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Edgardo Lander, est docteur en sciences sociales et professeur de l’université centrale du Venezuela à Caracas.

- Quels enseignements tirez-vous des résultats de ce référendum ?

- Après le putsch raté d’avril 2002 et la grève pétrolière de l’an dernier, je constate que c’est la troisième défaite de l’opposition qui avait fait de ce référendum son cheval de bataille. D’autre part, vu le contexte mondial, la présence d’observateurs et la transparence du processus électoral jusqu’ici, le Venezuela va s’en trouver consolidé tant sur le plan national qu’international. Il sera désormais difficile à l’administration Bush d’exercer ses pressions. On en arrive à une situation où il reste deux ans et demi avant la prochaine élection présidentielle. Ce laps de temps devrait permettre d’amplifier la politique publique (sociale, agricole, souveraineté alimentaire, développement du système des coopératives, etc.).

La marque du succès, c’est seulement un an de réalisations. Jusqu’alors les débats avaient tourné autour des changements politiques et constitutionnels, après quoi il a fallu survivre à une agression très forte de l’opposition. La mise en ouvre de la politique publique était très limitée. Cependant la remise en ordre des forces armées, la récupération du pétrole dans le giron public, l’augmentation du prix du pétrole, le rattrapage de la production du brut en 2003 ont permis d’impulser l’ensemble de la politique sociale durant cette dernière année. Les secteurs populaires sont une base fondamentale d’appui au gouvernement.

- Comment risque de réagir l’opposition ?

- Il y a trois postures. En premier lieu, les secteurs radicalisés, d’extrême droite, les putschistes de 2002, estimaient à l’occasion du référendum qu’il n’était pas possible de donner la légitimité à un gouvernement impliqué dans un processus électoral. Leur but était de créer les conditions d’instabilité, en utilisant notamment la fraude électorale, pour légitimer un gouvernement autoritaire. Ils sont minoritaires mais représentent une force. Le parti le plus important, Action démocratique (AD, social-démocrate), n’avait pas grand intérêt au référendum. Il a une vision à plus long terme. Il a concentré ses efforts dans la perspective des élections de maires et de gouverneurs en septembre prochain. S’ils avancent là, ils préparent le terrain pour faire sortir Chavez plus tard. Enfin il y a l’organisation autour d’Enrique Mendoza, la Coordination démocratique (dont fait d’ailleurs partie AD).

Elle a opté pour un ensemble plus large afin d’obliger le gouvernement, avec la pression et l’aide de la communauté internationale, c’est-à-dire des États-Unis, de mettre en oeuvre le référendum à l’issue duquel Chavez devait être défait. Après ce scrutin l’opposition va se recomposer. Les plus radicaux vont passer la facture à ceux qui ont conduit à la défaite.

- Quelles alternatives s’offrent désormais à Chavez pour sortir de la crise ?

- Il y a toujours un danger qu’une victoire donne des idées aux plus sectaires. Ce qui constituerait un frein pour avancer sur la voie d’une démocratie plus inclusive, plus ouverte. Je ne le prédis pas, mais cette possibilité existe. Il est plus probable qu’une grande partie des problèmes de corruption, d’inefficacité de l’administration soit l’occasion d’un débat plus démocratique, plus large de la part du gouvernement et qu’il permette d’avancer dans l’organisation et la mise en place, de manière plus autonome aussi, du plan social qui s’est développé depuis un an. Dans cette continuité, d’autres politiques publiques sont à mettre en ouvre de façon à dépasser le stade de l’urgence. Si ces politiques, touchant le développement économique et la création d’emplois, sont institutionnalisées pour leur garantir plus de permanence, on pourra alors parler de changements dans la société vénézuélienne. Je pense surtout à la production plus importante d’aliments, aujourd’hui importés dans de grandes proportions au Venezuela. La grève pétrolière a démontré combien nous étions dépendants.

Entretien réalisé par Bernard Duraud