Tendances et évènements régionaux

Le directeur des services de renseignement égyptiens, Amr Sleimane, a fait assumer à Israël la responsabilité des événements sur le volet palestinien. Les propos du général Sleimane, prononcés devant une délégation du parti israélien de gauche, Meretz, ont été repris par le quotidien Maariv. Le responsable égyptien a catégoriquement rejeté l’idée du déploiement d’une force internationale dans la Bande de Gaza, ce qui signifie que les calculs égyptiens et les projets israéliens sont aux antipodes. Cela explique les raisons de l’échec du sommet de Charm el-Cheikh (Autorité palestinienne, Égypte, Jordanie et Israël), où le président Hosni Moubarak a défendu l’option du dialogue inter-palestinien. Toujours selon Maariv, le général Sleimane a adressé de sévères critiques à la politique américaine en Irak et au Liban, qu’il a qualifie de fiasco.
Les experts soulignent la multiplication des signaux égyptiens montrant un désaccord avec les politiques et les méthodes des États-Unis dans la gestion des crises de la région. Selon de nombreux observateurs, l’Égypte est naturellement enclin à coordonner son action avec la Syrie et à réactiver l’axe Damas-Le Caire-Riyad. C’est en fait la principale motivation de la tournée du secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa (qui est de nationalité égyptienne) en Arabie saoudite et en Syrie. Le dossier de la crise au Liban n’était qu’un détail des entretiens de M. Moussa avec les responsables de ces pays. Le Caire souhaiterait insuffler de l’oxygène dans cet axe tripartite qui a assuré un plafond arabe pendant trente ans aux différentes crises qui ont secoué la région.

Presse et agences arabes internationales

• L’écrivain Naomi Klein a estimé que la situation n’est pas des meilleure pour Israël, surtout que la Bande de Gaza est sous le contrôle du Hamas, alors que la Cisjordanie est au bord du gouffre. Pendant ce temps, l’armée israélienne au Golan demande à ses soldats de réintégrer leurs positions, tandis qu’une mèche de cheveu empêche une nouvelle guerre contre le Hezbollah. Par ailleurs, un satellite-espion israélien surveille l’Iran et la Syrie et les scandales minent la classe politique israélienne. Malgré tout cela, l’économie israélienne prospère.

• Le chef des forces états-uniennes en Irak, le général David Petraeus, a déclaré que le maintien des troupes de la coalition internationale dans ce pays pour une décennie pourrait être nécessaire. L’officier US a déclaré que les opérations militaires lancées contre les insurgés pourraient durer de neuf à dix ans.

• Le ministre irakien des Affaires étrangères a averti qu’un retrait trop rapide des GI’s d’Irak pourrait entraîner une accentuation de la violence dans ce pays voire un conflit régional.
Hoshyar Zebari a déclaré à des journalistes qu’il comprenait pourquoi George W. Bush faisait face à des pressions pour que les GI’s quittent l’Irak mais a averti que les troupes irakiennes n’étaient pas prêtes à prendre en charge ce pays déchiré par la violence.
Il a ajouté avoir essayé de faire comprendre aux membres du Congrès états-unien qui se sont rendus en Irak les risques d’un changement dans la stratégie US, a-t-il ajouté.
Le ministre a par ailleurs déclaré que son pays n’était pas lié par un calendrier précis pour l’amendement des lois relatives à la refonte de la Constitution et à la réorganisation du secteur pétrolier.

• Un porte-avions US est en route pour le Golfe, portant à trois le nombre des porte-avions états-uniens dans cette région, a annoncé mardi la Ve Flotte, tandis que le Pentagone assurait que ce mouvement s’inscrivait dans le cadre d’une simple rotation.
L’USS Enterprise et son groupe aéro-naval rejoindront l’USS John C. Stennis et l’USS Nimitz, opérant déjà dans le Golfe.
« L’Enterprise fait route pour les eaux (d’action) de la Ve Flotte et ne remplacera aucun autre bâtiment dans la région », a dit le porte-parole sans autres détails.
À Washington, le Pentagone a contredit cette affirmation. « Est-ce que le ministère a pris la décision de mettre trois porte-avions dans le Golfe ? Non », a fait valoir le porte-parole du Pentagone, Bryan Whitman. Selon des responsables s’exprimant sous couvert d’anonymat, le Stennis aura quitté la région avant l’arrivée de l’Enterprise et ce dernier a pour mission de remplacer dans le Golfe le Nimitz.
« Nous pouvons avoir deux porte-avions, ou un seul » dans le Golfe. « Nous n’en aurons pas trois », a assuré un autre responsable. La prochaine rotation est prévue à l’automne avec l’entrée en scène de l’USS Truman.

• Le président George W. Bush a une nouvelle fois rejeté les appels des parlementaires à un retrait des GI’s d’Irak, affirmant qu’il revenait aux commandants sur le terrain et non aux parlementaires à Washington de prendre une telle décision. « Je comprends parfaitement que c’est une guerre difficile et que c’est dur pour les Américains. Mais j’expliquerai une nouvelle fois aux Américains les conséquences d’un échec et d’un succès », a dit Bush. Les propos du président interviennent quelques jours avant la publication d’un rapport intérimaire sur l’état de la situation en Irak depuis la décision présidentielle d’augmenter sensiblement le nombre de GI’s sur le terrain.
Le Pentagone doit publier d’ici le 15 juillet un rapport intérimaire sur la situation en Irak et selon des extraits de ce rapport, cités par les journaux états-uniens, l’augmentation du nombre de GI’s en Irak n’a pas changé la donne sur le terrain et les Irakiens se montrent encore incapables d’assurer seuls la sécurité de leur pays face aux insurgés.
Le porte-parole de la Maison Blanche Tony Snow a minimisé mardi les conclusions de ce rapport. C’« est seulement un instantané du commencement de la réorganisation de la mission en Irak », a dit M. Snow.
Les démocrates ont déposé un amendement à un projet de loi du Sénat sur la défense, limitant clairement la mission US en Irak. Le texte exige en effet que le retrait débute moins de 120 jours après l’entrée en vigueur de la loi et soit achevé avant le 30 avril 2008.
L’opposition à la guerre en Irak a atteint le chiffre record de 62 % parmi la population états-unienne, tandis que la popularité du président George W. Bush est tombée à 29 %, selon un nouveau sondage.
Sept États-uniens sur dix sont favorables au retrait de la quasi-totalité des GI’s d’Irak d’ici avril, et 62 % estiment que l’envoi de troupes en Irak a été une erreur, selon ce sondage USA Today/Gallup. C’est la première fois que ce chiffre dépasse les 60 %, a précisé le quotidien USA Today.

• Dans une interview accordée au quotidien espagnol El Pais, le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, a déclaré qu’il était sûr qu’une réconciliation entre le Fatah et le Hamas était impossible. C’est Mahmoud Abbas qui lui a assuré qu’il n’y aura plus jamais de paix avec le Hamas et qu’il combattra jusqu’au bout le mouvement islamiste. « J’espère qu’il tiendra sa promesse », a dit Olmert.

• Les États-Unis se sont opposés au déploiement d’une force internationale à Gaza, estimant que cette force se heurterait à une trop forte opposition des Palestiniens.
« Je ne suis pas sûr qu’on va trouver beaucoup d’armées désireuses de participer à ce qui devrait se révéler un environnement peu compréhensif », a déclaré le porte-parole du département d’État, Sean McCormack, au cours d’un point de presse à Washington.
« Il vaudrait mieux concentrer les efforts sur la formation de services de sécurité palestiniens efficaces, capables et responsables, qui puissent opérer dans les deux zones », la Cisjordanie et la bande de Gaza, a ajouté le porte-parole.
« Je sais que c’est difficile à Gaza, a-t-il reconnu. Mais c’est sur cela que nous concentrons nos efforts ».
Le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza depuis le 15 juin après avoir mis en déroute les services de sécurité fidèles à M. Abbas, s’est à plusieurs reprises dit opposé à une force internationale, affirmant qu’il la considérerait comme une « force d’occupation ».
Dans une lettre ouverte à Tony Blair, le nouvel émissaire du Quartette pour le Proche-Orient, dix ministres des Affaires étrangères des pays méditerranéens de l’Union européenne ont proposé de créer une « force internationale solide » dans les territoires palestiniens.
« Les risques bien sûr sont élevés, mais cette force peut être viable et sûre si nous respectons deux conditions : qu’elle accompagne un plan de paix sans s’y substituer et qu’elle s’appuie sur un accord interpalestinien », écrivent les dix ministres dans cette lettre rendue publique lundi par le ministère slovène des Affaires étrangères.
L’initiative a été lancée par le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner.
M. McCormack a cependant estimé que l’idée n’avait pas encore « réellement fait de chemin ».
« Ce que veulent les Palestiniens, c’est que des Palestiniens fassent respecter la loi et l’ordre, a-t-il déclaré. Ils veulent leur propre Etat, ils veulent leurs propres institutions, et qu’elles soient viables, et ils veulent pouvoir s’enorgueillir du fait que ces institutions fonctionnent au nom du peuple palestinien ».

• Dans une interview accordée à la télévision italienne Rai, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a accusé le Hamas d’avoir fourni à al-Qaïda une base dans la Bande de Gaza.

• Le président français Nicolas Sarkozy a entamé une tournée en Algérie et Tunisie pour réaffirmer « l’amitié profonde » de la France pour ces pays et présenter son projet d’Union méditerranéenne, mais l’étape prévue au Maroc a été reportée.
« Une troisième étape était prévue au Maroc mais elle a dû être reportée à la demande des autorités marocaines pour des raisons de calendrier », a dit le porte-parole de la présidence David Martinon en présentant à la presse ce déplacement.
Il a ajouté que la visite devrait avoir lieu dans la deuxième quinzaine d’octobre.
De source autorisée marocaine, on a affirmé qu’en « raison de l’excellence » des relations entre les deux pays et « de l’amitié entre le roi Mohammed VI et Nicolas Sarkozy », le Maroc souhaite qu’il s’agisse d’une visite d’État et qu’elle dure plus longtemps que quelques heures, comme prévue initialement.

THE INDEPENDENT (QUOTIDIEN BRITANNIQUE)
Le fait que la communauté internationale ait refusé de traiter avec le gouvernement d’union nationale du Fatah et du Hamas a compliqué la crise actuelle. Si le monde avait réagi positivement à la formation de ce cabinet, les choses auraient été différentes aujourd’hui. Cela aurait pu relancer un nouveau round de négociations entre les Palestiniens et Israël. Au lieu de cela, les États-Unis ont opté pour une politique catastrophique basée sur le renforcement des services de sécurité du président Mahmoud Abbas face au Hamas. Cela n’a fait qu’approfondir la concurrence mortelle entre les deux mouvements palestiniens.

WALL SREET JOURNAL (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
Avant d’accéder à la présidence en France, Nicolas Sarkozy avait promis d’élaborer une « nouvelle vision française » du monde. Aujourd’hui, cette vision commence à voir le jour et elle pourrait avoir un impact important sur l’Union européenne et sur certains de ses voisins. L’approche de Sarkozy pourrait aussi avoir des répercussions sur certains des objectifs de Washington en matière de politique à commencer par la Russie, en passant par l’Europe et sans oublier la Turquie. Le président français a commencé à se démarquer de son prédécesseur, Jacques Chirac, dont l’objectif était de créer une Europe forte qui ferait contrepoids aux États-Unis. Des experts ont indiqué que le changement amorcé par Sarkozy n’est qu’à ses débuts.

AL-KHALEEJ (QUOTIDIEN EMIRATI)
Le grand juge religieux de Palestine, cheikh Taysir Tamimi, a révélé que les Israéliens sont à deux doigts d’achever la judéïsation totale de Jérusalem, après avoir isolé la ville de son environnement palestinien et de l’avoir transformé en quartier juif. Israël a saisi une occasion en or qui s’est présenté à cause des divergences inter-arabes.

Audiovisuel arabe

AL-JAZEERA (CHAINE QATARI)
Le principal journal soir soir
Le numéro deux d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, a menacé de « répondre » à la décision des autorités britanniques d’anoblir l’écrivain britannique d’origine indienne Salman Rushdie. Al-Zawahiri a qualifié dans un enregistrement sonore mis en ligne sur internet Salman Rushdie de renégat.
Les autorités britanniques ont fermement condamné les menaces d’Al-Qaïda.

Tendances et événements au Liban

Les propos du président français qualifiant le Hezbollah de « terroriste » ont suscité une réaction en chaîne au Liban. Des informations ont circulé sur l’intention des deux autres grandes formations de l’opposition, le Mouvement Amal (du président de la Chambre Nabih Berri) et le Courant patriotique libre (Du général chrétien Michel Aoun) de se solidariser leur partenaire dans l’opposition et de boycotter la rencontre de La Celle-Saint-Cloud si un communiqué rectifiant les propos de Sarkozy n’était pas publié par l’Élysée.
Le communiqué présidentiel français, publié mardi soir, illustre la détermination de Paris à faire réussir la rencontre inter-libanaise et à surmonter toutes les pressions américaines et israéliennes visant à la torpiller avant même qu’elle n’ait lieu. Ainsi, les contacts entre le Hezbollah et les autorités françaises peuvent maintenant reprendre.
Ici à Beyrouth, les observateurs pensent que la France de Sarkozy est sérieuse dans sa tentative visant à se construire une nouvelle image et un nouveau rôle au Liban et dans la région. La visite à Téhéran de l’émissaire Jean-Claude Cousseran en est la meilleure illustration. Des informations assurant que l’ambassadeur Cousseran pourrait visiter prochainement Damas, conformément aux nouvelles orientations de la diplomatie française qui ont commencé à apparaître des mois avant la fin du mandat de Jacques Chirac.

Résumés d’articles relatifs au Liban

• Les médias libanais ont relevé que le Hezbollah a minimisé les propos tenus par le président français Nicolas Sarkozy, qui a demandé au principal parti de l’opposition libanaise d’arrêter « ses actions terroristes », estimant qu’ils avaient pour but de « satisfaire le lobby sioniste ».
Mais malgré cela, le parti a étudié la réponse à apporter à ces propos, à quelques jours de la réunion inter-libanaise, prévue du 14 au 16 juillet près de Paris.
« Le parti n’a pas encore pris position sur les déclarations venues de Paris », a déclaré Mohammed Fneich, un des ministres démissionnaires du Hezbollah, qui doit représenter le parti à la réunion. « Si le Hezbollah est un mouvement terroriste, pourquoi a-t-il été invité à participer ? », s’est-il interrogé. « Nous ne sommes pas des terroristes mais un mouvement de Résistance. Les Français savent cela à travers nos contacts avec eux qui ne se sont pas arrêtés ».
La participation ou non à cette conférence « est à l’étude », écrivait pour sa part le journal Al-Akhbar (Proche de l’opposition), citant une source au sein du parti.
« Sarkozy fait exploser la rencontre de Paris en décrivant le Hezbollah comme terroriste », titrait quant à lui le journal d’opposition Ad-Diyar (Opposition).
Le Hezbollah a informé la France par les canaux appropriés qu’il ne se contenterait pas d’une précision du ministère des Affaires étrangères mais d’un communiqué émanant de la présidence de la République française. Effectivement, un communiqué publié en soirée par L’Elysée affirme que le Hezbollah n’est « pas inscrit sur la liste européenne des organisations terroristes » et la France « n’a pas l’intention » de demander son inscription sur cette liste.
« Le Hezbollah est un acteur politique important au Liban. Il est l’une des composantes du dialogue national. A ce titre, il est invité aux rencontres interlibanaises de La Celle-Saint-Cloud » , a affirmé le porte-parole de la présidence française David Martinon.
M. Martinon a indiqué que Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, suivrait la réunion « de bout en bout ».
« En revanche, aucun contact n’est prévu entre le président de la République et les participants libanais », a-t-il précisé.
Après huit mois de blocage, la réunion de Paris, à l’initiative du chef de la diplomatie française Bernard Kouchner, tentera de renouer le dialogue entre la majorité anti-syrienne, soutenue par l’Occident, et l’opposition.
L’ensemble des partis politiques libanais, y compris d’opposition, ont accueilli favorablement l’initiative française et se sont dits prêts à se rendre à Paris « dans un esprit d’ouverture », à moins de trois mois d’une échéance cruciale, l’élection présidentielle, prévue le 25 septembre.
Le responsable des relations extérieures du Hezbollah, Nawaf Moussaoui, lui aussi sur la liste des participants, avait souligné que cette initiative était « l’expression d’une volonté de se tenir aux côtés des Libanais sans prendre parti ».

Audiovisuel libanais

LBC (FORCES LIBANAISES, 14-MARS)
Emission : Avec courage
- Johnny Abdo, ancien ambassadeur du Liban en France (Paris)
Le président de la République Émile Lahoud a décidé de violer la Constitution. Il pense que s’il confie le pouvoir à l’armée, cela va être accepté par la population. Car l’armée fait preuve de beaucoup de doigté et a consenti d’énormes sacrifices face à Fatah al-Islam.
Évoquer le déséquilibre communautaire défavorable aux chrétiens au sein des Forces de sécurité intérieure (FSI) était une erreur à un moment ou ces Forces se battent contre Fatah al-Islam.

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions arabe, anglaise et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise et arabe.