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Un char Challenger 2 en Irak. Ce type
de matériel lourd ne correspond plus,
selon le ministre de la Défense aux
menaces que l’armée britannique doit
affronter.

Le ministre britannique de la Défense, Geoff Hoon, a présenté jeudi 11 décembre 2003 un ambitieux projet de restructuration des armées de Sa Majesté. Le Livre blanc qu’il a publié, intitulé Assurer la sécurité dans un monde changeant, redéfinit les missions et opte pour une réduction massive des personnels et une sophistication des armements.

En premier lieu, Geoff Hoon constate l’absence d’adversaire comparable à ce que fut l’Union soviétique pendant la Guerre froide. De ce point de vue, l’armée britannique est suréquipée de matériels lourds qui ne seront jamais utilisés, tels les inutiles chars Challenger 2 qui ne trouveront jamais d’homologues à combattre.
Deuxièmement, les forces du Royaume-Uni sont actuellement déployées sur cinq théâtres d’opération qui illustrent le type des missions actuelles : l’Irlande du Nord, les Balkans, la Sierra Leone, l’Afghanistan et l’Irak. Elles se sont donc spécialisées dans le « maintien de la paix » et la « lutte contre le terrorisme ». Et ici, ces expressions politiquement correctes ont un sens précis : stabiliser des régions face à des formes d’insurrection. En outre, ces Forces sont intervenues dans des opérations intérieures comme la gestion de la crise de la vache folle ou la suppléance des pompiers en grève.
Troisièmement, dans ces opérations, les forces de Sa Majesté ont montré une rapidité de déploiement tous azimuts. Elles ont bénéficié de l’appui logistique de treize territoires d’outre-mer, qui sont autant de territoires à défendre, comme on l’a vu aux Falkland (Îles Malouines).

De tout cela il ressort, selon Geoff Hoon, que le Royaume-Uni peut ambitionner de jouer un rôle central dans la « guerre mondiale au terrorisme » conduite par les États-Unis. Le Livre blanc reprend mot à mot la rhétorique de Washington : « prévenir, contraindre, interrompre ou détruire les terroristes internationaux ou les régimes qui les abritent et contrer les efforts des terroristes pour acquérir des armes chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires ». Il désigne Al Qaïda comme une organisation disposant actuellement d’un réseau secret et qui menace directement le Royaume-Uni et ses citoyens. Comme preuve de ses imputations, le ministre cite les arrestations de terroristes cette année en France qui auraient permis d’établir que ce réseau tente d’utiliser des armes chimiques, biologiques et radiologiques. Malheureusement, le très honorable Geoff Hoon n’indique pas d’où il tient de telles informations qui ont échappé à la justice française (lire à ce sujet note article de l’Observatoire de la propagande : « La France a démantelé, sans le savoir, une cellule d’Al Qaïda »).

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Les armées britanniques sont « une force pour le Bien » explique le ministre de la Défense Geoff Hoon.

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Quoi qu’il en soit, le ministre résume son objectif politique par cette définition digne de George W. Bush : les armées britanniques sont « une force pour le Bien ». Plus prosaïquement, on peut résumer ainsi son propos : faire des armées de Sa Majesté les plus puissantes d’Europe pour qu’elles deviennent l’axe régional de l’OTAN et de la Défense européenne. Cela est évidemment lourd de conséquences pour l’Union européenne que le gouvernement Blair imagine non pas défendue par elle-même, mais par le parapluie états-uno-britannique.

Il importe de relever l’état d’esprit particulier de l’armée britannique qui, à la différence de sa rivale française, n’a pas connu les désastres d’Indochine et d’Algérie et se rêve toujours en armée coloniale en Irlande du Nord et aux Falkland.

La publication du livre blanc s’accompagne d’une programmation de la diminution du nombres d’hommes et de l’acquisition de matériels sophistiqués pour l’essentiel de fabrication conjointe avec les États-Unis, particulièrement le controversé Joint Strike Fighter (JSF) et des hélicoptères Apache. À cette occasion, le National Audit Office (NAO), sorte de Cour des comptes, a rendu un rapport détaillé de la gestion de l’opération Telic en Irak. On y constate à la fois une certaine impréparation et une grande rapidité de réaction qui permis de palier à cette faiblesse.

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À titre d’exemple, une partie des uniformes adaptés au désert furent livrés une fois les combats terminés. Au passage, on apprend avec stupéfaction que les soldats britanniques engagés en Irak ne disposaient d’aucune protection contre les armes nucléaires, biologiques ou chimiques (NBC). Le contrôleur général se contente de recommander l’acquisition des matériels nécessaires et la planification de leur distribution. Mais l’observateur politique ne manquera pas de remarquer que si le gouvernement Blair a pris le risque d’envoyer ses troupes en Irak sans protection NBC, c’est qu’il avait la certitude que Saddam Hussein ne pourrait pas utiliser d’armes de destruction massive contre elles ; un comportement qui trahit la prétendue certitude en une capacité de réaction NBC irakienne en 45 minutes !

En définitive, le Livre blanc, bien qu’il se présente comme une programmation de restructuration des armées, est avant tout un projet de réarmement en vue d’intégrer les forces britanniques dans la stratégie impériale des États-Unis. Comme Washington, Londres a choisi d’augmenter considérablement ses investissements militaires au moment où il affirme ne plus avoir d’ennemi à sa mesure.

Documents joints


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Documents de référence :
- Iraq - First Reflections, UK Ministry of Defence, juillet 2003. Téléchargement (Pdf : 888 Ko).
- Operation TELIC - United Kingdom Military Operations in Iraq, National Audit Office, 11 décembre 2003. Téléchargement (Pdf : 1400 Ko).
- Delivering Security in a Changing World - Defence White Paper, UK Ministry of Defence, 11 décembre 2003. Téléchargement (Pdf : 506 Ko).
- Delivering Security in a Changing World - Supporting Essays, UK Ministry of Defence, 11 décembre 2003. Téléchargement (Pdf : 364 Ko).
- Operations in Iraq - Lessons for the Future, UK Ministry of Defence, décembre 2003. Téléchargement (Pdf : 2000 Ko).