Bonsoir. Avant vos questions, je tiens à m’adresser au peuple américain au sujet de la situation en Irak.

Ces dernières semaines ont été dures dans ce pays. Les forces de la coalition se sont heurtées à des flambées de violence dans certaines zones de l’Irak. Selon nos commandants militaires, trois groupes sont à l’origine de cette violence : certains tenants du régime de Saddam Hussein ainsi que des militants islamiques ont attaqué les forces de la coalition dans la ville de Falloujah. Des terroristes d’autres pays se sont infiltrés en Irak pour organiser des attaques. Dans le sud de l’Irak, les forces de la coalition font face à des émeutes et à des attaques qui sont provoquées par un religieux extrémiste du nom de Al-Sadr. Il a rassemblé certains de ses partisans dans une milice illégale et soutient publiquement les groupes terroristes Hamas et Hezbollah. Les méthodes de violence et d’intimidation d’Al-Sadr sont largement rejetées par les autres chiites irakiens. Il a été inculpé par les autorités irakiennes pour l’assassinat d’un dignitaire chiite.

Bien que différentes factions soient à l’origine de ces actes de violence, elles ont des objectifs communs. Elles veulent nous chasser de l’Irak et détruire les espoirs démocratiques du peuple irakien. La violence que nous avons observée constitue une tentative par des éléments extrémistes et impitoyables de s’emparer du pouvoir.

Il ne s’agit pas d’une guerre civile, ni d’un soulèvement de la population. La plus grande partie de l’Irak est relativement stable. La plupart des Irakiens rejettent la violence et sont opposés à la dictature. Lors des réunions dans le cadre desquelles des Irakiens se sont réunis pour débattre de leur avenir politique et lors des travaux du Conseil de gouvernement irakien, les Irakiens ont exprimé des engagements clairs. Ils veulent une forte protection des droits de l’individu, ils veulent leur indépendance et ils veulent leur liberté.

L’engagement des Etats-Unis en faveur de la liberté en Irak est conforme à nos idéaux et est nécessaire à la défense de nos intérêts. L’Irak sera soit un pays pacifique et démocratique, soit de nouveau une source de violence, un refuge pour les terroristes et une menace pour les Etats-Unis et le reste du monde. En contribuant à faire de l’Irak un pays libre, les Américains qui servent dans ce pays protègent leurs concitoyens. Notre pays leur en est reconnaissant à eux tous et à leurs familles qui font face à des difficultés et à une longue séparation.

Ce week-end, dans un hôpital de la base de Fort Hood, j’ai remis la décoration "Purple Heart" à certains de nos blessés et j’ai eu l’honneur de les remercier au nom de tous les Américains. D’autres hommes et d’autres femmes ont payé un prix encore plus élevé. Notre pays rend hommage à la mémoire de ceux qui ont été tués et nous prions pour que les familles en proie à la douleur trouvent en Dieu le réconfort nécessaire. Comme je l’ai dit à ceux qui ont perdu un être cher, nous finirons la tâche de ceux qui sont tombés au champ d’honneur.

Les forces armées des Etats-Unis exécutent brillamment leur tâche avec la compétence et la dignité que nous attendons d’eux. Nous examinons constamment leurs besoins. La force des troupes, à l’heure actuelle et à l’avenir, dépend de la situation sur le terrain. Si des troupes supplémentaires sont nécessaires, je les enverrai. Si des ressources supplémentaires sont nécessaires, nous les fournirons. Le peuple de notre pays est uni derrière nos soldats hommes et femmes, et notre gouvernement fera tout ce qui est nécessaire pour garantir la réussite de leur mission d’importance historique.

Un des grands engagements de cette mission est le transfert de la souveraineté au peuple irakien. Nous avons fixé la date limite du 30 juin. Il importe que nous respections cette date. En tant que peuple fier et indépendant, les Irakiens ne toléreront pas une occupation à durée indéfinie, et les Etats-Unis non plus. Nous ne sommes pas une puissance impériale, comme des pays tels que le Japon et l’Allemagne peuvent l’attester. Nous sommes une puissance libératrice, comme des pays d’Europe et d’Asie peuvent aussi l’attester. L’objectif des Etats-Unis en Irak est limité et il est ferme : nous cherchons à faire en sorte que l’Irak soit indépendant, libre et en sécurité.

Si la coalition renonçait à son engagement prévu pour le 30 juin, de nombreux Irakiens mettraient en doute nos intentions et penseraient que leurs espoirs ont été trahis. Et ceux qui, en Irak, font commerce de la haine et des théories de conspiration trouveraient un public plus large et verraient leur pouvoir renforcé. Nous ne renoncerons pas à notre engagement. Le 30 juin, la souveraineté irakienne sera remise aux Irakiens.

La souveraineté ne saurait se limiter à une date et à une cérémonie. Elle exige des Irakiens qu’ils assument la responsabilité de leur propre avenir. Les autorités irakiennes font maintenant face au problème de sécurité des dernières semaines. A Falloujah, les forces de la coalition ont suspendu les opérations offensives, ce qui permet aux membres du Conseil de gouvernement irakien et aux responsables locaux de s’employer à rétablir le pouvoir central dans cette ville. Ces responsables communiquent avec les insurgés pour que cette ville passe sans heurt sous le contrôle des forces irakiennes, de façon à ce qu’il ne soit pas de nouveau nécessaire de recourir à l’action militaire. Ils insistent également sur le fait que ceux qui ont tué et mutilé quatre contractuels américains doivent être livrés aux autorités pour être jugés et punis. En outre, les membres du Conseil de gouvernement cherchent à résoudre la situation dans le sud du pays. Al-Sadr doit répondre des accusations portées contre lui et dissoudre sa milice hors-la-loi.

Notre coalition se tient aux côtés de dirigeants irakiens responsables à mesure qu’ils instaurent un pouvoir croissant dans leur pays. Le passage à la souveraineté nécessite que nous faisions preuve de confiance envers les Irakiens, et nous avons cette confiance. De nombreux dirigeants irakiens manifestent un grand courage, et leur exemple incitera les autres à faire preuve de la même qualité. Le passage à la souveraineté nécessite également un contexte de sécurité, et notre coalition s’emploie à mettre en place cette sécurité. Nous continuerons à éviter avec le plus grand soin que des civils innocents soient pris pour victimes, mais nous ne laisserons pas le chaos et la violence se propager. J’ai donné l’ordre à nos commandants militaires d’effectuer tous les préparatifs pour recourir, si besoin est, à l’usage décisif de la force afin de maintenir l’ordre et de protéger nos troupes.

La nation irakienne s’apprête à se gouverner elle-même, et les Irakiens et les Américains en auront la preuve dans les mois à venir. Le 30 juin, lorsque sera hissé le drapeau de l’Irak libre, les dirigeants irakiens assumeront la responsabilité entière des ministères du gouvernement. Ce jour-là, la loi administrative de transition, qui comprend une déclaration des droits sans précédent dans le monde arabe, entrera en vigueur.

Les Etats-Unis, et tous les pays de notre coalition, établiront des relations diplomatiques normales avec le gouvernement irakien. Une ambassade américaine sera ouverte, et un ambassadeur américain sera nommé.

D’après le calendrier déjà approuvé par le Conseil de gouvernement, l’élection d’une assemblée nationale aura lieu en Irak en janvier prochain au plus tard. Cette assemblée rédigera une nouvelle Constitution permanente qui sera présentée au peuple irakien lors d’un référendum national organisé en octobre de l’année prochaine. Les Irakiens éliront ensuite un gouvernement permanent le 15 décembre 2005 au plus tard, élection qui conclura la transition de l’Irak de la dictature à la liberté.

D’autres pays et des institutions internationales s’acquittent de leurs responsabilités dans la construction d’un Irak libre et sûr. Nous coopérons étroitement avec l’envoyé des Nations Unies, Lakhdar Brahimi, et avec des Irakiens pour déterminer la forme exacte du gouvernement qui sera investi de la souveraineté le 30 juin. L’équipe des Nations Unies chargée de l’assistance à l’organisation des élections, dirigée par Karina Perelli, est en Irak et prépare actuellement les élections de janvier prochain. L’OTAN apporte un appui à la division multinationale que dirige la Pologne en Irak. Et 17 des 26 membres de l’OTAN fournissent des forces chargées de maintenir la sécurité.

Le secrétaire d’État, M. Powell, et le ministre de la défense, M. Rumsfeld, ainsi qu’un certain nombre de ministres de la défense et des relations étrangères de l’OTAN, envisagent la possibilité de confier à l’OTAN un rôle plus officiel, en transformant par exemple la division dirigée par la Pologne en une opération de l’OTAN et en donnant à l’OTAN des responsabilités précises en matière de contrôle des frontières.

Il incombe également aux pays limitrophes de l’Irak de stabiliser leur région. Je vais donc envoyer au Moyen-Orient le secrétaire d’État adjoint, M. Armitage, pour qu’il s’entretienne avec les dirigeants de ces pays de l’intérêt commun que constitue pour nous un Irak libre et indépendant et des moyens par lesquels ils peuvent contribuer à atteindre cet objectif.

Comme je n’ai cessé de le dire, notre engagement envers le succès et la sécurité de l’Irak ne prendra pas fin le 30 juin. Le premier juillet, et au-delà, notre aide à la reconstruction et notre engagement militaire continueront. Après avoir aidé les Irakiens à se doter d’un nouveau gouvernement, les forces de la coalition les aideront à protéger ce gouvernement de toute agression extérieure et de toute subversion interne.

Le succès d’un gouvernement libre en Irak est vital pour de nombreuses raisons. Un Irak libre est vital parce que 25 millions d’Irakiens ont autant le droit que nous de vivre dans la liberté. Un Irak libre constituera un exemple pour les réformateurs dans tout le Moyen-Orient. Un Irak libre montrera que les Etats-Unis sont du côté des musulmans qui souhaitent vivre en paix, comme nous l’avons déjà montré au Koweït et au Kosovo, en Bosnie et en Afghanistan. Et un Irak libre confirmera à un monde attentif qu’un fois que les Etats-Unis donnent leur parole, on peut compter sur eux, même dans les temps les plus difficiles.

Mais par-dessus tout, la défaite de la violence et de la terreur en Irak est essentielle pour la défaite de la violence ailleurs. En conséquence, elle est vitale pour la sécurité du peuple américain. C’est maintenant, en Irak, que les ennemis du monde civilisé mettent à l’épreuve la volonté du monde civilisé. Nous ne devons pas vaciller.

La violence que nous voyons en Irak est familière. Les terroristes qui prennent des otages ou qui placent des bombes au bord de la route près de Bagdad servent la même idéologie que les assassins qui tuent des voyageurs innocents dans les trains de Madrid et des enfants à bord des autobus de Jérusalem, qui font exploser une boîte de nuit à Bali et qui tranchent la gorge d’un jeune journaliste parce qu’il est juif.

Nous avons vu cette même idéologie de l’assassinat à l’oeuvre dans le massacre de 241 marines à Beyrouth, dans le premier attentat contre le "World Trade Center", dans la destruction de deux ambassades en Afrique, dans l’attaque du destroyer Cole et dans l’horreur implacable infligée à des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants innocents le 11 septembre 2001.

Ces actes ne sont pas l’œuvre d’une religion ; ils sont l’œuvre d’une idéologie politique fanatique. Les partisans de cette idéologie cherchent à instaurer la tyrannie au Moyen-Orient et au-delà. Ils cherchent à opprimer et à persécuter les femmes. Ils cherchent à tuer des juifs et des chrétiens, ainsi que tout musulman qui préfère la paix à la terreur théocratique. Ils cherchent à paniquer les Etats-Unis et à les pousser à se replier, et à dresser les nations libres les unes contre les autres. Et ils cherchent à obtenir des armes de destruction massive, afin d’exercer leur chantage et leur terreur à grande échelle.

Nous avons constaté au cours des dernières décennies que toute concession ou tout repli de notre part ne faisait qu’enhardir cet ennemi et multiplier les carnages. Or l’ennemi a vu, au cours des 31 derniers mois, que nous ne refuserons plus de voir les choses en face et que nous ne chercherons plus à composer avec lui. Pour la première fois, le monde civilisé a réagi de façon concertée à l’idéologie de la terreur - par une série d’interventions puissantes et efficaces.

Les terroristes ont perdu la protection des talibans et leurs camps d’entraînement en Afghanistan. Ils ont perdu leurs refuges au Pakistan. Ils ont perdu un allié à Bagdad. Et la Libye a tourné le dos au terrorisme. Ils ont perdu de nombreux chefs dans une implacable chasse à l’homme au niveau international. En outre, et c’est sans doute ce qui les effraie le plus, les terroristes constatent le progrès de la liberté et de la réforme dans le Grand Moyen-Orient.

Un ennemi aux abois est également un ennemi dangereux, et avant qu’elle ne soit accomplie, notre tâche va devenir plus difficile. Personne ne peut prédire tous les dangers qui nous attendent, ni les coûts qu’ils entraîneront. Mais dans ce conflit, il n’y a d’autre solution que l’action résolue. Les conséquences d’un échec en Irak seraient inimaginables. Chaque ami des Etats-Unis et de l’Irak serait trahi et jeté en prison, puis assassiné avec l’avènement d’une nouvelle tyrannie. Chaque ennemi des Etats-Unis et du monde pourrait se réjouir, proclamer notre faiblesse et notre décadence, et se servir de cette victoire pour recruter une nouvelle génération de tueurs.

Nous réussirons en Irak. Nous exécutons une décision qui a été prise et qui ne changera pas : l’Irak sera un pays libre et indépendant, et de ce fait, les Etats-Unis et le Moyen-Orient seront plus en sécurité. Notre coalition a les moyens et la volonté de l’emporter. Nous servons la cause de la liberté et, où que ce soit, c’est toujours une cause noble.

Traduction officielle du département d’État.