Réseau Voltaire

Les néoconservateurs veulent développer la contre-insurrection en Irak comme au Vietnam

Le Washington Post reproduit l’allocution controversée de Paul Bremer III à l’occasion du début du ramadan. S’efforçant d’imiter la diction des prêcheurs musulmans, l’administrateur civil de l’Irak a assuré la population qu’un avenir radieux s’ouvre à elle. Mais tandis qu’il affirmait tenir la situation sous contrôle, la résistance lui répondait que l’avenir serait plus radieux encore sans occupation étrangère.
À propos de ces attentats, Karl Blanchet, directeur d’Handicap International UK, souligne dans Le Monde que les ONG, déjà piégées en Irak, le seront dans d’autres conflits encore. En effet, elles ne peuvent espérer être protégées par les forces de la Coalition dans la mesure où elles ont manifesté avant la guerre contre son déclenchement. Elles ne peuvent non plus espérer être accueillies par la résistance car elles se sont préparées à l’avance à intervenir, devenant ainsi une sorte de service après-guerre de la Coalition. Et cette situation ne manquera pas de se reproduire lors des prochains conflits.
Tom Donnelly et Gary Schmitt, du Projet pour un nouveau siècle américain, plaidaient durant la campagne électorale de 2000 en faveur d’une guerre contre l’Irak, puis contre la Syrie et contre l’Iran. Cependant, face à la résistance irakienne, ils préconisent aujourd’hui, dans le Washington Post, de retarder le retrait des forces d’occupation, et donc de différer l’attaque de la Syrie. Les États-Unis ne sauraient être tenus en échec et doivent donc prendre le temps de vaincre l’insurrection irakienne. Il convient d’appliquer au plus tôt les bonnes vieilles méthodes de contre-guérilla que le docteur Kissinger énonça à propos du Vietnam, mais qu’il n’eut pas la possibilité de mener à terme.

L’ancien conseiller spécial de Bill Clinton, Sidney Blumenthal, exprime dans le Guardian les états d’âme des agents de la CIA, que leur statut contraint au silence. Il souligne que l’Agence n’a pas démérité. Au contraire, elle a informé avec précision la présidence de la réalité irakienne, mais la Maison-Blanche et le Pentagone n’ont rien voulu entendre. Rumsfeld a même créé son propre bureau de renseignement pour obtenir des rapports conformes à ses préjugés. Aujourd’hui, face à l’enlisement en Irak, le Congrès et l’administration cherchent un bouc-émissaire et placent l’Agence en accusation. Ils lui font porter la responsabilité d’erreurs d’appréciation commises par d’autres. Les agents de la CIA se sentent trahis. L’analyse de Blumenthal reste dans les limites de la courtoisie. Cependant, les agents qui ont fait carrière dans la maison se souviennent de mises en cause identiques sous la présidence de Gerald Ford. À l’époque, les accusations les plus dures étaient formulées par un certain George Herbert Walker Bush (le père), qui fut en définitive nommé directeur de l’Agence pour mieux l’empêcher de se défendre. Le litige n’est donc pas nouveau.

Arnold Beichman regrette dans le Wall Street Journal l’époque de la Guerre froide. L’Amérique, écrit-il en substance, devait alors faire face à un ennemi monstrueux, mais néanmoins civilisé, l’URSS. Aujourd’hui, elle doit se battre contre bien pire encore : le terrorisme islamique, qui vient la menacer jusque sur son propre sol. Arnold Beichman joue à se faire peur en perdant toute notion de proportions.
Bruce Hoffman, expert anti-terroriste de la Rand Corporation, souligne que, malgré la campagne d’Afghanistan, Ben Laden est toujours là, prêt à ourdir de nouveaux complots contre l’Amérique. Malgré les victoires des États-Unis, le danger reste omniprésent, note-t-il dans le Los Angeles Times. Bruce Hoffman, lui aussi, joue à se faire peur. Il trouve même une nouvelle raison de frémir : Al Qaïda recrute de jeunes Européens. La menace ne vient plus du monde arabe, mais de la veille Europe.

Hocine Aït-Ahmed analyse dans Le Monde les conséquences de lutte entre généraux en Algérie. Il souligne que, contrairement à ce que prétendent de nouveaux ouvrages, les généraux ont une responsabilité partagée avec les islamistes dans la guerre civile qui a détruit le pays. À partir de quoi, le président du FFS appelle la communauté internationale à aider son pays à sortir des luttes de clans.
Michael J. Economides et Ronald E. Oligney du Texas Energy Center, une société d’économie mixte fondée par George W. Bush lorsqu’il était gouverneur, analysent l’affaire Khodorkovsky dans le Los Angeles Times. Les deux chercheurs, qui sont persuadés de l’importance stratégique et commerciale du gaz russe, estiment que, même en cas de nationalisation complète du secteur, les États-Unis ne pourront pas rompre avec les compagnies russes. Et la défense des intérêts énergétiques états-uniens est plus importante que celle de la propriété privée en Russie.

Bernard-Henri Lévy poursuit dans Le Monde sa campagne contre la participation des associations musulmanes au Forum social européen. Il personnalise le débat en s’attaquant au théologien Tariq Ramadan. Après l’avoir qualifié d’antisémite, il l’accuse aujourd’hui de tenir un double langage et insinue qu’il pourrait être un financier d’Al Qaïda. Bigre ! Cependant, tout à sa vindicte, le romancier français pose en préambule qu’il dénie à son adversaire le droit de débattre, de sorte que son propos quitte le domaine rationnel pour s’égarer dans celui de l’invective. Cette polémique est une nouvelle fois révélatrice du développement de l’islamophobie comme stratégie de domination permettant à la classe dirigeante française d’exclure du débat politique la population musulmane. Il n’est pas indifférent qu’elle se focalise sur Tariq Ramadan dans la mesure où celui-ci, à défaut d’être laïque, incarne une volonté d’engagement social des musulmans européens par lequel ceux-ci assimilent la modernité.

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« Le discours du Ramadan de M. Bremer »

Mr. Bremer’s Ramadan Address
Washington Post (États-Unis)

[AUTEUR] [L. Paul Bremer III] est l’administrateur de l’autorité provisoire de la Coalition en Irak. Ce discours a été lu sur les ondes irakiennes en arabe le 24 octobre. Il a créé une petite controverse aux États-Unis en raison de la diction de Paul Bremer, rappelant les textes religieux musulmans et sur la traduction du texte, paraissant maladroite à certains.

[RESUME] A l’approche du ramadan, le mois du pardon et de la pitié, j’invite ceux qui sont assez vieux pour cela à se souvenir des ramadans avant Saddam. Alors, ce mois spécial était un mois de paix durant lequel les liens de la famille étaient réaffirmés et bientôt, dans un futur proche, les ramadans auront lieu dans un Irak souverain qui jouira de la tranquillité et de la paix avec ses voisins.
Durant ce ramadan, vous êtes libres et, si beaucoup reste à accomplir, vous ne devez pas perdre espoir car le mal est parti. Le mal qui devait vous protéger et vous a torturé, le mal qui devait vous nourrir et vous a affamé, le mal qui devait vous amener la paix et vous a entraîné vers la guerre. Il a combattu le monde en votre nom avant de fuir comme un lâche pour échapper à votre justice. Un jour il y fera face.
Saddam ne dirigera plus jamais le pays d’Abraham, du code d’Hammourabi et du pays du califat. Vous êtes libres. L’histoire de votre pays et le soutien du monde vous offrent aujourd’hui un avenir plein d’espoir. Cette semaine le Conseil de sécurité a appelé, via une résolution, à des « efforts pour restaurer et établir des institutions locales et nationales par un gouvernement représentatif ». Vous avez un grand travail devant vous et vous devez constituer une forme de gouvernement qui empêchera l’émergence d’un nouveau tyran et mettra fin aux privilèges fondés sur la religion, l’ethnie ou le sexe.
Comme jamais auparavant dans votre vie, votre avenir est plein d’espoir.

« Les humanitaires, cibles politiques »

Les humanitaires, cibles politiques
Le Monde (France)

[AUTEUR] Karl Blanchet est le directeur d’Handicap International au Royaume-Uni.

[RESUME] Les ONG humanitaires sont terrifiées par la situation dans laquelle se trouve la population irakienne, abattue par des années de blocus et par les bombardements américains. Le peuple se trouve aujourd’hui face à une nouvelle menace : l’insécurité.
Aujourd’hui, les civils irakiens ou expatriés travaillant avec des ONG ou l’ONU sont la cible des groupes armés terroristes qui perçoivent les opérateurs humanitaires comme des alliés des forces belligérantes. Cela est peut-être dû au fait que de plus en plus d’ONG veulent se donner un rôle politique. Avant la guerre, un malaise s’est installé quand les ONG ont manifesté contre la guerre et pour une solution politique tout en se préparant à faire face aux victimes de la guerre, ce qui équivalait à renoncer à une solution politique. Des clivages se sont alors formés.
Aujourd’hui, certaines ONG tentent de se démarquer des forces militaires belligérantes. Handicap International a, par exemple refusé tout financement provenant de fonds américains ou britanniques et a refusé tout accord avec les militaires de la Coalition tant que l’ONU n’était pas impliquée. Cette bataille pour l’indépendance n’a pas évité que le personnel humanitaire soit pris pour cible et, comme en Afghanistan, la chute de l’État rend impossible sa protection. Alors que George W. Bush affirme que l’Irak est un point focal de la guerre au terrorisme et que Geoff Hoon envoie des troupes supplémentaire en Irak, les ONG font face à un dilemme concernant l’attitude à adopter en Irak. Bientôt, certaines régions du monde seront inaccessibles, même pour les humanitaires.

« Maintenant, la juste façon de combattre »

The Right Fight Now
Washington Post (États-Unis)

[AUTEURS] Ancien vice président du Project for the New American Century, le think-tank qui a rédigé le programme militaire de George W. Bush pour l’élection présidentielle et organisé la campagne contre l’Irak, et directeur de la communication de Lockheed Martin, Tom Donnelly est chercheur à l’American Enterprise Institute. Gary Schmitt est directeur exécutif du Project for the New American Century et a été directeur exécutif du Foreign Intelligence Advisory Board sous la seconde présidence de Ronald Reagan (1984-1988).

[RESUME] De tous les débats qui animent l’après-guerre à Washington, il y a une question à laquelle on ne prête pas assez attention : les États-Unis ont ils adopté la bonne stratégie pour vaincre une insurrection de plus en plus sophistiquée en Irak ? C’est une question urgente car les hommes et les femmes de la coalition et les Irakiens coopérants subissent des attaques presque tous les jours. Le nombre des blessés et tués augmente.
Les attaques sont conduites par d’anciens baasistes, des Irakiens opportunistes et des islamistes étrangers. Face à cela, l’administration Bush aura beau avoir des succès dans la reconstruction, ils ne pourront être qu’éphémères si la sécurité n’est pas rétablie et l’insurrection vaincue. Il faut donc mettre en place une stratégie contre-insurrectionnelle, ce qui n’est pas insurmontable en Irak vu la situation.
Nous avons l’avantage de faire face à une insurrection très localisée dans les régions sunnites. Les insurgés semblent être peu nombreux et les Kurdes et les chiites n’y participent pas. Les insurgés n’ont, par ailleurs, pas de leaders permettant un ralliement. Dans le même temps, les opérations de stabilisation ont fait des progrès, mais les mouvements militaires et les actions des forces spéciales sont insuffisantes car il faut avoir des renseignements plus pertinents. Pour l’instant, les États-Unis peuvent empêcher l’insurrection de gagner. Ce n’est pas suffisant, car les insurgés n’ont pas besoin de gagner, ils ont besoin de ne pas perdre et de changer la perception du conflit dans l’opinion publique états-unienne, ce qui est encore plus aisé au cours d’une campagne présidentielle.
Notre bataille doit donc être autant politique que militaire. Nous devons mettre en place de petites unités d’infanterie qui doivent patrouiller intensément les zones peuplées, ce qui permet de développer le renseignement humain, de rassurer la population et de gagner sa confiance. Cela permet de réduire le nombre de lieux sûrs pour les insurgés. Cette stratégie comprend des risques puisqu’elle concentre les troupes dans les régions dangereuses. Elle perturbera les plans du Pentagone qui prévoyait une diminution des effectifs en Irak. Toutefois, ce risque est minime face à celui de notre échec.

« L’autre guerre de Bush »

Bush’s other war
The Guardian (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Sidney Blumenthal est ancien assistant et conseiller spécial du président Bill Clinton. Il est l’auteur de The Clinton Wars. Il a été éditorialiste du New Yorker, du Washington Post ] et de New Republic. Il est désormais éditorialiste au Guardian sur les questions de politique états-unienne.

[RESUME] À Bagdad, l’administration Bush agit comme si elle était étonnée des carnages de l’après-guerre alors que George W. Bush lui-même a signé un document annonçant ce scénario le 14 avril qu’il a fournit au Congrès. Ce rapport précise que « les restes du régime de Saddam Hussein vont continuer à utiliser les populations irakiennes comme bouclier et vont même la viser pour empêcher la Coalition d’atteindre ses objectifs ». Le rapport précisait que les planificateurs de la guerre avaient pris des mesures pour y faire face. Pourtant, le 25 août, Donald Rumsfeld a déclaré que ces attaques n’avaient pas été prévues.
En fait, avant la guerre. Bush, et surtout Dick Cheney (le Premier ministre de facto du lointain monarque) a estimé que tous ceux au département d’État et à la CIA qui fournissaient des informations en contradiction avec les affirmations idéologiques de l’administration Bush devaient être marginalisés ou intimidés car ils étaient déloyaux. Ainsi, Rumsfeld, forma au Pentagone l’Office of Special Plans, confié à Paul Wolfowitz et devant fournir à la Maison Blanche des rapports plus conformes à ce qu’elle souhaitait entendre. Amhed Chalabi remplaça la CIA comme source d’information. De même, quand Hans Blix fut nommé à la tête des inspecteurs de l’ONU, Wolfowitz exigea que la CIA fasse un rapport démontrant qu’il était traditionnellement tendre avec les Irakiens et Cheney le menaça de le discréditer si ces conclusions n’allaient pas dans le sens de Washington.
Aujourd’hui, la commission sénatoriale sur les questions de renseignement, dominée par les Républicains, fait de la CIA le bouc émissaire des problèmes de renseignement, tendance renforcée par l’affaire Wilson. Les Républicains ne s’attaquent pas, en revanche, à la façon dont l’administration Bush a utilisé les renseignements. Les membres de l’agence se sentent trahis.

« Pourquoi la Guerre froide me manque »

Why I Miss the Cold War
Wall Street Journal (États-Unis)

[AUTEUR] Arnold Beichman est chercheur à la Hoover Institution et est l’auteur de Anti-American Myths : Their Causes and Consequences. Il est éditorialiste au Washington Times.

[RESUME] Il y a dix ans, j’aurai affirmé que la Guerre froide ne me manquerait jamais. Mais aujourd’hui quand je dois prendre l’avion et que je vois toutes les mesures de sécurité, j’ai un curieux sentiment. Même dans les pires moments, durant la Guerre froide, nous n’avons pas connu cela. Certes, les habitants des anciens pays du bloc soviétiques ne pensent certainement pas comme moi, mais même les populations de ces pays ont aujourd’hui à craindre le terrorisme islamiste car ils abritent des ambassades occidentales sur leur sol.
La Russie totalitaire a été un horrible exemple du socialisme en action et la Guerre froide a eu des moments effrayants comme l’invasion de la Tchécoslovaquie ou la destruction en vol d’un avion de ligne coréen, mais nous n’avions pas à craindre ce qu’il y avait dans les chaussures de quelqu’un. Malgré sa férocité, l’URSS était plus civilisée que Ben Laden. La vie était terrible dans le bloc soviétique, mais cela n’affectait pas la vie dans les démocraties. Si celle-ci ont connu le terrorisme, c’était un terrorisme national. De même, les assassinats soviétiques étaient ciblés en Occident et touchaient peu de civils. L’URSS faisait de la désinformation et accusait les États-Unis de crimes partout dans le monde, mais cette politique au moins ne tuait personne.
Si l’histoire soviétique est pleine de dissidences internes, où sont les anti-Oussama dans le monde islamique ? Il n’y a pas de Gorbatchev musulman, même si George W. Bush rappelle Ronald Reagan. La guerre au terrorisme n’a donc pas de fin en vue.

« Dans le calcul de la peur, les terroristes ont un avantage »

In the Calculus of Fear, Terrorists Have an Edge
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] Bruce Hoffman est un expert en terrorisme pour la Rand Corporation. Il a été membre du Counter-Terrorism Advisory Board du département de la Défense états-unien et a fondé le Center for the Study of Terrorism and Political Violence de la Saint Andrew University. Il a été expert dans l’enquête sur l’attentat contre l’ambassade israélienne en en Argentine. Bien qu’ayant prétendu devant le Congrès avoir été surpris par les attentats contre le World Trade Center de 2001, il les avait décris à l’avance à l’Air Force Academy.

[RESUME] « La Déclaration de guerre contre les Américains occupant la terre des deux lieux saints » de Ben Laden de 1996 est considérée comme un texte prophétique par ses partisans. Il y était affirmé que l’occupation de l’Arabie saoudite était une tête de pont des États-Unis au Moyen-Orient pour imposer le nouvel impérialisme et contrôler le pétrole. Dans ce texte, Ben Laden appelle les musulmans à attaquer les Américains.
On ignore encore exactement l’identité des terroristes derrière la dernière vague d’attentats en Irak, mais on sait que leur succès se mesure à leur capacité à donner un retentissement à leurs attaques. Les gouvernements font des progrès contre le terrorisme, renforcent leur sécurité, sauvant ainsi des vies et arrêtent des terroristes. Cependant pour les terroristes, cela n’a pas d’importance car ce dont ils ont besoin, c’est d’une seule nouvelle attaque réussie. Après la Seconde Guerre mondiale, les armées allemande et japonaise, vaincues, ont arrêté de se battre, tandis qu’après l’Afghanistan, Al-Quaïda a continué à commettre des attentats.
Actuellement, la guerre au terrorisme est dans une phase transitoire durant laquelle les mesures contre-terroristes se renforcent tandis qu’Al Qaïda s’adapte et recrute de jeunes musulmans dans les pays européens. Pour favoriser son recrutement, Al Qaïda doit rester dans l’actualité, c’est pourquoi la violence continue est un élément clé de sa stratégie. L’objectif du contre-terrorisme est d’empêcher les attentats tandis que l’objectif du terrorisme, plus facile, est de semer la peur et la mort.
Notre guerre sera donc très longue et, malgré nos succès, quelqu’un, quelque part, prépare une nouvelle attaque.

« Sortir l’Algérie du chaos »

Sortir l’Algérie du chaos
Le Monde (France)

[AUTEUR] Hocine Aït-Ahmed est président du Front des Forces socialiste algérien et s’oppose au régime des généraux dans son pays. Il fut l’un des dirigeants historiques du FLN pendant la guerre d’indépendance.

[RESUME] La crise qui secoue le sommet du pouvoir en Algérie a le mérite de montrer que dans le pays, l’élection à la magistrature suprême ne relève que des hauts dignitaires militaires qui truquent les élections après avoir choisi leur candidat. Aujourd’hui les « primaires » entraînent une crise si grave qu’elle déborde du traditionnel huis clos.
L’Algérie qui s’était battue pour l’autodétermination dans sa guerre d’indépendance a vu ses richesses privatisées et accaparées par un cartel d’officiers supérieurs qui ont ainsi créé les conditions de la guerre qui fait des ravages depuis 1992. L’oligarchie criminelle a pu cacher sa nature brutale et prédatrice en jouant de l’islamophobie ambiante et en « achetant » la compréhension des partenaires de l’Algérie avec du gaz et du pétrole. Contre toutes évidences, le monde continue donc d’attribuer aux seuls islamistes l’intégralité des atrocités de la guerre.
Les généraux continuent d’anticiper toute expression autonome de la société pour l’étouffer dans l’œuf et c’est ce qui a amené Bouteflika au pouvoir. Ils n’ont pas vu qu’il roulerait pour lui seul et c’est ce qui entraîne la crise du système aujourd’hui. Dans la guerre actuelle entre clans, le perdant sera sacrifié sur l’autel d’un nième pseudo nouveau départ. Cette guerre risque d’être lourde à payer pour les Algériens, mais ceux-ci ne tombent plus dans le piège et ne soutiennent plus un clan contre un autre.
La colère de la population gronde. Il faut lever l’état d’urgence, rétablir la liberté dans le champ politique, élire un assemblée constituante et appliquer les traités internationaux signés par l’Algérie. La communauté internationale doit aider les Algériens dans ce sens afin que le Maghreb puisse enfin s’unir et instaurer la stabilité dans la région.

« La voie royale pour la domination énergétique »

Messy Road to Energy Dominance
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEURS] Michael J. Economides est professeur à l’Université de Houston et est responsable des questions de technologie du Texas Energy Center. Ronald E. Oligney est directeur de ce centre.

[RESUME] Alors que les États-Unis s’inquiètent de l’offre de pétrole au Moyen-Orient, un plus grand drame énergétique se joue en Russie, un pays dont la production pétrolière, proche de celle de l’Arabie saoudite, ne cesse d’augmenter et qui devrait dominer le marché du gaz dans les prochaines années. La route vers la domination énergétique n’est cependant pas facile.
À la fin du mois dernier, le gouvernement de Vladimir Poutine a fait arrêter Mikhail Khodorkovsky pour fraude et évasion fiscale. Il a pris possession de ses parts dans la première compagnie pétrolière russe, Yukos, (44 % du total), des actions qu’il avait acheté pour une petite somme lors des privatisations controversées de 1996. On ignore encore si cette arrestation a eu lieu pour empêcher Mikhail Khodorkovsky de continuer à soutenir l’opposition, à se présenter lui-même à l’élection présidentielle ou s’il s’agit d’un mouvement pour re-nationaliser l’industrie énergétique russe, mais cette arrestation complique l’avenir énergétique de la Russie.
L’ascension énergétique du pays avait provoqué en Occident un espoir d’affaiblir l’OPEP et de voir un nouveau style économique et sociétal s’installer en Russie. Toutefois, si aujourd’hui beaucoup estiment que la Russie est extrêmement dépendante des exportations de pétrole, l’avenir du pays c’est le gaz naturel, une énergie de plus en plus populaire en Occident et aux États-Unis et dont la Russie a 40 % des réserves mondiales. En outre, la Russie est voisine de la Chine dont les besoins énergétiques ne cessent de s’accroître.
La Russie dominera bientôt les questions énergétiques. C’est pourquoi le monde doit regarder attentivement le procès de Mikhail Khodorkovsky et les politiques russes dans ce domaine.

« L’autre visage de Tariq Ramadan »

L’autre visage de Tariq Ramadan
Le Monde (France)

[AUTEUR] Bernard-Henri Lévy, chef de file des « nouveaux philosophes », est chroniqueur à l’hebdomadaire Le Point de Claude Imbert. Il est l’auteur de Qui a tué Daniel Pearl.

[RESUME] Je ne veux pas répondre à Tariq Ramadan, ni débattre avec lui, car je ne veux pas me laisser entraîner dans un débat sur sa vision raciste du monde ou entrer dans son délire. Le vrai problème est le type d’islam que prône cet intellectuel rusé, champion toute catégorie du double langage, qui se pose en réformateur sur les plateaux de télévision. Il faut montrer aux altermondialistes, qui, de bonne foi sans doute, l’invitent à participer au Forum social européen, l’autre face du personnage.
Le prédicateur genevois prône certes le respect de surface des lois de leur pays aux musulmans de France, mais il se défie de la laïcité. Si nul ne peut être tenu pour responsable des fautes de ses pères, il ne s’est jamais vraiment démarqué de l’héritage de son grand père, Hassan Al-Banna, fondateur des Frères musulmans. Dans son petit lexique islamique commandé puis refusé par le Nouvel Observateur, il regrette qu’on ne connaisse ce grand homme qu’à travers « ce qu’en on dit ses ennemis politiques », « sionistes » notamment. S’il est vrai qu’il a condamné les attentats du 11 septembre, il reste à déterminer, selon lui « à qui profite le crime » et ce que cache la diabolisation de Ben Laden. De même, dans son lexique, à propos du martyre, il écrit : « le martyre pour défendre sa conviction quand elle est opprimée, la liberté, quand elle est niée, et la justice quand elle est transgressée. Tel est le vrai témoignage, ash-shahada, le signe de la sincérité et de la profondeur ».
Il défend par ailleurs le FIS algérien à qui il ne reproche que quelque « maladresses » et dans son livre les Les Musulmans et la laïcité, il se livre à la caricature de l’intégrisme le plus convenu sur la mixité, le port du voile, la piscine séparée ou les cours de biologie qui heurteraient les « convictions des jeunes filles ». Il est, en outre, assez indulgent sur les lapidations en cas d’adultère et on ne peut que s’étonner du manque d’échos de l’enquête que mène sur son compte le juge Baltazar Garzon en raison de ses liens avec Ahmed Brahim, financier algérien d’Al Qaïda.
Avec le temps, peut-être que Tariq Ramadan évoluera vers plus de tolérance, mais pour l’instant, rien ne vient contredire la terrible prédiction d’Hassan El-Tourabi, pape soudanais de l’intégrisme : « l’avenir de l’Islam, c’est Tariq Ramadan ». C’est pourquoi j’estime qu’il ne doit pas être invité au Forum social européen.

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