QUESTION : Monsieur le Président, permettez, tout d’abord, de vous remercier pour l’interview que vous nous accordez.

Votre idée concernant la participation de la Russie au travail de l’Organisation de la Conférence islamique a provoqué une réaction différente. D’aucuns disaient que Monsieur Poutine voulait détourner l’attention des événements qui se passent en Tchétchénie. Beaucoup ont dit que le Président de la Russie voulait sincèrement coopérer avec les pays islamiques. Votre avis ?

V.POUTINE : Bien sûr que c’est le sincère désir de coopérer avec les pays arabes. Et pas simplement coopérer, mais rétablir la coopération, puisque encore du temps de l’Union Soviétique, notre pays, et plus tard la Russie, avait des rapports très chaleureux, amicaux, durables avec la majorité écrasante des pays musulmans du monde. Nous avons été les principaux alliés de plusieurs pays musulmans et arabes. Je suis persuadé que le monde musulman et la Russie sont intéressés au rétablissement de ces relations. Et pas à un simple rétablissement, mais au développement de la nouvelle situation dans le monde.

De plus, il est bien connu qu’en Russie habitent 20 millions de musulmans. C’est même plus que dans le pays musulman, où nous nous trouvons actuellement. Je crois qu’en Malaisie il y a 16 millions d’habitants, dont près de 14 millions de musulmans, nous en avons 20 millions. Cela dit, à la différence de, disons, les musulmans qui habitent en Europe Occidentale, nos musulmans sont des Russes. Ils n’ont pas d’autre patrie. Et, dans ce sens, la Russie est, certes, une partie du monde musulman. Dans tous les cas, nos musulmans ne doivent pas se sentir les gens de seconde qualité dans le monde musulman. Ils ont le droit aux contacts directs avec le monde musulman à travers les organisations internationales représentatives, dont l’une est l’Organisation de la Conférence islamique. Et ici, sont représentés 57 pays musulmans. Et d’un.

Et de deux, la Russie est un pays multiconfessionnel. La Russie a toujours occupé une place spéciale entre l’Occident et l’Orient, servait d’une sorte de maillon liant l’Occident et l’Orient. Certes, aujourd’hui encore, dans le monde actuel compliqué, la Russie peut tout à fait jouer ce rôle.

Il existe aussi des considérations de politique intérieure d’un autre caractère. Nous avons 20 millions de musulmans, mais 125 qui ne le sont pas. Notre pays est principalement chrétien, orthodoxe. Et cette partie de la population de la Russie doit aussi comprendre que l’état respecte les droits et intérêts légitimes de leurs compatriotes musulmans. C’est la voie à la paix des confessions, au respect des droits et intérêt réciproques.

La Russie avait vécu dans cet état durant des siècles. Nous avons notre propre expérience de l’interaction des religions, des ethnies, des nations. Et c’est une expérience positive. Nous entendons continuer de la consolider dans le monde moderne. Et transformer tout le positif que l’on possède à l’extérieur.

Concernant la Tchétchénie, je dois vous dire que ma tâche ne consiste pas à détourner l’attention de la Tchétchénie, mais au contraire, à attirer l’attention à ce qui s’y passe, et informer objectivement le monde entier, le monde musulman compris, des processus qui se passent en Tchétchénie. Si vous l’avez abordé, je pense que nous allons encore en parler, si cela vous intéresse, ce qui est certainement le cas.

Je peux dire tout de suite. Nous avons, comme vous le savez, il y a quelques années, reconnu l’indépendance de la Tchétchénie de fait. De jure, on ne l’a pas reconnu, mais de fait, si. Le peuple tchétchène n’a reçu réellement aucune indépendance. Il a été en fait occupé par les forces qui, en se couvrant de l’islam, faisaient en réalité la propagande de tout autres idées, étrangères à l’islam, puisque l’islam est une religion paisible. Tout comme toute autre religion mondiale, il prêche les valeurs universelles, la bonté, l’amour de l’homme, l’humanisme.

De plus, en 99, comme vous le savez, depuis le territoire de la Tchétchénie a été bel et bien attaquée la république voisine de Daguestan, musulmane aussi. Et le peuple du Daguestan a pris les armes, appelant les autorités centrales du pays à leur prêter main forte. Je n’oublierai jamais ces prises de vues, ces moments, ce que j’ai vu en personne et à la télé, et au Daguestan, puisque je suis allé sur les lieux des événements, y ai rencontré des gens. Tout cela nous a fait prendre des mesures résolues pour arrêter les attentats.

Aujourd’hui, nous avons entièrement passé au processus politique. Nous y avons tenu un référendum, auquel sont venus plus de 80 % d’électeurs. Car un homme ne viendra pas comme ça à un référendum, s’il ne veut pas voter. On ne le fera pas voter par la force. Si une personne est venue, c’est qu’elle en a eu besoin. Et plus de 80 % des venus ont voté pour la Constitution de la Tchétchénie, qui stipule nettement et clairement que la République Tchétchène fait partie intégrante de la Fédération de Russie. Maintenant, nous avons tenu les élections du Président de la République Tchétchène. Et l’on a encore eu plus de 80 % des électeurs qui ont voté. Le Président légitime est élu. Nous ne nous limitons pas, n’allons pas nous limiter à ces manifestations. Nous entendons aider les gens qui vivent en Tchétchénie à élire leur parlement. Et nous sommes prêts à signer le traité entre le centre fédéral et la République Tchétchène sur le partage des pouvoirs avec de vastes droits autonomes pour la Tchétchénie. Nous sommes persuadés qu’en agissant de manière consécutive sur cette voie, en suivant de manière consécutive cette voie, nous obtiendrons un règlement entier et durable. Et je veux qu’on le sache. Je répète : je n’ai pas besoin de détourner l’attention de la Tchétchénie. J’ai besoin d’attirer l’attention à ce qui s’y passe.

QUESTION : Monsieur le Président, permettez de vous poser la question concernant les rapports avec les pays arabes.

V.POUTINE : Eh bien, en ce qui concerne les pays arabes, je peux dire que nous sommes reconnaissants à l’Organisation de la conférence islamique et à la Ligue des États arabes, qui, à la différence de certaines autres organisations internationales, ont envoyé leurs observateurs et dans le premier cas, au référendum sur la Constitution de la Tchétchénie, et dans le second cas, tout récemment - aux élections du Président de la Tchétchénie. Ils sont venus, ont activement travaillé aux points de vote, travaillé minutieusement, étudié attentivement la situation, fait certaines remarques - nous les remercions pour ces remarques - mais en général ont constaté que les élections se sont tenues sur la base démocratique.

Ces compétentes organisations internationales ont reconnu les résultats des élections, à la différence de certains de nos collègues des autres organisations internationales, qui n’ont pas voulu venir sous différents prétextes démagogiques. On a parfois l’impression que certains de ces quasianalystes voudraient paraître plus musulmans que les musulmans mêmes. En réalité, nous croyons que cela n’est rien d’autre que la tentative de se servir de ces problèmes, en l’occurrence chez nous au Caucase, comme de l’instrument de la pression politique sur la Russie.

Je suis persuadé que personne n’y est intéressé, ni la Russie, ni nos partenaires à l’Orient ni à l’Occident. Et, bien sûr, pas le monde musulman, puisque le monde musulman, ses intérêts, de mon point de vue, consistent, au contraire à avoir un allié puissant et durable, prévisible, bien prévisible en la Fédération de Russie qui a un facteur de l’influence de politique intérieure aussi sérieux.

QUESTION : Dites, s’il vous plaît, puisque vous avez abordé ce problème, que pensez-vous de la phrase du représentant de la Maison-Blanche à propos du caractère non démocratique des élections en Tchétchénie ?

V.POUTINE : Je l’ai pris de manière critique. Je pense que si l’on a des doutes, il fallait venir voir sur place, s’il y avaient eu des violations ou pas. Je crois qu’en faisant cette sorte de déclarations, les gens cherchent justement à détourner l’attention de leurs propres erreurs dans la construction des relations avec le monde musulman. Et je crois que cette tentative en est bien une. Et d’un.

Et de deux, justement ce que je viens de dire - l’aspiration à utiliser cette situation pour tirer la Russie par cette ficelle, en obtenant le règlement des autres problèmes qui ne sont aucunement liés avec la Tchétchénie ni avec les relations entre la Russie et le monde musulman.

QUESTION : Monsieur le Président, à propos des relations de la Russie et des pays arabes. J’ai noté que les amis traditionnels de l’Union Soviétique - l’Egypte, la Syrie, l’Algérie - n’afficheraient pas ce niveau des relations. Parallèlement, l’émir Abdullah qui représente l’Arabie Saoudite, est arrivé à Moscou, a cherché à approfondir les rapports avec la Russie.

D’où ce paradoxe, autrement dit, ceux qui devraient se ranger du côté de la Russie, ou du côté de qui la Russie devrait se ranger, sont actuellement froids.

V.POUTINE : Je crois que, tout de même, votre information n’est pas bonne. Si vous aviez suivi notre conversation aujourd’hui avec mon homologue, le Président algérien Monsieur Bouteflika, vous auriez vu que nos rapports sont très chaleureux. Ils correspondent tout à fait au niveau des années passées.

Mais, cependant, vous avez bien raison que sur certaines pistes, on observerait une certaine baisse. Je ne peux l’expliquer que par le fait qu’auparavant, ces rapports contenaient trop d’idéologie. Ils étaient idéologisés. Après la débâcle de l’Union Soviétique et la défaite du système communiste, cette base idéologique des liaisons interétatiques a disparu, et la chute des liaisons interétatiques a suivi. Et d’un.

Et de deux, il faut dire directement que la Russie a vécu des années assez compliquées du développement de politique intérieure et de devenir économique. Survécu à plusieurs crises - et en politique intérieure, et dans l’économie. Ce qui, certes, ne lui permettait pas de participer efficacement dans les affaires internationales.

J’espère que, progressivement, nous allons sortir de cet état.

QUESTION : Avec votre permission, on commencera à parler Irak.

On vient d’annoncer que la Russie, l’Allemagne, la France ont donné leur accord à la résolution américaine à propos de l’Irak. Qu’est-ce qui a provoqué cet accord ?

V.POUTINE : Nous avons longtemps discuté ce sujet et avons définitivement concerté notre position il y a trois heures, en parlant à trois. Moi, je me trouvais ici, à Kuala Lumpur, et mes homologues - en Europe, nous avons parlé à trois au téléphone et avons définitivement établi notre position. Elle se base sur notre aspiration à faire unir la communauté internationale et l’orienter au règlement rapide et efficace du problème de l’Irak afin de minimiser les conséquences négatives pour la population irakienne, pour le peuple de l’Irak, les conséquences négatives des événements dont nous sommes témoins.

Nous avons reçu, il y a un certain temps, de nos partenaires américains le projet de la résolution, formulé nos initiatives communes quant aux amendements et, pendant plusieurs jours, avons assez intensément travaillé avec les Américains à ces amendements. Je dois dire que la concertation n’a en fait été finie qu’hier soir.

Nous croyons que la nouvelle résolution constitue un pas supplémentaire de l’avant par rapport aux deux résolutions qui avaient été adoptées auparavant. Cette résolution augmente le rôle et l’importance de l’Organisation des Nations Unies dans la cause du règlement. Mais cela ne crée tout de même pas encore les conditions pour une participation valable de l’ONU dans le règlement. C’est pourquoi nous croyons, je pense que mes collègues le répéteront aussi - qu’on n’a encore créé de conditions ni pour la participation de nos troupes, ni pour l’envoi des ressources financières, matérielles pour le rétablissement de l’Irak. Pour cela, il faudra d’abord créer des conditions politiques.

Mais c’est, sûrement, un avancement dans la bonne direction. Et c’est pourquoi nous avons pris la décision de la soutenir, puisque nos autres amendements à la résolution avaient été adoptés par les Américains. Avant tout, cela concerne l’article 15, où l’on parle des délais du séjour des troupes. On y stipule directement que les troupes des forces internationales séjournent, se trouvent sur le territoire de l’Irak provisoirement, jusqu’à ce que le gouvernement légitime de ce pays soit formé et prête sermon. Et ensuite, le gouvernement légitime devra adresser au Conseil de Sécurité de l’ONU, s’il le croit utile, la question de la prolongation du séjour de ces troupes internationales. Et le Conseil de sécurité devra décider - prolonger ou ne pas prolonger. Et d’un.

Et un deuxième amendement substantiel, selon nous, que voici. Nous croyions que l’ONU, le Secrétaire Général de l’ONU ne devraient pas participer au travail de l’organisation du processus politique du règlement après la tenue de la conférence, mais avant son début, puisque autrement, cette conférence serait préparée uniquement par les forces de la coalition qui se trouvent aujourd’hui sur le territoire de l’Irak. Autrement dit, l’ONU doit commencer à participer à ce travail dès maintenant. Et de deux.

Et de trois - l’administration provisoire de l’Irak et le représentant du Secrétaire Général de l’ONU en Irak devront ensemble préparer et envoyer l’information sur la situation courante au Secrétaire Général.

Il y a d’autres remarques plus petites, mais en général, nous croyons que cela nous permet de soutenir la résolution.

QUESTION : Monsieur le Président, à propos de l’ONU. Beaucoup de gens estiment que cet organe n’est plus que formel, faible. Avez-vous des propositions ou une vision à propos des réformes de l’ONU, pour qu’elle devienne plus efficace, puisque, sous le diktat américain aujourd’hui omniprésent, on sent que le rôle de cette organisation a faibli pour de vrai.

V.POUTINE : Vous savez, Akram, je commenterai votre question comme suit. Est-ce que l’ONU a été l’organisation qui réglait tous les problèmes aigus de la vie internationale ? A-t-elle été comme cela auparavant ? Si oui, dites-moi, je vous prie, pourquoi vous n’avez pas jusqu’à présent réglé le problème palestinien ? Et où sont les nombreuses résolutions qui avaient été prises pour le règlement israélo-palestinien mais sont restées en l’air ? Car elles non plus, on ne les appliquait pas. Beaucoup de choses ne sont pas appliquées de ce que l’on avait adopté. Je n’ai pris que l’exemple le plus probant, le plus sensible pour le monde islamique et pour le Proche-Orient. Mais il existe beaucoup d’autres problèmes de pareil genre.

C’est pourquoi je crois que dire qu’elle a tout à coup faibli, ne serait pas, tout de même, très correct. Oui, on a des problèmes liés non pas à l’organisation même, mais au changement de la situation au monde. Le monde a été avant bipolaire, et tout était décidé sur la base de l’équilibre des deux forces. Et souvent, très souvent, au fait, cet équilibre, malgré toute son influence bienfaisante sur la politique mondiale, menait tout de même tel ou tel problème dans l’impasse. Je vous en ai cité un à titre d’exemple - celui du règlement proche-oriental.

Donc, dire qu’elle a aujourd’hui trop faibli, je crois, serait tout de même incorrect. Je n’en conviens pas du tout.

Mais je conviens de ce qu’on peut la faire plus efficace.

Qui plus est, les derniers événements, surtout autour de l’Irak, confirment bien, je crois, autre chose. Pas ce que vous venez de dire, ni ce que discutent plusieurs analystes, que l’ONU se serait affaiblie, on n’en aurait, peut-être, plus besoin ? La situation autour de l’Irak, au contraire, confirme que c’est la seule organisation où l’on puisse discuter quelque chose.

Je crois que si tous les pays tombaient facilement d’accord avec la ligne qu’ont menée et mènent les Etats-Unis vis-à-vis de l’Irak, et que les apparences seraient sauves, comme si l’unité entière des membres du Conseil de Sécurité de l’ONU serait toujours là, - dans ce cas-ci, on pourrait immédiatement enterrer l’ONU. Alors là, tous diraient : "Pourquoi avons-nous besoin de l’organisation, où personne ne peut dire sa propre opinion et n’a pas le courage ou la possibilité de défendre cette opinion ?"

Je crois que le monde moderne est privé de cette opposition idéologique. Il est devenu plus compliqué, mais nous offre aussi plus de possibilités pour une solution positive. Le monde, nous en sommes profondément persuadés, ne peut pas être unipolaire par définition. Simplement parce qu’il est très varié, il est politiquement varié, il est ethniquement varié, il est culturellement très varié. Et il doit, certes, être équilibré et multipolaire. Mais cela ne veut pas dire que nous comprenons par ce multipolaire une confrontation.

Le monde d’aujourd’hui, privé de contenu idéologique et d’opposition, nous permet de mener ouvertement le dialogue réciproque. Nous avions, comme vous le savez, avec les Etats-Unis, les approches diamétralement opposées sur le problème de l’Irak, et, si vous vous le rappelez, nous avons pris une position assez ferme. Consécutive, ferme. Je ne pense pas que nos partenaires américains l’aient beaucoup aimé, mais elle était consécutive, prévisible et absolument franche, ce qui, à propos, nous a permis de maintenir aussi de très bons rapports personnels avec le Président des Etats-Unis et n’a pas gâché les liens interétatiques. Nous ne nous trompions pas. Nous avons dit dès le début : ce sera notre position, nous croyons que l’approche que vous proposez est erronée.

Et cela, je répète, n’a pas aggravé les liens interétatiques. Je crois que Monsieur Kofi Annan, Secrétaire Général de l’ONU, a joué un rôle très positif. S’il avait aussi, comme on dit chez nous en Russie, "donné tout ", sacrifié tous les intérêts à quelqu’un de fort, on aurait dit : "Pourquoi garder une telle organisation ?" Et je crois que, puisque tout le monde est intéressé à maintenir ce mécanisme, y compris ceux qui, peut-être, ne sont pas aujourd’hui d’accord avec la majorité des membres du Conseil de Sécurité, cette position est finalement un bien pour toute la communauté internationale.

Cela ne veut pas dire que l’ONU doive exister ainsi figée. Le monde a changé. Et les organisations qui prétendent à l’universalisme, doivent changer en conformité avec le monde changeant. On peut y formuler plusieurs propositions.

La France a de bonnes initiatives qui ne contredisent pas les intérêts nationaux russes. Il s’agit de l’extension du nombre des membres permanents du Conseil de Sécurité, de certains autres changements. L’essentiel est de maintenir dans ces changements de l’ONU une certaine procédure et de procéder à ces changements sur la base du droit international, sur la base des normes élaborées aujourd’hui au sein de l’Organisation des Nations Unies même. Je suis persuadé que nous aboutirons à des décisions acceptables pour tous, qui provoqueront l’augmentation de l’efficacité de l’Organisation des Nations Unies dans l’avenir.

QUESTION : Monsieur le Président, le Proche-Orient, comme vous avez dit, - est un problème très difficile. L’ONU et le Conseil de Sécurité n’ont jamais su le régler. Aujourd’hui, le Congrès des Etats-Unis a adopté une décision très ferme contre la Syrie. Les Israéliens veulent renvoyer Arafat d’Israël, les Palestiniens perpètrent des explosions visant les civils. Tout ce processus est réellement très compliqué. En plus de la formule commune, avez-vous une sorte de plan général pour régler ce conflit ?

V.POUTINE : Vous savez, nous n’avons pas de pilule magique, qui, une fois avalée, réglera tous les problèmes. Je ne serais absolument pas sérieux si je disais que nous avons un plan secret, qui, demain, réglera tout. Bien sûr que ce plan n’existe pas. Il existe la situation qui a d’emblée généré le conflit par définition il y a plusieurs années, et, certes, il est très difficile de s’en sortir. Jusqu’à présent, au cours des décennies, l’humanité a travaillé au règlement de ce problème sans trouver ce règlement. Et je ne pense pas pouvoir vous proposer cette décision là, une tasse de thé à la main.

Mais je suis persuadé que si nous agissons solidairement, si nous pouvons consolider la communauté internationale dans le règlement de ce problème, si nous aspirons à un règlement juste (et il ne pourra l’être qu’au cas où les personnes qui vivent sur ce territoire, bien que consentant à un compromis, sentiront néanmoins que leurs intérêts sont garantis, qu’on les écoute, que l’on prend soin de leurs intérêts), nous saurons alors créer des conditions pour une cohabitation sur ce territoire, pour l’existence et le développement tant de l’état palestinien indépendant - comme vous le savez, nous n’avons pas de problèmes à reconnaître l’état palestinien indépendant, nous l’avons dit depuis longtemps - que d’Israël.

Je dois dire qu’avec Israël aussi, nos rapports se consolident ces dernières années, puisque nous avons cessé de politiser nos anciens émigrés qui étaient partis non seulement pour Israël, mais pour d’autres pays du monde. L’entrée et la sortie dans notre pays sont maintenant libres, l’émigration ne connaît aucune limitation et tout le monde sait bien qu’un très grand pourcentage de citoyens israéliens sont les ressortissants de l’ex-Union Soviétique, non seulement de la Russie, mais de toutes les autres républiques de l’ex-Union Soviétique. Et, certes, cela crée une certaine atmosphère, c’est clair. Nous avons des relations traditionnelles, de longue date, formées au cours des décennies, avec la Palestine, et c’étaient toujours des relations amicales. Nous croyons que l’on peut utiliser ce bon potentiel de confiance de part et d’autre, et nous voudrions l’utiliser.

Concernant les sanctions et tout le reste contre tous les autres participants de ce processus, vous connaissez notre position à propos de la lutte contre le terrorisme. Nous sommes des soldats consécutifs et fermes dans la lutte contre ce fléau, cette peste du ÑVÑVIe siècle, mais nous sommes contre les clichés que l’on colle aux organisations ou aux pays. Dans chaque cas concret, il faut y voir séparément.

Nous croyons : pour que le règlement soit durable et valable, il faut, sans craindre les difficultés, travailler sur plusieurs pistes à la fois. Il faut travailler sur la piste libanaise, il faut travailler sur la piste syrienne et il faut tenir compte des intérêts des pays et des peuples qui y vivent.

Il nous semble incorrect de prendre dans le contexte des problèmes communs un seul, d’essayer de le régler et puis, sur la base de ce règlement, agissant en quelque sorte depuis la position de force, faire éloigner le problème suivant et le suivant encore. Nous croyons que ce n’est pas très efficace. Au fond, on a essayé de le faire pendant des décennies, et rien n’est venu, et rien ne vient toujours pas.

Il faudra changer de tactique. Il nous faut réfléchir, pourquoi on ne réussit rien, tirer des conclusions et chercher ensemble la solution. Nous voudrions pouvoir obtenir cette cohésion de même que nous l’avons obtenu lors de la mise au point de la feuille de route. C’est, certes, un compromis. Il est, bien sûr, loin de l’idéal, sans doute, mais tout de même, lors de la mise au point de la feuille de route, nous avons su obtenir la consolidation de l’opinion de toutes les parties concernées actrices de ce processus. Nous allons continuer de diriger nos efforts à cette étape du travail à l’application de la feuille de route.

QUESTION : Monsieur le Président, concernant l’Iran. Beaucoup de gens disent que vous vous désistez de l’Iran, bien que vous y ayez de gros contrats, que vous allez suivre les Etats-Unis dans la pression sur Hatami, sur l’Iran, à propos des actions nucléaires.

V.POUTINE : J’ai rencontré aujourd’hui le Président Hatami et avons parlé assez longtemps. Je pense qu’il serait correct, si la compagnie aussi estimée qu’Al-Jazeera le sollicite pour demander : "Sentez-vous une pression de la part de la Russie ou non ?", il vous le dira lui-même.

Concernant notre position, certes, je peux vous en répondre. Notre position consiste en ceci. Nous croyons, moi en personne, je crois que le problème de la possible prolifération d’armes d’extermination massive au ÑVÑVIe siècle est le problème clé. C’est un des principaux problèmes de l’actualité. Nous sommes membres du traité de la non-prolifération et appliquons strictement toutes règles de ce traité. L’Iran a aussi signé ce traité. Et nous partons du fait que l’Iran n’a pas d’intention d’avoir les armes nucléaires. Le Président de l’Iran m’en a parlé plusieurs fois, et aujourd’hui encore, l’a confirmé. S’il en est ainsi, nous ne voyons aucune difficulté, aucun obstacle à la signature par l’Iran du protocole supplémentaire de l’AIEA et ne voyons aucune difficulté à faire dévoiler tous les programmes nucléaires de ce pays. S’il n’a pas d’objectif de créer les armes nucléaires, pourquoi ne pas dévoiler le tout ? Où est le problème ? Il faut le faire - et d’un.

Et de deux. Pour lever la préoccupation de tous ceux qui en ont à propos de la présence possible en Iran de programmes nucléaires de guerre. Nous avons proposé à nos partenaires iraniens de signer le document approprié disant que dans l’avenir, les déchets du combustible russe des centrales nucléaires seraient rapatriés en Russie afin que personne ne conçoive de doutes qu’ils ne seront pas bombardés et ne pourront servir à la fabrication du matériau nucléaire de guerre. Aussi loin que je comprenne, nos partenaires, iraniens compris, n’ont pas de problèmes sur cette question, ils sont prêts à le faire.

S’il en est ainsi, si tout cela se passe ainsi, je ne vois pas de raison de limiter la réception par l’Iran des technologies modernes toutes récentes pour les utiliser, entre autres, dans le secteur de l’énergie atomique à des fins pacifiques. L’Iran n’est pas un état qui est légalement interdit, pour quelque raison que ce soit, de faire quelque chose, nous ne voyons aucune raison pour cela. Et si tout cela, je répète, est fait, si l’AIEA participe entièrement au travail de contrôle des programmes appropriés en Iran, nous allons continuer notre coopération avec l’Iran, y compris dans ce domaine sensible, sous le contrôle de l’AIEA.

Concernant la position de certains de nos partenaires, je comprends leur préoccupation. Nous-mêmes, je répète encore une fois, sommes contre toute prolifération d’armes nucléaires, contre toute, et allons par tous les moyens contribuer à ce que le Traité "Sur la non-prolifération des armes nucléaires" soit observé par tous, nous allons tout faire pour cela. Mais l’approche doit être identique pour tous. Elle ne doit pas être sélective. Il ne peut y avoir de stipulation qui permettrait à certains pays et à leurs représentants, aux compagnies de certains pays, de coopérer avec l’Iran tout en interdisant cela aux autres. Les sociétés russes sont toujours et partout frappées de limitations et de sanctions. Je n’ai jamais entendu dire que ces sanctions frappent des sociétés ouest-européennes ou américaines. Et nous avons l’information que ces sociétés coopèrent avec l’Iran, y compris dans le domaine nucléaire, et nos partenaires en Europe Occidentale et aux Etats-Unis sont au courant de cette information.

Je proposerais de mettre au point des approches uniques, augmenter le degré de confiance réciproque et arrêter de faire l’imbécile, arrêter d’utiliser le sujet de la prolifération pour instaurer dans la pratique de la vie économique la concurrence déloyale.

QUESTION : Monsieur le Président, à propos des relations de la Russie et des Etats-Unis. J’ai été à presque tous les sommets témoin de ce que vous répétiez constamment : "nous avons des rapports stratégiques, l’aspiration à cela". J’ai aussi entendu la promesse de la part de Monsieur Bush en ce qui concerne l’amendement Jackson-Vanik, l’aide à la Russie dans son adhésion à l’O.M.C., la Tchétchénie, et ainsi de suite. C’est là que quelque chose cloche. D’une part, vous parlez de la coopération stratégique, et, d’autre part, les Américains ne tiennent aucune promesse. Votre avis ?

V.POUTINE : Vous savez, les actions des personnes concrètes sur une piste concrète ne peuvent pas discréditer l’idée. Et l’idée est correcte, puisque je crois vraiment qu’entre la Russie et les Etats-Unis le partenariat stratégique est possible. J’expliquerai, pourquoi. Il existe des problèmes, pour lesquels les intérêts, les intérêts à long terme et rationnels de la Russie et des USA, coÑÅncident. Le premier de ces intérêts, vous venez de l’aborder, et nous l’avons discuté avec vous - c’est le problème de la non-prolifération d’armes nucléaires et d’autres armes d’extermination massive au ÑVÑVIe siècle. C’est le problème qui doit préoccuper chaque état et chaque homme qui vit aujourd’hui sur la planète. C’est une question très grave. La Russie et les Etats-Unis sont les plus importantes puissances nucléaires. Malgré la différence de leur potentiel économique, aujourd’hui, les arsenaux nucléaires de la Russie sont comparables à ceux des Etats-Unis. Cependant, ce n’en est pas la seule raison. C’est aussi fonction de l’expérience accumulée, des technologies, de la possibilité de fabrication, des chaînes technologiques et du personnel. La Russie est une grande puissance nucléaire. Personne ne le conteste ni n’en doute. Les USA et la Russie ont, certes, un intérêt commun - garantir la sécurité de toute l’humanité, - et d’un.

Et de deux. Partant de ce que c’est une importante puissance nucléaire, nous devons nous occuper à maintenir la soi-disant stabilité stratégique, autrement dit, nous devons correctement construire entre nous la politique dans le domaine d’armes nucléaires. C’est aussi un élément très important qu’on ne remarque pas que quand il est correctement construit. Dès que les problèmes commencent, toute l’humanité sera en proie à la peur du matin au soir, et tous vont penser à ce qui peut arriver demain, comme il est déjà arrivé plusieurs fois dans l’histoire nouvelle de l’humanité, il suffit de se rappeler la crise des missiles.

Le terrorisme, dont nous avons parlé au début, est réellement une maladie, une maladie grave du XXIe siècle. Comme je l’ai déjà dit ici, à la Conférence, nous sommes profondément persuadés qu’elle n’a ni religion, ni nationalité. Nous sommes catégoriquement contre tout cliché à l’égard des musulmans, et ce ne sont que les provocateurs qui mettent le signe d’égalité entre un musulman et un terroriste. Nous en Russie ne l’admettons pas. Malgré toute la difficulté, jusqu’à tout récemment encore, de la situation en République Tchétchène toujours, nous n’avons admis aucun développement des événements selon ce scénario négatif. Mais ce problème existe, il a un caractère global, et là, certes, nous pouvons être partenaires stratégiques à part entière avec les Etats-Unis.

Il existe d’autres menaces - c’est, disons, la drogue, c’est la criminalité transfrontalière, et ainsi de suite. Tout cela pris ensemble permet de croire que la Russie et les USA ont des intérêts profonds, auxquels ils doivent faire attention et développer la coopération sur ces pistes. Sans parler déjà de l’économie - c’est la piste importantissime pour chaque état. Les USA sont un de nos plus importants partenaires dans les échanges commerciaux, et le volume des échanges commerciaux ne fait qu’augmenter.

Ici, il y a plusieurs pistes de coopération, à commencer par les traditionnelles, par le secteur de l’énergie, et à terminer par les hautes technologies et l’espace cosmique. Comme on sait, la Chine a lancé un vaisseau habité, et nous sommes très heureux pour la République Populaire de Chine. Mais on sait que ces technologies sont bien plus avancées aux USA et en Russie. Comme vous le savez, nous coopérons maintenant ensemble dans le cadre de la Station spatiale international et sur d’autres pistes. Autrement dit, nous avons beaucoup d’intérêts qui coÑÅncident, et dans les domaines où nous n’avons presque pas de partenaires à part les USA. Et dans ce sens, notre politique, qui vise les relations durables avec les States, n’a pas de caractère tactique, mais un vrai caractère stratégique.

QUESTION : Monsieur le Président, à propos d’armes nucléaires. Votre récente déclaration à propos des missiles SS-19. A la suite de quoi, le Ministre de la défense a dit que la Russie était en droit et allait utiliser des frappes préventives contre les pays, dont peut partir la menace pour la sécurité de la Russie.

Beaucoup de gens ont dit que le ton de Poutine venait de l’échec des négociations avec Bush à Camp David, et d’un. Et de deux, quels pays peuvent menacer la Fédération de Russie ?

V.POUTINE : En ce qui concerne nos missiles, missiles lourds SS-19, le fait que la Russie en dispose n’a jamais était un secret. Ce seraient actuellement les missiles les plus puissants dans le monde. On les appelle les missiles lourds, puisqu’ils sont capables de mettre sur l’orbite une grosse charge, cela veut dire qu’ils peuvent porter des ogives, des têtes multiples. Ce sont les missiles qui perceront facilement, dans les prochaines décennies, tout système de défense antimissile.

Il n’y a rien de nouveau à ce que la Russie possède ces missiles. Mais le nouveau est dans ce que nous avons dit. Le voici. Beaucoup d’experts supposaient que dans les cinq, six prochaines années, ces missiles seront démantelés à force de leur vieillissement, de leur vieillissement naturel.

Au cours de la réunion au Ministère de la défense, nous avons rappelé que la Russie possède un grand nombre de ces missiles lourds qui n’ont encore pas un jour été mis en alerte. Dans ce sens, ils sont nouveaux, on les a tenus au sec, et à mesure de démantèlement ou de fin de vie des missiles mis aujourd’hui en alerte, nous allons mettre en alerte ces nouveaux missiles justement, les missiles lourds. Cela veut dire que la Russie ne disposera pas de ces armes pour les prochains trois, quatre, cinq ans, mais, dans tous les cas, pour les quinze, vingt, vingt-cinq ans peut-être, compte tenu de la possibilité de prolonger leur durée de service. Pendant ce temps, je suis persuadé, nous aboutirons à la fabrication de nouveaux systèmes d’armes stratégiques, et garantirons ainsi la viabilité des Forces nucléaires stratégiques de dissuasion. Pour nous, ce ne sont pas les armes offensives, ce sont les forces nucléaires de dissuasion. Malheureusement, le monde moderne n’a pas encore abandonné les armes pareilles, la Russie est obligée d’en avoir aussi, de les tenir en état et de les développer.

Concernant les frappes préventives, nous partons de la priorité du droit international avant tout. Tout usage de la force ne peut avoir lieu qu’au cas de la décision du Conseil de Sécurité de l’ONU. Mais vous avez raison, le Ministre de la défense a vraiment parlé de la possibilité des frappes préventives. Ce qu’il voulait dire, je le pense aussi - nous sommes contre cette politique. Mais si dans la pratique de la vie internationale ce comportement va continuer de s’affirmer en qualité de priorité, la Russie se réservera le droit d’agir de même.

QUESTION : Monsieur le Président, vous n’avez pas cité les pays qui peuvent menacer la sécurité de la Russie.

V.POUTINE : Vous savez, cela ne nous intéresse pas beaucoup. C’est la possibilité théorique qui nous intéresse. Quiconque nous menace, doit savoir que la réponse sera adéquate.

QUESTION : Maintenant, permettez-moi de vous poser la question suivante. L’Occident vous accuse en personne d’avoir fait freiner le triangle Russie - France - Allemagne contre le monde unipolaire conduit par Washington. Comment répondrez-vous à ces accusations ?

V.POUTINE : C’est le procureur au procès qui accuse. J’espère que nous ne faisons que parler avec vous. Je n’ai pas entendu pareilles accusations à mon encontre. La Russie mène et mènera la politique qui correspond à ses intérêts nationaux. Nous sommes contre les blocs, nous ne nous unissons pas au sein des organisations et ne construisons pas notre amitié contre quelqu’un. Nous sommes amis pour quelque chose, défendant les intérêts positifs concrets - et les nôtres, et ceux de la communauté internationale.

Notre avis sur la majorité écrasante de questions, d’assez graves questions sur la problématique irakienne ont coÑÅncidé aujourd’hui avec l’Allemagne et la France. Nous tenons beaucoup à notre interaction et allons, par tous les moyens, contribuer à développer cette interaction, et pas qu’à propos de la situation irakienne ou une autre crise, mais notre interaction avec l’Union Européenne - l’Allemagne et la France sont les pays clé de l’Union Européenne. Nous allons chercher à construire ces rapports avec la France et l’Allemagne pour les affaires internationales dans d’autres régions du monde.

Je dois dire que l’Allemagne et la France n’ont pas ce format trilatéral qu’avec la Russie. Vous le savez, peut-être, vous le suivez, l’Allemagne et la France se rencontrent régulièrement, disons, au format trilatéral avec la Pologne, avec certains autres pays. Et cela n’attire pas l’attention aussi particulière que le travail avec la Russie au format similaire. Mais j’ai déjà dit, je ne peux que le répéter, nous ne construisons pas cette coopération contre quelqu’un, mais pour quelque chose.

Concernant la future architecture dans les relations internationales, l’Allemagne et la France, autant que nous ayons compris, partagent notre position sur le monde multipolaire. Et cela donne, certes, à notre coopération une sérieuse base fondamentale. Nous allons continuer de travailler ensemble avec nos partenaires.

QUESTION : Monsieur le Président, la Russie a abandonné l’ancien système, je parle du communisme, mais n’a pas encore intégré le système capitaliste. Selon vous, où va la Russie, que construit-elle à présent, peut-elle recouvrer le statut d’une grande puissance ?

V.POUTINE : Est-ce que quelqu’un pourra me dire ce qu’est le système capitaliste ?

Nous venons de discuter avec vous l’interaction de la Russie, de l’Allemagne et de la France. Nous tenons vraiment, beaucoup à cette coopération. Qui plus est, cette coopération dans ce format reflète, combien le monde a changé. Tout récemment, cela était impensable, tant il a changé.

Dans votre question précédente, vous avez dit que nos partenaires, disons, aux States, ne respectent souvent pas leurs obligations. Je n’ai pas oublié cette question. Je dois vous dire que l’Union Soviétique a disparu de la carte politique. Si avant on appelait toute l’Union Soviétique la Russie, on peut constater que la Russie a fondamentalement changé, mais le monde occidental, non, il n’a presque pas changé. Et l’inertie de la mentalité et des actions y est encore très forte. Et beaucoup de choses qui semblent normales au cours des négociations, se heurtent par la suite en pratique à cette évolution de l’inertie difficilement surmontable. Tout s’enlise dans un appareil et y meurt. La France, l’Allemagne, ils sont membres de l’OTAN, ils ont des rapports spécifiques dans le monde occidental. La Russie n’y est pas encore perçue de la même manière. Et nous, je le crois, ne devons pas l’oublier.

Un certain temps encore va passer pour que tout reprenne sa place et beaucoup de choses soient perçues en conformité avec les réalités d’aujourd’hui, pas en conformité avec les atavismes des années passées. La Russie développe la démocratie et l’économie de marché. Nous allons continuer de suivre cette voie. Nous avons les raisons de croire que nous pouvons réussir, puisque la croissance de notre économie fait annuellement 6 % régulièrement, ce n’est pas mal. Nous développons le système politique, le système multiparti, nous tenons régulièrement des élections à tous les niveaux du pouvoir, y compris les présidentielles, les parlementaires, les locales. Nous allons continuer de consolider ce système. Nous voulons que la Russie soit un pays démocratique libre avec l’économie de marché développée.

QUESTION : Monsieur le Président, j’ai noté au cours de notre conversation que vous buvez du thé. En Orient, on aime aussi beaucoup le thé. Est-ce un signe de l’amour pour l’Orient ?

V.POUTINE : Deux tiers du territoire de la Fédération de Russie se trouvent en Asie. En Asie habitent plus de trente millions de citoyens de la Russie. Et la Russie a traditionnellement été l’endroit sur la planète, où les traditions de l’Orient et de l’Occident cohabitaient, se développaient côte à côte et s’enrichissaient. Nous avons beaucoup de ce qui ne s’enracine pas, disons, à l’Occident, et qui chez nous est habituel. Si vous avez fait attention, vous avez dit " thé " en russe - c’est un mot presque chinois.

REPLIQUE : Et arabe aussi.

V.POUTINE : Et arabe aussi, je l’ignorais. Mais, dans tous les cas, nous avons beaucoup de traditions orientales. Car notre religion dominante est l’orthodoxie, mais c’est également la branche orientale du christianisme. Et notre église orthodoxe russe ne fait pas que cohabiter simplement avec l’islam depuis mille ans, ces religions se trouvent en contact, s’enrichissent. Moi, à vrai dire, je ne connais même pas un autre exemple de la coopération entre les confessions comme on en a un en Russie. Il n’y a rien d’extraordinaire pour la Russie.

QUESTION : Vladimir Vladimirovitch, vous êtes pour la première fois à notre antenne, la première fois devant notre audience, j’espère que cette fois ne sera pas la dernière. Avez-vous un appel spécial aux millions qui vont regarder et regardent notre chaîne ?

V.POUTINE : Bientôt, le ramadan viendra, je vous souhaite du bonheur et de la prospérité. Tous mes meilleurs voeux à chaque famille.

CORRESPONDANT : Merci beaucoup.

V.POUTINE : Merci.

CORRESPONDANT : Beaucoup de questions, mais j’ai senti que cela durait depuis 50 minutes déjà, c’est pourquoi je me suis arrêté.

V.POUTINE : Une interview, tout comme les travaux dans son appartement, on ne peut la terminer, on ne peut que l’arrêter. Merci beaucoup.