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« Militariser les Andes n’est pas une bonne nouvelle pour la démocratie régionale »

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La focalisation du monde entier sur l’Irak fait oublier le possible développement du Plan Colombie, conçu par les États-Unis pour lutter contre le narcotrafic et les guérillas de gauche en Colombie, à toute l’Amérique latine. Lorsqu’il a été présenté en 2000, le Plan Colombie avait deux raisons d’être : s’attaquer à la production et à l’exportation de stupéfiants, et renforcer la campagne de lutte contre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). À l’époque, les États-Unis considéraient que ces deux menaces de plus en plus liées risquaient, sans réaction militaire appropriée, d’entraîner la faillite de l’État colombien et s’agaçaient du manque de résultat de la Colombie malgré la conséquente aide financière qu’elle recevait.
Suite aux attentats du 11 septembre, la « guerre au terrorisme » a touché la Colombie. Entre 2000 et 2005, Washington a versé près de 4 milliards de dollars au pays, dont environ 75 % pour l’armée et la police, et a augmenté sa présence sur le terrain de 800 soldats et 600 agents de sécurité privés. La politique américaine était (et est encore) axée sur une « guerre contre la drogue », qui doit être livrée avant tout par les Colombiens eux-mêmes. Mais en tant que stratégie de lutte contre le narcotrafic, le Plan Colombie est un échec manifeste. Les grands cartels ont disparus, mais pas la production de cocaïne qui s’est « démocratisée ».
Les résultats du volet anti-terroriste du Plan Colombie sont tout aussi mitigés. Certes, les enlèvements diminues et l’ELN a été vaincue stratégiquement. Toutefois, ce n’est pas le cas des FARC. Bien au contraire, depuis 2005, elles multiplient les attaques.
Malgré ces résultats médiocres, les responsables n’ont pas pour autant remis leur tactique en question. Bien au contraire, les États-Unis et le gouvernement Uribe considèrent l’expérience colombienne comme un « modèle » à reproduire partout dans les Andes. En Équateur, ils sont implantés militairement par le biais de la rénovation de la base aérienne et navale de Manta. Au Pérou, ils continuent de faire pression sur le gouvernement pour abattre des avions soupçonnés de liens avec le narcotrafic. En Bolivie, ils essayent de convaincre le nouveau gouvernement d’Evo Morales de poursuivre une offensive contre la drogue vouée à l’échec. Pourtant, comme en Colombie, la militarisation de la « guerre contre la drogue » et de la « guerre contre le terrorisme » ne semble pouvoir apporter que des problèmes supplémentaires.

Source
Taipei Times (Taïwan)
Japan Times (Japon)
El más antiguo diario en lengua inglesa en el Japón, fundado en 1897.
Daily Times (Pakistan)
El Tiempo (Colombie)

« Militarizing the Andes is not good news for regional democracy », par Juan Gabriel Tokatlian, Taipei Times, 12 mai 2006.
« La militarización de los Andes », El Tiempo, 16 mai 2006.
« Militarizing the Andes », Daily Times, 16 mai 2006.
« What’s next, militarization of the Andes ? », Japan Times, 18 mai 2006.

Juan Gabriel Tokatlian

Juan Gabriel Tokatlian Juan Tokatlian dirige le département des Sciences politiques et des Relations internationales à l’Université San Andrés de Buenos Aires, en Argentine. Résident colombien entre 1981 et 1988, il a été professeur de l’Universidad Nacional, (1995-1998), et à l’Universidad de los Andes, (1982-1994). Il fut éditorialiste d u quotidien colombien El Tiempo.

 
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