Dans les prochaines douze heures, la famine et la malnutrition tueront davantage de personnes qu’il n’y avait d’athlètes dans toutes les épreuves des jeux olympiques : 18 000 enfants meurent chaque jour, plus de six millions par an. Toutefois, nous ne semblons pas prêts à reconnaître le scandale de la malnutrition et de la faim. Peut-être est-ce parce que nous nous concentrons plus sur d’autres menaces ; tant a été dit sur la menace imminente des armes de destruction massive.
Pour notre part, au programme alimentaire mondiale de l’ONU, nous sommes confrontés à une véritable arme de destruction massive : l’apathie globale face au problème de la faim. Ce n’est que quand ce phénomène atteint des proportions inacceptables que les populations se mobilisent. Cela semble devoir être le cas pour le Darfour mais il faut que nous nous souvenions que le Darfour n’est qu’une petite partie du problème malgré ses viols de masse et ces deux millions de réfugiés. Les récentes inondations au Japon ont suscité une grande couverture médiatique dans le pays mais pas celles qui au Bangladesh ont touché 70 % du pays, ont affecté des dizaines de millions de personnes et vont propager les maladies. Dans le monde, 800 millions de personnes savent ce qu’est la faim et pour beaucoup la menace de la faim est extrêmement grave. Aujourd’hui, en Afrique occidentale, les attaques de sauterelles peuvent mettre un million de personnes en danger.
En 2004, une cruelle convergence de facteurs économiques est plus dangereuse pour les vies humaines que les guerres civiles, les désastres naturels ou les maladies : l’augmentation de la demande de nourriture en Chine fait augmenter les prix, tout comme la hausse des prix du pétrole qui fait accroître le coût des transports de nourriture alors que la baisse du dollar diminue les budgets du programme alimentaire mondial. Le temps que vous lisiez ce texte, dix personnes seront mortes.

Source
Japan Times (Japon)
El más antiguo diario en lengua inglesa en el Japón, fundado en 1897.

« Apathy sustains hunger toll », par John M. Powell, Japan Times, 27 août 2004.