Appel à des « mesures d’urgence extraordinaires » pour endiguer cette épidémie qui s’aggrave

OMS/Glenn Thomas

MAPUTO — Le Comité régional de l’Organisation mondiale de la Santé pour l’Afrique, au cours duquel les ministres de la santé de 46 Etats Membres se réunissent, a déclaré que la Région africaine était en situation d’urgence pour la tuberculose : dans 18 pays africains le nombre annuel des nouveaux cas a quadruplé depuis 1990, il continue d’augmenter sur tout le continent et la maladie tue chaque année plus de 500 000 personnes.

Cette déclaration a été prononcée jeudi soir, pendant la cinquante-cinquième session du Comité régional à Maputo (Mozambique). Elle invite les Etats Membres africains à engager davantage de ressources humaines et financières pour développer les programmes DOTS, et à étendre les interventions communes pour combattre à la fois la tuberculose et le VIH. Ces mesures et d’autres préconisées par le Comité englobent celles décrites dans le « projet » mis au point par l’OMS et le partenariat Halte à la tuberculose, qui demande US $2,2 milliards supplémentaires pour financer la lutte antituberculeuse en Afrique en 2006-2007.

« Malgré des efforts louables de la part des pays et des partenaires dans la lutte contre la tuberculose, il n’y a pas eu d’effets significatifs sur l’épidémie qui a pris une ampleur sans précédent, constate le Dr Luis Gomes Sambo, Directeur régional de l’OMS pour l’Afrique. Il faut donc prendre des mesures d’urgence extraordinaires, sinon la situation ne fera qu’empirer et les cibles fixées pour la tuberculose dans le cadre des objectifs du Millénaire pour le développement ne seront pas atteintes. »

A l’échelle mondiale, le VIH/SIDA est le seul agent infectieux qui tue plus d’adultes que la tuberculose : on recense près de 9 millions de cas de tuberculose évolutive et 2 millions de décès par an. Bien que l’Afrique ne compte que 11 % de la population mondiale, elle concentre aujourd’hui plus du quart de la charge de cette maladie avec 2,4 millions de cas et 540 000 décès par an.

A la fin des années 70 et au début des années 80, certains pays africains comme la Tanzanie, le Mozambique et le Malawi ont été à l’avant-garde de l’application de ce qui allait devenir la stratégie mondiale de lutte contre la tuberculose, connue maintenant sous le nom de DOTS. Mais, au cours des 15 dernières années, l’incidence est montée en flèche dans la région à cause du VIH/SIDA, de la pauvreté et de l’affaiblissement des systèmes de santé : elle a été multipliée par quatre au Malawi et par cinq au Kenya, pour ne citer que les exemples les plus spectaculaires. Les pays ont consenti des efforts considérables pour venir à bout de cette marée de cas, mais ils continuent d’être dépassés par la vitesse de propagation de l’épidémie.

« C’est une tragédie de n’avoir pas pu endiguer la tuberculose : je suis la preuve vivante que l’on peut la traiter efficacement et en guérir », rappelle l’Archevêque Desmond Tutu, lauréat du Prix Nobel de la Paix qui, ainsi que Nelson Mandela, ancien Président de l’Afrique du Sud, a survécu à cette maladie. « Nous nous trouvons devant un problème énorme que les autorités médicales ne peuvent résoudre seules : elles ont besoin d’aide. Le traitement complet, qui coûte 15 dollars, sauvera de nombreuses vies et, dans le cas d’une co-infection avec le VIH, prolongera la survie pendant de précieuses années jusqu’à ce que l’accès aux ARV se généralise en Afrique ».

Parmi les obstacles auxquels se heurte la lutte contre l’épidémie et qui ont été évoqués à la réunion de Maputo, on citera l’insuffisance de l’aide financière actuelle. Dans leur grande majorité, les pays africains qui ont fourni à l’OMS des données financières pour 2003 signalent des déficits de financement, en particulier 8 des 9 pays où la charge de la tuberculose est la plus élevée. De nombreux programmes nationaux dépendent largement des subventions des donateurs externes, parmi lesquels le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme. Parallèlement, peu de pays africains ont inclus la tuberculose dans leurs stratégies de réduction de la pauvreté. Les ressources financières ne permettront pourtant pas de résoudre à elles seules le problème. Il faudra aussi consacrer des efforts particuliers au renforcement des systèmes de santé et prendre des mesures pour résoudre la crise due à la réduction naturelle des effectifs des personnels de santé dans la Région. En ce qui concerne la tuberculose, le Comité régional demande de prendre un certain nombre de mesures spécifiques :

* développer en qualité et en nombre le personnel participant à la lutte antituberculeuse ; * améliorer rapidement le dépistage des cas et les taux de succès thérapeutique en développant la couverture de la stratégie DOTS au niveau national comme à celui des districts ; * abaisser à 10 % ou moins la proportion des patients perdus de vue ou transférés ailleurs ; * généraliser les interventions pour prendre en charge conjointement la tuberculose et le VIH, notamment en développant l’accès aux traitements antirétroviraux pour les patients co-infectés par le VIH et à la chimioprophylaxie antituberculeuse pour les sujets VIH-positifs ; * développer les partenariats, les collaborations entre le public et le privé et la participation des communautés aux actions de la lutte antituberculeuse.

Les quatre autres régions de l’OMS, où les tendances de la tuberculose sont stables ou à la baisse, sont dans les temps pour atteindre les cibles des OMD qui sont de réduire de moitié la prévalence de la tuberculose et la mortalité d’ici à 2015.