C’est au général John Craddock, commandant en chef du Southern Command qu’il est revenu d’annoncer la mort de trois personnes détenues à la base de Guantanamo Bay. S’exprimant de manière particulièrement brève, lors d’une conférence de presse à Miami, il s’est contenté de signaler qu’il s’agissait des premiers suicides enregistrés dans cette prison, malgré les nombreuses tentatives effectuées par les détenus. Une enquête est en cours et un autopsie déterminera exactement les causes des décès. Puis il a passé la parole au contre-amiral Harry B. Harris, commandant de la base, qui s’exprimait depuis Guantanamo par téléphone.

L’avocat et les familles de deux des victimes se sont étonnés que de prétendus prisonniers islamistes se soient donnés la mort malgré la stricte interdiction du suicide en islam. En raison du secret qui entoure la prison, ils se sont aussi demandé s’il s’agissait réellement de suicides. L’avocat de la troisième victime a, quant à lui, compris ces décès comme l’expression du désespoir d’hommes détenus à vie sans charges, ni jugement.

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Le contre-amiral Harry B. Harris

L’amiral Harris a répondu avec fermeté : « Ils n’ont aucun égard pour la vie humaine, que ce soit les nôtres ou les leurs. Je crois qu’il ne s’agit pas d’un acte de désespoir, mais d’une opération de guerre asymétrique dirigée contre nous, ici à Guantanamo. Nous avons des hommes ici qui sont des djihadistes engagés. Ce sont des hommes dangereux et ils feront n’importe quoi pour faire avancer leur cause. »(« They have no regard for human life, neither ours nor their own. I believe this was not an act of desperation, but an act of asymmetric warfare aimed at us here at Guantanamo. We have men here who are committed jihadists. They are dangerous men and they will do anything they can to advance their cause. »)

On aurait pu croire que cette déclaration était le fruit de l’admiration personnelle connue de l’amiral Harris pour les kamikazes nippons. Mais il n’en était rien.

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Colleen Graffy
Assistante du sous-secrétaire d’État en charge de la propagande.

En effet, pendant ce temps à Washington, les principaux responsables étant partis en week-end, c’est l’assistante du sous-secrétaire d’État en charge de la propagande, Colleen Graffy, qui répondait aux questions de la presse. En professionnelle, elle ne manquait pas de relever que ces « suicides » prenaient place dans « un plan média » des djihadistes pour stigmatiser la guerre au terrorisme.

Sur la base de ces déclarations, la presse états-unienne a tenté de reconstituer le complot des détenus pour nuire au « pays de la liberté ». Elle donne de nombreuses précisions sur l’identité supposée des défunts et les crimes que l’on aurait pu leur reprocher. Surtout, elle voit dans cette « opération de guerre asymétrique » la confirmation de leur dangerosité. Enfin, elle révèle que d’autres détenus fanatiques planifient de nouvelles attaques-suicide contre l’image des États-Unis.

En illustration : la « une » de l’Austin American Statesman (Texas) « Les détenus cachent leurs plans pour mourir »(« Detainees hid their plans to die »).