Tendances et événements régionaux

Il est désormais clair que des divergences opposent la France et l’Arabie saoudite autour de l’initiative lancée par l’administration de Nicolas Sarkozy pour tenter de régler la crise libanaise. À ce développement viennent s’ajouter de nombreuses analyses au Liban et à l’étranger qui soulignent l’importance du désaccord syro-saoudien sur les dossiers du Liban, de la Palestine et de l’Irak. Ce fait est le reflet de la relation organique qui lie la politique de l’Arabie saoudite à l’agenda de l’administration Bush. Preuve en est, Riyad n’a déployé aucun effort sérieux pour protéger de l’effondrement l’accord inter-palestinien de la Mecque, pourtant conclu sous le patronage personnel du roi Abdallah Ben Abdel Aziz. Bien au contraire, les Saoudiens ont adopté une attitude négative, laissant faire le groupe de Mohammad Dahlan qui a tenté de provoquer un changement radical de la donne politique à Gaza à travers des moyens sécuritaires, sous l’égide du général américain Keith Dayton.
La France, elle, défend une vision commune avec l’Iran qui part du principe que des relations saines entre Beyrouth et Damas favorisent la stabilité du Liban, comme cela a été prouvé ces trois dernières décennies. Elle considère aussi que la stabilité passe par le maintien et la sauvegarde des équilibres inter-libanais. Pour cela, il faut en finir une fois pour toute avec la marginalisation des chrétiens et établir un vrai partenariat national entre toutes les composantes socio-religieuses du pays du Cèdre.
Un spécialiste des questions du Moyen-Orient explique que les réserves saoudiennes à l’égard de l’initiative française au Liban sont essentiellement dues au fait que les États-Unis n’ont pas encore pris la décision de régler la crise libanaise. Car l’Arabie saoudite, si elle le souhaite, peut faire pression sur ses alliés libanais afin qu’ils acceptent de présenter les concessions nécessaires dans le but d’établir un vrai partenariat national. Mais visiblement, Washington estime que le moment n’est pas encore venu de décompresser la scène libanaise qu’il souhaite utiliser comme carte de pression dans le bras de fer régional qui l’oppose à la Syrie et à l’Iran.

Presse et agences arabes internationales

• Israël pourrait se maintenir indéfiniment sur le plateau syrien du Golan occupé en 1967 et annexé en 1981, a déclaré le numéro deux du cabinet israélien. « Il est possible que nous puissions nous maintenir indéfiniment sur le Golan (...) Cela dépendra des négociations (de paix) avec la Syrie », a affirmé Haïm Ramon dans des propos diffusés par la radio publique israélienne. « Le Golan était vide (en 1967). Il n’y avait ni Syriens ni Palestiniens, et nous nous y sommes installés, sans porter atteinte au caractère démocratique d’Israël, dans le cadre de notre lutte pour fixer nos frontières », a-t-il ajouté.
Le Premier ministre israélien Ehud Olmert a rejeté vendredi dernier l’exigence syrienne d’un retrait total d’Israël du Golan avant même l’ouverture de négociations de paix entre les deux pays.

• Les agences de presse arabes et internationales ont rapporté que 15 soldats de l’unité d’élite Golani ont abandonné leur position à la lisière de la Bande de Gaza pour protester contre leurs conditions de service qu’ils ont qualifiées d’« insupportables ». Les militaires ont été condamnés à 28 jours de prisons bien qu’ils aient accepté de réintégrer leur position à l’appel de leurs chefs. Les soldats s’étaient éloignés de plusieurs centaines de mètres de leur poste. Le responsable du cadre humain au sein de l’armée israélienne, le général Eliezer Stern, a commenté l’incident en déclarant : « Je ne crois pas que le gouvernement et la Knesset déploient suffisamment d’efforts pour nous aider à faire face au phénomène de désertions ».

• L’Agence France presse a rapporté que l’organisation Al-Qaida a menacé, dans un communiqué publié sur Internet, d’intensifier ses opérations en Afrique du Nord. Le communiqué « promet au pays du Maghreb arabe des surprises qui iront crescendo ».

• Le quotidien libanais Al-Ahkbar (Opposition) a révélé que le Hamas se prépare sérieusement à une confrontation avec l’armée israélienne qui s’apprête à lancer une agression contre la Bande de Gaza. Le plan israélien vise à affaiblir le pouvoir du Hamas en assassinat quatre de ses principaux dirigeants : le Premier ministre limogé Ismaïl Haniyya, les anciens ministres des Affaires étrangères et de l’Intérieur, Mahmoud Zahhar et Saïd Siyam, et le député Khalil al-Hayya. Des sources citées par le quotidien accusent le Fatah de Mahmoud Abbas d’être impliqué dans ce complot. Cette même source précise que le service de sécurité du Hamas surveille de près certains militants du Fatah qui ont des activités jugées suspectes.

• La presse arabe a indiqué que « conformément aux conseils de George Bush », les responsables irakiens vont prochainement réunir les cinq principaux leaders du pays pour aplanir les obstacles qui empêchent le règlement de la crise politique. Des différends opposent les principales forces politiques sur plusieurs dossiers : la nouvelle loi sur le pétrole ; la loi sur l’éradication du Baas ; les Conseils des mohafazat etc... Le Parti islamique (sunnite) a refusé de rejoindre la nouvelle alliance quadripartite composée des deux principaux parti kurdes de Jalal Talabani et de Massoud Barazani, du Conseil supérieur islamique irakien (de Abdel Aziz al-Hakim) et du parti chiite al-Daawa.

• La presse internationale a rapporté qu’une grande manifestation a défilé lundi dans les rues de Virginie, aux États-Unis, pour dénoncer la guerre en Irak. Les manifestants ont présenté une pétition portant plus d’un million de signatures réclamant la destitution du président et du vice-président, George Bush et Dick Cheney.

• Une source militaire israélienne de haut rang a commenté les assurances du secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, selon lesquels son parti était capable d’atteindre avec ses missiles n’importe quel point d’Israël. « Ces propos reflètent la crise que vivent le Hezbollah et son secrétaire général, a dit cette source qui a requis l’anonymat. L’arrogance dont a fait preuve Nasrallah est due à la crise interne au Hezbollah et personnelle à son secrétaire général, à cause de l’erreur qu’il a commise et qui a provoqué la guerre » de l’été denier.

• Un sénateur démocrate, Russ Feingold, a précisé sur NBC (Meet the Press) qu’il entendait introduire une motion de censure sur la gestion de l’Irak par le président George W. Bush. Mais le responsable de la majorité démocrate, Harry Reid, a dit qu’il doutait de son adoption par le Sénat. « Le président (Bush) a déjà la réputation auprès des Américains d’être le pire des présidents qu’on n’ait jamais eus, je ne pense pas que nous ayons besoin d’une motion de censure du Sénat pour le prouver », a-t-il estimé (vidéo).
Les dirigeants démocrates du Congrès souhaitent une sortie rapide du bourbier irakien mais malgré un débat-marathon mercredi, les sénateurs démocrates ne sont pas parvenus à rassembler les votes nécessaires pour forcer George W. Bush à commencer un retrait d’Irak. Les sénateurs démocrates entendent continuer à faire pression pour une loi sur le retrait des troupes états-uniennes d’Irak, malgré un échec majeur dans leurs efforts la semaine dernière, a indiqué leur leader, Harry Reid.
« Après le 1er mai 2008, tous les GI’s devront être rentrés, à l’exception de ceux qui sont affectés au contre-terrorisme, à l’entraînement des Irakiens et à la protection de nos biens », a déclaré Harry Reid, à la chaîne de télévision CBS. « Les universitaires comme les militaires disent que l’Irak est dans une situation de chaos aujourd’hui », a-t-il ajouté.
« Redéployer les Américains hors d’Irak, à l’exception des soldats dont je viens de parler, allègerait ce chaos plutôt que de le renforcer ». « Nous devons changer le cours des choses, nous allons continuer à faire tout notre possible, dans un cadre bipartisan » pour faire rentrer les troupes américaines », a poursuivi M. Reid.

Audiovisuel arabe

AL-ALAM (TELEVISION IRANIENNE ARABOPHONE)
Émission : Déclaration exclusive
Invité : Hassan Kazem Qoummi, ambassadeur d’Iran en Irak
Le deuxième round des pourparlers irano-américains autour de l’Irak (qui se déroule ce mardi à Bagdad : ndlr) portera sur les moyens de mettre en œuvre les sujets abordés lors du premier round concernant la situation sécuritaire en Krak.

Tendances et événements au Liban

Un débat à lieu dans les rangs de l’opposition libanaise sur l’attitude pratique à adopter à l’égard des élections partielles convoquées le 5 août par le gouvernement de Fouad Siniora par un décret qui n’a pas été contresigné par le président de la République.
Des milieux politiques proches du Hezbollah, lequel possède un poids électoral important dans la deuxième circonscription de Beyrouth, ont indiqué que le parti ne participera pas à cette partielle (pour pourvoir au siège du député Walid Eido, assassiné le 12 juin) pour deux raisons :
1) Le Hezbollah considère que le gouvernement Siniora est illégitime et que, par conséquent, il n’a pas les compétences requises pour convoquer les corps électoraux.
2) Le Hezbollah ne veut pas participer à une élection qui risque de prendre une tournure communautaire (sunnites contre chiites). D’autant que le parti est conscient des changements intervenus dans les orientations de l’opinion publique qui penchent en faveur de l’opposition. Une exacerbation des sentiments communautaires par le clan Hariri pourrait ressouder autour de lui la communauté sunnite, ce que le Hezbollah veut éviter.
Une source dirigeante de l’opposition a appelé les candidats qui sont proches d’elles à se retirer de la bataille et à laisser le pouvoir combattre des moulins à vent, plutôt que de lui fournir l’occasion d’enregistrer des victoires fictives.

Résumés d’articles relatifs au Liban

• Les médias libanais se sont focalisé sur la mission de l’émissaire du chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, entamé lundi à Beyrouth, dans le cadre des efforts de la France pour sortir le Liban de la crise politique dans laquelle le pays est plongé.
La venue de Jean-Claude Cousseran, qui avait effectué la semaine dernière une tournée dans la région —avec une étape remarquée à Damas le 18 juillet—, précède celle de M. Kouchner, attendu samedi dans la capitale libanaise.
« Il y aura une visite de Bernard Kouchner qui reprendra un certain nombre de contacts, toujours avec le même objectif : aider à la reprise du dialogue interlibanais », a déclaré à la presse M. Cousseran, à l’issue de son entretien avec le Premier ministre libanais, Fouad Siniora. « J’ai effectivement écouté les autorités syriennes évoquer le soutien aux efforts entrepris par la France pour aider au dialogue interlibanais, et je crois que le dialogue a des chances de se poursuivre », a-t-il ajouté.
L’émissaire français s’est également entretenu lundi avec le chef de la majorité parlementaire Saad Hariri et le leader chrétien de l’opposition, le général Michel Aoun.
En soirée, il a convié à dîner à l’ambassade de France les représentants des principaux courants politiques qui s’étaient réunis les 14 et 15 juillet à La Celle Saint-Cloud, près de Paris. Les deux délégués du Hezbollah, le ministre démissionnaire Mohammad Fneich et le responsable des relations internationales, Nawaf Moussaoui, se sont excusés à cause d’engagements antérieurs.
Mardi et mercredi, l’émissaire français doit s’entretenir avec des personnalités politiques libanaises de premier rang avant de rentrer en France.
Avec le récent passage de M. Cousseran en Syrie, Paris a reconnu de facto le rôle incontournable de Damas dans toute tentative de règlement de la crise libanaise, après plus de deux ans de froid entre les deux capitales.
Selon les milieux diplomatiques cités par l’AFP, l’élection en mai du président Nicolas Sarkozy a permis de revoir l’approche de la France, isolée en Europe sur son refus d’avoir un dialogue à haut niveau avec Damas.
Le ministère français des Affaires étrangères a souligné que cette visite d’un émissaire à Damas ne constituait pas à ses yeux un « contact à haut niveau ». Mais Bernard Kouchner l’a clairement placé dans une perspective de normalisation.
La perspective de l’élection présidentielle le 25 septembre, pour succéder à Emile Lahoud dont le mandat s’achève le 25 novembre, avive les craintes d’une nouvelle dégradation de la situation.

• Le secrétaire général des Ntions unies, Ban Ki-Moon, a informé le chef du gouvernement libanais, Fouad Siniora, que la Hollande avait été sollicitée pour abriter le siège du tribunal international chargé de juger les assassins de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. Il a espéré que la Hollande acceptera la requête de l’Onu.

• Le général Michel Aoun, le député Michel Murr et le parti arménien Tachnag ont annoncé qu’ils uniront leurs efforts lors de l’élection partielle qui doit avoir lieu dans la circonscription à majorité chrétienne du Metn, à l’est de Beyrouth. Ils affronteront le candidat appuyé par le pouvoir libanais, l’ancien président Amine Gemayel, qui veut succéder au Parlement à son fils Pierre, assassiné le 21 novembre 2006.

AL-AKHBAR (PROCHE DE L’OPPOSITION)
Selon des sources généralement bien informées, les contacts inter-arabes autour de la crise libanaise seront confrontés dans la période à venir à de sérieuses difficultés. « La priorité va aujourd’hui à ce qui se passe en Palestine. Les Libanais pourront attendre un peu », a déclaré une source diplomatique arabe.

Audiovisuel libanais

AL-MANAR (HEZBOLLAH)
Emission : Entre parenthèses
- Invité : Ibrahim Darraji, professeur de relations internationales à l’Université de Damas
Lorsque la secrétaire d’État étasunienne Condoleezza Rice se réunit avec des chefs de services de renseignements arabes, cela reflète à quel point ces pays sont alignés sur la politique américaine.
- Aymane Safadi, rédacteur en chef du quotidien jordanien Al-Ghad
Le Hezbollah a combattu avec héroïsme et a résisté avec détermination lors de l’agression israélienne de l’été 2006. Mais la victoire n’a pas changé considérablement la donne sur le terrain. Cette bataille n’a pas mis un terme au conflit et aujourd’hui, des forces internationales sont déployées à la frontière entre le Liban et Israël.
- Mohammad Saleh Sadkiane, directeur du Centre de recherches arabe.
L’Iran est dans le collimateur des États-Unis et de l’Occident à cause de ses positions anti-israéliennes.

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions arabe, anglaise et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise et arabe.