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Il faut se battre pour la paix

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Des élèves parlent de la guerre et de la paix.

« Ils marchent dans les rues avec leurs mitrailleuses et la nuit on sent vibrer la maison, car des chars qui pèsent des tonnes passent tout près. Des enfants innocents et leurs parents sont arrachés à la vie bien qu’ils n’y peuvent rien. Quand on regarde les gens dans les yeux, on y lit la peur et le désespoir visibles dans leurs larmes. Est-ce une satisfaction pour tous ceux qui continuent la guerre de voir que les gens meurent presque de peur ? Pour moi, c’est inimaginable. Tout homme a le droit de vivre sans avoir à craindre d’être atteint à tout moment par une bombe. »

« Nous souhaitons tous la paix. Mais si c’est notre plus grand vœu, pourquoi ne faisons-nous rien pour cela ? Nous continuons à faire la guerre, nous avons des préjugés et pas de justice. Beaucoup de personnes disent comment cela serait s’il y avait la paix dans le monde, elles disent qu’il faut discuter des problèmes au lieu de se faire la guerre. Il ne peut y avoir la paix que si les hommes traitent leur prochain comme ils vaudraient être traités eux-mêmes. »

« La paix est une belle chose. Chacun veut la paix, mais cela ne marche pas vraiment. Ceux qui prennent les décisions veulent la guerre parce qu’il ne leur arrive rien. Nous les innocents, nous devons payer. Les autres regardent de haut mourir les gens. »

Il faudrait qu’il y ait la paix, car tout le monde veut vivre bien. Mais de nos jours, la paix ne reigne nulle part. Personne parmi nous ne veut mourir. Chacun veut vivre. Et chacun peut contribuer à ce qu’il y ait la paix. » Ce ne sont que quelques phrases d’adolescents de 15-16 ans qui se sont exprimés sur la guerre et la paix.

Citons encore deux phrases :
« Les gens d’un certain âge disent que les jeunes sont violents mais si on regarde bien, c’est de leur faute. Les jeunes ne font que les imiter. »
Ce ne sont pas des lycéens allemands férus de rhétorique qui s’expriment ici. Ce sont des élèves qui ont terminé une « Hauptschule » allemande (école secondaire vers laquelle sont dirigés les élèves qui ont le plus de difficultés) et fréquentent maintenant une école professionnelle, des jeunes qui ont leurs défauts et leurs problèmes. Mais de toute évidence, ils savent ce qu’est la guerre, ils savent qu’ils ne la veulent pas, à aucun prix.

Quel monde voulons-nous laisser à cette jeunesse ? Un monde de destruction, de mensonges pour que les gens ne se révoltent plus contre la destruction ? Avons-nous vraiment perdu le respect de la guerre ?

Lundi matin, six heures et demie : la radio marche. Rupert Neudeck des « Casques Verts » parle de l’Afghanistan. Lui et son association y ont déjà construit toute une série d’écoles. C’est leur manière de venir en aide à ce pays meurtri. On demande à Neudeck comment il juge la situation sécuritaire dans le pays : Tout empire de jour en jour. Pas à cause de ceux qu’on appelle les Talibans. Le problème majeur, c’est la criminalité. Et la police ? Ce sont des brigands qui n’offrent aucune sécurité à la population, au contraire. Et les troupes de l’OTAN ? Elles ont construit des camps retranchés protégés. On ne les voit nulle part dans les campagnes. Mais la population s’en réjouit car les troupes de l’OTAN dans les villages, cela signifie la guerre et également l’arrivée des Talibans. Donc il vaut mieux qu’ils ne viennent pas. Et le Gouvernement de Kaboul n’a aucune influence là où Neudeck construit ses écoles. Ce n’est pas dans le Sud, où il y a des combats, mais dans l’Est, qui est relativement tranquille. Et Neudeck d’ajouter : Il est aberrant que l’Allemagne dépense 90 millions d’euros pour l’engagement des Tornados et qu’il doive, lui, se battre pour obtenir les 50 000 euros de dons dont il a besoin pour construire une école.

On peut préciser ceci : Depuis 2002, 85 milliards de dollars ont été dépensés en Afghanistan pour la guerre mais seulement 7,5 milliards pour la reconstruction civile, des milliards dont une grande partie n’est jamais arrivée jusqu’à la population.

D’après la station de radio allemande de droit public (sur laquelle le gouvernement exerce son influence) qui enregistre presque toutes les interviews sur bande magnétique ou les met sur Internet, cette interview n’existe plus. Curieuse coïncidence !

Le 10 juillet, on pouvait lire dans Manager Magazine : « Mardi, les actions allemandes ont plongé. Le Dax a baissé de 1,4% c’est-à-dire de 113 points, à 7965. Au vu de cette baisse, les courtiers en actions ont parlé d’un ‹mauvais cocktail de nouvelles›. D’une part, les profit warnings (avertissements sur bénéfices) des entreprises américaines Home Depot et Sears auraient rendu l’ambiance morose. D’autre part, la marine américaine a communiqué le déplacement d’un troisième porte-avions dans le golfe Persique. ‹Cela nous rappelle les tensions dans la région›, a déclaré l’un des courtiers. »

Il est bien curieux qu’un compte rendu boursier nous apprenne qu’une troisième escadre de porte-avions est en route vers le golfe Persique. Sur le site de l’US-Navy, on en trouve la confirmation. Le 7 juillet, l’USS Enterprise a quitté Norfolk avec tous ses navires de guerre en direction du golfe Persique, « in support of the global war on terrorism », comme on peut le lire dans un communiqué de presse de la marine américaine. Mais il n’est plus question d’une autre escadre de porte-avions. Trois porte-avions dans le Golfe, cela ne s’était produit qu’avant le début de la guerre en Irak. Israël – c’est ce qu’on peut lire sur des blogs internationaux – serait décidé à commencer une guerre contre l’Iran avant la fin de l’année. Alors les Américains se retrouveront le dos au mur. Or ni les grands médias ni les politiciens de premier plan n’appellent à mettre un terme à la guerre.

Mais il y a beaucoup d’autres personnes : nous citoyennes et citoyens. Et les élèves avec leurs réflexions.

« Ils marchent dans les rues avec leur mitrailleuses et la nuit on sent vibrer la maison, car des chars qui pèsent des tonnes passent tout près. Des enfants innocents et leurs parents sont arrachés à la vie bien qu’ils n’y peuvent rien. Quand on regarde les gens dans les yeux, on y lit la peur et le désespoir visibles dans leurs larmes. Est-ce une satisfaction pour tous ceux qui continuent la guerre, de voir que les gens meurent presque de peur ? Pour moi, c’est inimaginable. Tout être humain a le droit de vivre sans avoir à craindre d’être atteint à tout moment par une bombe. »

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