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Lutte de factions dans l’administration Bush

L’affaire Valerie Plame secoue Washington. Le 14 juillet dernier, l’éditorialiste du Chicago-Sun et de CNN, Robert Novak tentait de discréditer l’ambassadeur Joseph Wilson qui venait d’infirmer publiquement les allégations de l’administration Bush à propos d’achat par Saddam Hussein d’uranium au Niger. Pour ce faire, Novak accusait l’ambassadeur d’avoir été pistonné par son épouse, laquelle était une agente de la CIA. Le propos était d’autant plus malveillant qu’on aurait pu décrire la même situation en termes inverses et prétendre que l’ambassadeur Wilson servait de couverture à son agente de femme.
Quoiqu’il en soit, l’ « outing » d’une agente était un coup de plus porté à la CIA après les pressions de la Maison-Blanche et du Pentagone pour fabriquer des preuves contre l’Irak. Peut-être un coup de trop puisque, en retour, l’Agence décidait de porter plainte pour violation du secret et mettait directement en cause le secrétaire général de la Maison-Blanche, Karl Rove. Dans le Los Angeles Times, Jim Marcinkowski, un ex-agent de la CIA ami des Wilson, exige des sanctions. Le fonctionnaire auteur de la fuite, M. Rove ou un autre, est passible de 10 ans d’emprisonnement et 50 000 dollars d’amende. Dans le même quotidien, Max Boot, qui émarge dans un cabinet de relations publiques travaillant pour Israël, minimise la question : l’agente n’était plus en service et l’affaire serait montée en épingle par les démocrates au sein de la CIA. Surtout, cette polémique viserait à faire oublier le vrai scandale la sous-estimation par la CIA du terrorisme islamiste et de la menace irakienne.
Vu d’outre-Atlantique, on pourrait interpréter ce débat comme une révolte de l’administration contre l’équipe Bush sur fond de campagne électorale présidentielle. Ce serait une erreur. La lutte se déroule à l’intérieur de l’équipe Bush. La CIA et le Pentagone, pourtant en perpétuelle rivalité, font bloc pour éliminer Karl Rove, à qui ils reprochent de privilégier les questions de politique intérieure. Il est d’ailleurs intéressant de noter que la première personne à avoir mis en cause Rove n’est autre que Robert Novak, celui là même qui avait révélé l’appartenance de Valérie Plame à la CIA. Étrange pratique journalistique que de dénoncer sa source alors même qu’on révèle une information confidentielle.
La mise en cause du secrétaire général de la Maison-Blanche ne vise donc pas à atteindre le président, même si les Démocrates peuvent instrumentaliser la polémique, mais à faire sauter la seule opposition existante dans l’équipe Bush à une nouvelle expédition militaire en période électorale.

Au Royaume-Uni, Tony Blair n’en finit plus de se justifier. Dans un discours prononcé au congrès de son parti et reproduit par The Age, il s’affirme inébranlable alors que, selon les sondages, ses concitoyens souhaitent majoritairement sa démission. Pourtant la réalité irakienne semble de plus en plus difficile à contrôler. Alors que le Pentagone pensait pacifier progressivement le pays au fur et à mesure de l’élimination des forces loyalistes du despote, c’est au contraire que l’on assiste. La population, dès qu’elle peut résoudre ses problèmes de survie quotidiens, manifeste son opposition à l’envahisseur. De retour de Bagdad, Gary Anderson explique dans le Washington Times comment la Coalition forme une unité locale de contre-guérilla. Tandis que l’analyste Tammy Arbuckle préconise dans le New York Times de s’inspirer des techniques égyptiennes de contrôle du territoire pour mener ces opérations. La « guerre au terrorisme » devait être l’extension au Proche-Orient de la « guerre de basse intensité » conduite pendant cinquante ans en Amérique latine, elle pourrait effectivement susciter les mêmes guérillas et s’avérerait alors incompatible avec les projets d’occupation.

Dans le Christian Science Monitor, Pat M. Holt se demande, quant à lui, ce que deviennent les libertés qui firent l’Amérique. L’USA Patriot Act a suspendu la Bill of Rights, tandis que le Pentagone poursuit son programme de surveillance informatique de la population. Celui-ci a été interrompu cet été, après que le Sénat eut refusé de continuer à le financer, mais vient d’être relancé en le changeant d’agence et de poste budgétaire.

Enfin, le député israélien Isaac Herzog dénonce dans le Jerusalem Post l’irresponsabilité des 27 aviateurs militaires qui ont publiquement déclaré leur refus de participer à des crimes de guerre. Ces officiers, pilotes et instructeurs, remettent en cause les raids d’assassinats ciblés qui induisent de nombreuses victimes civiles collatérales. Le parlementaire les accuse de démoraliser l’armée en exposant publiquement leurs états d’âme.

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« Révéler l’identité d’un agent de la CIA est simplement outrageant »

Outing a CIA Operative : Simply Outrageous
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] Jim Marcinkowski est ancien officier de la CIA. Il est aujourd’hui vice procureur de la ville de Royal Oak, dans le Michigan.

[RESUME] L’exposition au public de Valerie Plame comme une agente sous couverture par, apparemment, un haut responsable de l’administration Bush est un acte choquant, surtout pour moi qui suis son ami, et il faudra que quelqu’un rende des comptes.
Etre un agent sous couverture comporte des risques, surtout si l’on est dans un pays hostile. Etre découvert permet à un service étranger de mettre en danger l’agent et ses proches. Les révélations des activités de la femme de l’ambassadeur n’étaient pas nécessaires. Quelqu’un doit en assumer la responsabilité.

« La fuite à propos de la CIA est une pauvre excuse pour un scandale »

CIA Leak Is a Poor Excuse for a Scandal
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] Max Boot est membre du Council on Foreign Relations. Journaliste réputé dans les milieux économiques, il dirige la page éditoriale du Wall Street Journal. Il a publié The Savage Wars of Peace : Small Wars and the Rise of American Power. Il est expert du cabinet de relations publiques Benador Associates.

[RESUME] Les Démocrates ont appris des Républicains comment s’attaquer à un président populaire : prendre un incident compliqué auquel personne ne comprend rien, le présenter comme un scandale et le président comme un escroc, demander une enquête indépendante d’une foule d’organismes différents et attendre. Toutefois, ce qui n’a pas fonctionné avec Bob Dole et l’affaire Whitewater ne risque pas de plus fonctionner avec le conte de Joseph C. Wilson et sa Mata Hari de femme.
Joseph Wilson a été envoyé au Niger pour vérifier les accusations concernant les exportations d’uranium vers l’Irak. Il est revenu en disculpant Saddam Hussein, mais le président Bush a décidé d’attaquer quand même l’Irak. Cela a choqué Wilson qui a décidé d’écrire dans le New York Times une tribune dans laquelle il accusait Bush d’avoir poussé le pays à la guerre. Suite à cet article, Robert Novak a répondu par une tribune dans laquelle il affirmait que l’envoi de Wilson au Niger était un acte de népotisme car son épouse était un agent de la CIA. Wilson a alors accusé la Maison-Blanche d’avoir révélé cette information et a demandé la démission de Karl Rove.
Ceux qui ont dénoncé Valerie Plame ont eu tort, mais il faut noter qu’elle n’est plus une agent sous couverture en activité et que cette révélation n’a donc rien d’illégal. En outre, on voit mal comment cela aurait pu réduire Wilson au silence. Cette histoire cache en réalité les erreurs de l’agence le 11 septembre et lors des estimations de l’armement irakien en 1991 et 2003. La révélation de l’activité de la femme de Wilson est un scandale mineur par rapport à ceux que représentent les erreurs de l’agence.

« Comprendre pourquoi j’ai entraîné la Grande-Bretagne dans la guerre et pourquoi je le ferai encore »

Understand why I took Britain to war and would again
The Age (Australie)

[AUTEUR] Tony Blair est le Premier ministre britannique. Cette tribune est adaptée de son discours prononcé devant le Parti travailliste ce week-end, lors de son congrès.

[RESUME] L’Irak a divisé la communauté internationale, le parti, le pays et les amis. Je respecte ceux qui n’ont pas été d’accord avec mes choix, mais j’attend d’eux qu’il comprennent pourquoi j’ai agit comme je l’ai fait et pourquoi je recommencerai si c’était à refaire.
Si vous étiez Premier ministre et que vous receviez des rapports de services de renseignement alarmants sur les armes de destruction massive, que vous saviez que Saddam Hussein en a déjà utilisé et qu’il fait souffrir son peuple, le laisseriez vous en place en le renforçant ainsi tout en laissant les démocraties humiliées ? Aujourd’hui, la menace ne vient plus de pays menant des guerres conventionnelles, mais vient du chaos. Imaginez que des terroristes répètent le 11 septembre avec des armes biologiques ou bactériologiques, les Britanniques agissent justement pour éviter cela.
L’Irak est un endroit meilleur depuis la chute de Saddam. Nous ne regrettons pas non plus la chute de Milosevic, des Talibans et la libération de la Sierra Leone. L’Amérique et l’Europe doivent travailler ensemble pour vaincre le terrorisme et résoudre les problèmes du monde. J’ai parfois eu des doutes sur mon action, mais dans un monde si complexe, tout ce que l’on peut faire, c’est décider de ce qui est juste et aller de l’avant.

« Les insurrections urbaines en Irak »

The Urban insurgency in Irak
Washington Times (États-Unis)

[AUTEUR] Gary Anderson est un officier retraité du corps des Marines. Il revient d’un voyage en Irak comme conseiller spécial du Pentagone.

[RESUME] La politique de lutte contre les insurrections urbaines en Irak est sur le point de porter ses fruits en laissant des forces irakiennes entraînées par les États-Unis. Ces forces regroupent la police, les forces de sécurité locales et le nouvel Iraqi Civil Defense Corps (ICDC), une création issue de l’expérience des Marines dans la lutte contre les insurrections en Haïti et au Nicaragua.
L’ICDC va être entraîné par la Coalition et va multiplier les patrouilles dans le triangle sunnite et ailleurs dans le pays. Quand ses forces seront opérationnelles, les forces états-uniennes seront libérées de certaines tâches et pourront se concentrer sur la surveillance des pipelines, une mission qui correspond mieux au matériel lourd dont est pourvu l’armée. En outre, en diminuant la présence étrangère dans les villes, l’occupation sera mieux acceptée. Pour être bien accepté dans tout le pays, l’ICDC ne devra pas recruter que dans le triangle sunnite, mais partout en Irak.

« Penser à une petite échelle en Irak »

Think Small in Iraq
New York Times (États-Unis)

[AUTEUR] Tammy Arbuckle est un analyste militaire spécialisé dans les guerres limitées et les insurrections. Il travaille pour Jane’s International Defense Review.

[RESUME] Les soldats américains en Irak n’adoptent pas la bonne méthode pour combattre les unités de guérillas qui attaquent les patrouilles et les convois. En effet, nos soldats continuent d’opérer depuis des bases visibles alors qu’ils doivent s’inspirer des méthodes égyptiennes utilisées contre les groupes islamistes dans les années 80.
L’Irak et l’Égypte partagent une similarité géographique : la concentration des terres arables dans un petit espace entouré par des zones arides. Ces terres arables sont les seuls endroits dans lesquels peuvent se cacher les guérillas pour trouver facilement de la nourriture. C’est pour cette raison que les Égyptiens avait fractionné leurs forces de l’ordre en de petites unités extrêmement mobiles quadrillant ces territoires, laissant ainsi très peu d’espace sûrs aux groupes islamistes. C’est cette méthode que doit adopter la Coalition tout en incorporant des Irakiens.
Une présence permanente et mobile réduira les temps de réaction face à une attaque. L’absence de concentration de soldats en un même points diminuera le nombre de blessés. Pour combattre la guérilla, l’Amérique doit adopter les mêmes méthodes.

« Jouer un jeu dangereux avec le Patriot Act »

Driving dangerously with the Patriot Act
Christian Science Monitor (États-Unis)

[AUTEUR] Pat M. Holt est ancien secrétaire général de la Commission des affaires étrangères du Sénat états-unien.

[RESUME] L’un des devoirs du ministère de la Justice est de protéger la Constitution, mais John Ashcroft utilise les mêmes méthodes que M. Palmer sous l’administration Wilson lorsqu’il s’attaquait aux communistes après la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui. M. Ashcroft s’attaque à la Bill of rights et poursuit tout ceux qui s’habillent différemment ou ont une autre religion.
Pour cela, l’outil d’Aschcroft est l’USA Patriot Act, une loi dont le nom même sous-entend que ceux qui s’y opposent ne sont pas des patriotes. Acceptée par le Congrès dans la foulée du 11 septembre, le ministre de la justice espère désormais étendre ses prérogatives. Heureusement, le Congrès refuse de le lui accorder, preuve peut-être qu’un peu de bon sens est revenu au Capitole. La nouvelle législation rendrait plus facile ce que le FBI peut déjà faire comme consulter la liste des livres que vous achetez ou vos abonnements à des revues.
Le gouvernement détient déjà des centaines de personnes en les gardant au secret. Dans le même temps, le Pentagone veut créer une grande base de donnée regroupant toutes les informations recueillies sur les citoyens dans le cadre du Total Information Awarness.
La première action des États-Unis après le 11 septembre a été la vengeance en Afghanistan, mais la lutte contre le terrorisme est bien plus compliqué que cela. Aujourd’hui, la sécurité est un mot magique qui permet de tout justifier, mais si nous continuons à agir ainsi, nous perdrons la guerre au terrorisme.

« Les "objecteurs" s’attaquent à la camaraderie… »

’Refusers’ target camaraderie...
Jerusalem Post (Israël)

[AUTEUR] Isaac Herzog est le chef du groupe parlementaire travailliste à la Knesset.

[RESUME] Yigal Allon a écrit que la puissance militaire se mesurait à l’aune de la solidarité entre combattants et, à ce titre, la campagne des « objecteurs » a affaibli cette solidarité. Cette campagne a atteint son point culminant avec la lettre des 27 aviateurs qui ont refusé de servir dans l’armée.
Bien que partisan de l’évacuation des colonies et croyant que l’occupation corrompt Israël et compromet son avenir, je désapprouve cette lettre car je considère qu’elle est vaine. Le vrai combat doit être politique et doit s’exercer contre le gouvernement. La solidarité militaire exige que ce débat s’exerce en dehors de l’armée. Les pilotes auraient dû penser à la camaraderie militaire avant d’écrire cette lettre. Nous devons préserver cette camaraderie tous ensemble.

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