« Les civils irakiens sont victimes de l’instabilité »

Iraqi Civilians Fall Victim to Hair Triggers
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] Fred Abrahams est consultant pour Human Right Watch.

[RESUME] Les civils irakiens tués par des soldats états-uniens ne sont pas rares. La plupart des victimes ont été abattues à des checkpoints, durant des raids ou suite à une attaque contre les soldats états-uniens à laquelle ils ont riposté sans discernement suffisant. Les militaires ne gardent pas de statistiques du nombre de civils tués par les soldats, mais Human Right Watch en a décompté 20 rien que pour le mois de Mai en faisant deux semaines de recherches et 94 depuis la fin officielle des combats.
Les soldats états-uniens ont trop chauds, sont fatigués, loin de chez eux et font face à des attaques quotidiennes par une résistance qui se mêle à la foule. Mais cela ne veut pas dire qu’ils peuvent agir en toute impunité. L’armée n’a mené que cinq enquêtes et toutes ont abouti à la conclusion que les procédures avaient été respectées. J’ai ré-enquêté sur deux de ces cinq dossiers et à chaque fois j’ai trouvé des preuves du contraire.
Il y a beaucoup d’autres plaintes contre les troupes états-uniennes, dont beaucoup n’impliquent pas de décès. L’officier juriste de la 82ème division aéroportée que j’ai rencontré avec des avocats irakiens m’a affirmé avoir reçu plus de 700 plaintes et avoir versé plus 900 000 dollars de dédommagements. Mais ce n’est pas une question d’argent. Les comportements excessifs des troupes créent de l’animosité et renforcent la résistance. Certains proches des victimes souhaitent aujourd’hui le retour de Saddam et la mort des Américains. Leur nombre ne fait qu’augmenter.

« La boutique des horreurs »

Shop of Horrors
New York Times (États-Unis)

[AUTEUR] Elizabeth A. Cole est responsable de programme au Carnegie Council on Ethics and International Affairs. Elle a précédemment travaillé pour la National Endowment for Democracy, une association satellite de la CIA.

[RESUME] Les personnes qui ont regardé attentivement le budget de 20,3 milliards de dollars pour la reconstruction de l’Irak ont peut-être été surprises d’y trouver la construction d’un musée des crimes ba’assiste pour un million de dollars. C’est un projet de Kanan Makiya, un dissident irakien, exilé depuis 1968 et qui a joué un rôle dans l’appel à l’invasion de l’Irak par les États-Unis.
Il a reçu l’autorisation de construire ce musée qui abritera des documents étatiques irakiens sur les tortures et les exécutions commises pendant les trois décennies du régime. M. Makiya a encore besoin de neuf millions pour mener à bien son projet, construit sur le modèle du musée de l’Holocauste à Washington. Si cette initiative semble louable, dans un Irak fragmenté il ne sera pas facile de s’accorder sur ce qu’est la « vérité », sur ce qui est imputable à Saddam Hussein ou aux sanctions économiques. En outre, on peut se demander si M. Makiya, un exilé soutenu par l’occupant, est la bonne personne pour diriger le projet.
De nombreuses études ont démontré que la stabilité et la paix doivent être des préalables à la réconciliation. En outre, seuls les Irakiens qu ont souffert peuvent décider, après délibération ce qui doit être mis en avant. Aujourd’hui, il est plus urgent de se concentrer sur le passé ancien qui unit l’Irak en reconstruisant le musée national irakien plutôt que de construire un musée des atrocités qui divisera.

« Les déclarations de l’ennemi »

Enemy sightings
Washington Times (États-Unis)

[AUTEUR] [Frank J. Gaffney Jr.] est président du Center for Security Policy, le think tank qui rassemble les principaux « faucons » états-uniens. Le Réseau Voltaire lui a consacré une enquête : « Le Centre pour la politique de sécurité : les marionnettistes de Washington ». Il a récemment participé au sommet de Jerusalem.

[RESUME] L’un des problème de la guerre au terrorisme est que nos dirigeants peinent à définir clairement qui est l’adversaire. La vérité est que nous sommes engagés dans une lutte contre tous ceux qui utilisent le terrorisme pour faire avancer leurs objectifs politiques, souvent avec le soutien d’États. Depuis le 11 septembre, nous savons que les plus dangereux et déterminés des terroristes sont les islamistes.
Les Islamistes ne sont qu’une petite partie des musulmans. Cependant sur 1,6 milliard de musulmans, ils sont quand même des millions et, plus inquiétants, leur nombre ne cesse d’augmenter, en partie à cause du soutien de l’Arabie saoudite et de l’Iran. Leurs activités sont accompagnées d’une campagne de désinformation qui vise à faire croire que toutes les attaques contre les islamistes sont des attaques racistes. C’est bien évidemment faux. Nous différencions les musulmans, qui sont également haïs des islamistes, des terroristes. Malheureusement, certaines associations arabo-américaines et musulmanes associées aux jihadistes ont tenté d’obscurcir la distinction entre musulmans et islamistes en se faisant passer pour des groupes de protection de tous les musulmans. Heureusement, certaines de ces associations sont désormais surveillées par la justice et certains de leurs membres sont en prison.
Ces groupes n’ont pas de légitimité pour dénoncer ceux qui combattent les hommes qui détournent l’Islam. Ces associations ont pourtant attaqué dans la presse, le respecté et expérimenté Général William G. « Jerry » Boykin, récemment nommé au poste de vice sous-secrétaire à la Défense chargé des questions de renseignement et qui est en charge de la chasse à Ben Laden et Saddam Hussein. Cette campagne a commencé après qu’un gauchiste appelé William Arkin s’en soit pris à lui en affirmant qu’il était anti-musulman alors qu’il n’a appelé qu’à combattre les extrémistes. Il faudrait au contraire se réjouir de voir un homme qui a bien compris qui était l’ennemi arriver aux responsabilités.
Heureusement, George W. Bush, Donald Rumsfeld, Condoleezza Rice et Richard Myers n’ont pas cédé à la pression des Islamistes. Il faut déterminer qui, parmi les musulmans, est avec nous et qui est contre nous.

« La clef de la paix au Moyen-Orient »

The key to peace in the Middle East
The Independant (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Dominique de Villepin est ministre des Affaires étrangères français. Cette tribune est adaptée d’un discours prononcé lors de la séance annuelle organisée par la BBC à la mémoire de Lord Richard Dimbleby, le 19 octobre 2003. Télécharger le texte intégral en anglais

[RESUME] Pour ne pas répondre aux menaces globales sans entrer nous-mêmes dans la spirale de la violence, nous devons résoudre les crises en gardant un attachement à la justice. Nous ne pouvons pas accepter le statu quo au Proche-Orient.
Nous partageons les griefs israéliens face à l’inacceptable violence terroriste et nous partageons le désespoir des Palestiniens. On ne peut pas constituer toute sa politique sur la sécurité. Il n’est pas constructif d’imputer toutes les difficultés à Arafat et la construction du « mur de sécurité » ne permettra pas d’augmenter la sécurité d’Israël. Nous ne mettrons pas un terme à la violence sans reconnaître le droit absolu d’Israël à la sécurité et celui des Palestiniens à un État dans les frontières de 1967.
Nous devons tous prendre l’initiative, tous les membres du quartet et notamment l’Europe. Nous devons garantir le processus de paix par un système de surveillance et déployer une force internationale. Il faudra agir sans pré-conditions car il faut pousser Israéliens et Palestiniens dans la route vers la paix.

« Rafah en miniature »

Rafah in miniature
The Guardian (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Jocelyn Hurndall est la mère de Tom Hurndall jeune journaliste britannique de 22 ans en état de mort cérébrale après qu’un soldat israélien lui tiré dessus en avril.

[RESUME] Mardi dernier, j’ai envoyé à Tony Blair une lettre exprimant mon désespoir suite à l’absence de réponse du gouvernement israélien à ma demande de mener une enquête sur les circonstances de la mort de mon fils. Il a reçu une balle dans la tête, tirée par un soldat israélien alors qu’il mettait à l’abri des enfants palestiniens qui étaient en train de jouer dans la rue pendant une fusillade. Il était vêtu d’une tenue de presse fluorescente.
Depuis six mois que mon fils est dans un hôpital israélien, nous n’avons eu que des excuses intolérables pour nous expliquer pourquoi il n’y avait pas d’enquête. Nous avons vu avec quelle vitesse le Royaume-Uni et les États-Unis venaient en aide à Israël pour mener des enquêtes contre les attaques terroristes, mais dans le cas de Tom, de Rachel Corrie ou des autres, il n’y a pas d’urgence. Pourquoi est-ce aux parents de recueillir les témoignages ou de rassembler les preuves ? Aujourd’hui, l’armée israélienne a détruit la maison près de laquelle on a tiré sur Tom et les treize témoins oculaires ont été dispersés. Il n’y a plus de preuves que le terrain était dégagé et que le soldat n’a pas commis une erreur.
Ce que nous vivons est l’exemple en miniature de ce que vivent des milliers de familles dans les territoires occupés, à la différence près que nous avons les moyens de vivre décemment. La semaine dernière, l’armée israélienne a détruit 120 maisons à Rafah, faisant 1500 sans abris, 60 blessés et 8 morts. Pourquoi Tony Blair ne défend-il pas les intérêts de ses citoyens et n’exige-t-il pas une enquête à Ariel Sharon ? Pourquoi ne met-il pas en garde George W. Bush contre son soutien à Israël et sa politique inhumaine ? Pourquoi le Royaume-Uni s’est il abstenu lors des deux votes du Conseil de sécurité visant à condamner la décision israélienne d’assassiner Arafat et la construction d’un mur de « sécurité » dans les territoires ?

« Ce que les Français ne voient pas de l’autre côté de l’Atlantique »

What the French don’t see across the Atlantic
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] André Kaspi est professeur d’histoire états-unienne à l’université de Paris I Sorbonne où il dirige le Centre d’histoire nord-américaine. Il est l’auteur de La peine de mort aux États-Unis.

[RESUME] Certains Français en se basant sur quelques voyages et sur la lecture ou la vision de certains documents sont persuadés de connaître les États-Unis. Ils savent donc que les Américains sont remarquables, infantiles, obèses, impérialistes, manquent de culture générale, sont généralement insupportables et détestent les Français. Chaque pays à ses stéréotypes, mais n’est-il pas dans l’intérêt des Français de mieux connaître les autres ? On notera qu’il n’y a qu’une douzaine d’historiens français spécialistes des États-Unis.
Une des grandes sources d’anti-américanisme est la peine de mort. Il existe un grand fossé entre les deux continents sur cette question. Si tous les pays de l’Union européenne l’ont abandonné (et la France n’était pas à l’avant-garde), les États-Unis ont, pour leur part, procédé à 852 exécutions depuis 1977 et 3700 personnes attendent dans le couloir de la mort. Il y a certes des raisons d’être indignés, mais uniquement quand on connaît le fonctionnement des systèmes judiciaires fédéral et des États, qu’on connaît le rôle des avocats et de l’opinion publique, qu’on comprend que le racisme n’est pas la seule raison et qu’on connaît la débat sur la peine de mort aux États-Unis.
Les Français ne se posent pas assez de questions sur les États-Unis et ne voient pas que les États-Unis sont de moins en moins proches de l’Europe. Nous sommes de plus en plus éloignés démographiquement, pour des raisons religieuses (l’activité religieuse s’y maintient alors qu’elle s’effondre en Europe) et l’Europe n’a pas compris le sursaut patriotique après le 11 septembre. Ces différences expliquent les tensions entre la France et l’Amérique et nécessitent que nous, Français, fassions un effort pour mieux comprendre les États-Unis.

« Pour la "nouvelle Europe", le traitement par le silence »

For ’New Europe,’ the Silent Treatment
Washington Post (États-Unis)

[AUTEUR] Joshua Muravchik, néo-conservateur déclaré, est membre de l’American Enterprise Institute et du Washington Institute for Near East Policy. Il travaille au sein de plusieurs organismes de communication satellites de la CIA. Il est l’auteur de Heaven on Earth : The Rise and Fall of Socialism.

[RESUME] La prochaine fois que les États-Unis auront besoin de la « nouvelle Europe » nous pourrions la trouver vieillie car l’Office of Management and Budget vient de décider de supprimer les émissions de Radio Free Europe et de Voice of America en langues des pays d’Europe centrale et orientales. La « nouvelle Europe » est composée de pays bien plus anciens que les États-Unis, mais qui n’ont découvert que tardivement la liberté et qui, sortant de l’« Empire du mal », comprennent qu’il faut combattre l’ « Axe du Mal ». Pendant que la France et l’Allemagne, l’ingrate « vieille Europe », plaçaient des obstacles sur la voie de la guerre au terrorisme, les anciens pays du bloc soviétique nous ont soutenu et ont envoyé des troupes pour nous aider en Afghanistan et en Irak. Pourtant, tout ne va pas bien dans ces pays où la liberté de la presse est fragile et où les règles du journalisme sont tournées vers le sensationnalisme. En outre, on y constate une progression de l’antiaméricanisme. Les émissions de Radio Free Europe et de Voice of America pourraient aider à contrer cette tendance .
Abandonner nos programmes en direction des pays d’Europe centrale et orientale serait un message d’encouragement à Paris et Bonn [1] qui veulent obliger ces pays à choisir entre le soutien aux États-Unis et une pleine intégration européenne. Il faut que les États-Unis continuent leurs efforts de diplomatie publique car c’est un bon complément à nos efforts militaires.

« Entretien exclusif de Mahathir Mohamad »

Exclusive Interview / Mahathir Mohamad
Bangkok Post (Thaïlande)

[AUTEUR] Mahathir Mohamad est le Premier ministre malais depuis 22 ans. Il s’apprête à démissionner le mois prochain. Ce texte est adapté d’une interview accordée au rédacteur en chef du Bangkok Post, Pichai Chuensuksawadi. Nous avons choisi de ne faire part que des éléments en lien avec le scandale qu’ont déclenché ses déclarations sur le conflit israélo-palestinien au cours du sommet islamique.

[RESUME] Récemment, au Japon, les journaux ont pris une phrase d’un de mes discours en ignorant le contexte. Dans ce texte, je condamnais toute forme de violence, y compris les attentats suicide et j’appelais les musulmans à arrêter la violence. Cependant ils n’ont retenu que la phrase où j’affirmais que les juifs contrôlent le monde. Ils m’ont présenté comme antisémite. Les réactions démontrent bien qu’ils contrôlent bien le monde.
Les Européens et les Américains ont condamnés mes déclarations, mais ils n’ont rien dit à Silvio Berlusconi quand il a présenté tous les musulmans comme des terroristes. Pourquoi, quand les musulmans sont attaqués, l’Union européenne ne réagit-elle pas ? Israël est un petit pays. Il n’y a pas tant que juifs que ça dans le monde. Mais ils sont tellement arrogants, ils défient le monde entier. Même si les Nations unies disent non, ils agissent quand même. Pourquoi ? Parce qu’ils sont très soutenus. J’ai demandé aux musulmans de toujours négocier, je l’ai fait en m’appuyant sur le Coran, mais cela n’a pas été retenu par la presse, tout comme elle n’a pas précisé que j’avais invité l’équipe israélienne de cricket et des écoliers israéliens en Malaisie malgré les protestations parce que je veux la fin des massacres entre Palestiniens et Israéliens.
De nombreux journaux appartiennent à des juifs. Ils ne voient que cet angle-là et ils exercent une forte influence sur la pensée de beaucoup de gens. Aujourd’hui on ne voit que leur version des choses. Les musulmans sont donc présentés comme des terroristes. Nous ne nous considérons pas comme des musulmans modérés mais, au contraire, comme des personnes qui sont revenues aux sources de l’Islam et qui soutiennent donc toujours la paix. C’est la meilleure façon de combattre ceux qui détournent notre religion.
De toute façon, en Palestine, il y a aussi des chrétiens. Ce n’est donc pas une guerre de religion mais un problème territorial. Les États-Unis n’ont malheureusement pas une bonne approche de ce conflit, tout comme ils se trompent quand ils prétendent pouvoir imposer la démocratie.

« Une élection truquées et la stabilité pétrolière »

A stolen election and oil stability
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Peter Bouckaert est chercheur pour Human Right Watch. Il a été observateur indépendant durant les élections en Azerbaïdjan.

[RESUME] L’élection présidentielle de la semaine dernière en Azerbaïdjan a permis au gouvernement de garder le contrôle des réserves pétrolières en faisant succéder Ilham Aliyev à son père. Des irrégularités dans le vote ont été constatées par les observateurs nationaux et internationaux. J’ai moi-même pu observer que le gouvernement avait truqué l’élection avant d’envoyer la police contre les membres de l’opposition dénonçant les infractions.
Des centaines de personnes ont été arrêtés et battues. Isa Gambar, le chef de l’opposition, est en résidence surveillée. La violence entourant cette élection est choquante, mais elle était prévisible puisque l’opposition n’a la possibilité de s’exprimer que dans la rue en raison des trucages du gouvernement. Plus étonnant, en revanche, est l’attitude de l’OSCE et du Conseil de l’Europe dont les représentants, Giovanni Kessler et Guillermo Martinez Casan, ont noté les violences et les irrégularités du scrutin, mais se sont réjouis des progrès de l’Azerbaïdjan sur la voie de la démocratie.
La communauté internationale connaît les exactions du régime Aliyev, mais ne semble pas vouloir en tenir compte pour continuer à commerce avec un pays riche en pétrole. Ainsi, le Conseil de l’Europe a admis en son sein l’Azerbaïdjan en dépit du trucage de l’élection parlementaire de 2000. Cette fois-ci la communauté internationale ne doit pas accepter des élections truquées car cela accroît le mécontentement de la population vis-à-vis de l’Occident et pourrait déstabiliser la région à long terme.

[1] NDLR : Depuis la réunification allemande, la capitale de l’Allemagne n’est plus Bonn mais Berlin.