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Ministre des Finances, Tobias Nóbrega

Tout paraît indiqué que l’économie vénézuélienne, qui s’est effondrée de 9.2 % en 2003 et de 8.9% en 2002, suite au « paro », l’important mouvement de grève lancée par l’opposition contre le régime du président Chávez, enregistrera cette année une croissance supérieure au 6.5% que le gouvernement s’est fixé comme objectif dans le budget nationale pour l’année 2004.

Manuel Logo, un des cinq directeurs de la BCV, a mis en avant le fait que la croissance économique au premier trimestre pourrait être compris entre 10 et 18% grâce à l’essor des secteurs comme la construction, les manufactures et la vente de véhicules.

Le Ministre des Finances, Tobias Nóbrega, a révélé récemment que le produit Intérieur Brut (PIB) du pays augmentera de 9 à 10% cette année, notamment du à l’impulsion importante et vitale du secteur pétrolier.

« Nous savons déjà que des analyses indépendantes et des organismes financiers internationaux anticipent le fait que le vénézuéla sera le pays avec la plus forte croissance économique en 2004. Son taux de croissance sera probablement en dessous de cette prémisse modeste que nous avions avancée lors de l’élaboration du budget et pointent plus vers un rang de 9 à 10% pour toute l’année 2004. » a affirmé le ministre. Et pour répondre aux analyses de certaines sources proches des « grands comptes » du pays et de l’opposition au régime vénézuelien disant que la croissance parait importante au premier trimestre parce qu’on la compare avec celle de l’année passée, Nobréga a ajouté qu’il pensait que l’effondrement économique du premier trimestre de l’année passée pourrait être déjà recouvert et que la croissance annoncée a moins de 10% était vraiment très modeste.

D’autres voient le chiffre encore plus au-dessus de ce niveau : « je pense que la croissance sera de 18% avec un maximum qui pourrait atteindre les 30%(...) l’important est que le gouvernement puissent mettre en avant les plans d’investissements dans le secteur de la construction, qui définitivement est un moteur pour le reste de l’économie non pétrolière », a annoncé un fonctionnaire proche du gouvernement en rappelant qu’il y a des milliards de bolivars dormants dans des comptes improductifs qui devraient être destinés a la constructions de centaines de logements.

De nombreux fonctionnaires gouvernementaux pensent que le niveau des revenus de PDVSA, L’entreprise publique pétrolière, et la collecte fiscale menée par le Seniat donnent des pistes claires sur la reprise économique.

PDVSA, fut directement touché par le blocage économique du pays lancée en décembre 2002, qui frappa avec force les exportations pétrolières et donc les finances du pays. Mais depuis la relance de son activité, ses revenus continuent de croître. Elle vient de présenter un ambitieux plan de négoce pour 2004-2009 avec un investissement -en compagnie des secteurs privées nationaux et étrangers- d’environ 100 milliards de dollars afin d’atteindre une production quotidienne de 4.6 millions de barils de pétrole brut en 2009. Aujourd’hui PDVSA produit environ 3.4 millions de barils par jour, avec cet investissement elle compte donc augmenter sa production de 618.000 barils par jour en 2009, ce qui représente une croissance de 62% par rapport aux chiffres actuels.

Un autre point prouve la bonne santé de l’économie vénézuélienne. Pour l’année 2003, la balance des paiements a enregistré un excédent global de 5.443 millions de dollars, situation qui s’explique par l’augmentation des prix du pétrole et l’adoption du contrôle des changes adopté en février 2003 qui restreint la sortie des capitaux et permet de baisser le niveau des importations. Comme conséquence, les réserves internationales se situaient pour la fin de l’année 2003 à 20.626 millions de dollars. Le 16 avril 2004, les réserves ont atteint un niveau historique de 23.703 millions de dollar, dont 702 millions correspondent au Fond de Stabilité Macroéconomique (FEM) crée pour les périodes difficiles.

Cette situation assure au pays une indépendance économique ainsi qu’un meilleur et plus large accès aux marchés financiers internationaux. La création du FEM permet d’affronter les conséquences du cycle économique, comme une importante diminution des ressources pétrolières.

Le président Chávez a annoncé à la fin du mois de mars que son gouvernement était en train de terminer un projet de loi qui permettra d’utiliser les excédents des réserves pour financer des projets publics. Il a insisté en argumentant que cet argent est celui du peuple et qu’il doit servir pour des politiques sociales et économiques. Les directeurs de la BCV ont répondu que la loi en vigueur interdit de financer directement des projets publics.

Le niveau optimal des réserves pour le Vénézuéla est de 15.000 millions de dollars, afin de garantir les importations et les paiements de la dette externe.

Le président a déjà menacé de destituer la direction ou d’intervenir à la BCV si elle ne cède pas à sa demande d’utiliser 1.000 millions de dollar de ces réserves pour un programme agricole. L’institution bancaire cherche donc une solution de politique monétaire qui pourrait être de canaliser une partie des devises générées par PDVSA avec ses exportations, vers des investissements productifs plutôt que de les vendre à la BCV. Cette possibilité semble d’autant plus recommandable aujourd’hui où il n’y a aucun intérêt de continuer d’accumuler des niveaux croissants de Réserves Internationales avec de faibles rendements économiques et sociales, face à l’urgente nécessité de concrétiser une série de projets stratégiques pour le développement, dont le financement sur les marchés internationaux est chaque jour plus difficile et excessif.

Afin d’expliquer plus simplement cette solution nécessaire, il suffit de reprendre cette phrase d’un professeur d’Université : « il faut prendre les eaux en amont de la rivière Caroní, et ne pas attendre qu’elles arrivent au barrage de Gurí ».

Bien que les revenus et les projets de l’industrie pétrolière et l’excédent des réserves internationales redonnent confiance pour l’avenir, beaucoup admettent cependant qu’ils restent encore beaucoup à faire pour sortir le « sous-marin » des « profondeurs obscures » où il se trouvait car il ne faut pas oublier que l’économie vénézuélienne sortait d’un écroulement de 8.9% en 2002. Le travail paraissait pharaonique.

Mais l’effort du gouvernement vénézuélien pour obtenir ces résultats encourageants ne semble pas satisfaire le FMI. Ce dernier estime que la croissance du Vénézuéla sera de 8.8% cette année, la meilleure reprise économique de toute l’Amérique Latine, si la « crise politique » se résout afin de « rétablir la confiance des consommateurs et des entreprises ». De plus, selon ses prévisions et celles d’organismes d’analyses privées, il semblerait que la reprise économique pourrait stagner. Ils prévoient une timide croissance de 1.1% pour 2005. Sans doute, les problèmes politiques que connaît le pays, radicalement focalisés autour de Chávez et de sa révolution en faveur des majorités défavorisés ont beaucoup pesé sur ces pronostiques.

Dans son rapport « Perspectives Economiques mondiales », présenté a l’occasion de l’assemblé de printemps du FMI et de la Banque Mondiale, l’organisme internationale indique une nécessité « urgente » de « mesures correctives pour restaurer son aptitude à soutenir des opérations fiscales prolongées », devant la détérioration budgétaire que vit le pays, chose qui prouve sa vulnérabilité, une probable chute des prix du pétrole et des difficultés dans les conditions de financements externes. Lors de cette assemblé, la directrice intérimaire du FMI, Anne Krueger, a annoncé que « cette année, le plus fort taux de croissance fut un sursaut faisant suite à une très mauvaise période de l’année passée, c’est pourquoi nous espérons beaucoup plus de croissance l’année suivante ». Pendant la conférence de presse, en référence au Vénézuela et d’autres pays d’Amériques latines sans les citer, Krueger a expliqué que « les troubles politiques ont certes des conséquences politiques, mais aussi des conséquences économiques. »

Nobrega n’apprécie pas vraiment les chiffres du FMI qu’il juge « infondés ». « Je ne sais pas très bien sur quoi se fonde le Fond Monétaire pour cela. Et il faut se rappeler aussi que le Fond a commis des erreurs importantes dans ces pronostiques en ce qui concerne le Vénézuéla (...) qui a surmonté ses difficultés et a récupéré ses réserves (internationales) sans recevoir un dollar du FMI »a expliqué le ministre. Lui et le président Chávez se sont irrités au sujet des critiques sur la situation fiscale du Vénézuéla et ont rappelé une nouvelle fois que le pays avait surmonté ses problèmes sans aide du Fond et de ses politiques, qui ont totalement échoué dans les autres pays de la région. Si des doutes surviennent, il suffit de regarder le cas de l’Argentine.

Nobrega a également indiqué dans un communiqué que les politiques gouvernementales appliqués après la grève ont permis au pays de sortir du « bourbier ». « Le Vénézuéla est une nation qui a surmonté ses difficultés financières indépendamment du FMI et qu’il la fait en appliquant tout le contraire de ce que recommandait les ordonnances limitatives et restrictives du FMI ».

Chávez a qualifié le FMI de « néfaste » et a promis de ne pas s’agenouiller devant l’organisme de crédit après ses expériences avec lui en 1989 et 1996. Le ministre des finances a toutefois ajouté a la fin de son communiqué que « les autorités économiques et financières du pays sont disposé a maintenir les contacts ordinaires d’échanges d’informations et de réunions de discussions sur les politiques économiques que de manière souveraine le gouvernement de la République Bolivarienne du Vénézuéla met en place ». Une mission du FMI visitera le Vénézuéla en mai 2004 pour faire une révision « routinière » de l’économie.