Tendances et évènements régionaux

La montée du débat entre les Russes et les États-uniens autour du bouclier anti-missiles que les États-Unis veulent installer en Europe rappelle clairement l’époque de la Guerre froide. Il est désormais clair que Moscou et Pekin vont conclure un partenariat stratégique pour construire des capacités nucléaires dissuasives face aux orientations de Washington visant à inclure l’Europe dans sa sphère d’influence et d’intérêt politiques et militaires. Ces orientations US s’accompagnent d’un forcing en direction de certaines anciennes Républiques soviétiques, après que l’héritage du Pacte de Varsovie en Europe de l’Est ait été presque entièrement phagocité par les États-Unis.
Les experts en questions stratégiques estiment que cette nouvelle donne en gestation jette les bases d’une nouvelle configuration internationale définitive. Les tentatives d’arrondir les angles et les échanges de sourires et d’amabilités entre MM. George Bush et Vladimir Poutine lors de leur dernier sommet ne changeront rien à cette réalité.
Pour Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller à la sécurité nationale de Jimmy Carter, l’influence des États-Unis au Proche-Orient est de plus en plus réduite, notamment depuis l’invasion de l’Irak. « Nous sommes la seule superpuissance », a récemment déclaré M. Brzezinski. Mais notre autorité est défiée au Proche-Orient, où certaines de nos actions contribuent à un risque d’explosion régionale. Si cette explosion s’avère incontrôlable, nous pourrions nous retrouver embourbés de nombreuses années dans un conflit qui affectera profondément notre capacité à exercer notre pouvoir », a-t-il dit.
Il est clair que la Russie, qui veut retrouver son rôle de superpuissance, perd de plus en plus patience face aux ingérences américaines non seulement dans sa sphère d’influence mais dans ses affaires internes. L’ère de l’unilatéralisme a sonné.

Presse et agences arabes et internationales

- Des sources journalistiques iraniennes révèlent que Téhéran a proposé aux États du Golfe de conclure des traités de non-belligérance couplés d’accords de défense commune et d’un accord de libre échange. Par ailleurs, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères pour le Monde arabe et l’Afrique, Mohammad Rida Bakiri, a nié que son pays intervenait en Irak, à Gaza et au Liban. Il a ajouté que l’Iran n’avait rien à voir avec les événements qui se sont soldés par la prise de contrôle par le Hamas de la Bande de Gaza. Le vice-ministre a d’autre part accusé les États-Unis d’être responsables de la crise libanaise. Il a en outre démenti que l’Iran fournissait des armes aux milices irakiennes, accusant l’armée américaine de fermer les yeux sur des trafics d’armes à destination de groupes hostiles au gouvernement irakien.

- Dix ministres des Affaires étrangères des pays méditerranéens de l’Union européenne ont proposé de créer une « force internationale robuste » dans les territoires palestiniens, selon une lettre ouverte à Tony Blair, émissaire du Quartette pour le Proche-Orient.
« Les risques bien sûr sont élevés, mais cette force peut être viable et sûre si nous respectons deux conditions : qu’elle accompagne un plan de paix sans s’y substituer et qu’elle s’appuie sur un accord inter-palestinien », écrivent les dix ministres dans cette lettre rendue publique lundi par le ministère slovène des affaires étrangères.
L’initiative a été lancée par le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner lors d’une réunion informelle la semaine dernière, à Koper en Slovénie, des ministres des affaires étrangères des pays européens du bassin méditerranéen.
Les ministres de Slovénie, France, Espagne, Portugal, Chypre, Bulgarie, Roumanie, Italie, Grèce et Malte souhaitent aussi « obtenir d’Israël des mesures concrètes et immédiates en faveur de Mahmoud Abbas », le président palestinien.

- Le chef du gouvernement italien Romano Prodi, qui entreprend une visite en Israël destinée notamment à rassurer l’État hébreu sur le soutien de l’Italie et de l’UE face à la question du nucléaire iranien, a mis l’accent sur la nécessité de « ne pas autoriser l’Iran à posséder l’arme atomique ». Il s’agit de la première visite de Romano Prodi en Israël depuis son accession à la présidence du conseil en mai 2006 et depuis que l’Italie a pris, en février, le commandement de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul).
Parmi les sujets traités avec les dirigeants israéliens figure la question des efforts diplomatiques en cours pour empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire, une hypothèse « très préoccupante » pour l’Italie et qui aurait des « effets très déstabilisants » pour tout le Moyen-orient, a dit M. Prodi.
Mardi, M. Prodi devait rencontrer les autorités religieuses chrétiennes de Jérusalem avant de se rendre à Ramallah pour une entrevue avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.
Le chef du gouvernement italien se rendra ensuite dans le camp palestinien de Dheishehe, près de Bethléem, pour « témoigner son respect envers les souffrances du peuple palestinien », selon la même source.

- Une délégation de hauts responsables de la sécurité, de la défense et de la diplomatie irakienne devait se rendre mardi en Arabie saoudite pour tenter de développer la coopération entre les deux pays dans la lutte contre le terrorisme, a annoncé lundi le chef de la diplomatie irakienne.
« C’est une étape très positive. Cela aidera le gouvernement dans sa lutte contre le terrorisme, ce qui est dans l’intérêt mutuel de l’Irak et de l’Arabie saoudite », a déclaré Hoshyar Zebari à des journalistes à Bagdad.
Certains dirigeants religieux d’Arabie saoudite ont critiqué le gouvernement irakien dirigé par des chiites qui, selon eux, ne parvient pas à assurer la protection des sunnites en Irak.
Les responsables irakiens et saoudiens « parleront sans aucun doute de toutes les questions qui touchent à la sécurité dans les deux pays », a-t-il indiqué. « Je pense qu’ils (l’Arabie Saoudite) sont affectés par le terrorisme tout comme nous ».

- Les agences de presse internationales se sont intéressées aux propos du ministre irakien des Affaires étrangères, Hoshyar Zebari, qui a affirmé lundi que la Turquie avait massé 140 000 hommes à la frontière nord de l’Irak et appelé Ankara à donner plus de temps à son voisin pour traiter de la question kurde.
Le gouvernement turc a mis au point des plans pour une éventuelle incursion militaire dans les montagnes du nord de l’Irak afin d’en déloger les rebelles du PKK, les rebelles kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan, avait déclaré fin juin le ministre turc des Affaires étrangères Abdullah Gül.
Dans ce contexte, Hoshyar Zebari a appelé la Turquie à prendre part « aussi vite que possible » à des discussions tripartites, avec les États-Unis et l’Irak, afin de dénouer la crise.
Le ministre irakien a rappelé que toute intervention de la Turquie sur son sol serait considérée par l’Irak comme une violation de sa souveraineté tout en soulignant qu’aucune mesure contre le PKK n’était exclue.
« Les relations avec la Turquie sont encore bonnes mais selon nos renseignements, environ 140 000 hommes de troupes sont massés à la frontière et ils sont là pour quelque temps », a déclaré M. Zebari.

- Des sources journalistiques à Téhéran ont déclaré que le président Mahmoud Ahmadinejad n’excluait pas de nouvelles négociations avec les États-Unis sur l’Irak. Ahmadinejad a ajouté que son pays était disposé à déployer tous les efforts nécessaires pour renforcer l’unité du peuple irakien et consolider la paix et la sécurité dans ce pays. « L’Iran n’a pas dit ‘non’ pour le premier round de négociations (avec les États-Unis) et les circonstances n’ont pas changé depuis », a-t-il dit.

Al-Bayan (Quotidien émirati)
Le journal minimise l’importance de la décision d’Israël de libérer 250 prisonniers palestiniens, rappelant que 11 000 palestiniens restent détenus dans les geôles de l’Etat hébreu. Selon le quotidien, cette mesure est uniquement destinée à améliorer l’image du gouvernement d’Ehud Olmert qui retient prisonniers, entre autres, l’un des principaux chef du Fatah, Marouane Barghouti, et le président du Parlement palestinien, Aziz Doueik (Hamas).

Al-Khaleej (Quotidien émirati)
Les Saoudiens sont contrariés par le fait que les contacts avec l’ Iran n’ont pas abouti à des résultats tangibles. Riyad estime que Téhéran n’a pas proposé des initiatives pour régler les dossiers explosifs aussi bien en Irak, qu’au Liban et en Palestine. Dans ce contexte, l’Arabie saoudite hésite beaucoup à inviter les leaders libanais à une rencontre dans le royaume pour ne pas rééditer l’amère expérience de l’accord de La Mecque, entre le Fatah et le Hamas, qui s’est terminé par un conflit armé entre les deux mouvements.

CBS (Chaîne de télévision états-unienne)
Le vice-président irakien, Tarek Hachémi, déploie des efforts en vue de faire tomber le gouvernement de Nouri el-Maliki en posant la question de confiance lors d’une séance au Parlement, le 15 juillet. La démarche de M. Hachémi jouit du soutien des États-Unis.
Les détails de ce plan, appelé « Projet pour l’Irak », ont été examinés entre M. Hachémi et le vice-président US, Dick Cheney, lors de sa dernière visite à Bagdad. Maliki serait destitué selon le mécanisme suivant : le Bloc parlementaire sunnite présenterait une motion de censure contre le gouvernement et réclamerait la formation d’un cabinet de technocrates. CSB ajoute cependant que la plupart des députés irakiens ne sont pas enclins à faire tomber le gouvernement Maliki.

Audiovisuel arabe

Al-Arabiya (Chaîne saoudienne)
Le Premier ministre israélien Ehud Olmert a invité le président syrien Bachar al-Assad à venir négocier directement avec lui « partout où il le voudra » dans une interview télévisée diffusée lundi soir par Al Arabiya. « Bachar, vous savez que je suis prêt à mener des négociations directes avec vous et vous savez aussi que c’est vous qui insistez pour ne parler qu’aux États-uniens », a affirmé M. Olmert.
M. Olmert qui s’exprimait en hébreu a également cité des propos qu’il a attribués au président George W. Bush. « Le président états-unien a dit ‘je ne veux pas servir d’intermédiaire entre Bachar el-Assad et Ehud Olmert. Si vous voulez discuter, asseyez vous et parlez’ », a ajouté le Premier ministre.
Interrogé sur l’endroit où un tel entretien avec le président syrien pourrait avoir lieu, M. Olmert a affirmé qu’il était prêt à discuter « partout où il (Assad) le voudra ». Interrogé sur des contacts secrets entre Israël et la Syrie, M. Olmert s’est borné à affirmer « il (Assad) a déjà entendu beaucoup de choses de ma part ».

Tendances et évènements au Liban

La rencontre inter-libanaise de la Celle-Saint-Cloud pourrait être compromise après les propos du président français Nicolas Sarkozy qui a qualifié le Hezbollah de « terroriste », et après les déclarations de l’ambassadeur de France à Beyrouth, Bernard Emié, qui a fait preuve d’une grande partialité. Le président de la Chambre, Nabih Berry (Un des chefs de l’opposition) a publié un communiqué pour répondre à M. Emié qu’il a qualifié « de président de la France d’outre-mer ».
Des milieux de l’opposition ont estimé que ces deux incartades en l’espace de quelques heures seulement, montrent que la France ne fait pas preuve d’impartialité dans la crise libanaise et ne lui permettent pas de jouer le rôle de médiateur intègre et neutre. À quelques jours de la rencontre de Saint-Cloud, des contacts intensifs sont en cours pour convaincre l’Élysée de publier une précision qui réhabiliterait la France dans son rôle de médiateur accepté des différentes parties libanaises. Si la France adopte des positions favorables au gouvernement libanais, l’opposition ne voit pas d’intérêt de participer à la réunion de Saint-Cloud. L’opposition, y compris le Hezbollah, avait accepté les invitations de l’émissaire Jean-Claude Cousseran après que le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, ait déclaré que la France voulait parler à toutes les parties libanaises et qu’elle se tenait à égale distance de tous.
Une source de l’opposition a posé la question suivante : est-il concevable que le président français qualifie de « terroriste » le parti avec lequel son pays a fait des arrangements pour garantir la sécurité de ses troupes déployées dans le cadre de la Finul au Sud du Liban ? C’est d’autant plus surprenant que le Hezbollah est un des plus grands partis politiques du Liban jouissant d’un large soutien au sein des différentes communautés libanaises.

Résumé d’articles relatifs au Liban

- Les médias libanais et arabes affirment qu’il n’y a pas d’indices prouvant que le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a réussi à opérer une percée lors de sa visite à Damas pour régler la crise libanaise. Les entretiens de M. Moussa en Syrie n’ont pas donné des résultats significatifs. Des sources politiques à Beyrouth assurent que toute solution à la crise d’abord passer par Washington et Riyad avant d’atterrir à Dams.
Après son entretien avec le président Bachar el-Assad, M. Moussa a dit : « J’œuvre pour résoudre la crise (au Liban. Nous devons poursuivre les efforts. Je ne crains pas l’échec. Je suis convaincu que les problèmes arabes doivent être résolus par les Arabes », a-t-il ajouté.
Selon lui, « de nombreuses questions (au Liban) ne sont pas résolues ». Mais « il existe une entente (entre la Syrie et l’Arabie saoudite) pour progresser vers une solution au Liban », a encore déclaré M. Moussa.
Le président Assad a pour sa part affirmé qu’il « soutenait la mission d’Amr Moussa pour réaliser l’entente entre les parties libanaises en vue de la formation d’un gouvernement d’union nationale », exigée par l’opposition au Liban.
Avant son arrivé à Damas, le secrétaire général de la Ligue arabe avait rencontré le roi Abdallah d’Arabie Saoudite, à Djeddah. Avec le souverain saoudien, M. Moussa avait notamment évoqué une possible reprise de la médiation arabe au Liban, dont une première mission en juin n’a pas été concluante. Une reprise de cette médiation, décidée par le conseil ministériel de la Ligue arabe du 15 juin et confiée à une mission formée de l’Arabie Saoudite, de l’Égypte, de la Tunisie et du Qatar, reste « tributaire des résultats des entretiens de M. Moussa à Damas », avait toutefois noté une source diplomatique.
Amr Moussa avait au préalable également eu des entretiens au Caire avec les dirigeants égyptiens.

- Des sources bien informées à Damas assurent que le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a rencontré durant son séjour dans la capitale syrienne le chef du bureau politique du Mouvement Hamas, Khaled Mechaal. M. Mechaal a exprimé la volonté du Hamas à entamer un dialogue pour régler la crise dans la Bande de Gaza.

- Les journaux libanais se sont longuement étendus sur les propos du président français Nicolas Sarkozy qui a déclaré lundi, en recevant les familles des trois soldats israéliens enlevés par des groupes armés, que son « objectif » était que « le Hezbollah arrête ses actions terroristes », a rapporté son porte-parole.
Interrogé pour savoir si le président avait qualifié le Hezbollah libanais de « terroriste », comme l’ont affirmé les responsables des organisations juives qui accompagnaient les familles, David Martinon, porte-parole de la présidence, a répondu : « oui ».
« Il a complété en disant que son objectif était que le Hezbollah renonce à l’action terroriste et redevienne un parti politique presque comme un autre, qu’il joue le jeu de la démocratie parlementaire » libanaise, a ajouté M. Martinon.

Audiovisuel libanais

Al-Manar (Hezbollah)
Émission : Entre parenthèses
Charles Ayoub, rédacteur en chef du Ad-Diyar (Opposition)
Dans son communiqué mensuel, l’Assemblée des évêques maronites a dénoncé de façon virulente l’adhésion du Liban à la Charte des droits de l’enfant musulman, la vente de terrains à des non-Libanais et l’enrôlement dans les Forces de sécurité intérieure (FSI) sans concours préalable, ce qui provoque un déséquilibre au niveau de la représentativité communautaire. Ce communiqué a constitué un coup dur pour le gouvernement de Fouad Siniora.
Si la présence chrétienne au Liban est en danger, c’est toute l’entité libanaise qui est menacée dans son existence.
La rencontre inter-libanaise de la Celle Saint-Cloud est une conférence préparatoire à l’élection présidentielle au Liban (qui doit avoir lieu entre le 25 septembre et le 24 novembre).

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions arabe, anglaise et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise et arabe.