La France a pris par la voix de sa plus haute autorité, le président de la République, trois engagements au niveau européen : revenir à moins de 3 % de déficit, respecter le critère des 60 % de dette publique et stabiliser la dépense sur la durée de la législature. C’est ce dernier point qui est le plus important car le non-respect des 3 % peut être lié à des causes exogènes, alors que maintenir les dépenses publiques à un niveau zéro d’augmentation ne dépend que de nous. C’est un signe de vertu budgétaire important.
Dans nos relations avec les autres pays européens, je crois à l’axe franco-allemand, à son importance et au rôle essentiel qu’il revêt, ne serait-ce que pour assurer la paix. Il n’est pas absurde que les deux premières puissances de cet ensemble aient un dialogue privilégié. Mais je pense que ce dialogue ne doit pas être exclusif. Vivre à vingt-cinq, c’est très différent de ce qu’était la Communauté européenne des six ou des neuf. En réalité, il y a aujourd’hui en Europe six pays (la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, l’Espagne, l’Italie et la Pologne) qui comptent approximativement entre 40 et 80 millions d’habitants chacun, qui ont et auront les mêmes problèmes à gérer. Je pense que, à l’avenir, ces six pays-là devront davantage travailler ensemble, sans exclure toutefois aucun autre.
Nous sommes douze pays à avoir une monnaie unique, un marché unique et une banque centrale unique, mais qu’il n’y a pas de gouvernement économique unique. Je propose donc que nous anticipions dès maintenant l’application de la réforme de la Constitution européenne, et que, de la même manière qu’il y aura un président du Conseil des ministres élu pour deux ans et demi, nous ayons un président de l’Eurogroupe qui soit élu pour deux ans et demi. Quant à la répartition des pouvoirs, je pense que c’est l’Eurogroupe et non pas l’Ecofin qui doit décider qui entre dans le club et qui doit prononcer les sanctions en cas de manquement aux règles du Pacte. C’est l’Eurogroupe qui doit être l’embryon d’un gouvernement économique européen.

Source
Les Échos (France)
Quotidien économique diffusé à 140 000 exemplaires.

« Ma méthode pour réformer », par Nicolas Sarkozy, Les Échos, 23 juin 2004. Ce texte est adapté d’une interview. Nous avons choisi de ne traiter que des questions en lien avec la politique internationale.