Je vous remercie de m’avoir invitée aujourd’hui. C’est un honneur de prendre la parole devant le Conseil des relations étrangères de Chicago (CCFR), cette vénérable institution dont l’histoire couvre huit décennies. Je suis une partisane ardente d’institutions telles que le CCFR, qui réunissent des citoyens de tout bord pour discuter et débattre des sujets affectant la sécurité de notre nation.

Plus de deux ans ont passé depuis les attaques du 11 septembre 2001. Je trouve que le moment est opportun d’analyser les tenants et aboutissants de la stratégie que les Etats-Unis ont adoptée en réaction à ce jour terrible.

Tout autant que le 7 décembre 1941, le 11 septembre 2001 a changé pour toujours la vie des Américains et la perspective stratégique des Etats-Unis. Ce jour-là a suscité une prise de conscience aiguë de notre vulnérabilité face à des attaques ourdies dans des terres lointaines, exécutées sans avertissement et destinées à porter la tragédie jusque sur nos rives. Ce jour-là nous a obligés à porter un regard neuf sur une vieille menace.

Pendant douze ans, Saddam Hussein, installé au cœur de la région la plus explosive du monde, a défié plus d’une douzaine de résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, terrorisé son peuple, menacé ses voisins et le monde.

Par deux fois, il a lancé des invasions contre des voisins qui ne l’avaient nullement provoqué. Après qu’il eut perdu une guerre d’agression qu’il avait commencée, son attitude menaçante envers d’autres Etats du Golfe - et la poursuite de l’oppression de son peuple - ont contraint les Etats-Unis et le Royaume-Uni à maintenir une présence militaire massive dans le Golfe et à patrouiller pendant douze ans deux vastes zones d’interdiction de survol. Saddam Hussein est le seul tyran de notre époque non seulement à avoir possédé des armes de destruction massive, mais aussi à s’en être servi pour commettre des massacres. En outre, il est resté lié au terrorisme puisqu’il a procuré asile à des terroristes connus et subventionné des kamikazes palestiniens.

Le 11 septembre 2001 a révélé au grand jour les desseins de nos ennemis et nous a infligé l’expérience douloureuse des moyens qu’ils étaient prêts à déployer afin de les réaliser. De leurs propres vantardises nous savons qu’ils n’hésiteraient pas à employer les armes les plus terribles de la terre pour exporter la dévastation jusque chez nous. En fait, ils s’en féliciteraient. Cette menace est potentiellement si catastrophique, et pourrait s’exécuter avec si peu de préavis, par des moyens intraçables, qu’il serait impossible de la prévenir.

Nous n’avons aucune preuve que Saddam Hussein ait trempé dans les attaques du 11 septembre. Néanmoins, la possibilité demeurait qu’il puisse se servir de ses armes de destruction massive, ou que des terroristes puissent obtenir de telles armes de son régime pour monter une future attaque bien plus grave que celles du 11 septembre. Une telle éventualité catastrophique ne pouvait être ni ignorée ni écartée.

Le président Bush a posé le problème dans les termes suivants : "D’aucuns estiment que nous ne devons pas agir tant que la menace ne sera pas imminente. Depuis quand les terroristes et les tyrans ont-ils annoncé leurs intentions et nous ont-ils poliment adressé un préavis avant de frapper ? Que l’on permette à cette menace d’apparaître subitement et dans toute sa force, et toutes les actions, toutes les paroles, toutes les récriminations viendraient trop tard. Placer sa confiance dans la raison et la retenue de Saddam Hussein n’est pas une stratégie, ce n’est pas une option."

Lorsque le président a pris la parole devant les Nations unies en septembre 2002, la nature du péril posé par Saddam Hussein suscitait peu de controverse. Les services de renseignement de la plupart des gouvernements s’accordaient sur les capacités et appétits du dictateur. Les Nations unies et d’autres organisations internationales avaient maintes et maintes fois documenté ses agressions contre ses voisins, les tortures qu’il avait infligées au peuple irakien et ses violations du droit international. Le Conseil de sécurité a adopté résolution après résolution - 17 au total - énonçant les obligations de Saddam Hussein envers le monde et exigeant qu’il se plie, sinon il en subirait les conséquences.

Le Conseil de sécurité était dans son bon droit. Et le président Bush était dans son bon droit lorsqu’il a constitué une coalition d’Etats pour faire appliquer les résolutions bien précises du Conseil de sécurité, assurer la crédibilité des Nations unies et défendre la paix mondiale.

Rappelez-vous la logique claire et nette de la résolution 1441 - qui fut adoptée à l’unanimité. Cette résolution constituait une épreuve - une épreuve finale - de la volonté de Saddam Hussein de désarmer et de tenir ses obligations. Cette épreuve, Saddam Hussein l’a refusée. La résolution prévoyait des conséquences graves en cas de refus. Une coalition de nations s’est assurée que ce ne seraient pas des paroles vaines.

A présent, les champs de la mort livrent leurs secrets avec une fréquence accrue. On découvre toujours de nouveaux charniers. Le Groupe d’enquête sur l’Irak décèle et enregistre toujours de nouvelles preuves que l’Irak n’a jamais désarmé et n’a jamais obéi aux inspecteurs de l’ONU.

Nous possédons aujourd’hui des preuves solides de faits dont personne n’aurait dû douter. Jusqu’à la fin, Saddam Hussein a continué de torturer et d’opprimer le peuple irakien. Jusqu’à la fin, Saddam Hussein a menti au Conseil de sécurité. Enfin - que personne ne s’y trompe -, jusqu’à la fin, Saddam Hussein a nourri l’ambition de menacer le monde au moyen d’armes de destruction massive et a dissimulé ses programmes illicites d’armement.

Je voudrais vous citer un extrait du rapport intérimaire que David Kay, le chef du Groupe d’enquête sur l’Irak, a présenté la semaine dernière au Congrès :

"Nous avons découvert des douzaines d’activités liées à des programmes d’ADM ainsi qu’une quantité importante de matériel dont les autorités irakiennes ont caché l’existence aux Nations unies durant les inspections qui ont commencé vers la fin de 2002. La découverte de ces efforts délibérés de dissimulation s’est faite grâce, d’une part, aux aveux de scientifiques et de responsables concernant des informations qu’ils auraient sciemment tues et, d’autre part, aux preuves matérielles des équipements et des activités que le Groupe d’enquête sur l’Irak a découverts et qui auraient dû être déclarés aux Nations unies."

Le Groupe d’enquête a confirmé beaucoup d’activités dont nous avions déjà connaissance, notamment la massive campagne irakienne de duperie destinée à masquer les programmes d’armement et le maintien par l’Irak de lanceurs interdits. Le Group a également obtenu des informations qui semblent corroborer les rapports selon lesquels l’Irak se serait livré à des essais sur l’homme de substances chimiques et biologiques.

Et Le Groupe d’enquête continue de découvrir des preuves d’activités dont les Etats-Unis n’avaient pas connaissance avant la guerre. Par exemple, il a trouvé à ce jour, et je cite :

- "de nouvelles recherches sur des agents potentiels de guerre biologique, à savoir les brucellas et le virus de la fièvre hémorragique Congo-Crimée" ;

- "des tentatives clandestines menées entre la fin de 1999 et 2002 en vue d’obtenir de la Corée du Nord des techniques liées à des missiles balistiques d’une portée de 1.300 kilomètres" ;

- "des travaux relatifs à un éventuel agent stabilisateur du VX, des travaux de recherche-développement de munitions capables de porter des armes chimiques, et l’acquisition et la dissimulation de matériel et d’équipements à double usage".

Ce ne sont là que quelques points forts d’un rapport long de plus de 6.000 mots. Sommé de déclarer toutes ces activités à l’ONU, l’Irak a choisi au contraire de les camoufler et de tromper les inspecteurs. Si l’un quelconque de ces exemples avait été découvert l’hiver dernier, le Conseil de sécurité n’aurait pas eu d’autre solution que de suivre exactement la ligne d’action que le président Bush a adoptée : déclarer Saddam Hussein en contravention de la résolution 1441 et mettre à exécution les conséquences graves de cette dernière.

Il vaut la peine de réfléchir aux conséquences de l’inaction. Si l’on n’avait pas fait respecter la résolution 1441 - et les seize autres - la crédibilité des Nations unies aurait été réduite à néant et l’efficacité du Conseil de sécurité en tant qu’instrument permettant de faire respecter la volonté du monde et de maintenir la paix, aurait été affaiblie.

Saddam Hussein serait resté au pouvoir, avec toutes les conséquences que cela sous-entend : davantage de charniers, davantage d’enfants en prison et davantage de déprédations quotidiennes à l’encontre du peuple irakien.

En outre, Saddam Hussein serait resté - indéfiniment - campé au coeur du Proche-Orient, protégeant un arsenal potentiellement mortel d’armes terribles, menaçant ses voisins ainsi que le reste du monde. Pendant douze ans, il a clairement montré qu’il n’avait aucune intention de désarmer et de se plier aux exigences légitimes du Conseil de sécurité. Il n’y avait aucune raison de croire que si l’on attendait plus longtemps pour qu’il change d’avis, cela donnerait des résultats.

Ceux qui s’interrogent sur la sagesse d’avoir renversé Saddam Hussein et libéré l’Irak, devraient se poser les questions suivantes :

- Combien de temps fallait-il permettre à Saddam Hussein de torturer le peuple irakien ?

- Combien de temps fallait-il permettre à Saddam Hussein de demeurer la plus grande source d’instabilité dans l’une des régions les plus vitales du monde ?

- Combien de temps fallait-il permettre à Saddam Hussein de donner appui et asile aux terroristes ?

- Combien de temps fallait-il permettre à Saddam Hussein de défier les demandes légitimes du monde pour qu’il désarme ?

- Combien de temps le monde aurait-il dû fermer les yeux sur la menace que représentait Saddam Hussein ?

En vérité, n’étaient-ce pas là les alternatives de l’action ?

Mais le président Bush - ainsi que Tony Blair, John Howard, Aleksander Kwasniewski, José Maria Aznar et d’autres dirigeants - décidèrent d’agir. Parce qu’ils l’ont fait, Saddam Hussein est parti. Il n’utilisera plus jamais d’armes de destruction massive et son appui au terrorisme est fini. Ses salles de torture et de viol sont fermées, de même que les cellules des prisons pour enfants. La suppression de cette source d’instabilité dans la région la plus explosive du monde sert puissamment les intérêts de la guerre contre le terrorisme.

Le peuple irakien est aujourd’hui libre, il oeuvre en vue de son autodétermination. Pas à pas, la vie normale renaît en Irak, alors que les services fondamentaux se rétablissent, parfois pour la première fois depuis des dizaines d’années. Dans l’ensemble du pays, écoles et hôpitaux se reconstruisent. Des banques ouvrent leurs portes et l’on prépare une nouvelle monnaie - dépourvue de l’effigie de Saddam Hussein.

Les forces militaires américaines, en collaboration avec les Irakiens et les autres membres de la coalition, apportent leur aide afin d’instituer ces améliorations. Nos soldats à Bagdad et dans d’autres villes travaillent dans des circonstances difficiles. Des baassistes irréductibles, des fedayins et des terroristes étrangers continuent à attaquer les forces de la coalition, d’innocents Irakiens et des symboles du progrès. Comme l’a dit le président Bush, l’Irak est, à l’heure actuelle, le principal front dans la guerre contre la terreur. Les ennemis de la liberté ont décidé d’y jouer leur va-tout et il faut les vaincre.

La construction d’un nouvel Irak ouvre la perspective d’une transformation du Proche-Orient. Aujourd’hui, les 22 pays de cette région vitale ont une population totale de 300 millions de personnes, mais un PIB combiné inférieur à celui de l’Espagne. C’est une région qui souffre de ce que les intellectuels arabes appellent un "déficit en matière de liberté politique et économique". C’est aussi une région où le sentiment d’impuissance est un terreau fertile pour des idéologies qui convainquent des jeunes à l’avenir prometteur d’aspirer non pas à une éducation universitaire, à une carrière ou à une famille, mais à se faire sauter en emportant avec eux autant d’innocentes victimes que possible. Ces ingrédients risquent d’entraîner une grave instabilité et posent une menace directe à la sécurité des Etats-Unis.

En travaillant dans le cadre de véritables partenariats avec les peuples de la région qui partagent leur attachement à la liberté de l’homme, les Etats-Unis et leurs amis peuvent aider à bâtir un Proche-Orient où l’espoir triomphera sur l’amertume, où une plus grande liberté politique et économique et une éducation améliorée et modernisée encourageront les gens à rejeter la voie de la terreur et à s’associer pleinement aux progrès de notre époque. Un Irak libre, démocratique et prospère peut servir de phare et de catalyseur dans cet effort.

Et un Irak libre et prospère peut faciliter la création d’un nouvel élan vers une paix durable entre les Israéliens et les Palestiniens et encourager des progrès vers la réalisation de la vision que le président Bush a énoncée le 24 juin 2002 : deux Etats vivant côte à côte en paix et en sécurité.

Les terroristes se trouvant dans les territoires palestiniens ont perdu le parrainage de Saddam Hussein. D’autres régimes, dans la région, ont reçu un message sans ambiguïté les avertissant que l’appui du terrorisme ne sera pas toléré. A long terme, sans cet appui extérieur au terrorisme, les Palestiniens qui oeuvrent en faveur de la réforme et qui aspirent à la démocratie seront plus forts et se sentiront encouragés.

Pourtant, l’attrait de la terreur est encore fort, comme nous l’avons constaté samedi dernier à Haïfa, où 19 personnes qui prenaient tranquillement leur déjeuner du sabbat ont été assassinées. L’Autorité palestinienne ne doit ménager aucun effort pour démanteler l’infrastructure terroriste en son sein. Un Etat palestinien doit être un Etat réformé et pacifique qui abandonne pour toujours le recours à la terreur.

On s’attend qu’Israël appuie la création d’un Etat palestinien viable, au territoire unifié, et assume ses responsabilités à cette fin. Israël doit démanteler ses postes avancés, améliorer les conditions de vie du peuple palestinien et mettre fin à ses activités de colonisation. Et on attendra des pays arabes qu’ils s’opposent au terrorisme, appuient la naissance d’une Palestine pacifique et démocratique et disent clairement qu’ils vivront en paix avec Israël.

Le Proche-Orient est une région qui recèle un potentiel immense. Mais pour arriver à véritablement transformer cette région, il faudra un engagement portant sur de nombreuses années. Cela exigera des Etats-Unis et de leurs alliés un vaste engagement dans toute la région et sur de nombreux fronts, notamment diplomatique, économique et culturel.

Nous devons continuer à faire preuve de patience. Notre propre histoire devrait nous rappeler que la mise en pratique des principes démocratiques est un travail de longue haleine. Lorsque les Pères fondateurs de notre nation proclamèrent "Nous, le Peuple", ce n’est pas à moi qu’ils pensaient. Mes ancêtres étaient considérés comme valant les trois cinquièmes d’un être humain.

Connaissant la difficile histoire de l’Amérique, nous devrions toujours faire preuve d’humilité lorsque nous vantons les avantages de la liberté. Mais la voix de l’Amérique ne devrait jamais faiblir lorsqu’il s’agit de prendre la défense de peuples recherchant la liberté.

Les peuples du Proche-Orient partagent ce désir de liberté. Nous avons une occasion - et une obligation - de les aider à réaliser ce vœu. Nous devons aussi travailler avec d’autres afin de créer un monde exempt de terreur et où l’espoir est l’apanage de chaque individu. C’est là le défi stratégique et la mission morale de notre ère.

Traduction officielle du département d’État