Merci à tous. Merci et bonsoir. C’est un honneur pour moi de visiter l’Army War College. Des générations d’officiers sont venus ici pour étudier les stratégies et l’histoire de la guerre. Je suis ici ce soir pour expliquer à l’ensemble des Américains et au peuple irakien la stratégie que nous suivons en Irak et les mesures spécifiques que nous prenons pour réaliser nos objectifs.

Les actes perpétrés par nos ennemis au cours des semaines passées ont été brutaux, prémédités et instructifs. Nous avons vu un attentat à la voiture piégée tuer M. Ezzedine Salim, un Irakien de 61 ans qui assumait les fonctions de président du Conseil de gouvernement. Ce crime reflète l’intention de notre ennemi qui est d’empêcher l’autodétermination en Irak, même si cela signifie tuer un pur et dur patriote irakien et un fidèle musulman. M. Salim a été assassiné par des terroristes qui souhaitent le retour de la tyrannie et la mort de la démocratie.

Nous avons aussi vu les images d’un jeune Américain prêt à être décapité. Cet abominable présentation prouve un mépris de toutes les règles de la guerre et de toutes les limites d’un comportement civilisé. Il révèle un fanatisme qu’aucune action de notre part n’a causé et qu’aucune concession n’apaiserait. Nous soupçonnons que l’homme au couteau est un membre d’Al-Qaïda du nom de Zarkawi. Lui et les autres terroristes savent que l’Irak est aujourd’hui le principal front de la guerre contre la terreur. Nous devons également le comprendre. Le retour de la tyrannie en Irak serait une victoire sans précédent pour les terroristes et il donnerait aux tueurs l’occasion de se réjouir. Il enhardirait les terroristes et conduirait à une recrudescence des attentats à la bombe, à d’autres décapitations et à d’autres meurtres d’innocents aux quatre coins du monde.

L’avènement d’un Irak libre et autonome privera les terroristes d’une base d’opération, discréditera leur idéologie obtuse et donnera de l’élan aux réformateurs de toute la région. Ce sera un coup décisif contre le terrorisme, un coup qui touchera le coeur de son pouvoir, et ce sera aussi une victoire pour la sécurité de l’Amérique et du monde civilisé.

Notre tâche en Irak a été difficile. Notre coalition s’est heurtée à des conditions de guerre changeantes qui ont exigé de la persévérance, des sacrifices et une capacité d’adaptation. La chute rapide du régime de Saddam Hussein, le printemps dernier, a eu des conséquences inattendues : au lieu d’être tués ou capturés sur le champ de bataille, certains des gardes d’élite de Saddam Hussein ont abandonné leur uniforme et se sont fondus dans la population civile. Ces éléments du régime répressif et de la police de Saddam Hussein se sont réorganisés, réarmés et ont adopté des tactiques terroristes sophistiquées. Ils se sont associés à des combattants étrangers et à des terroristes. Dans quelques villes, des extrémistes ont essayé de semer le chaos et de saisir le pouvoir régional. Ces groupes et ces individus ont des ambitions contradictoires, mais ils partagent le même objectif : ils espèrent user la patience des Américains, de notre coalition et des Irakiens avant la mise en place d’un gouvernement autonome efficace et avant que les Irakiens n’aient les moyens de défendre leur liberté.

L’Irak se trouve désormais à un moment critique. Au fur et à mesure que le peuple irakien se rapproche de l’autodétermination, les terroristes risquent d’intensifier leurs activités et leur brutalité. Des jours difficiles nous attendent et, parfois, la voie du progrès semblera être semée d’embûches. Il n’en demeure pas moins que notre coalition est vigoureuse et que nos efforts sont focalisés et infatigables, et aucun pouvoir de l’ennemi n’arrêtera le progrès en Irak.

Aider à élaborer une démocratie stable après des décennies de dictature est une entreprise colossale. Mais nous avons un gros avantage. Lorsque les gens ont le choix, ils préfèrent vivre en liberté que vivre dans la peur. Nos ennemis, en Irak, savent bien remplir les hôpitaux, mais ils n’en construisent aucun. Ils savent inciter les hommes au meurtre et au suicide, mais ils ne peuvent pas inspirer les hommes à vivre, à espérer et à prendre part au progrès de leur pays. La seule influence des terroristes, c’est la violence, et leur seul ordre du jour, la mort.

Notre ordre du jour, au contraire, c’est la liberté et l’indépendance, la sécurité et la prospérité pour le peuple irakien et, en enlevant une source de violence terroriste et d’instabilité au Moyen-Orient, nous renforçons aussi la sécurité de notre pays.

Notre coalition a un objectif clair, que tout le monde comprend, et c’est de voir le peuple irakien aux commandes de l’Irak pour la première fois depuis des générations. La tâche de l’Amérique, en Irak, ce n’est pas seulement de vaincre l’ennemi, c’est de donner de la force à un ami - un gouvernement libre et représentatif qui servira son peuple et se battra pour lui. Plus vite cet objectif sera atteint, plus vite notre travail sera accompli.

Notre plan, lorsqu’il s’agit d’aider l’Irak à instaurer la démocratie et la liberté, comprend cinq étapes. Nous transmettrons l’autorité à un gouvernement irakien souverain, aiderons à instituer la sécurité, continuerons à reconstruire l’infrastructure du pays, encouragerons un plus grand appui international, et nous rapprocherons d’une élection nationale qui donnera au peuple irakien de nouveaux dirigeants qui jouiront de son appui.

La première de ces étapes se produira le mois prochain, lorsque notre coalition transférera la pleine souveraineté à un gouvernement composé de citoyens irakiens qui prépareront la voie à une élection nationale. Le 30 juin, l’Autorité provisoire de la coalition cessera d’exister et ne sera pas remplacée. L’occupation prendra fin et les Irakiens gouverneront leurs propres affaires. L’ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’Irak, M. John Negroponte, présentera ses lettres de créance au nouveau président d’Irak. Notre ambassade, à Bagdad, aura le même but que n’importe laquelle de nos autres ambassades, à savoir garantir de bonnes relations avec une nation souveraine. L’Amérique et d’autres pays continueront à offrir des conseils techniques afin d’aider les ministres du gouvernement irakien, mais ces ministres rendront des comptes au nouveau premier ministre d’Irak.

A l’heure actuelle, l’envoyé spécial des Nations unies, M. Lakhdar Brahimi, a des consultations avec un vaste éventail d’Irakiens afin de déterminer la composition de ce gouvernement temporaire. Il a l’intention de soumettre les noms des responsables du gouvernement temporaire cette semaine. En plus du président, de deux vice-présidents et d’un premier ministre, 26 ministres superviseront les divers ministères, des ministères qui iront de la santé à la justice en passant par la défense. Le nouveau gouvernement sera guidé par un conseil national dont les membres seront choisis en juillet par des Irakiens représentant la diversité de leur pays. Ce gouvernement temporaire jouira d’une pleine souveraineté en attendant qu’une élection nationale soit organisée. L’Amérique appuie pleinement les efforts de M. Brahimi, et j’ai donné ordre à l’Autorité provisoire de la coalition de lui apporter toute l’aide possible.

En préparation à la souveraineté, de nombreuses fonctions du gouvernement ont déjà été transférées. Douze ministères gouvernementaux sont déjà sous le contrôle direct d’Irakiens. Le ministère de l’éducation, par exemple, ne donne plus dans la propagande ; il se préoccupe désormais d’éduquer les enfants d’Irak. Sous la direction de M. Aladin al-Alwan, le ministère a formé plus de 30.000 enseignants et directeurs pour les écoles du pays.

Depuis le commencement, certains se posent la question de savoir si le peuple irakien est prêt pour l’autodétermination, et même s’il la souhaite. Et, depuis le commencement, le peuple irakien a donné sa réponse. Lorsque des Irakiens ont eu l’occasion de se réunir pour parler de l’avenir de leur pays, ils ont appuyé un gouvernement représentatif. D’ailleurs, ils pratiquent déjà une forme de gouvernement représentatif. De nombreuses villes et municipalités ont maintenant un conseil ou gouvernement municipal dont les membres ont été élus, et au-delà de la violence, une société civile prend forme.

Le transfert de la souveraineté le 30 juin est un engagement essentiel de notre stratégie. Les Irakiens sont un peuple fier qui accepte mal un contrôle étranger de leurs affaires, tout comme nous le ferions. Après des décennies passées sous la férule d’un tyran, il est peu disposé à faire confiance à l’autorité. En gardant notre promesse, le 30 juin, la coalition prouvera que l’occupation ne l’intéresse pas. La pleine souveraineté donnera aux Irakiens un intérêt direct dans la réussite de leur gouvernement. Les Irakiens sauront que lorsqu’ils construiront une école ou répareront un pont, ils ne travailleront pas pour l’Autorité provisoire de la coalition, mais qu’ils travailleront pour eux-mêmes. Et, lorsqu’ils patrouilleront les rues de Bagdad ou s’opposeront aux milices radicales, c’est pour leur pays qu’ils se battront.

La deuxième étape du plan pour la démocratie en Irak consiste à aider à instaurer la stabilité et la sécurité, conditions nécessaires de la démocratie. Les forces de la coalition et le peuple irakien ont les mêmes ennemis : les terroristes, les milices illégales, et les partisans de Saddam Hussein qui se dressent contre le peuple irakien et son avenir en tant que nation libre. En agisssant en alliés, nous défendrons l’Irak et vaincrons ces ennemis.

Les Etats-Unis apporteront les forces et l’appui nécessaires à ces fins. Nos commandants avaient estimé qu’une force de 115.000 suffirait à cette étape du conflit. Vu la récente recrudescence de la violence, nous la maintiendrons aux 138.000 actuels aussi longtemps que cela sera nécessaire. Ce fait a entraîné une prolongation du service de la 1e division blindée et du 2e régiment de cavalerie légère - 20.000 hommes et femmes qui devaient en principe quitter l’Irak en avril. Notre pays apprécie leur travail et leur dévouement, et ils doivent savoir qu’ils vont bientôt pouvoir rentrer chez eux. Le général Abizaid et les autres commandants en Irak évaluent constamment le niveau des effectifs dont ils ont besoin pour remplir leur mission. S’ils ont besoin de forces supplémentaires, je les leur enverrai. La mission de nos forces en Irak est exigeante et dangereuse. Nos troupes font preuve d’une compétence et d’un courage exceptionnels. Je les remercie de leurs sacrifices et de leur service.

Dans la ville de Fallouja, on a assisté à de nombreux actes de violence de la part d’irréductibles de Saddam Hussein et de combattants étrangers, et notamment au meurtre de quatre civils américains. Les soldats et les Marines américains auraient pu appliquer une force écrasante. Mais après avoir consulté le Conseil de gouvernement irakien et les responsables locaux, nos commandants ont conclu que des frappes massives contre l’ennemi nous attireraient l’hostilité de la population locale et accroîtraient le soutien à l’insurrection. Nous avons donc adopté une approche différente. Nous faisons de la sécurité à Fallouja une responsabilité partagée. Les commandants de la coalition ont oeuvré de concert avec les responsables locaux à la création d’une force de sécurité entièrement irakienne, qui patrouille à présent la ville. Nos soldats et Marines continueront à déjouer les attaques contre nos routes de ravitaillement et à mener des patrouilles communes avec des Irakiens en vue de détruire les usines de bombes et les abris sûrs et de tuer ou capturer les ennemis qui qu’ils soient.

Nous souhaitons que les forces irakiennes acquièrent de l’expérience et de l’assurance dans leur combat contre les ennemis de leur pays. Nous voulons que le peuple irakien sache que nous faisons confiance à ses capacités grandissantes, dont nous appuyons le développement. Dans le même temps, Fallouja doit cesser d’être un sanctuaire pour l’ennemi, et les auteurs d’actes de terrorisme devront répondre de leur actions.

Dans les villes de Nadjaf, de Karbala et de Koufa, la plupart des actes de violence ont été commis à l’instigation d’un jeune imam radical qui commande une milice illégale. Ces ennemis se camouflent derrière une population civile innocente, entreposant des armes et des munitions dans des mosquées et lançant des attaques à partir de sites religieux. Nos soldats ont traité ces sites avec respect tout en démantelant systématiquement la milice illégale. Nous voyons également des Irakiens assumer eux-mêmes davantage de responsabilités en matière de rétablissement de l’ordre. Ces dernières semaines, les forces irakiennes ont expulsé des éléments de cette milice du bureau du gouverneur de Nadjaf. Hier, une unité irakienne d’élite a débusqué une cache d’armes dans une grande mosquée de Koufa. Des chefs chiites respectés ont demandé à la milice de se retirer de ces villes. Des Irakiens ordinaires ont défilé pour protester contre les militants.

A mesure que les défis se présenteront à Fallouja, à Nadjaf et ailleurs, les tactiques de nos militaires resteront souples. Les commandants sur le terrain feront très attention aux conditions locales. Et nous ferons tout ce qui sera nécessaire - qu’il s’agisse d’une force mesurée ou d’une force écrasante - pour assurer la stabilité en Irak.

Les forces militaires, policières et frontalières irakiennes ont commencé à assumer des responsabilités plus larges. Elles devront, en fin de compte, être les premiers défenseurs de la sécurité de l’Irak à mesure que les forces américaines et coalisées se retireront. Nous les aidons à se préparer à ce rôle. Dans certains cas, les premiers résultats des forces irakiennes ont été décevants. Certains éléments ont refusé d’engager l’ennemi. Nous avons tiré les leçons de ces échecs et avons pris des mesures en vue d’y remédier. Pour bien fonctionner, les unités de combat doivent avoir un sens de cohésion : c’est pourquoi nous avons prolongé et intensifié leur entraînement. Pour bien remplir leur mission, les unités de combat doivent avoir le sentiment de se battre pour l’avenir de leur patrie, non pas pour une puissance occupante quelconque : c’est pourquoi nous veillons à ce que les forces irakiennes soient placées sous commandement irakien. Pour se battre efficacement, elles doivent être encadrées le mieux possible  : c’est pourquoi nous avons amélioré la sélection et la formation des commandants et des sous-officiers irakiens.

Sur ma demande, et avec l’appui des autorités irakiennes, nous accélérons notre programme visant à aider à former les Irakiens à défendre leur pays. Une nouvelle équipe d’officiers supérieurs analyse actuellement chacune des unités des forces de sécurité irakiennes. J’ai demandé à cette équipe de superviser la formation d’une force de 260.000 soldats, policiers et autres effectifs de sécurité. Cinq bataillons de l’armée irakienne sont actuellement sur le terrain, et huit autres devraient s’y adjoindre le 1er juillet. L’objectif final est une armée irakienne de 35.000 soldats répartis dans 27 bataillons, prêts à défendre leur pays.

Après le 30 juin, les forces américaines et autres auront encore des tâches importantes. Les forces militaires des Etats-Unis en Irak opéreront sous commandement américain dans le cadre d’une force multinationale qui aura été autorisée par les Nations unies. Le nouveau gouvernement souverain d’Irak devra toujours faire face à d’énormes défis en matière de sécurité, et nos forces seront là pour l’aider.

La troisième étape du plan pour la démocratie irakienne consiste à poursuivre la reconstruction de l’infrastructure de l’Irak, afin que cet Etat libre puisse parvenir rapidement à l’autonomie économique et à une meilleure qualité de vie. Notre coalition a déjà aidé les Irakiens à reconstruire des écoles et à rénover des hôpitaux et des cliniques, à réparer des ponts, à renforcer le réseau électrique et à moderniser le système de communications. Et à présent, une économie fondée sur le secteur privé est en train de se développer. Une nouvelle monnaie a été introduite. Le Conseil de gouvernement irakien a adopté une nouvelle loi qui ouvre le pays aux investissements étrangers pour la première fois depuis des dizaines d’années. L’Irak a libéralisé sa politique commerciale et, aujourd’hui, un observateur irakien assiste aux réunions de l’Organisation mondiale du commerce. La production pétrolière de l’Irak dépasse maintenant les 2 millions de barils par jour, ce qui a rapporté à l’Irak près de 6 milliards de dollars jusqu’ici cette année. Ces fonds aident le peuple irakien. Et grâce en partie à nos efforts - aux efforts de l’ancien secrétaire d’Etat, M. James Baker -, un bon nombre des plus gros créanciers de l’Irak se sont engagés à remettre entièrement ou à réduire considérablement la dette irakienne accumulée par l’ancien régime.

Nous faisons des progrès. Mais il reste encore beaucoup de travail à faire. Au long des décennies du régime de Saddam Hussein, l’infrastructure irakienne s’est désagrégée tandis que tout l’argent allait à des palais, à des guerres, à des programmes d’armement. Nous invitons les autres pays à contribuer à la reconstruction de l’Irak, et 37 d’entre eux, ainsi que le FMI et la Banque mondiale, ont annoncé des engagements totalisant jusqu’ici 13,5 milliards de dollars. Les Etats-Unis ont consacré plus de 20 milliards de dollars aux projets de reconstruction et de développement en Irak. Afin d’assurer que notre argent est dépensé sagement et efficacement, notre nouvelle ambassade en Irak aura des bureaux régionaux dans plusieurs villes clés. Ces bureaux travailleront en étroite coordination avec les autorités irakiennes à tous les niveaux pour garantir que les projets seront achevés dans les délais et selon le budget prévus.

Le nouvel Irak aura également besoin d’un système carcéral humain et bien supervisé. Sous la férule du dictateur, des prisons comme celle d’Abou Ghraib étaient synonymes de mort et de torture. Cette même prison est devenue le symbole de la conduite honteuse de quelques soldats américains qui ont déshonoré leur pays et méprisé nos valeurs. L’Amérique financera la construction d’une prison moderne de sécurité maximale. Lorsque la construction en sera achevée, les détenus d’Abou Ghraib y seront transférés. Ensuite, avec l’approbation du gouvernement irakien et afin de symboliser le renouveau de l’Irak, nous démolirons la prison d’Abou Ghraib.

Le quatrième volet de notre plan consiste à renforcer les appuis internationaux à la transition de l’Irak. A chaque étape, les Etats-Unis sont allés aux Nations unies - pour affronter Saddam Hussein, pour promettre de graves conséquences à ses actions, et pour commencer la reconstruction de l’Irak. Aujourd’hui, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont présenté un nouveau projet de résolution au Conseil de sécurité afin d’aider l’Irak à avancer vers un gouvernement autonome. J’ai demandé au secrétaire d’Etat Powell de coopérer avec ses homologues du Conseil pour approuver le calendrier que les Irakiens ont adopté, pour exprimer le soutien international au gouvernement provisoire irakien, pour réaffirmer l’engagement du monde envers la sécurité des Irakiens et pour encourager d’autres membres de l’ONU à participer à cet effort. Malgré les désaccords du passé, la plupart des nations ont indiqué leur ferme soutien au succès d’un Irak libre. Et je suis convaincu qu’elles partageront la responsabilité de la garantie de ce succès.

Le mois prochain, lors du Sommet de l’OTAN qui se tiendra à Istanbul, je remercierai les 15 alliés de l’OTAN qui, ensemble, ont déployé 17.000 soldats en Irak. La Grande-Bretagne et la Pologne dirigent chacune une division multinationale qui assure la sécurité de régions importantes du pays. L’OTAN elle-même fournit des renseignements précieux, des communications et un soutien logistique à la division commandée par la Pologne. Lors du Sommet, nous discuterons du rôle de l’OTAN dans la construction de l’Irak et la sécurisation de sa démocratie.

Le cinquième volet, et le plus important, est la tenue d’élections nationales libres, au plus tard en janvier prochain. Une équipe des Nations unies, dirigée par Carina Perelli, est à l’heure actuelle en Irak en train d’aider à constituer une commission électorale indépendante qui supervisera une élection nationale ordonnée et précise. Par ces élections, le peuple irakien choisira une assemblée nationale de transition qui sera la première instance nationale réellement représentative jamais élue librement en Irak. Cette assemblée sera la législature de l’Irak, et elle choisira un gouvernement de transition doté de pouvoirs exécutifs. L’assemblée nationale provisoire rédigera également une nouvelle constitution qui sera présentée aux Irakiens par référendum vers la fin de 2005. Dans le cadre de cette nouvelle constitution, l’Irak élira un gouvernement permanent à la fin de l’année suivante.

En ces temps de guerre, de libération et de reconstruction, les soldats et les civils américains déployés sur le terrain ont appris à connaître et respecter les citoyens de l’Irak. C’est un peuple fier aux opinions fortes et diverses. Cependant, les Irakiens sont unis derrière une vaste et profonde conviction : ils sont résolus à ne plus jamais vivre à la merci d’un dictateur. Et ils croient qu’une élection nationale mettra le sinistre passé derrière eux. Un gouvernement représentatif protecteur des droits fondamentaux et élu par les Irakiens est la meilleure défense contre le retour de la tyrannie - et cette élection approche.

Achever ces cinq étapes vers un gouvernement irakien élu ne sera pas facile. Il y aura vraisemblablement plus de violence avant et après le transfert de la souveraineté. Les terroristes et les partisans de Saddam préféreraient voir les Irakiens morts plutôt que libres. Mais les terroristes ne détermineront pas l’avenir de l’Irak.

Ce pays s’achemine chaque semaine vers des élections libres et une place permanente au sein des nations libres. Comme toute nation qui a parcouru le chemin qui mène à la démocratie, les Irakiens érigeront un gouvernement représentatif de leur culture et de leurs valeurs. J’ai envoyé des troupes américaines non pas pour occuper ce pays, mais pour protéger notre sécurité. J’ai envoyé des troupes américaines en Irak non pas pour transformer les Irakiens en Américains, mais pour les libérer. Les Irakiens écriront leur propre histoire et trouveront leur propre voie. Ce faisant, ils peuvent être certains qu’un Irak libre pourra toujours compter les Etats-Unis d’Amérique parmi ses amis.

Ces trente-deux derniers mois, l’histoire a beaucoup exigé de notre pays et les choses ont évolué rapidement. Les Américains ont vu les flammes du 11 septembre, suivi les batailles dans les montagnes de l’Afghanistan et appris de nouveaux termes tels que "alerte orange", "ricine" et "bombe sale". Nous avons vu des assassins à l’oeuvre dans les trains de Madrid, dans une banque d’Istanbul, dans une synagogue de Tunis et dans une boîte de nuit de Bali. Et maintenant les familles de nos soldats et de nos employés civils prient pour leurs fils et leurs filles qui sont à Mossoul, à Karbala ou à Bagdad.

Nous n’avons pas provoqué cette guerre contre le terrorisme, mais c’est le monde dans lequel nous vivons. Nous devons faire notre devoir. L’histoire est en marche, et elle tendra vers l’espoir ou la tragédie. Nos ennemis terroristes ont une vision qui guide et explique tous leurs actes assassins. Ils cherchent à imposer, pays par pays, un régime de style taliban, dans l’ensemble du Moyen-Orient. Ils visent le contrôle total de chaque personne, de chaque esprit, de chaque âme, l’instauration d’une société dure dans laquelle les femmes sont privées de leur voix et brutalisées. Ils commettent des tueries afin de choquer, d’effrayer et de démoraliser les nations civilisées, espérant qu’elles se retireront du monde et leur laisseront le champ libre. Ils recherchent des armes de destruction massive afin d’imposer leur volonté par le chantage et des attaques catastrophiques. Rien de cela n’est l’expression d’une religion. Il s’agit d’une idéologie politique totalitaire, poursuivie avec un zèle effréné et sans conscience aucune.

Nos actions, elles aussi, sont guidées par une vision. Nous croyons que la liberté peut améliorer et changer les vies dans le Grand Moyen-Orient, comme elle l’a fait en Asie, en Amérique latine, en Europe de l’Est et en Afrique. Nous croyons qu’au Moyen-Orient, région qui a tant donné au monde sur les plans de la loi, des sciences et de la foi - il est tragique que tant d’individus soient brimés par la tyrannie et le fanatisme. Nous croyons que lorsque tous les peuples du Moyen-Orient seront finalement autorisés à vivre, à penser, à travailler et à observer leur culte comme des hommes et des femmes libres, ils reconquerront la grandeur de leur propre héritage. Et lorsque ce jour viendra, l’amertume et la haine brûlante qui alimentent le terrorisme s’effaceront et disparaîtront. L’Amérique et le monde entier seront plus en sécurité lorsque l’espoir sera revenu au Moyen-Orient.

Ces deux visions - l’une de tyrannie et de meurtre, l’autre de liberté et de vie - se sont affrontées en Afghanistan. Or grâce à la bravoure des forces des Etats-Unis et de la coalition, ainsi qu’à celle des patriotes afghans, le cauchemar des talibans est fini et ce pays est en train de reprendre vie. Maintenant, ces deux visions se font face en Irak et s’affrontent pour l’avenir de ce pays. L’échec de la liberté ne ferait que marquer le début du péril et de la violence. Mais, mes chers compatriotes, nous n’échouerons pas. Nous persévérerons, nous vaincrons cet ennemi, et nous garderons ce terrain difficilement gagné dans le domaine de la liberté.

Que Dieu bénisse notre pays.

Discours prononcé au United States Army War College (Ecole militaire de l’armée de terre) à Carlisle (Pennsylvanie). Traduction officielle de la Maison-Blanche.