Tendances et événements régionaux

Dans leur couverture du conflit entre le Hamas et les services de sécurité dirigés par Mohammad Dahlan (conseiller de Mahmoud Abbas), certains médias arabes n’ont pas hésité à emprunter la terminologie de la secrétaire d’État Condoleezza Rice, qui a parlé d’une lutte entre la modération (Fatah) et l’extrémisme (Hamas).
Mme Rice est certainement satisfaite de constater que l’explication réductrice, voire simpliste, qu’elle donne aux conflits politiques et militaires qui secouent la région du Moyen-Orient et qu’elle a développé pendant la guerre de Juillet 2006 (un conflit entre la modération et l’extrémisme sic), a trouvé des porte-voix dans le monde arabe. La secrétaire d’Etat s’est même fixée comme objectif de créer un axe des États modérés, alliés d’Israël, pour faire face à l’axe extrémiste composé de l’Iran, la Syrie, le Hamas et le Hezbollah libanais. Un responsable arabe bien informé pense que « le véritable but de la guerre de Juillet 2006, dont le principal architecte n’est autre que le conseiller à la sécurité nationale de George Bush, Elliot Abrams, était de donner naissance à un nouveau Moyen-Orient modéré ».
Pour arriver à cet objectif, la stratégie états-unienne actuelle repose sur l’étouffement de la Bande de Gaza, le financement et l’armement des services palestiniens proches de Mahmoud Abbas. Mais en contrepartie, quels acquis politiques obtiendront les Palestiniens qui acceptent d’entrer dans ce jeu ? Probablement aucun.
Reste à savoir si la nouvelle formule de Mme Rice réussira à imposer ce fameux nouveau Moyen-Orient après les défaites successives en Irak et au Liban.

Presse internationale

Les agences de presse internationales se sont longuement étendues sur les déclarations du président George W. Bush et du Premier ministre israélien Ehud Olmert qui ont apporté un fort soutien au nouveau gouvernement palestinien formé après l’éviction du Hamas, ainsi que leur attachement à la « vision » d’un État palestinien coexistant avec Israël.
M. Olmert a ainsi affirmé sa volonté de préparer la reprise de « sérieuses négociations » avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pour la création d’un Etat palestinien.
« Nous espérons que le président (Mahmoud Abbas) et le Premier ministre (Salam) Fayyad, qui est un type bien, seront renforcés au point de pouvoir conduire les Palestiniens dans une direction différente », a dit M. Bush au côté de M. Olmert dans le Bureau ovale.
M. Olmert a aussi dit vouloir « renforcer les modérés et coopérer avec le président Abou Mazen ».
Européens et États-uniens espèrent la reprise des discussions enlisées pour résoudre le conflit israélo-palestinien. Ils ont levé le blocus qu’ils avaient imposé au gouvernement Hamas en 2006, et des dizaines de millions de dollars d’aide devraient affluer vers le nouveau gouvernement.
Le Hamas a accusé l’Occident d’appuyer un « gouvernement illégitime ». M. Olmert a au contraire vu dans la situation présente une « chance ».
M. Bush et M. Olmert ont affirmé partager « une vision commune de deux États vivant en paix côte à côte », selon les mots du président US.
« Nous devons préparer les bases qui nous permettrons, bientôt je l’espère, d’être en mesure d’engager des négociations sérieuses sur la création d’un État palestinien », a dit M. Olmert. Il a cependant posé comme préalable que les autorités palestiniennes combattent le « terrorisme ».
La concrétisation de cette « vision » risque d’être compliquée par la partition de fait des Territoires, entre la bande de Gaza, sous la domination du Hamas, et la Cisjordanie, où est établi le gouvernement d’urgence.
MM. Bush et Olmert ont insisté sur le fait que M. Abbas était le président « de tous les Palestiniens », pour dissiper les craintes que la bande de Gaza ne soit abandonnée au Hamas et que les efforts diplomatiques ne concernent plus que la Cisjordanie. Ils ont aussi affirmé la nécessité de poursuivre l’aide humanitaire à tous les Palestiniens.
« Nous ferons en sorte que ne se produise pas un désastre humanitaire », a dit M. Olmert.
MM. Bush et Olmert n’ont pas dit cependant quelle diplomatie ils comptaient suivre pour la bande de Gaza. M. Bush n’a pas dit non plus s’il espérait toujours voir deux États israélien et palestinien coexistant d’ici à la fin de sa présidence en janvier 2009

Yediot Aharonot (Quotidien israélien)
Le gouvernement chinois projette de commencer l’exportation de l’avion de combats G-10 et l’Iran semble intéressé par l’achat de cet appareil. Cet avion ressemble au projet Lavy dont Israël avait interrompu le développement et la programmation, il y a une vingtaine d’années. Des sources françaises ont averti l’État hébreu que l’exportation du G-10 va provoquer aux Israéliens un « mal de tête très fort ».
Les Iraniens sont disposés à payer des sommes colossales en contrepartie de systèmes et de technologies militaires susceptibles de protéger leurs sites nucléaires.

Shargh (Quotidien iranien)
L’Iran n’exclut pas d’utiliser l’arme du pétrole dans la crise autour de son programme nucléaire, tant que les Etats-Unis n’excluent pas une option militaire à ce sujet, a averti l’ambassadeur iranien auprès de l’Opep Hossein Kazempour-Ardebili.
« Quand les Américains disent que l’option militaire contre l’Iran reste sur la table à cause de la question nucléaire, alors l’Iran peut dire qu’il n’exclut pas l’instrument du pétrole », a affirmé l’ambassadeur.
M. Kazempour-Ardebili, dont le pays est le deuxième producteur de l’Opep, a expliqué néanmoins que de son point de vue l’arme du pétrole, comme la menace d’une intervention militaire américaine, avait avant tout un caractère « dissuasif ». « Les deux parties ne sont pas enclines à utiliser ces instruments », a-t-il dit.
Les États-Unis n’ont jamais exclu une option militaire pour contraindre l’Iran à suspendre son programme nucléaire, même s’ils privilégient à ce stade une option diplomatique avec l’utilisation de sanctions économiques et financières. Selon M. Kazempour Ardebili, « évoquer ces instruments ne veut pas dire qu’ils seront utilisés, c’est un moyen de dissuasion ».
L’ambassadeur a prédit que si l’Iran retirait du marché les 2,5 millions de barils par jour qu’il livre actuellement il y aurait « un choc sur le marché et une hausse des prix » qui ferait « certainement » passer le prix du baril au dessus de 100 USD.

Presse arabe

La presse arabe s’est longuement étendue sur les propos du secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, qui a reconnu qu’il y avait des difficultés dans la mission qu’il entreprend avec une délégation arabe pour rétablir le dialogue inter-libanais, et qui a parlé de « vents dangereux qui soufflent sur le Liban ».
« Il y a des difficultés mais elles ne sont pas insurmontables », a-t-il affirmé à l’issue d’un entretien avec le président Emile Lahoud. « Il faut une solution politique et des mesures pour mettre fin à l’insécurité », a-t-il ajouté.
L’opposition menée par le Hezbollah et le Courant patriotique libre du général chrétien Michel Aoun, et soutenue par M. Lahoud, considère le gouvernement Siniora comme illégitime depuis la démission en novembre de tous les ministres chiites et d’un ministre chrétien.
La délégation arabe s’est entretenue mardi avec le président du Parlement libanais, Nabih Berri, un des chefs de l’opposition, le Premier ministre Fouad Siniora, puis avec Walid Joumblatt, un des chefs de la majorité parlementaire antisyrienne.
La délégation regroupe l’Arabie saoudite, la Tunisie, le Qatar et l’Égypte. Sa mission sera de créer l’atmosphère propice à une reprise du dialogue et de mener des contacts avec les parties régionales et internationales.

Al-Sharq Al-Awsat (Quotidien saoudien)
La Russie a commencé la livraison de cinq chasseurs intercepteurs MiG-31E à la Syrie, conformément à un contrat conclu cette année, a rapporté mardi le quotidien russe Kommersant. Mais l’information a été démentie par Sergueï Tchemezov, patron de Rosoboronexport, la principale entreprise publique russe chargée des exportations d’armements. « Il n’y a pas de projets de livraisons de chasseurs à la Syrie et à l’Iran », a déclaré au salon international aéronautique du Bourget, près de Paris, M. Tchemezov, cité par l’agence Interfax.
Selon Kommersant, la transaction entre la Russie et la Syrie pourrait aussi être avantageuse pour l’Iran qui finance l’achat d’armements par Damas dans le cadre du traité irano-syrien sur la défense commune.
La Russie va aussi vendre à la Syrie des chasseurs MiG-29M/M2, a précisé Kommersant. Le montant total du contrat avec la Syrie sur les livraisons des MiG-31 et MiG-29M/M2 est évalué à un milliard de dollars, selon la même source.
Commentant ces informations de la presse, le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères a souligné que la coopération militaire internationale de la Russie était « conforme au droit international ».
Le MiG-31, considéré comme l’un des meilleurs avions de combat, peut voler par tous les temps, être armé de missiles d’une portée de plus de 200 km et atteindre simultanément 24 cibles différentes.
« Si la Syrie se dote du MiG-31, on ne peut plus écarter l’idée que ce pays se prépare à la guerre », a souligné M. Steiniz, ancien président de la commission des Affaires étrangères et de la défense du Parlement.
Début mars, le Yediot Aharonot avait fait état d’informations concernant une importante vente de missiles antichars russes sophistiqués à la Syrie capables de percer le blindage des chars les plus modernes.

Al-Bayan (Quotidien émirati)
Il est surprenant de constater que l’Autorité palestinienne qui bénéficie de l’ouverture et des largesses américaines et la même que celle qui était soumise à un implacable blocus. Il faut rester prudent à l’égard de toute cette générosité car son objectif pourrait être de consacrer une dualité en Palestine, avec ce que cela signifie comme séparation entre la Bande de gaza et la Cisjordanie.

Ad-Diyar (Quotidien libanais)
Le président syrien Bachar al-Assad et l’homme d’affaires saoudien le prince Walid Ben Talal Ben Abdel Aziz, ont tenu une réunion à Damas. Le PDG de la Kingdom Holding a effectué une visite en Syrie suite à une invitation officielle.

Washington Post (Quotidien américain)
Dans un article cosigné, Robert Maley et Aron David Miller écrivent que l’Administration états-unienne s’est imaginée qu’elle était capable d’isoler le mouvement Hamas puis de le vaincre. Aujourd’hui, cette même administration est sur le point de s’accrocher à une autre illusion, celle de croire qu’elle peut « provoquer la mort de Gaza et une longue à la Cisjordanie ». En faisant crouler la Cisjordanie sous les aides et en finançant et entraînant les forces du Fatah, Washington veut pousser les Palestiniens de la Bande de Gaza, qui vivent sous la misère et la pauvreté, à rejoindre la Cisjordanie. Cette illusion est loin de la réalité. Si les États-Unis avaient voulu aider Mahmoud Abbas, ils auraient dû le faire en 2005, quand il a remporté les élections et qu’il s’est imposé comme leader incontesté des Palestiniens. Il aurait pu, alors, faire accepter par son peuple des concessions difficiles. Les tentatives destinées à creuser le fossé entre le Hamas et le Fatah ou entre Gaza et la Cisjordanie, vont compliquer davantage la catastrophe. Car il est impossible d’obtenir la sécurité sans un véritable processus de paix.

Résumés des journaux télévisés des médias arabes

La visite du secrétaire général de la Ligue arabe au Liban et les propositions qu’il pourrait apporter pour résoudre la crise libanaise, ainsi que les derniers développements dans le camp palestinien de Nahr al-Bared, au Nord du Liban, ont bénéficié d’un traitement privilégié de la part des médias audiovisuels arabes.

Al-Jazeera (Chaîne qatari)
L’armée libanaise a annoncé la mort de deux de ses soldats dans les combats à Nahr el-Bared. Certaines informations font état d’une trêve imminente à partir de mercredi soir.

Al-Arabiya (Chaîne saoudienne)
Soixante irakiens au moins sont morts et des dizaines d’autres ont été blessés dans un attentat-suicide près de la mosquée (chiite) de Khallani, au centre de Bagdad.

Talks shows audiovisuels arabes

Al-Alam (Chaine iranienne arabophone)
Emission : « Déclaration spéciale »
Ahmad Abou Halbiya, membre du bloc du Hamas du Parlement palestinien.

- Il faut mettre en œuvre l’accord inter-palestinien de la Mecque dont les principes illustraient une véritable participation et un partenariat politique.

- Le Hamas a fait d’importantes concessions pour permettre la formation du gouvernement d’union nationale.

- Le Hamas refuse l’existence de deux gouvernements, l’un à Gaza et l’autre en Cisjordanie. Le mouvement souhaite simplement la mise en œuvre et le respect de la loi fondamentale palestinienne.

Tendances et événements au liban

Le secrétaire général de la Ligue arabe a entamé, mardi, une visite de trois jours au Liban. Amr Moussa a qualifié cette visite de mission d’exploration et d’information destinée à sonder les possibilités de la reprise d’un dialogue inter-libanais en vue d’aboutir à un compromis entre le gouvernement et l’opposition. Mais les loyalistes (14-mars) veulent donner l’impression que la visite de Moussa fait suite à la plainte déposée par le gouvernement contre la Syrie au Conseil ministériel de la Ligue arabe, où le ministre des Affaires étrangères p.i., Tarek Mitri, a accusé Damas de trafic d’armes et de miliciens via la frontière libanaise. Aussi, les ténors du 14-mars ont-ils intensifié leurs attaques contre la Syrie et ont demandé à la Ligue arabe de prendre une position claire contre le régime syrien.
Plusieurs milliers de kilomètres plus loin, à Washington, la frontière libano-syrienne faisait l’objet d’une attention tout aussi particulière. George Bush et Ehud Olmert examinaient les moyens de contrôler cette frontière. Prenant comme prétexte les tirs de katiouchas contre la colonie israélienne de Kyriat Shmona, dimanche, le Premier ministre israélien a réclamé l’élargissement des prérogatives de la Finul et son déploiement entre le Liban et la Syrie.
Les dernières déclarations du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Monn, à ce sujet, ont établi un lien entre le déploiement d’une force internationale entre le Liban et la Syrie et une demande officielle faite en ce sens par les deux pays. M. Ban a tenu ces propos après l’examen du rapport de Terje Roed-Larsen qui a fait état de trafic d’armes et de miliciens entre la Syrie et le Liban. Ces allégations ont suscité une vague de condamnations aussi bien à Damas qu’à Beyrouth, où l’armée libanaise a assuré à plusieurs reprises qu’il n’existait pas de contrebande d’armes entre les deux pays.
Une source dirigeante de l’opposition libanaise affirme que l’affaire de la frontière libano-syrienne refait actuellement surface en tant que priorité pour les loyalistes libanais à la demande des Etats-Unis. Le but de Washington est d’exercer des pressions sur Ban Ki-Moon pour obtenir le vote d’une résolution élargissant les compétences de la Finul en perspective d’un rééquilibrage du rapport de force militaire au Liban à travers l’isolement de la Résistance.

Résumés des bulletins télévisés au Liban

NTV (independandante. proche de l’opposition)
Amr Moussa est arrivé au Liban mais il n’est porteur d’aucune initiative et d’aucune baguette magique pour résoudre la crise. Tout ce qu’il apporte aux Libanais est un appel à resserrer les rangs sous l’ombrelle arabe afin que les solutions ne soient pas imposées par l’Occident, surtout qu’elles risquent de provoquer des guerres intestines.

NBN (proche du president du parlement Nabih Berri-Opposition)
La délégation de la Ligue arabe a fait un peu d’activité dans un paysage politique paralysé. Les médiateurs arabes ont commencé une mission difficile pour tenter de déminer le terrain politique. Le vent d’optimisme est un peu tombé après les déclarations des ténors du 14-mars qui ont tenté d’orienter la démarche arabe vers une direction bien déterminée.

LBC (Forces libanaises, 14-mars)
L’absence d’initiative à laquelle Amr Moussa a fait allusion s’explique par l’attente d’une série de signaux extérieurs dont notamment les résultats de la visite, à Paris, du roi Abdallah d’Arabie saoudite. Paris par laquelle doit passer Mme Condoleezza Rice, doit aussi accueillir, le 26 juin, le Premier ministre Fouad Siniora. A ce tableau, il faut ajouter la visite à Washington de l’émissaire français Jean-Claude Cousseran.

Future Tv (Appartient À la famille Hariri)
Les unités de l’armée libanaise ont poursuivi le nettoyage des dernières positions des terroristes de Fatah al-Islam. La troupe a resserré son étau autour de l’ancien camp de Nahr el-Bared après avoir occupé le nouveau camp.

Talks shows audiovisuels libanais

LBC (Forces libanaises, 14-mars)
Émission « Avec audace »
Charles Ayoub, Rédacteur en chef du quotidien Ad-Diyar (Opposition)

- Le Liban s’est transformé en arène pour conflits régionaux et internationaux.

- Les enjeux dépassent le tribunal international. Il y a une lutte entre deux courants et nous allons vivre de nouveaux attentats et assassinats.

- Il est difficile de contrôler la frontière libano-syrienne qui s’étend sur 300 kilomètres. Le seul accès du Liban sur le monde passe par la Syrie.

- C’est l’Égypte qui est responsable de l’échec de l’accord de la Mecque. Le monde arabe a peur du Hamas à cause de ses relations avec la Confrérie des Frères musulmans.

Naufal Daou, jorunaliste proche du 14-mars

- Les assassinats ne visent plus maintenant à saboter le tribunal international mais à provoquer un coup d’état qui ramènerait la situation à l’époque qui a précédé l’Intifada de l’Indépendance.

Akram Chehayeb, député du Bloc Joumblatt (14-mars)

- La question des armes du Hezbollah ne peut être résolue qu’à travers le dialogue.

- Les relations du 14-mars sont restées bonnes avec le Hezbollah jusqu’à la journée de Jérusalem (septembre 2005) lorsque le parti a annoncé que la Syrie était son alliée.

- Le 14-mars n’est pas contre la Syrie ou l’Iran. Tout ce qu’il réclame c’est la mise en œuvre des résolutions internationales.