Nous apprécions l’initiative prise par le président de l’Assemblée générale de nous réunir aujourd’hui pour nous informer de la situation en Haïti.

Je m’associe pleinement à l’intervention de la présidence irlandaise de l’Union européenne. Je voudrais apporter un complément, en raison des liens que nous avons, par l’histoire et par la langue, avec Haïti. La France est liée aussi par le cœur avec le peuple haïtien, dont la souffrance, la misère, ne peuvent que nous bouleverser. La crise que traverse ce pays nous préoccupe et nous touche. C’est d’abord une crise politique grave, qui voit les libertés publiques bafouées, le pays plongé dans le désordre et la violence, et ses fragiles institutions démocratiques menacées. C’est aussi une crise humaine et bientôt humanitaire sur fond de désespoir et de misère chronique. La multiplication des violations des Droits de l’Homme est intolérable. La situation de chaos qui règne dans une bonne part du pays, si elle perdure, ne peut que conduire à une catastrophe humanitaire. Les images et les informations qui nous parviennent de ce pays sont de jour en jour plus inquiétantes.

Dans cette situation d’urgence, la communauté internationale doit se mobiliser et agir. Il y a deux cadres pour cette mobilisation.

En premier lieu, et sur la dimension politique, il faut réunir au plus vite les conditions d’une sortie de crise. A cet égard, il y a un plan d’action des organisations régionales, la CARICOM - dont nous apprécions beaucoup la représentation au niveau du ministre des Affaires étrangères des Bahamas aujourd’hui - et de l’OEA. Nous devons le soutenir totalement. Les autorités françaises, les acteurs régionaux et les principaux amis d’Haïti se sont concertés sur ce point et nous sommes entièrement d’accord pour nous mobiliser ensemble en faveur de ce plan.

La solution politique à la crise proposée par l’OEA et la CARICOM propose une dynamique politique qui est indispensable pour sortir Haïti de l’impasse actuelle. La France appuie sans réserve les propositions du plan, qui visent à restaurer les libertés publiques, à permettre la formation d’un gouvernement, et à réformer la police, au besoin avec l’appui d’une force civile de paix composée de policiers internationaux. Tout ceci est indispensable pour rétablir les conditions d’élections régulières et le retour à une vie normale en Haïti, dans le respect de la légalité constitutionnelle.

Tout ceci passe par des efforts de tous. Le président Aristide a pris des engagements devant la CARICOM, il doit les tenir. Les secteurs de l’opposition doivent eux aussi contribuer à l’apaisement et renouer le dialogue et rechercher une solution démocratique et constitutionnelle à la crise.

C’est dans cet esprit que la France participera, avec les principaux amis d’Haïti et les acteurs régionaux, aux démarches de haut niveau qui auront lieu, dès demain, à Port au Prince, pour appeler le président Aristide et les secteurs de l’opposition à agir de façon responsable pour trouver une sortie constitutionnelle et politique à la crise.

La deuxième priorité à ce stade, c’est la mobilisation de la communauté internationale dans le cadre des Nations unies. Et dans la crise actuelle, comme d’ailleurs M. Kieran Prendergast l’a dit lui-même, il me semble qu’il y a, à ce stade, deux types d’actions sur lesquelles l’ONU doit jouer pleinement son rôle.

- la première est l’action humanitaire. Les Nations unies sont les mieux placées pour assurer la coordination entre les différentes agences et ONG actives sur place. Elles ont d’ailleurs commencé à le faire avec l’envoi sur place d’une mission par le Secrétariat. Nous serons très attentifs au briefing que fera le Secrétaire général en début de semaine devant le Conseil de sécurité et nous croyons que toutes les formules doivent être étudiées pour donner à l’ONU les moyens de son action. Cela inclut la création d’un fonds fiduciaire grâce auquel seraient regroupés les moyens de l’action humanitaire, ou bien encore la mise en place des moyens nécessaires pour assurer l’accès aux hôpitaux.

- le deuxième axe d’action sur lequel les Nations unies ont une expertise et une légitimité particulières est celui des Droits de l’Homme. Les violations répétées des Droits de l’Homme actuellement perpétrées en Haïti sont intolérables. Elles ruinent les perspectives de solution politique. En la matière, nous proposons qu’une mission d’établissement des faits soit envoyée - et je suis heureux d’apprendre que M. Louis Joinet doit se rendre prochainement en Haïti -, que la CDH soit saisie et condamne toutes les violations des Droits de l’Homme en Haïti. Il est également important que le bureau du Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme soit mis en place très rapidement et doté de moyens suffisants pour lutter de manière efficace contre ces violations. La France pour sa part a apporté un appui financier de 123 200 euros pour l’ouverture du bureau.

Pour terminer, je veux redire notre grave préoccupation et notre profonde solidarité avec le peuple haïtien et la détermination de la France à contribuer aux efforts pour trouver une solution au drame de ce pays. Les acteurs régionaux et les principaux amis d’Haïti sont mobilisés. C’est ensemble que nous appuyons les efforts de l’OEA et de la CARICOM pour une solution politique.

Il me semble aussi que les Nations unies doivent non seulement soutenir, mais aussi compléter cette action, et dans l’immédiat, dans les deux directions que j’ai indiquées, mobiliser les moyens dont elles disposent, sans préjudice d’autres formes d’appui que la communauté internationale pourrait être amenée à envisager ultérieurement et, dans cette perspective, nous accueillons avec intérêt la nomination par le Secrétaire général d’un envoyé spécial./.