Madame la Présidente,

C’est pour moi une joie et un honneur d’être aujourd’hui parmi vous, pour cette visite que je souhaitais depuis longtemps. A votre pays, fier de sa démocratie retrouvée, réconcilié avec sa mémoire, sans avoir rien cédé à l’oubli, engagé dans un processus de développement qui ne veut laisser personne au bord de la route, à ce Chili en mutation profonde que vous incarnez si bien, Madame la Présidente, j’exprime ici la sympathie, le respect, et l’amitié du peuple français.

Entre nos deux pays, s’est créée depuis longtemps une relation amicale. Le Chili a été le premier Etat de droit à s’affirmer en Amérique latine, et la France a été la première puissance européenne à reconnaître sa souveraineté. Dans la formation de ses institutions, comme au fil de son histoire politique et sociale, le Chili de Bernardo O’Higgins a puisé une partie de son inspiration dans les idées et l’expérience française. Aux heures sombres que vous infligèrent, à vous-même Madame, la plus douloureuse épreuve, la France a ouvert ses portes à de nombreux Chiliens.

Aujourd’hui, je veux dire mon admiration pour le modèle de stabilité et de responsabilité que représente le Chili en Amérique latine, et je voudrais de même, saluer aussi la modernisation politique que vous avez engagée, Madame la Présidente, en instaurant la parité.

Votre pays a montré qu’il savait assumer ses responsabilités régionales, comme en témoigne son engagement en Haïti, dont nous lui sommes très reconnaissants. Par son ouverture sur les autres continents, par son double ancrage européen et latin, les relations excellentes qu’il entretient avec l’Europe et avec les Etats-Unis, il a vocation à être l’un de ces moteurs de l’intégration régionale en Amérique latine.

Aussi le Chili est-il, pour nous Français, un ami précieux, un partenaire qui compte, avec lequel nous entretenons un dialogue continu et fécond qui dépasse le cadre strictement bilatéral.

Avec le Chili, nous partageons la même vision de la société internationale, une société fondée sur le respect du droit et sur le renforcement de la gouvernance sous l’égide des Nations Unies. Nous partageons la même aspiration à une démocratie mondiale respectueuse de la diversité des peuples et où l’éthique l’emporte sur les rapports de force. Nous avons en commun la même aspiration à un monde plus solidaire.

C’est au nom de cette communauté de valeurs que nous avons été unis dans l’action pour défendre le multilatéralisme au moment de la crise irakienne, et pour faire reconnaître le droit à la diversité culturelle à l’UNESCO. Aujourd’hui, nous travaillons ensemble pour renforcer l’efficacité de l’Organisation des Nations unies et, en son sein, celle des instances chargées de la protection des droits de l’homme.

Ce multilatéralisme que nous entendons promouvoir va de pair avec la conviction profonde que seul un monde plus équitable et plus solidaire permettra de réduire les facteurs d’instabilité. C’est ainsi que nous portons ensemble, avec le Brésil, une proposition de financement innovant du développement et qu’ensemble, nous avançons dans la mise en place d’un mécanisme facilitant l’achat des médicaments au profit des pays les plus pauvres. A cette fin, le Chili sera le premier, avec la France, à mettre en place, dès cette année, une taxe sur les billets d’avion.

Madame la Présidente, cette relation spéciale entre la France et le Chili, qui plonge ses racines dans le passé, se nourrit aujourd’hui de la vitalité de nos échanges dans tous les domaines.

La France est le deuxième partenaire économique européen de votre pays. Le savoir-faire et la technologie de nos plus grands groupes sont mobilisés dans la réalisation d’équipements et de services qui profitent au plus grand nombre. Le potentiel du Chili, ses choix de développement, les portes qu’il ouvre en Amérique latine et sur les autres continents, sont autant d’opportunités que nos entreprises doivent saisir.

Je souhaite que la délégation d’hommes d’affaires qui m’accompagne porte forcément ce message en France. L’entrée en vigueur prochaine de l’accord pour éviter la double imposition est de nature à favoriser les investissements. L’accord d’association Union européenne/Chili, que la France est heureuse d’avoir appuyé et soutenu, constitue un cadre incitatif.

La France peut aussi accompagner le développement du Chili grâce à ses pôles de compétitivité régionaux, et au tissu de ses petites et moyennes entreprises innovantes. Nos échanges dans le domaine scientifique se renforcent. Le CNRS développe avec l’université chilienne une recherche de pointe, grâce notamment aux docteurs chiliens formés en France, plus de 400 depuis le retour à la démocratie.

Madame la Présidente, j’ai pris aujourd’hui la mesure de la nouvelle réalité chilienne, des voies originales qu’emprunte son développement spectaculaire, de la pertinence de ses choix stratégiques qui s’inscrivent dans une vision de long terme, et de son ouverture aux expériences venues d’ailleurs. J’y vois beaucoup d’opportunités de partenariat pour nos entreprises, mais aussi pour nos collectivités locales et pour les acteurs publics afin d’appuyer l’Etat chilien dans son processus de modernisation et de développement. Je pense bien sûr à la santé, à l’éducation, à l’aménagement du territoire, au développement durable.

Autant de chantiers auxquels, si vous le voulez, nous allons nous atteler ensemble.

Madame la Présidente, je veux en terminant vous dire les vœux très sincères, très chaleureux, que je forme, à l’aube de votre mandat, pour le succès de votre action. Première femme d’Amérique du sud à accéder aux plus hautes responsabilités d’un grand pays, vous éveillez l’attente et l’espoir au Chili comme dans le monde. La France espère que, sous votre conduite, le Chili que vous incarnez aujourd’hui prendra toute sa place et fera entendre pleinement sa voix. Tels sont les vœux qu’en levant mon verre à notre amitié, je forme pour vous-même, Madame la Présidente, et pour le Chili.

Vive le Chili ! Vive la France ! Vive l’amitié franco-chilienne !