Tendances et évènements régionaux

La visite en Israël des ministres jordanien et égyptien des Affaires étrangères et leurs entretiens avec le Premier ministre Ehud Olmert et la chef de la diplomatie, Tzipi Livni, étaient au centre de l’actualité couverte par les médias arabes, bien que ce déplacement n’ait rien apporté de nouveau. Les commentaires israéliens qui ont accompagné ou suivi cette visite ont sonné comme une gifle sur la joue des pays arabes dits « modérés », qui ont tenté de diffuser un climat positif. Les capitales des pays du quartette (Jordanie, Égypte, Arabie saoudite et Émirats arabes unis) ont laissé entendre que les responsables israéliens avaient fait preuve d’ouverture envers les offres généreuses apportées par les ministres jordanien, Abdel Ilah al-Khatib, et égyptien, Ahmed Aboul Gheit.
Certes, Ehud Oluert s’est félicité de la visite des deux ministres. Mais il a demandé davantage de gestes et d’efforts aux pays arabes. Faisant allusion à l’Arabie saoudite, il a appelé les États arabes a établir publiquement des relations avec Israël et demandé aux Palestiniens à dire officiellement qu’ils abandonnaient 90 % de la Cisjordanie. Il a par ailleurs réaffirmé son attachement aux positions de l’État hébreu à l’égard de l’initiative de paix arabe, qu’il avait auparavant rejetée d’une manière indirecte. En fait, Israël souhaite introduire de profondes modifications à cette initiative et c’est ce à quoi s’emploie la secrétaire d’État étasunienne, Condoleezza Rice. Tel-Aviv exige que les Palestiniens abandonnent définitivement le droit au retour des 4,5 millions de réfugiés palestiniens et l’idée de faire de Jérusalem la capitale de leur État, déjà amputé des trois quarts de sa superficie.
Le fait que les États-Unis se soient félicités de la visite des ministres jordanien et égyptien amplifie l’inquiétude de la rue arabe. D’autant que cet empressement des « modérés » arabes à se jeter dans les bras d’Israël s’accompagne de la poursuite des assassinats et des agressions de l’armée israéliennes contre les résistants et les civils à Gaza et en Cisjordanie.
Il est clair que la priorité des Arabes et l’Autorité palestinienne n’est pas de récupérer les droits, même à travers la négociation, mais de briser les mouvements de résistance palestiniens, représentés par certaines ailes des brigades al-Aqsa et par le Hamas.

Presse et agences arabes internationales

• La presse arabe a estimé que la visite en Israël des ministres jordanien et égyptien des Affaires étrangères a montré que l’État hébreu n’acceptera pas de donner aux Arabes un rôle dans les négociations sur le statut final. De l’initiative arabe, Israël n’est intéressé que par la partie appelant à la normalisation des relations bilatérales. Il craint en effet qu’un quelconque rôle arabe ne desserre l’étau autour des Palestiniens, dont certains des leurs dirigeants ont accepté le label « modéré » et se sont déclarés disposés à liquider leurs frères d’armes. Avant même l’arrivée des ministres jordanien et égyptien, le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, a assuré qu’il était prêt à entamer des négociations politiques avec les Palestiniens et qu’il n’attendait pas la Ligue arabe pour le faire, car « c’est Israël qui prend l’initiative et qui dirige ». Olmert a salué toute aide provenant des Émirats et de l’Arabie.

• Les agences de presse arabes et internationales ont repris des extraits d’un sondage, réalisé par l’agence UPI et l’Institut Zogbi sur la perception qu’ont les États-uniens de leur pays. Ainsi, 67,2 % des États-uniens refusent l’affirmation selon laquelle leur pays et le plus respecté au monde. 80 % pensent que les États-Unis sont les plus forts au monde, et un peu moins estiment que la guerre d’Irak a porté atteinte à la position de Washington sur la scène internationale. Cette même étude indique que le soutien populaire aux opérations kamikazes est en recul dans les pays musulmans, où la confiance dans Oussama Ben Laden, le chef d’al-Qaîda, a baissé.

• Cité par la radio israélienne, le premier vice-premier ministre, Haïm Ramon, a indiqué que Tel-Aviv avait adressé des messages à la Syrie pour l’assurer qu’Israël ne comptait pas l’attaquer. Il a invité les responsables israéliens à faire preuve d’un sens de la responsabilité et à ne pas faire des déclarations belliqueuses contre la Syrie. « Il y a une énorme différence entre la préparation de l’armée pour faire face à toutes les éventualités et se préparer à une guerre », a-t-il dit. M. Ramon a ajouté qu’il pensait que la Syrie non plus n’a pas l’intention d’attaquer Israël.
Dans ce même cadre, le quotidien Haaretz indique qu’une commission ministérielle a examiné, mercredi, la préparation du front intérieur israélien à une éventuelle nouvelle guerre dans le nord, et plus particulièrement contre la Syrie.

• Les 22 otages sud-coréens détenus depuis une semaine dans la province de Ghazni (140 km au sud de Kaboul) étaient « tous vivants » après l’expiration du « dernier » ultimatum, a affirmé un porte-parole des talibans, Youssouf Ahmadi. « Depuis le dernier ultimatum, aucun autre Sud-Coréen n’a été tué. Ils sont tous vivants », a-t-il dit par téléphone à l’AFP.
Le « dernier ultimatum » des talibans avait expiré dans la nuit de mercredi à jeudi. Les talibans ont abattu mercredi soir un des 23 otages sud-coréens, un pasteur de 42 ans, et menacé d’en tuer d’autres si n’était pas respectée leur demande - un premier échange de 8 otages contre le même nombre de prisonniers talibans.

• La France et la Libye ont signé mercredi à Tripoli un accord prévoyant d’étudier la fourniture d’un réacteur nucléaire à la Libye pour désaliniser l’eau de mer, à l’occasion de la visite du président français Nicolas Sarkozy au lendemain de la libération des infirmières bulgares.
M. Sarkozy a effectué à Tripoli une courte visite « pour aider la Libye à réintégrer le concert des nations ».
La manifestation la plus spectaculaire de cette volonté a été la signature d’un mémorandum d’entente sur le nucléaire civil signé par les chefs de la diplomatie des deux pays, Bernard Kouchner et Abderrahmane Chalgham.
« L’objectif, c’est de viser la fourniture à la Libye d’un réacteur nucléaire qui permette de répondre à un de ses besoins importants, c’est-à-dire la fourniture d’eau potable », a dit le secrétaire général de la présidence française Claude Guéant à des journalistes.
« L’eau potable est rare en Libye, donc l’objectif c’est de permettre la désalination de l’eau de mer » par l’énergie nucléaire, a-t-il ajouté.

• Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a déclaré mercredi que l’Iran ne se soumettrait jamais à la logique de la force et n’arrêterait pas ses activités nucléaires.
« Ils veulent utiliser la logique de la force et demandent qu’on arrête nos activités nucléaires », a déclaré le président Ahmadinejad dans une interview à la télévision iranienne. « Nos activités sont légales. Si on arrête nos activités, il ne restera plus rien à discuter. Qu’ils votent trois cents résolutions, cela n’empêchera pas l’Iran d’atteindre ses droits », a-t-il dit.
« Aujourd’hui, plusieurs milliers de centrifugeuses fonctionnent » pour enrichir l’uranium dans le centre de Natanz (centre), a-t-il poursuivi.
Selon les diplomates proches de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’Iran aurait déjà installé environ 2000 centrifugeuses.

HAARETZ (QUOTIDIEN ISRAELIEN)
Israël a proposé aux Palestiniens d’entamer de nouvelles négociations dans le but d’édifier un État sur 90 % des territoires occupés. Mais ni l’État hébreu ni les médiateurs internationaux n’ont précisé comment des progrès pourraient être enregistrés pour l’édification de cet État en Cisjordanie, qui est sous l’influence du Fatah, et à Gaza, aujourd’hui contrôlé par le Hamas.

REUTERS (AGENCE DE PRESSE BRITABNNIQUE)
L’ambassade de Cuba à Beyrouth a reçu du détenu cubain aux États-Unis, Antonio Guerrero Rodríguez, emprisonné avec quatre de ses camarades, un message de solidarité avec Samir Kuntar, le Libanais détenu depuis 29 ans dans les geôles israéliennes. Une délégation de l’ambassade s’est rendue au domicile de la famille Kuntar, dans le village de Ebey, au sud-est de Beyrouth, où elle a remis la lettre à la mère de Samir.

NOVOSTI (AGENCE DE PRESSE RUSSE)
Le président russe, Vladimir Poutine, a déclaré que le renforcement des capacités des forces armées russes est devenu la priorité de Moscou, surtout avec les anciennes-nouvelles menaces qui planent sur la sécurité du pays, notamment l’instauration du bouclier anti-missiles américain aux portes de la Russie. Poutine estime que la priorité doit aller à la consolidation des capacités opérationnelles des forces terrestres et de la flotte qu’il faut doter d’armes et de technologies modernes. Il a évoqué le système russe de GPS Glonas.

Tendances et événements au Liban

Contacts et médiations s’intensifient pour éviter une rude bataille électorale dans la circonscription du Metn (Est de Beyrouth) où l’opposition chrétienne conduite par le général Michel Aoun, allié au député Michel Murr et au grand parti arménien Tachnag, a décidé d’affronter le candidat appuyé par la coalition au pouvoir (14-mars), l’ancien président Amine Gemayel. C’est le patriarcat maronite qui est au centre de ces démarches.
Après avoir décidé d’organiser des élections partielles même sans la signature du président de la République pourtant requise par la Constitution, le 14-mars est maintenant bien embarrassé. Tous les sondages, même ceux qui sont commandés par le pouvoir, donnent le candidat de l’opposition, Camille Khoury (membre du CPL de Michel Aoun) largement vainqueur. Il obtiendrait 62 % des suffrages exprimés, contre 38 % à Amine Gemayel. C’est ce qui explique la nervosité de l’ancien chef de l’État et l’intensification des démarches pour trouver une issue qui lui sauverait la face. Une défaite d’Amine Gemayel porterait un coup de grâce au rôle politique de sa famille, et compromettrait les chances de son fils Sami Gemayel de prendre les rênes du parti Kataëb.
Mais ces démarches se sont heurtées aux positions en flèche prises par M. Gemayel qui a nommément attaqué Michel Aoun, l’accusant d’être un « amateur de guerre d’élimination ». Ce à quoi le mouvement du général a répondu qu’il « n’avait jamais éliminé personne physiquement comme l’a fait le parti Kataëb pendant de longues années ».
La seule issue pour le 14-mars est d’inciter le Conseil d’État à accepter le recours en invalidation de la partielle, présenté par Camille Khoury. Tout en étant candidat, ce dernier a en effet déposé un recours en invalidation, estimant que le décret de convocation du corps électoral doit obligatoirement être signé par le président Émile Lahoud. Or le chef de l’État refuse de signer tout décret émis par le gouvernement de Fouad Siniora qu’il juge illégitime et anticonstitutionnel, depuis que la communauté chiite, la plus grande du pays, n’y est plus représentée après la démission de ses ministres, le 11 novembre 2006.

Résumés d’articles relatifs au Liban

• L’émissaire français Jean-Claude Cousseran a achevé mercredi sa nouvelle mission de trois jours au Liban, sans parvenir à rapprocher les points de vue entre la majorité et l’opposition, toujours bloqués après plus de huit mois de crise politique.
Cette mission précède la visite prévue samedi et dimanche à Beyrouth du chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, dans le prolongement de la réunion qui avait rassemblé à la mi-juillet près de Paris l’ensemble des partis politiques libanais. Mais le quotidien Al Akhbar (Proche de l’opposition), a affirmé que le visite de Kouchner pourrait être reportée, surtout qu’elle coïncide avec une montée des tensions politiques à cause de la partielle du Metn.
Les efforts de Cousseran ont buté sur les priorités du pouvoir et de l’opposition : le 14-mars souhaite un package deal portant d’abord sur une entente sur le nom du prochain président suivie de la formation d’un cabinet d’union nationale. L’opposition, elle, réclame la formation d’un gouvernement d’union avant l’élection présidentielle qui doit avoir lieu entre le 25 septembre et le 23 novembre. Au Liban, le chef de l’État est élu par le Parlement.
Le blocage actuel menace de faire échouer l’élection du nouveau chef de l’État, en remplacement de l’actuel président Émile Lahoud.
M. Cousseran a qualifié d’utiles ses entretiens à Beyrouth, où il a rencontré notamment le Premier ministre, le chef de la majorité Saad Hariri, le chef de l’opposition chrétienne Michel Aoun et des représentants du Hezbollah.
« Nous avons abordé les discussions que j’ai pu avoir dans les pays voisins et avec un certain nombre de responsables libanais », a-t-il déclaré mercredi après un dernier entretien avec le président du Parlement et chef de l’opposition, Nabih Berri.
Avant Beyrouth, M. Cousseran s’était rendu en Syrie, en Égypte et en Arabie saoudite pour étudier avec les pays de la région des pistes de sortie de crise. L’étape à Damas avait marqué, de la part de la France, la reconnaissance de facto du rôle incontournable de Damas dans toute tentative de règlement de la crise libanaise, après plus de deux ans de froid entre les deux capitales.

• Un sous-officier français membre d’une équipe de déminage de la Finul stationnée à Naqoura, a été tué lors d’une opération de reconnaissance de zone polluée par des engins non explosés » largué par Israël lors de la guerre de l’étét 2006.
L’accident s’est produit dans une vallée étroite au sud de Chamaa, une localité située à une quinzaine de kilomètres au sud de la ville de Tyr et à cinq kilomètres au nord de la frontière israélienne.
Ce décès porte à dix le nombre de soldats de la Finul tués au Liban depuis début 2007.
Six d’entre eux, trois Espagnols et trois Colombiens, ont péri dans un attentat à la voiture piégée qui a visé le 24 juin le contingent espagnol. Trois soldats belges ont été tués dans un accident de la route le 7 mars.
Le sol du Liban sud est pollué par les sous-munitions larguées par Israël durant ce conflit, dont environ un million n’ont pas explosé au moment de l’impact, selon l’Onu, et par les mines datant de l’occupation israélienne, qui avait pris fin en 2000.

• La presse et les agences locales et internationales ont rapporté que président de la République, Émile Lahoud, a refusé de se faire livrer un colis en provenance d’Israël. Dès que les douanes de l’aéroport de Beyrouth ont informé le palais présidentiel de l’existence d’un colis destiné au président Lahoud en provenance de l’État hébreu, le chef de l’État a demandé qu’il soit renvoyé à l’expéditeur.

Audiovisuel libanais

NBN (PROCHE DU PRESIDENT DU PARLEMENT, NABIH BERRI)
Emission : En résumé
- Invité : Boutros Harb, député membre du 14-mars
L’élection d’un président de la République pour une période transitoire de deux ans affaibli la présidence (qui revient traditionnellement à un chrétien maronite, ndlr). Il s’agit d’une violation de la Constitution.
Toutes les parties libanaises sont responsables de l’affaiblissement du poste de la présidence de la République, ainsi que des présidences du Parlement et du Conseil des ministres.

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions arabe, anglaise et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise et arabe.