis brutalement fin aux inspections en 1998 bien que les inspecteurs soient convaincus qu’il restait des armes de destruction massive en Irak. La résolution 1441 ordonnait à Saddam Hussein de présenter un rapport complet sur ces armes, mais celui-ci était rempli d’incohérence et les renseignements que nous avons obtenus tendaient à démontre qu’il ferait tout pour les conserver.
Nous n’avons pas fait la guerre en raison d’une menace immédiate, mais pour éviter que l’Irak développe son arsenal et pour éviter que ces armes ne tombent entre les mains de terroristes, même si les liens avec Al Qaïda n’ont pas été prouvés. Aujourd’hui, on prétend que nos dirigeants ont inventé des rapports de renseignement ou les ont exagérés pour justifier l’intervention. Cette croyance se base sur trois éléments :
-  Des sources anonymes prétendant que le gouvernement britannique avait détourné les renseignements récoltés sur l’Irak. Affirmations que le gouvernement a démenti.
-  Un faux grossier accusant l’Irak d’importer de l’uranium, dossier dont nous n’étions pas la source.
-  Une rapport universitaire inséré dans un rapport du gouvernement, insertion dont nous avons reconnu qu’ils ’agissait d’une erreur. Cependant, il ne touchait pas à la question des armes de destruction massive, mais au traitement des Irakiens, informations qui se sont révélées exactes.
Nous ignorons pourquoi les armes de destruction massive n’ont pas été utilisées contre nos troupes, ni pourquoi la Grade républicaine irakienne n’a pas défendu Bagdad. L’Irak est grand et le gouvernement britannique présentera un jour les éléments en sa possession, un peu de patience.

« Mourir de rire »

Mourir de rire
Le Monde (France)

[AUTEUR] Ali Lmrabet est journaliste marocain et directeur des journaux satiriques « Demain Magazine » et « Doumane », sa version arabe. Il vient d’être condamné à 3 ans de prison. Il a commencé une grève de la faim le 6 mai.

[RESUME] Je suis entré dans ma septième semaine de grève de la faim et je suis extrêmement faible. Cela fait une semaine que je suis au sixième étage de l’hôpital Avicenne de Rabat, lieu de réclusion des malades de la prison de Salé. Malgré tout, je rie.
Je rie quand je lis que notre ministre de l’Information, l’ex-communiste Nabil Benabdallah, déclare que je ne suis pas un « journaliste » mais un « calomniateur », alors que ma carte de journaliste pour 2003 porte sa signature et qu’il a été jugé dernièrement, entre autres, pour calomnies Il a cependant raison, je ne suis pas un journaliste au sens où l’entend le pouvoir. C’est-à-dire un homme rompu à l’autocensure pour éviter les problèmes, les tentatives d’intimidations et les procès. Pas des procès pour calomnies, mais pour « trouble à l’ordre public » ou « outrage au roi ».
Lors de mon procès, le procureur a déclaré que mes fautes étaient d’une « gravité extrême ». Ma faute est d’avoir brocardé les mœurs hypocrites de notre classe politique en créant un journal parodique. Nos dirigeants ont cru que nos deux publications satiriques étaient un nouveau parti politique d’opposition.
Tant que je suis conscient, j’empêcherai le pouvoir de faire de moi un exemple pour intimider les journalistes indépendants. Tant que le mal invisible n’a pas envahi mon cerveau, je continuerai à rire de ceux qui m’ont envoyé en taule parce qu’ils croient que je suis un parti politique.

« Comment la loi sur l’ASIO ravage nos droits civils »

How the ASIO bill ravages your civil rights
The Age (Australie)

[AUTEURS] Claire Mahon et Karyn Palmer sont juristes au Law Institute de Victoria en Australie.

[RESUME] Aujourd’hui, en Australie, vous pouvez être arrêté chez vous ou sur votre lieu de travail et être détenu pendant sept jours pour interrogatoire. Vous n’avez rien fait, mais vous détenez des informations qui intéressent l’Australian Security Intelligence Organisation (ASIO). Si vous refusez de coopérer, vous pouvez être condamné à cinq ans de réclusion. Vous n’aurez droit à un avocat que si vous en connaissez un nominalement et que vous le désignez. Ce dernier ne pourra de toute façon pas intervenir pendant l’interrogatoire et il pourra être récusé par l’ASIO. Pendant la période d’interrogatoire vous ne pourrez pas contacter votre famille ou vos amis. Les agents chargés de vous interroger ne pourront pas vous frapper, mais comme leur identité est ultra secrète, s’ils vous frappent vous ne pourrez pas porter plainte.
C’est ce genre de mesure qui est prévu par l’ASIO Bill, une loi qui sera adoptée car l’opposition a accepté de la voter contre quelques menus aménagements. Cette loi anti-terroriste revient sur des droits fondamentaux comme le droit au silence ou la présomption d’innocence et limite fortement les droits de la défense. Cette loi est un grave danger pour les libertés fondamentales des citoyens australiens.