Mme Beate WINKLER, directrice de l’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes, a présenté mardi à la commission des Libertés et des Droits des citoyens du Parlement le rapport annuel 2002 sur le racisme et la xénophobie dans l’UE. Toutefois, la quasi-totalité des débats a porté sur des articles de presse parus ces dernières semaines et accusant l’Observatoire d’avoir voulu étouffer un rapport sur l’antisémitisme en Europe. Selon ces articles, le rapport aurait été mis au placard parce qu’il concluait que des groupes musulmans et pro-palestiniens étaient à l’origine de nombreux incidents antisémites.

Mme Winkler a déclaré à la commission qu’elle avait été "stupéfaite" de lire les articles de presse en question. Sa propre crédibilité et celle de l’Observatoire sont en jeu. Elle a expliqué que l’Observatoire, qui a son siège à Vienne, travaille à un rapport sur l’antisémitisme, qui sera publié au premier trimestre de 2004. Cette étude portera sur les incidents antisémites qui se sont produits en Europe entre octobre 2002 et septembre 2003. L’Observatoire a effectivement commandité un rapport intermédiaire couvrant les mois de mai à juillet 2003. Toutefois, son conseil d’administration a décidé de ne pas le publier parce que la période de référence était trop courte et qu’il y avait un problème de comparabilité des données fournies par les différents États membres. Mme Winkler a insisté sur le fait que le conseil d’administration avait agi de bonne foi : "Le conseil d’administration se compose d’experts indépendants. Ce sont des personnalités éminemment respectables, des hommes et des femmes dont l’Europe a besoin pour combattre le racisme. L’Observatoire est imperméable à toute intervention ou ingérence politique. Toutefois, certains voudraient nous voir échouer et tentent de semer la zizanie dans l’Union".

Tout en reconnaissant l’importance du travail réalisé par l’Observatoire, la plupart des députés ont déclaré n’être pas convaincus par l’explication présentée par Mme Winkler. Ils ont instamment engagé l’Observatoire à publier le rapport et demandé les raisons exactes pour lesquelles il ne l’avait pas fait jusqu’à présent. "Les fuites relatives à ce rapport," a déclaré M. Timothy KIRKHOPE (PPE-DE, RU), "ont amené la population à croire que l’UE est contre Israël". Les députés ne sont pas sûrs qu’aucune influence politique n’ait été exercée sur l’Observatoire. M. Daniel COHN-BENDIT (Verts/ALE, F) a déclaré qu’il était en possession du rapport intermédiaire et le publierait sur Internet. Selon lui, les membres de la communauté juive sont de plus en plus souvent victimes d’attaques racistes. En Suède, affirme-t-il, des enseignants n’osent plus parler de l’holocauste, parce qu’ils craignent que certains de leurs élèves répondent qu’on n’a pas encore tué assez de juifs.

Mme Sarah LUDFORD (ELDR, RU) s’est dite "préoccupée que l’urgence d’une étude sur les actes antisémites n’ait pas été comprise". Elle a accusé le centre de mauvaise gestion. M. Gerhard SCHMID (PSE, D) a toutefois affirmé à ses collègues qu’ils se trompaient de cible. Selon lui, trois mois ne sont pas suffisants pour tirer des conclusions responsables. Il estime qu’un expert indépendant devrait examiner la méthodologie utilisée. Enfin, le président de la commission, M. Jorge HERNÁNDEZ MOLLAR (PPE-DE, E), a indiqué que, comme la plupart des membres de la commission étaient favorables à la publication du rapport, il utiliserait la voie officielle pour en obtenir la divulgation. Dans ses réponses, Mme Winkler a expliqué une fois de plus pourquoi le rapport n’avait pas été publié. La comparabilité des données pose problème. Certains États membres n’ont même pas fourni de données à l’Observatoire. L’antisémitisme a aujourd’hui plusieurs sources. Il n’est pas seulement le fait de l’extrême-droite mais aussi des fondamentalistes musulmans. Le rapport ne définissait pas suffisamment les concepts de "jeunes musulmans" et d’"extrémistes de droite". Elle a conclu en déclarant qu’elle transmettrait les observations des députés au conseil d’administration de l’Observatoire.

Source : Parlement européen