Selon des sources diplomatiques, la secrétaire d’Etat états-unienne, Condoleezza Rice, se fera accompagner lors de sa tournée au Moyen-Orient par le secrétaire à la Défense, Robert Gates, après que l’administration Bush se soit enfin résolue à envisager une réduction des troupes US en Irak à partir de septembre. Ce changement d’attitude de la Maison-Blanche fait suite aux pressions du Congrès qui exige des mesures concrètes pour enrayer la série de revers après l’échec de la nouvelle stratégie de George Bush et la hausse des pertes dans les rangs de ses troupes qui n’arrivent toujours pas à contrôler le pays.
Rice et Gates vont rencontrer lors de leur tournée plusieurs ministres arabes des Affaires étrangères, notamment ceux des États membres du quartette (Jordanie, Egypte, Arabie saoudite et Émirats arabes unis), en présence des chefs des services de renseignements de ces pays. Les entretiens porteront sur les moyens de faire face à une éventuelle réduction des troupes US et les mesures à prendre si l’administration états-unienne est contrainte d’accepter un calendrier de retrait à la veille d’une année de campagne électorale présidentielle. Ces informations s’accompagnent de nombreux appels à l’intérieur même des États-Unis à la mise en œuvre sans tarder des recommandations de la Commission Baker-Hamilton, appelant l’administration à un dialogue avec la Syrie et l’Iran.
Un diplomate arabe révèle que dans tous les plans états-uniens concoctés pour la région, les intérêts d’Israël passent en premier. C’est ainsi que Rice et Gates vont demander à leurs partenaires arabes de contribuer d’une manière directe au plan d’invasion de la Bande de Gaza préparé par le ministre israélien de la Défense soit à travers une coopération au niveau du renseignement, soit par une participation logistique. Soulager Israël du « danger de la Résistance » est le titre de la période qui va suivre le retrait US d’Irak.

Presse et agences arabes internationales

• Les agences de presse arabes et internationales ont rapporté les déclarations du Premier ministre palestinien limogé, Ismael Haniyeh, qui a averti que d’éventuelles élections législatives anticipées « qui ne sont pas organisées conformément à une entente nationale vont creuser davantage le fossé politique et la séparation géographique entre la Bande de Gaza et la Cisjordanie ». Les propos de M. Haniyeh sont intervenus au lendemain du mandat accordé par le Comité exécutif de l’OLP à Mahmoud Abbas pour organiser ce scrutin rejeté par le Hamas. S’exprimant devant des milliers de fidèles dans une mosquée de la localité de Choujahiya, à l’est de Gaza, Haniyeh a affirmé que les élections anticipées doivent répondre à deux impératifs : l’entente nationale et une base légale et juridique irréprochable.

• Les médias régionaux et internationaux ont largement couvert la libération par Israël de 250 prisonniers palestiniens, en majorité membres du Fatah de Mahmoud Abbas. Le président de l’Autorité palestinienne a qualifié les détenus relaxés de « héros de la liberté » et s’est engagé à déployer tous les efforts nécessaires pour obtenir la libération du plus grand nombre possible de prisonniers. Israël détient dans ses geôles 11 000 militants palestiniens. Le Hamas et le Jihad islamique ont pour leur part accusé Israël de jeter de l’huile sur le feu dans le but d’approfondir les divergences inter-palestiniennes et de provoquer une discorde interne. Selon ces deux mouvements, l’État hébreu cherche à améliorer son image devant la communauté internationale. Il ont mis en garde contre des pièges israéliens destinés à déstabiliser la scène palestinienne.

• Des observateurs cités par des médias arabes affirment que le régime du président pakistanais Pervez Musharraf a reçu un coup dur après que dix des treize juges du Conseil supérieur de la magistrature aient émis une décision confirmant à son poste le juge suprême Iftikhar Mohammed Chaudhry, limogé par Musharraf en mars dernier. La presse a qualifié ce jugement d’historique et sans précédent au Pakistan. Cette décision aura des retombées très importantes dans la vie politique pakistanaise surtout que les élections législatives sont pour bientôt.

• Le président des Emirats arabes unis, cheikh Khalifa Ben Zayed Al Nahyane, a souligné l’importance de l’organisation d’une conférence de paix au Moyen-Orient, lors d’un entretien avec le président français, Nicolas Sarkozy. Le président des EAU a insisté sur la nécessité de déployer les efforts pour faire réussir cette conférence afin de conclure une paix juste et durable qui consoliderait la stabilité dans la région. Selon lui, la solution au problème palestinien doit être juste et globale. Cheikh Khalifa a par ailleurs appuyé l’initiative française visant à encourager le dialogue entre les parties libanaises.

• Le président français Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique, Gordon Brown, ont lancé une série de démarches communes, exprimant notamment leur disposition à effectuer une visite conjointe dans la province du Darfour, dans l’ouest du Soudan. Lors de leur première rencontre depuis leur accession au pouvoir, les deux dirigeants se sont engagés à régler les différends qui sont parfois apparus entre leurs prédécesseurs, Jacques Chirac et Tony Blair, à cause notamment de la guerre d’Irak. MM. Sarkozy et Brown ont indiqué qu’ils pourraient visiter le Darfour après le vote au Conseil de sécurité d’une résolution prévoyant le déploiement dans cette province riche en pétrole d’une force afro-internationale de 20000 hommes.

HAARETZ (QUOTIDIEN ISRAELIEN)
Des obstacles se dressent devant un échange de détenus entre Israël, le Hamas et le Hezbollah. C’est l’Iran qui entrave la conclusion d’un accord sur ces deux dossiers sur lesquels travaille le responsable israélien Ofar Dikel. Les efforts de ce dernier butent sur un mur de silence, car le Hezbollah n’est pas disposé à fournir la moindre information sur les deux soldats qu’il a capturés le 12 juillet 2006 sans contrepartie.

YEDIOT AHARONOT (QUOTIDIEN ISRAELIEN)
Le Yediot Aharonot affirme quant à lui que le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a demandé au secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, et au chef du bureau politique du Hamas, Khaled Mechaal, de geler tous les contacts pour un éventuel échange jusqu’à la fin de l’été, « car cette période est un test des intentions d’Israël qui pourrait lancer une attaque contre la Syrie, et des États-Unis, qui pourraient attaquer l’Iran ».

AL-KHALEEJ (QUOTIDIEN EMIRATI)
La télévision israélienne a violemment critiqué ce qu’elle a appelé l’alliance stratégique syro-iranienne, affirmant que si Israël avait su que le secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, se rendrait à Damas pour y rencontrer le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, il aurait lancé une opération militaire pour tenter de l’assassiner sur la route entre le Liban et la Syrie. Le ministre israélien de l’Intérieur, Meïr Chetrit, a estimé que la visite d’Ahmadinejad à Damas affaiblit la position de la Syrie en tant que partenaire pour la paix. Il a cependant réitéré sa position qui consiste à ce qu’Israël reconnaisse la souveraineté syrienne sur le plateau du Golan et s’engage à s’en retirer, en contrepartie de la paix, après une période transitoire de 25 ans au cours de laquelle la Syrie louerait ces hauteurs à l’État hébreu.

AL-AHRAM (QUOTIDIEN ÉGYPTIEN)
Le député et journaliste Makram Mohammad Ahmad a appelé à une révision radicale des conditions états-uniennes qui accompagnent l’aide accordée à l’Égypte. L’accord qui régit cette aide prendra fin en 2008, et les deux parties devront en réexaminer les termes pour les années à venir. L’aide US à l’Égypte depuis le lendemain de la guerre de 1973 a atteint 36 milliards de dollars. Elle a permis au pays de réhabiliter son infrastructure et de surmonter les périodes difficiles qui ont accompagné la transformation de l’économie égyptienne.

Tendances et évènements au Liban

La décision du bloc tripolitain de ne pas participer à une séance d’élection présidentielle au Liban si le quorum des deux tiers des députés n’est pas atteint continue de susciter diverses interprétations. Certains milieux de la coalition pro-américaine du 14-mars (Le bloc tripolitain -quatre députés sur les 67 que compte la majorité parlementaire- n’a pas annoncé officiellement son retrait de cette coalition) affirment que le chef de ce bloc, le ministre Mohammad Safadi, a reçu des promesses françaises en contrepartie de cette position qui ne rejoint pas celles du pouvoir libanais qui projetait d’élire un président de la République avec la majorité absolue au Parlement, en violation de l’article 49 de la Constitution et des coutumes politiques en vigueur au Liban depuis l’indépendance, en 1943. D’autres figures du 14-mars ont démenti les informations de l’opposition selon lesquelles l’attitude du bloc tripolitain va faire boule de neige, encourageant d’autres députés de la coalition à faire défection. Selon elle, la position du bloc Safadi n’est qu’une manœuvre politique du 14-mars.
Des sources bien informées révèlent que les employés et les diplomates de la chancellerie des États-Unis au Liban, avec à leur tête l’ambassadeur Jeffrey Feltman, ont exercé de fortes pressions sur les députés du 14-mars qui projettent de rejoindre la position du bloc tripolitain. Ils ont même menacé de prendre des mesures de rétorsion contre ceux qui n’obtempèrent pas, comprenant notamment l’interdiction d’entrée aux États-Unis. Une mesure qui a déjà été prise à l’encontre de quatre personnalités proches de l’opposition. Selon ces mêmes sources, la réunion entre l’ambassadeur Feltman et le député du 14-mars Boutros Harb a porté sur cette question. Un groupe de députés maronites s’est par ailleurs rendu au siège du patriarcat maronite pour obtenir sa protection et sa couverture contre les pressions états-uniennes. Le Patriarche maronite s’est publiquement déclaré favorable au quorum des deux tiers.
En dépit de toutes ces pressions et menaces, des sources qui suivent de près l’évolution du paysage politique assurent que le nombre de députés qui pourraient rejoindre où se rapprocher de la position du bloc tripolitain pourrait atteindre les vingt. Il ne restera donc plus grand chose de la « majorité » hétéroclite que les États-Unis tentent de maintenir soudée par tous les moyens.

Informations relatives au Liban

Les analyses ont abondé dans les journaux libanais autour des élections législatives partielles prévues le 5 août pour pourvoir aux postes vacants après l’assassinat du député Pierre Gemayel (Maronite), le 21 novembre 2006 et Walid Eido (Sunnite), le 12 juin dernier, tous deux membres de la coalition du 14-mars. Ces deux échéances seront l’occasion pour le pouvoir et l’opposition de croiser le fer et de tester leur popularité respective.

AN-NAHAR (QUOTIDIEN PROCHE DU 14-MARS)
Les élections législatives partielles vont contribuer à renforcer la légitimité politique du pouvoir après les accusations de l’opposition qui juge le gouvernement illégitime et anticonstitutionnel. Quels que soient les résultats lors de ces partielles, ce sont tous les Libanais qui en tireront profit, car le vrai vainqueur sera le système politique. Ces échéances prouvent la nécessité d’adopter des méthodes politiques, notamment les élections, pour résoudre les crises.

AD-DIYAR (QUOTIDIEN PROCHE DE L’OPPOSITION)
La rencontre entre Saad Hariri et le général Michel Aoun est toujours d’actualité mais nécessite des arrangements portant notamment sur le lieu et la date. D’autre part, l’émissaire français Jean-Claude Cousseran a informé M. Hariri à Riyad des résultats de ses entretiens à Damas et au Caire. Des sources bien informées affirment que la France craint l’effondrement de la situation au Liban. Elle tente de réactiver le dialogue inter-libanais entamé à La Celle Saint-Cloud. Le deuxième round pourrait avoir lieu à la Résidence des pins, siège de l’ambassadeur de France à Beyrouth.

• Le Courant du futur (Clan Hariri) a présenté la candidature de Mohammad Amine Itani à l’élection partielle qui doit avoir lieu dans la deuxième circonscription de Beyrouth pour pourvoir au poste de Walid Eido. Il n’a pas appuyé l’ancien député Tammam Salam comme cela avait circulé ces dernières semaines. Par ailleurs, le chef du Courant du futur, Saad Hariri, a appelé l’ancien président Amine Gemayel (14-mars) pour le féliciter de s’être porté candidat dans le Metn à la succession de son fils. Le Courant patriotique libre (CPL, principal parti chrétien de l’opposition) a annoncé qu’il participerait à la partielle du Metn où il a présenté la candidature de Camille Khoury face à celle de Gemayel. Des réunions ont lieu entre le CPL, le député Michel Murr et le grand parti arménien Tachnag (tous deux membres du bloc parlementaire de Michel Aoun-21 députés) pour s’entendre sur un mécanisme de coordination lors de cette partielle.

• La presse a indiqué que l’intensité des combats dans le camp de Nahr el-Bared entre l’armée libanaise et les intégristes de Fatah al-Islam a baissé vendredi. L’armée a acheminé des renforts supplémentaires, a construit des fortifications et a percé des routes menant aux positions des intégristes sunnites en préparation à une nouvelle étape dans les combats qui durent depuis le 20 mai. Les miliciens ont établi un vaste réseau de mines et d’engins piégés sur les bords de chemins et dans les ruines des immeubles détruits, ce qui explique la prudence de la troupe. Les quelques dizaines d’intégristes encore retranchés dans un réduit de quelques centaines de mètres carrés portent des ceintures d’explosif.

Résumé des principaux journaux télévisés libanais

AL-MANAR (HEZBOLLAH)
La région du Metn semble se diriger vers une bataille politique après que le chef suprême du parti Kataëb, Amine Gemayel, ait présenté sa candidature au nom du pouvoir. Toutes les tentatives de médiation entre lui et le Courant patriotique libre (CPL, Michel Aoun) ont échoué.

NTV (INDEPENDANTE, SENSIBLE AUX THESES DE L’OPPOSITION)
Les Libanais vont vivre des moments électoraux fébriles après que de nombreux candidats aient décidé de se présenter aux partielles du Metn et de Beyrouth.

LBC (FORCES LIBANAISES, 14-MARS)
L’élection dans la circonscription du Metn est loin d’être une simple partielle. Il s’agit, en fait, d’une bataille visant à montrer le poids politique de chaque parti. La victoire ne sera peut-être pas importante, mais la défaite, elle, sera très significative.

Talks shows audiovisuels libanais

AL-MANAR (HEZBOLLAH)
Émission : La discussion de l’heure
 Émile Rahmé, chef du parti de la Solidarité ("Tadamon") (Opposition chrétienne)
Malgré les victoires qu’il a enregistrées, le secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, a fait en sorte de préserver les équilibres internes au Liban et a offert à tous les Libanais la victoire sur les Israéliens en été 2006.
Il n’existe pas au Liban deux axes qui se confrontent, l’un iranien et l’autre états-unien. Il y a ceux qui défendent l’indépendance du Liban et ceux qui appellent la tutelle internationale.
Il est important de soutenir la démarche française visant à régler la crise libanaise.
 Saad Kiwan, journaliste proche du 14-mars
Le Hezbollah n’a pas su gérer sa victoire d’une manière adéquate. Il a commis des erreurs sur ce plan en tentant d’investir ses succès sur la scène interne.
L’opposition a commis de nombreuses erreurs dans sa gestion des affaires internes.

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions arabe, anglaise et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise et arabe.