« Au-delà d’une construction nationale »

Beyond Nation-Building
Washington Post (États-Unis)
La version française de ce texte est disponible sur le fil diplomatique du Réseau Voltaire.

[AUTEUR] [Donald Rumsfeld], figure emblématique de l’industrie pharmaceutique et du lobby militaro-industriel, fut secrétaire à la Défense du président Gerald Ford (1975-77) et l’est à nouveau aujourd’hui sous la présidence de George W. Bush (depuis 2001). Voir le dossier que le Réseau Voltaire lui consacre.

[RESUME] De nombreux journaux ont déclaré que le plan de guerre en Irak avait échoué, sans support international ni anticipation de la résistance irakienne et avec des troupes trop peu nombreuses. Pourtant la Coalition a pris Bagdad en 21 jours et un plan innovant est mis en place pour gagner la paix. Pourquoi certains ont-ils prédit l’échec dès les premières semaines de la guerre ?
Une raison, je suppose, est que le plan du général Frank était inhabituel, de même pour les efforts actuels en Irak : la nouvelle approche du général John Abizaid et de l’ambassadeur L. Paul Bremer est différente des efforts de construction nationale précédents. Je pense, malgré les dangers réels, que notre succès aura un impact important sur le futur de l’Irak et sur les prochaines actions internationales.
Nous agissons en Irak selon les mêmes principes qu’en Afghanistan. Les États-Unis n’aspirent pas à diriger ces pays. L’utilisation d’armes de précision accompagnée d’aide humanitaire immédiate a montré que nous sommes une force de libération. Dès que les plus grandes opérations militaires ont été finies, nous avons travaillé avec les Afghans pour établir un gouvernement provisoire et une armée nationale.
Le défi militaire en Irak est profondément différent. Mais nous avons fait de solides progrès en matière de gouvernance : des conseils municipaux, un conseil de gouvernement irakien, une banque centrale indépendante, une force de police et une armée irakiennes ont été établis beaucoup plus rapidement qu’en Allemagne après la Seconde Guerre mondiale.
Une présence étrangère est toujours contre nature. Quand elle impose sa solution, elle crée une dépendance. L’exemple du Kosovo le montre bien : les décisions du Parlement ou des ministres ne sont pas valides sans signature de l’ONU. Notre objectif n’est pas de créer une dépendance, mais d’encourager l’indépendance irakienne. Une stabilité durable ne peut venir d’une présence étrangère, mais du développement d’institutions locales.
Les efforts de la Coalition en Irak et en Afghanistan portent leurs fruits : l’Afghanistan est sur la route de l’indépendance et de la stabilité et est devenu un allié pour la liberté représentant la modération dans le monde musulman ; en Irak, le régime est déchu et les Irakiens prennent leurs responsabilités dans la construction d’une nouvelle nation.
Ce n’est pas pour sous-estimer la situation en Irak. Des terroristes et des nostalgiques de Saddam Hussein veulent freiner ces efforts. Mais les forces de la Coalition font face à la menace et la situation s’améliore. En fait, la menace principale vient des effets psychologiques et physiques de trois décennies d’oppression stalinienne.
Pour aider l’Irak, nous devons agir avec humilité et laisser les Irakiens construirent leur démocratie. Ce projet est dangereux, difficile et coûteux, mais les bénéfices de son succès légitiment largement cette prise de risque. Nous devons être patients et l’Irak deviendra un modèle de transition démocratique. Nous aidons les Irakiens à construire leur nation, mais ne le faisons pas à leur place, avec la sagesse de comprendre cette distinction.

« Utiliser les précédents internationaux pour trouver une stratégie en Irak »

Using international precedents to find a system that suits Iraq
Gulf news (Émirats Arabes Unis)

[AUTEUR] Amir Taheri est un auteur et journaliste iranien.

[RESUME] La France, l’Allemagne et quelques nostalgiques de Saddam Hussein se plaignent de la nature non démocratique du Conseil de gouvernement Irakien. Les Nations unies lui ont demandé de se présenter devant le Conseil de sécurité, mais sans occuper le siège irakien à l’ONU. Même ceux qui ont soutenu la libération de l’Irak critiquent l’incapacité du Conseil à prendre des décisions rapides.
Mais la roue de la fortune a tourné. Les ambassades irakiennes refonctionnent avec de nouvelles nominations dans 60 pays et le Conseil a été reconnu par la Ligue arabe, L’Organisation des conférences islamiques (OIC), l’OPEP et les autorités religieuses. Même pour la France et l’Allemagne, ce Conseil est devenu une pièce centrale dans la stratégie proposée sous les auspices des Nations unies. De dures années attendent l’Irak, mais ce pays a tous les éléments pour arriver à un réel succès.
Pour cerner la situation en Irak, il faut comprendre le rôle primordial des États-Unis (ce que les opposants évitent en croyant à l’existence d’un pont entre le Conseil et les États-Unis.) Trois modèles pour la période de transition en Irak sont en études.
- Le premier modèle, soutenu par Kofi Annan, est celui du Timor oriental, sous mandat des Nations unies jusqu’à l’émergence d’un gouvernement librement élu.
- Le second est celui du Cambodge, où l’ONU travaille avec un gouvernement déjà existant. Ce projet est soutenu par la France et l’Allemagne. L’administration Bremer se transformerait alors en simple programme d’aide à l’Irak.
- Le dernier modèle est celui de l’Afghanistan, où les États-Unis restent en position dirigeante aux côtés du gouvernement. Bremer veut ainsi aider le gouvernement, avec un droit de veto jusqu’à l’élection d’un gouvernement.
L’administration Bush doit faire comprendre qu’il est pire d’exposer l’Irak aux rivalités diplomatiques que de mettre en place un soutien matériel et militaire minimum de l’ONU. La France et l’Allemagne ne veulent pas une réélection de George W. Bush et veulent pour cela que les États-Unis perdent le contrôle de l’Irak. Ils devraient se présenter au contraire comme les sauveurs de l’Irak, que George W. Bush et ses « néo-cons » ont plongé dans le désordre.

« Réformer enfin les Nations unies »

Réformer enfin les Nations unies
libération (France)

[AUTEUR] Jacques Amalric est ancien directeur de la rédaction de Libération.

[RESUME] Il y a quelques mois, on disait les Nations unies exsangues, sinon mortes. Voici pourtant 90 chefs d’État et de gouvernement qui, participant à la 58ème Assemblée générale de l’ONU, ont ou vont évoquer la nécessité de conforter les Nations unies en la réformant (à l’exception notable de George W. Bush.)
Kofi Annan, qui prêche depuis plusieurs mois une « réforme radicale », ne peut qu’être satisfait. Mais il faut que ces paroles se transforment en actes, afin d’éviter le scénario d’après la chute du communisme.
On veut nous expliquer l’incapacité de l’ONU par la difficulté de consensus à 191. Cela est pourtant irrecevable au vu de l’article 18 de la Charte de 1945 permettant à une majorité de deux tiers de modifier cette organisation. Le même article donne aux membres permanents du Conseil de sécurité le droit de veto qui désigne les véritables responsables du statu quo : ces derniers sont peu enclins à voir rogner leurs privilèges hérités de la Deuxième Guerre mondiale et de la décolonisation.
Trois d’entre eux font dans le cynisme et ne cachent pas leur hostilité à toute réforme : les États-Unis, qui voient l’ONU, au mieux, comme une institution à leur service à but strictement humanitaire ; la Chine et la Russie sont résolument opposés à tout ce qu’elles considèrent comme des tentatives d’ingérence dans leurs affaires « intérieures », du genre Tchétchénie ou Tibet.
Les positions de Londres et Paris sont ambiguës : Chirac reste farouchement attaché au droit de veto, quitte à accroître le nombre de membres permanents. Ces attitudes sont souvent dénoncées par les pays du Sud. Mais ceux-ci sont incapables de se mettre d’accord sur leurs candidats.
La réforme de l’ONU est donc de longue haleine, surtout si George W. Bush est réélu en 2004. Il faudrait juste qu’un membre permanent ait le courage de placer dans le débat le tabou des tabous : ce droit de veto symbole d’un temps révolu.

« Vers le sommet Bush-Poutine »

Toward the Bush-Putin summit
Washington Times (États-Unis)

[AUTEUR] Dmitri Rogozin préside le Comité des Affaires étrangères de la Douma de Russie.

[RESUME] Le prochain sommet russo-américain à Camp David sera la 9ème rencontre entre les actuels présidents. La régularité de ces sommets est bénéfique pour ces relations bilatérales, mais aussi pour la stabilité internationale.
La réduction de la menace nucléaire est un des résultats positifs de ce rapprochement. La déclaration sur leurs nouvelles relations stratégiques de mai 2002 a marqué la fin des menaces et le début d’une alliance. Mais les relations entre ces deux pays ne sont pas exemptes de trouble, ce qui ne veut pas dire qu’ils sont incapables d’éliminer les contradictions d’idées. Les sentiments anti-américains sont plus forts en Europe qu’en Russie. Les intérêts nationaux et les ambitions géopolitiques de chacun sont discutés ouvertement et honnêtement pour le bien du monde et la sécurité internationale.
Tristement, le moment charnière de ce processus a été les attaques du 11 septembre. La lutte nécessaire contre le terrorisme a rapproché ces deux pays. Et Poutine ne fit pas cela par compassion, mais du fait d’un besoin objectif. L’expérience conjointe en Afghanistan pour éliminer les Taliban montre les occasions qu’offre une coopération effective dans la lutte contre le terrorisme international.
Cependant cette lutte ne peut pas se limiter à des actions militaires d’élimination mécanique. C’est pourquoi la Russie s’est opposée à la campagne américaine en Irak. Bien que les actions militaires étaient brillantes, leurs conséquences peuvent être vues comme très négatives.
L’expérience irakienne a seulement confirmé la nécessité de correction du principe « si vous voulez la paix, préparez-vous à la guerre ». C’est aussi la position de la Corée du Nord qui a officiellement déclaré la reprise de son programme nucléaire. Cela doit être traité avec beaucoup de sérieux car la Corée du Nord n’est pas le Golfe Persique.
La coordination des efforts américano-russes pour contrer le terrorisme international est devenu très urgente et représente un grand espoir pour permettre au monde moderne de répondre à ses problèmes fondamentaux.

« Les colons sourient »

The settlers are smiling
Haaretz (Israël)

[AUTEUR] Meron Benvenisti est un ancien député maire de Jérusalem et désormais un analyste politique.

[RESUME] Transférer une population juive vers les territoires occupés (l’utilisation de ce terme n’est pas accidentelle) est illégal et menace le futur d’Israël en provoquant de violents conflits.
Un article d’Haaretz montrait que les implantations avaient coûté entre 11 et 12 milliards de dollars, sans compter les coûts directs de défense. Ces données devraient montrer que les implantations sont un obstacle à la paix et persuader la population qu’Israël n’a plus les moyens de continuer cette aventure.
Mais l’expérience du passé montre que les arguments financiers ne sont pas suffisants. Surtout depuis que la démographie dans les implantations a provoqué l’extension des zones occupées de façon indépendante du gouvernement.
En fait, il est possible que l’argument financier agisse finalement en faveur du système d’implantation :
- Parler des implantations comme une entité sans différenciation géographique permet de les concevoir comme un « secteur » à part entière.
- Mettre en avant les « dépenses irrégulières » montre l’inégalité des allocations de ressources entre les territoires occupés et Israël et donc la capacité des implantations à se passer des aides du gouvernement.
L’émergence de banlieues dortoirs autour de Tel Aviv et Jérusalem a facilité l’extension des activités commerciales, ce qui réduit la dépendance au gouvernement et pousse les colons à défendre eux-mêmes leurs intérêts au détriment de la liberté des Palestiniens et de la paix.
Les leaders des colons peuvent sourire car ils ont déjà « privatisé » la plupart des implantations. L’argument financier n’est pas bon : une chose mauvaise, illégale, violente et destructrice n’a pas de prix.