M. Dujarric (interprétation de l’anglais) : Le Secrétaire général va commencer la conférence de presse avec de brèves observations, ensuite le Premier Ministre du Liban, le Secrétaire d’État des Etats-Unis, les Ministres des affaires étrangères de la France, du Royaume-Uni, également d’Arabie saoudite, d’Égypte, de la Fédération de Russie et d’Italie, après quoi nous vous donnerons la parole.

Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais) : Je vous prie de bien vouloir excuser le Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie, qui a été appelé à d’autres fonctions importantes et ne pourra pas être parmi nous.

Des représentants des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de la France, de l’Italie, de l’Union européenne, de la Fédération de Russie, de l’Egypte, de l’Arabie saoudite, de l’Organisation des Nations Unies et de la Banque mondiale se sont réunis aujourd’hui au siège avec le Premier Ministre libanais M. Siniora.

Nous nous sommes réunis pour manifester notre appui au nouveau Gouvernement du Liban alors qu’il réaffirme la souveraineté du Liban, s’engage dans des réformes fondamentales et renforce les institutions démocratiques du Liban. Nous avons discuté des plans de ce Gouvernement pour une refonte institutionnelle au Liban, pour assurer la stabilité au Liban et dans toute la région. Nous nous félicitons de la réaction du Gouvernement libanais aux revendications du peuple libanais, qui a exigé la réforme. Ces réformes ouvriront la voie à l’aide internationale. Nous tenons à souligner la nécessité de mettre en place des réformes nationales de l’intérieur, indispensables à l’avenir du Liban.

Nous sommes heureux des réponses rapides du système judiciaire et des autorités de sécurité du Liban à la demande de la Commission d’enquête internationale indépendante de l’ONU et nous tenons à donner tout notre appui aux efforts de la Commission pour divulguer pleinement la vérité quant à l’assassinat terroriste de l’ancien Premier Ministre M. Rafic Hariri et pour traduire les responsables en justice.

La communauté internationale est déterminée et résolue à ce que tous les intervenants extérieurs ne s’ingèrent plus dans les affaires internes du Liban, et engage toutes les parties prenantes à respecter les résolutions du Conseil de sécurité et à adopter les réformes nécessaires. Nous engageons tous les pays à respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale du Liban et l’autorité exclusive du Gouvernement libanais.

Nous nous sommes engagés également à travailler ensemble pour tendre la main à ceux qui veulent appuyer le Liban, et pour tenir une conférence internationale avant la fin 2005. Je donne à présent la parole au Premier Ministre libanais.

M. Siniora(interprétation de l’anglais) : Avant tout, je souhaite remercier tous les participants à cette réunion hors normes. La réunion du groupe restreint a été convoquée par les amis du Liban, en vue d’examiner les façons dont le programme du Gouvernement libanais pourrait être appuyé. Au cours de la réunion, nous avons eu la possibilité de présenter notre programme de réformes politiques et économiques. J’ai été très heureux de constater l’accueil chaleureux qui a été réservé à ce programme. Il s’agit là d’un processus qui va mener à la convocation de la conférence internationale d’appui au Liban avant la fin 2005, à Beyrouth.

Aujourd’hui, le Liban se trouve au seuil d’une ère nouvelle. Avec suffisamment de bonne volonté et d’appui de la part de la communauté internationale et avec la ferme volonté de réussir du peuple libanais, nous avons une possibilité réelle d’atteindre nos objectifs. Ce faisant, nous pourrons enfin appliquer la vision de feu le Premier Ministre Rafic Hariri, avec lequel j’ai travaillé étroitement pendant 13 ans.

Amis du Liban, nous nous réjouissons dès maintenant de pouvoir vous accueillir bientôt à Beyrouth, pour que vous assistiez à la renaissance du nouveau Liban.

Mme Rice (interprétation de l’anglais) : Il est très réjouissant de nous retrouver ici parmi tant d’amis du Liban. Cette réunion manifeste l’appui de la communauté internationale à un Liban pacifique, prospère, démocratique et souverain.

La communauté internationale a rarement été aussi unie que depuis l’adoption de la résolution 1559 (2004), lors de sa mise en oeuvre, lors de notre condamnation conjointe de l’assassinat abominable de feu le Premier Ministre Rafic Hariri, et en manifestant notre appui à la Commission d’enquête de M. Mehlis, afin qu’il y ait une enquête complète et que les auteurs de ce crime atroce soient traduits en justice.

Monsieur le Premier Ministre, les peuples du monde ont été très inspirés par la Révolution du Cèdre, et nous continuons d’être inspirés par la lutte du peuple libanais, désormais dans un contexte de liberté politique. Nous lançons un appel à tous, dans la région et de par le monde, pour qu’ils continuent à appuyer un Liban libre et souverain, capable d’édifier un meilleur avenir pour son peuple, sans ingérence étrangère et dans des conditions où le peuple libanais puisse s’exprimer librement. Nous vous remercions de votre leadership. Nous avons hâte de travailler avec vous et de vous revoir prochainement à Beyrouth.

M. Douste-Blazy : Je voudrais remercier le Secrétaire général des Nations Unies, qui vient d’apporter aux résultats des travaux de ce groupe restreint d’amis du Liban l’appui de son autorité morale. Cette réunion est importante parce que c’est un jalon sur la voie de l’indépendance, de la démocratie et de la souveraineté du Liban. Je voudrais souligner la remarquable volonté de réforme que portent le Premier Ministre libanais et son Gouvernement issu d’élections démocratiques, que le Liban n’avait pas connu depuis très longtemps. Le programme qu’il nous a présenté est basé sur un approfondissement de la démocratie, d’une part, et d’autre part sur l’association de toutes les forces politiques du Liban.

Nous sommes pleinement disposés à accompagner, le moment venu, les réformes du Gouvernement dirigé par le Premier Ministre Siniora. Celui-ci nous a présenté aujourd’hui un programme ambitieux, à la fois dans le domaine politique et en matière économique. Le Liban pourra compter sur notre aide à mesure qu’il précisera ses priorités, ainsi que le calendrier et les modalités de leur mise en œuvre. Nous espérons d’ailleurs que d’autres se joindront à cet effort. Les échanges que nous avons eus aujourd’hui et la déclaration que nous avons adoptée sont à cet égard très encourageants. Le Liban peut compter sur la France.

Enfin je dirai, Monsieur le Secrétaire général, que nous sommes prêts avec les autorités libanaises à préparer la conférence internationale qui consacrera le plan d’action mis en œuvre par le Gouvernement libanais et qui mobilisera les soutiens internationaux nécessaires. La France se tiendra aux côtés du Liban dans cette entreprise.

Royaume-Uni : Monsieur le Secrétaire général, Monsieur le Premier Ministre, je m’associe à ce qui a été dit par mes collègues. Les circonstances qui ont mené à l’adoption de la résolution 1589 étaient terribles, à savoir l’assassinat de Rafic Hariri. Nous nous devons de lui rendre hommage, ainsi qu’à tant d’autres personnes qui ont été assassinées au Liban, qui ont perdu leur vie ou leurs moyens de subsistance pour faire en sorte qu’il y ait un Liban démocratique, un Liban pleinement souverain à l’intérieur de ses frontières.

Comme vous tous, j’ai été très déprimé après l’assassinat de Rafic Hariri. J’ai maintenant bon espoir pour l’avenir de ce pays et je crois également que les travaux que vous, Monsieur le Secrétaire général, avez menés au nom du Conseil de sécurité, montrent ce qui peut être réalisé par l’ONU lorsque la communauté internationale est aussi unie et déterminée qu’elle l’a été dans ce cas. Et la réunion de ce matin montre que les membres du Conseil de sécurité et que les dirigeants du monde arabe sont unis pour que les résolutions 1589 et 1595 soient pleinement appliquées, et pour que le Liban connaisse un avenir plus libre, plus démocratique et plus prospère.

Égypte : Je vous remercie Monsieur le Secrétaire général. Je souhaite réaffirmer que l’Egypte, qui participe à cette réunion et à cette conférence, et comme je vous l’ai dit au cours de la présente réunion et au cours de la réunion précédente, l’Egypte œuvre à assurer le succès pour que le Liban parvienne à une situation plus stable permettant de répondre aux aspirations de tout le peuple libanais à la prospérité et à la stabilité. Nous travaillerons avec le peuple et le Gouvernement libanais en vue d’atteindre cet objectif, ce qui aura très certainement une incidence sur la stabilité régionale.

Arabie saoudite : Je vous remercie, Monsieur le Secrétaire général. Le Royaume d’Arabie saoudite prend part à cette réunion consacrée au Liban et à l’aide apportée à ce pays. Il ne s’agit pas là d’un phénomène inhabituel. Nous avons l’habitude de faire face à de telles crises. Les auteurs de l’assassinat de Rafic Hariri voulaient que le Liban demeure dans une situation d’instabilité, mais c’est le contraire qui s’est produit. Un nouveau Liban est né sur les cendres de cet assassinat, un Liban stable et prospère. Nous sommes très heureux de prendre part à ce renouveau. Nous avons entendu aujourd’hui quel est le programme présenté par le Premier Ministre du Liban, M. Siniora. C’est un programme que nous appuyons et que nous soutiendrons.

Italie : L’Italie a des rapports traditionnels avec le Liban qui remontent très loin dans l’histoire. Nous avons d’ailleurs des relations commerciales et économiques considérables avec ce pays, et nous faisons en sorte que le processus de paix, la souveraineté et la démocratie pour ce pays qui a trop souffert soient couronnés de succès. Voilà pourquoi nous soutenons le Premier Ministre Siniora et nous sommes convaincus que la communauté internationale doit être consciente que la stabilité du Liban a un énorme effet stabilisateur sur la région du Moyen-Orient, et donc travailler pour la paix et la souveraineté au Liban veut dire aider tout le Moyen-Orient à vivre dans des conditions meilleures.

Question : Vous n’avez pas du tout parlé de financement. Ce sera probablement l’objet de la conférence internationale, mais vous devoir avoir une idée du type de fonds que vous souhaitez dégager. L’un d’entre vous serait-il en mesure de répondre ?

Le Secrétaire général : Vous avez entendu le Premier Ministre dire que nous allons avoir une conférence d’appels de fonds. Nous avons tous convenu d’y prendre part. Nous allons poser la question à nos partenaires. Je ne sais pas si le Premier Ministre est d’accord avec moi, mais il est peut-être quelque peu prématuré de le faire. Monsieur le Premier Ministre, si vous souhaitez répondre ?

Le Premier Ministre Siniora : Je suis de votre avis, Monsieur le Secrétaire général. Au cours des prochaines semaines, il y aura un dialogue approfondi entre les représentants du Liban et les différents pays et les organisations internationales, et nous allons parler de façon beaucoup plus détaillée de nos besoins prochains et des différents programmes que nous réaliserons bientôt. Si vous voulez, nous répondrons à cette question après la conférence.

Question : Quel genre d’aide sera accordé au Liban ?

Le Premier Ministre Siniora : Nous allons en parler dans les semaines à venir. On ne peut pas dès maintenant entrer dans les détails sur la taille, l’ampleur et la durée de ces financements. Il s’agit là de questions concrètes détaillées qui feront l’objet de discussions dans les semaines à venir. Je vous demande d’être patients pendant quelque temps en attendant de pouvoir en parler et nous y répondrons la prochaine fois à Beyrouth.

Question : Que doit être fait si la Commission d’enquête met en accusation de hauts responsables des services de renseignements syriens et si la réponse est que cela est une question interne libanaise ?

Le Premier Ministre Siniora : Monsieur Mehlis a déjà en fait publié une partie de ses mises en accusation pour quatre hauts responsables des renseignements. Le système judiciaire libanais a déjà examiné cette question et a déjà agi conformément à notre système actuellement en vigueur. Il a déjà pris la décision d’arrêter ces quatre personnes. Nous allons attendre que le rapport Mehlis soit publié dans son intégralité, mais je peux vous assurer que tous les Libanais attendent la vérité, même si nous devons attendre longtemps pour qu’elle soit révélée, et indépendamment des noms qui vont faire surface. Nous voulons la vérité pour qu’il puisse y avoir une leçon pour que de tels crimes ne se reproduisent plus. Il ne s’agit pas seulement de châtier ceux qui ont ordonné ou commis ce crime, mais de tirer une leçon pour que cela n’ait plus lieu à l’avenir. Il est trop tôt pour dire qui a été mêlé à cette affaire et ce qu’il faudra faire. Je peux seulement vous assurer que nous respecterons les lois en vigueur.

Mme Rice (interprétation de l’anglais) : Je m’associe complètement à ce que vient de dire le Premier Ministre. Il s’agit là d’une enquête internationale qui doit être prise au sérieux. Quels que soient les résultats, nous n’allons manifestement pas préjuger des conclusions de M. Mehlis. Il faut seulement que chacun coopère pleinement. Un appel a été lancé à la Syrie pour l’inciter à coopérer, et j’espère qu’elle coopérera pleinement.

Question (interprétation de l’anglais) : Madame la Secrétaire d’État, d’après le Président iraquien Talabani, le Président Bush lui a dit que les États-Unis n’attendaient pas de changement de régime en Syrie. On parle beaucoup de la volonté des Etats-Unis de parvenir à un accord avec la Syrie. Est-ce vrai ? Et Monsieur le Ministre des affaires étrangères de la France, Paris a reçu cette semaine des responsables syriens de haut rang, dont un proche du Président Bachar el-Assad. Est-ce que vous recevez des messages du Président syrien concernant la nécessité de parvenir à un accord et de trouver une solution à cette situation ?

Mme Rice(interprétation de l’anglais) : En ce qui concerne la Syrie, voici les éléments qui nous intéressent. Premièrement, qu’elle coopère pleinement et entièrement avec l’enquête Mehlis et que la vérité apparaisse, quelle qu’elle soit. Deuxièmement, que la Syrie demeure fidèle à l’esprit et à la lettre de la résolution 1559, c’est-à-dire qu’elle retire non seulement ses forces mais aussi son personnel des services de renseignement du Liban car ce pays ne doit plus subir d’ingérence extérieure. C’est une question de souveraineté nationale pour le Liban, chose que la Syrie doit respecter. Troisièmement, il est clair que la Syrie doit se ranger du bon côté par rapport à ce qui se passe au Moyen-Orient, c’est-à-dire rompre les liens avec les insurgés qui utilisent le territoire syrien pour pénétrer en Iraq et tuer des Iraquiens innocents ; cela signifie arrêter de soutenir les Palestiniens du front du refus qui constituent la plus grande menace à tout progrès dans un rapprochement israélo-palestinien et, une fois de plus, faire en sorte qu’il n’y ait aucune ingérence dans les affaires libanaises. C’est une affaire libanaise, à présent. Le Liban est à présent en mesure de régler ses questions, entre Libanais. Il faut qu’il en soit ainsi. C’est ce dont nous parlons avec la Syrie. Voici ce dont il s’agit.

M. Douste-Blazy : Oui, pour répondre à vos questions. D’abord, sur la Syrie, ce qui nous paraît le plus important, c’est qu’en effet il n’y ait pas d’ingérence de n’importe quel pays sur un autre, en l’occurrence le Liban. Nous avons toujours plaidé pour la souveraineté respectée d’un pays, pour son indépendance et donc pour qu’il n’y ait pas d’ingérence, ni sur le plan militaire ni sur le plan des services de renseignements.

En ce qui concerne la Commission Mehlis, je crois qu’il s’agit d’une enquête criminelle, conduite par un juge professionnel et hautement qualifié, qui doit continuer à travailler dans la plus grande indépendance. Toutes les parties devront accepter ses conclusions le moment venu, mais nous n’avons pas à faire de commentaires aussi longtemps que l’enquête se poursuit, et moins encore à préjuger les conclusions. Je crois que les Ministres du « Core Group » ont seulement réaffirmé aujourd’hui leur plein soutien à la Commission Mehlis.

Je terminerai en disant qu’il nous paraît important de mettre en œuvre l’application de la résolution 1595. C’est une priorité importante, c’est-à-dire l’achèvement de l’enquête sur l’assassinat de Rafic Hariri.

Question (interprétation de l’anglais) : Mme Rice, vous avez toujours parlé de l’application de la résolution 1559, mais si le Liban ne peut pas désarmer à lui seul le Hezbollah et autres groupes palestiniens, la communauté internationale l’y aidera-t-elle ? Est-ce une condition à l’octroi d’une aide économique au Liban ?

Mme Rice (interprétation de l’anglais) : Je pense que le Gouvernement libanais est pleinement résolu à respecter ses engagements en vertu de la résolution 1559. Je me suis entretenue avec le Premier Ministre. Je sais que ce gouvernement est prêt à prendre un nouveau départ, en se basant sur la résolution qui a donné au Liban l’occasion d’avoir un nouveau départ.

Le contexte politique aujourd’hui est différent au Liban. Il faut un arrangement politique différent, il faut un dialogue interlibanais, et nous sommes tout à fait disposés à ce que cela se fasse. Il va sans dire qu’en définitive, aucune démocratie ne saurait exister si des membres du gouvernement essayaient d’opter pour la violence. Il faut une autorité, une force de sécurité libanaise qui soit responsable devant le gouvernement. Je suis sûre que c’est bien compris au plan international et bien compris au Liban, mais nous sommes au début du processus et nous appuierons le Gouvernement libanais en ce sens.

Réf : SG/SM/10110