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Visite d’Etat au Brésil

Discours de Jacques Chirac devant le congrès national brésilien

| Brasilia (Brésil)
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Merci, Monsieur le Président du Congrès, pour votre accueil si chaleureux et auquel je suis particulièrement sensible.

Merci, Monsieur le Président de la Chambre des Députés pour votre propos chaleureux.

Merci, Mesdames et Messieurs les Sénateurs et les Députés pour votre présence. Je tiens à vous exprimer au nom de la France et en mon nom personnel mes sentiments d’estime, de reconnaissance, et d’amitié.

C’est un très grand honneur pour moi que d’être une nouvelle fois reçu par le Congrès du Brésil, cœur de la démocratie vivante d’une nation et d’un peuple qui s’affirment désormais aux tous premiers rangs du monde d’aujourd’hui.

Dix ans après, je mesure avec admiration le chemin parcouru par le Brésil. Une démocratie enracinée. Une économie qui a retrouvé le chemin de la croissance et de l’innovation. Une société vivante, créatrice, rayonnante. L’ardente recherche de la cohésion et de la justice sociale.

C’est donc avec beaucoup d’émotion et de respect que je m’adresse à vous aujourd’hui.

La France, vous le savez, éprouve pour le Brésil une amitié profonde dont a témoigné l’éclatant succès de la récente saison du Brésil en France. Le Brésil occupe une place toute particulière dans notre vision du monde. Il est, pour les Françaises et pour les Français, une civilisation porteuse d’un art de vivre, d’une culture, notamment d’une culture politique, d’un espoir pour l’avenir. Il est une source permanente de rêve et d’inspiration. La France souhaite que ces affinités s’épanouissent plus encore dans la construction commune du monde de demain.

Aux espoirs et aux craintes qui traversent nos peuples, nous sentons bien que nous sommes les pionniers d’une grande aventure : celle d’un monde uni où les frontières s’estompent, où l’humanité expérimente la grande confrontation des peuples et des cultures.

Plus que jamais ce monde sera celui de l’excellence et de la connaissance. Il exigera de chacun de participer avec détermination à la compétition économique et scientifique mondiale. Seuls, ceux qui maîtriseront le savoir, la recherche technologique, les meilleures techniques du commerce et de la finance pourront prétendre marquer les temps nouveaux.

Le Brésil et la France partagent une même tradition de confiance dans le progrès, une confiance fondée sur l’éthique et sur la raison. L’un comme l’autre, ils sont armés pour faire la course en tête. Nous devons aller plus loin dans nos coopérations industrielles et scientifiques. Conduire ensemble des projets à la mesure des exigences modernes. Qu’il s’agisse de la conquête spatiale, de l’aéronautique, des énergies de demain, des biotechnologies ou des nanotechnologies, multiplions les liens entre nos universités, nos centres de recherche, nos entreprises. Fixons-nous pour objectif de doubler en dix ans le volume de nos échanges, et ceci, dans tous les domaines.

Mais ce monde de l’excellence où nous sommes engagés, c’est aussi un monde de menaces nouvelles auxquelles nul pays ne peut prétendre répondre seul. L’heure est donc à la responsabilité partagée dans le monde.

Je pense d’abord à la menace écologique, peut-être le plus grand danger auquel soit confrontée l’humanité. La France, pays industrialisé qui a inscrit le premier dans sa Constitution l’impératif écologique, le Brésil, qui abrite en son sein l’un des poumons de la planète, trésor inestimable hélas en voie de disparition rapide, la France et le Brésil portent tous deux une responsabilité particulière. Ils doivent montrer la voie d’un développement économique raisonné qui mette fin au gaspillage insensé des ressources naturelles. Attachons-nous ensemble à faire vivre le Protocole de Kyoto, à créer une organisation des Nations unies pour l’Environnement, à poursuivre l’esprit de la conférence fondatrice de Rio.

Je pense aussi au terrorisme, à la prolifération d’armes de destruction massive, au trafic de drogue et à la criminalité organisée, à l’instabilité financière. Ce n’est peut-être pas un hasard si l’une des grandes consciences de l’humanité moderne, Claude Lévi-Strauss, trouva sur votre terre ses intuitions fondatrices.

Le Brésil et la France ont bien une capacité particulière à apporter des réponses aux réalités nouvelles.

Le Brésil, parce qu’il est à lui seul, par son immensité, par la diversité de sa culture, par les peuples premiers qu’il abrite en son sein, par les liens qu’il a tissés au cours de l’histoire avec l’Europe et avec l’Afrique, comme une métaphore du monde moderne.

La France, parce qu’elle est l’héritière des Lumières, parce qu’elle se veut porteuse d’un message universel auquel elle ne renoncera jamais.

Le Brésil et la France ensemble, parce qu’ils sont tous deux également animés par une volonté farouche d’indépendance, par la conviction que nul ne saurait accepter de voir son destin dicté par l’extérieur, mais aussi par l’amour de la paix et par le respect des autres.

Nos deux pays sont également engagés dans la construction d’unions régionales fortes tissant entre elles des liens puissants pour que le monde multipolaire se déploie dans l’harmonie. C’est ici qu’en 1996 j’ai proposé que l’Union européenne et l’Amérique latine s’unissent. C’est à Rio, en 1999, que s’est tenu le premier sommet entre l’Europe et l’Amérique latine.

L’Europe incarne le progrès constant d’un continent tout entier rassemblé autour d’objectifs de paix, de démocratie, de solidarité et de modernité. Ce sont aujourd’hui de nouvelles réalités dans la science, dans l’énergie, dans la construction d’une défense commune. C’est l’affirmation de valeurs humanistes qui mettent définitivement hors-la-loi les comportements barbares qui ont si longtemps défiguré notre histoire.

Et je vois bien que l’Amérique latine partage la même ambition.

Voilà pourquoi nous devons poursuivre et amplifier le travail engagé à Rio et confirmé récemment à Vienne, l’appuyer sur des accords économiques, développer entre nos continents et leurs peuples le goût de l’autre, la connaissance de l’autre. Le Brésil et la France continueront à porter cette ambition commune.

C’est aussi au dialogue étroit, amical et confiant que j’entretiens avec le président Lula que nous devons de progresser dans l’affirmation commune d’un projet humaniste pour le monde.

Le Brésil et la France peuvent s’enorgueillir de porter ensemble le projet révolutionnaire d’un prélèvement international de solidarité qui permettra d’unir les forces du monde pour éliminer enfin la grande pauvreté, comme le Brésil a commencé de le faire, notamment avec le programme des bourses aux familles.

Fidèles à nos héritages africains, nous appuyons ensemble la renaissance de ce continent, berceau de l’humanité et si tragiquement marqué par l’histoire.

Ensemble aussi, nous menons le combat de la diversité culturelle, cet élan qui nous porte à refuser une mondialisation qui serait un laminoir des cultures. Nous sommes convaincus qu’une telle évolution serait contraire au génie humain.

La France voit dans la construction d’un monde multipolaire harmonieux la seule réponse qui vaille aux risques d’une mondialisation laissée à ses seules forces. Il faut une réponse politique à cette évolution du monde. Affirmer le multilatéralisme, l’esprit de responsabilité partagée. Mieux associer les peuples du monde, au premier rang desquels les pays émergents, à la recherche de solutions communes. Construire une société internationale assise sur ces mêmes principes de droit, de démocratie, de justice, de renonciation à la violence qui fondent nos propres actions nationales.

Voilà pourquoi la France veut que le Conseil de sécurité des Nations Unies soit élargi, qu’il accueille de nouveaux membres permanents, parmi lesquels évidemment et au premier rang, le Brésil, pays pleinement engagé dans l’appui à la paix, comme en témoigne son action en Haïti ou en République démocratique du Congo.

Voilà pourquoi la France estime nécessaire une enceinte politique vouée à la régulation de la mondialisation dans laquelle le Brésil doit siéger à part entière. C’était le sens de l’invitation du président Lula au sommet d’Evian en 2003. C’est le sens de mon insistance pour qu’avec d’autres dirigeants de pays émergents, il soit invité à celui de Saint PEtersbourg.

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Membres du Congrès,

En 1964 déjà, le général de Gaulle traçait ici la voie que devaient emprunter le Brésil et la France pour répondre à l’appel de l’histoire dans la fidélité aux héritages dont ils sont dépositaires. Nous avons la responsabilité du monde que nous lèguerons aux générations futures. Sachons être les architectes d’une nouvelle société politique internationale, les pionniers d’une nouvelle économie mondiale, les militants de la justice sociale à l’échelle du monde, les artisans d’un dialogue des civilisations refusant le choc des ignorances.

Telle est l’ambition qui nous anime, le président Lula et moi, au service de nos peuples et au service du monde.

Tel est le message qu’au nom de la France, je vous apporte aujourd’hui, à vous toutes et vous tous qui représentez si bien le grand peuple brésilien.

Vive le Brésil !

Vive la France !./.

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