Malgorzata Wisniewska / MONUC - En juin 2005, face à la situation déplorable de la prison centrale de Goma, le Haut Commissariat aux Droits de l’Homme et la division Droits de l’Homme de la MONUC à Goma ont pris l’initiative de réunir tous les acteurs institutionnels, la société civile congolaise ainsi que les ONG internationales concernés afin d’étudier et mettre en place des mesures concrètes pour améliorer les conditions de détention.

Les participants ont identifié 18 mesures pratiques et créé un Comité de suivi, composé des délégués des institutions du gouvernement local intervenant en milieu carcéral, des représentants des ONG internationales et de la société civile congolaise qui fournissent une assistance aux prisonniers. Le Comité de suivi se réunit toutes les deux semaines et effectue une évaluation des avancements après une année.

La principale illustration de cet effort conjoint est qu’il n’y a plus aucun décès à l’intérieur de la prison.

Cette réussite n’a été possible que grâce à l’action volontaire ou quasi volontaire des membres du Comité de suivi. Le Comité International de la Croix Rouge a par exemple accompli d’importants travaux d’assainissement des bâtiments et fournit des médicaments. L’Association des Femmes médecins du Nord Kivu travaille quant à elle de manière permanente à la prison depuis 3 mois. Des efforts ont par ailleurs contribué à l’installation dans les murs de la prison d’un laboratoire capable de réaliser les tests tuberculiniques.

Les autorités provinciales ont également collaboré : le Gouverneur et l’Auditeur militaire de garnison fournissent occasionnellement de la nourriture pour les détenus, même si cette responsabilité incombe à l’Administration nationale. Ce soutien n’est malheureusement pas suffisant et les prisonniers passent souvent jusqu’à 35 jours sans alimentation.

Les initiatives locales peuvent alléger le problème mais elles ne peuvent pas remplacer une solution institutionnelle toujours absente. La gestion du système pénitencier en République démocratique du Congo étant entièrement centralisée au niveau du Ministère de la Justice, les problèmes qui dépassent les capacités locales persisteront tant que ministère de tutelle ne prendra pas action.

Selon la Division des Droits de l’Homme de la MONUC à Goma, trois problèmes majeurs nécessitent l’intervention du Ministère. En premier lieu, la prison centrale de Goma est surpeuplée : lors de la dernière visite en mai 2006, le Comité de suivi a recensé 324 prisonniers dans un espace prévu pour un 150. Le groupe de travail proposait comme solution, en juin 2005, de diminuer la durée de la détention préventive et de traiter les demandes de liberté conditionnelle. Cette recommandation est cependant restée lettre morte. Si la proposition concernant la liberté provisoire a été accueillie positivement par les Autorités militaires qui la mettent en pratique, ce n’était pas le cas des Autorités civiles : depuis novembre 2005, la prison centrale de Goma a déposé auprès du Ministère de la Justice 21 dossiers de demande de liberté conditionnelle restées à ce jours sans réponse.

Deuxièmement, le Ministère doit fournir un budget pour la nourriture des prisonniers. Des solutions irrégulières basées sur les bonnes volontés ne pourront éliminer les longues périodes de famine dont souffrent les prisonniers.

Il y a enfin la nécessité de revoir le statut des prisonniers : alors que la prison centrale de Goma est une prison civile, 127 des 324 détenus sont des militaires.

La dernière initiative conjointe des divisions « Droits de l’Homme » et « Affaires civiles/humanitaires » de la MONUC, qui va bientôt entrer dans la première phase de réalisation, est un projet à impact rapide (QUIPS) dont l’objectif est la création d’ateliers de cordonnerie et menuiserie à proximité de la prison.

En attendant l’intervention du Ministère, la MONUC veille sur la dignité des prisonniers à Goma. Son action ne peut cependant pas aller au-delà du cadre de son mandat d’assistance.

Source
ONU