L’avocat international John V. Whitbeck relève l’usage répétitif du mot « terrorisme » dans le vocabulaire de George W. Bush. Il souligne, dans l’International Herald Tribune, que son emploi récurrent n’a d’autre but que de diaboliser ses adversaires. En fait, ce tic de langage nous apprend, conclut-il, que la violence des faibles est intolérable aux forts et que ceux-ci s’arrogent le droit d’utiliser tous les moyens de haute technologie dont ils disposent pour l’éradiquer.

Le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, a accordé un entretien au Figaro. Il s’y prononce pour une évolution du Proche-Orient adaptée aux besoins particuliers de chaque État, ce qui est une manière élégante de refuser le plan global de « remodelage » imaginé par Washington. Il se félicite du retour prévu de l’Irak à la souveraineté, le 30 juin 2004, alors que chacun sait que c’est impossible. Mais, de la sorte, il se prépare des arguments efficaces pour décrire au-delà la présence de la Coalition comme une occupation illégitime. Enfin, il avance l’idée d’une conférence régionale associant la « société civile », ce qui est une manière de court-circuiter le programme de Washington (Fondation nationale pour la démocratie, diplomatie publique, etc.).
L’affrontement entre Washington et Paris ne fait donc que commencer et les prochains épisodes risquent d’être encore plus sanglants. Le docteur Henry Kissinger diagnostique dans Clarin le péril qui guette le Proche-Orient : le triomphe du fondamentalisme en Irak et son débordement sur ses voisins. Il préconise de supprimer la maladie en supprimant le malade. Avec le cynisme amoral qu’il a élevé au rang de doctrine politique sous le nom de « realpolitik », il propose donc de démembrer l’Irak comme on le fit avec la Yougoslavie. On observera au passage que le bon docteur ne cache plus que l’éclatement de la Yougoslavie était le fruit d’une politique délibérée dont Milosevic fut à son insu l’agent aveugle.

Timothy Garton Ash, de la Hoover Institution, observe narquois le sommet Allemagne-France-Royaume-Uni censé émettre des propositions pour faire avancer l’Europe. Il rappelle dans The Guardian que les États-Unis sont favorables à une organisation viable de l’Europe des 25, mais veilleront à empêcher la constitution d’un directoire de grandes puissances. Tout va bien tant qu’on parle d’Europe économique, rien ne va plus lorsqu’il s’agit d’Europe politique.

Enfin, le patron de la Rand Corporation, James Dobbins assure dans le New York Times que le positionnement peu lisible des États-Unis par rapport à Haïti s’explique par une opposition démocrates-républicains : Clinton était favorable à Aristide, tandis que Bush soutient son opposition. Heureusement, cette contradiction serait en voie de résolution, les démocrates ayant plus ou moins lâché Aristide.