Tendances et événements régionaux

La tournée qu’entament au Moyen-Orient la secrétaire d’État Condoleezza Rice et du secrétaire à la Défense, Robert Gates, suscite de fortes inquiétudes dans les cercles politiques régionaux, et de nombreuses interrogations dans les milieux médiatiques. Cette tournée a d’emblée été placée par l’administration étasunienne sous le titre du renforcement des capacités militaires de ses alliés arabes, à travers des contrats de vente d’armes s’élevant à plusieurs dizaines de milliards de dollars, et dont plusieurs ont été rendus publics ces derniers jours. Cette annonce a été accompagnée par la réaffirmation par le président George Bush de l’engagement de son pays à maintenir la suprématie militaire et technologique d’Israël au Moyen-Orient. Dans ce cadre, il a indiqué que Washington allait augmenter son aide militaire à l’État hébreu de 30 milliards de dollars ces dix prochaines années. Dans le même temps, les projets d’industrie militaire communs et l’approvisionnement des entrepôts d’armements stratégiques vont se poursuivre.
L’image est comme suit : alors que Mme Rice et M. Gates vont informer leurs alliés israéliens et arabes que le retrait US d’Irak est très probable, le terrain au Moyen-Orient est préparé à une série de conflits et de guerres qui risquent de mettre la région à feu et à sang. Dans ce contexte, on comprend mieux les raisons du réarmement massif d’Israël : prendre sa revanche après sa défaite au Liban et lancer une guerre contre la Syrie. Les États-Unis s’efforcent aussi de mettre sur pied une alliance politico-militaire entre l’État hébreu et les pays arabes dits « modérés » pour faire face à l’Iran. Dans le collimateur de Washington figurent les mouvements de résistance arabe, avec à leur tête le Hamas et le Hezbollah. La scène palestinienne est déjà bien préparée, surtout depuis que Mahmoud Abbas et son Premier ministre Salam Fayyad ont accepté toutes les conditions israéliennes avec à leur tête l’abandon de la lutte armée dont toute mention a été rayée du programme du gouvernement palestinien.

Presse et agences arabes internationales

• Les ministres jordaniens de la Santé Saad al-Kharabcheh et de l’Eau Mohamad Thafer al-Alem ont démissionné dimanche à la suite d’un scandale lié à la récente pollution de l’eau potable dans le nord du pays, qui avait entraîné l’hospitalisation de centaines de personnes.
Un décret royal a été rendu public annonçant que les démissions avaient été acceptées.
« Leurs démissions sont liées au scandale de la pollution de l’eau dans le nord », a expliqué un responsable jordanien cité par les agences de presse. Des centaines de personnes de la tribu des Bani Hassan ont été hospitalisées en juillet à Manchieh, dans le gouvernorat de Mafrak (nord), pour des diarrhées et de la fièvre provoquées par la pollution de l’eau potable dans cette zone.

• Les agences de presse arabes et internationales ont cité des sources palestiniennes à Ramallah selon lesquelles Israël s’apprêterait à libérer 600 autres détenus palestiniens dans les semaines à venir. Dans ce contexte, le ministre palestinien des Détenus, Achraf al-Ajrami, a précisé que Mahmoud Abbas et Ehud Olmert vont examiner, lors de leur prochaine rencontre, une liste de prisonniers selon des critères nouveaux.

• Le détenu palestinien Mohammad Saïd Wajih, 56 ans, a fêté dimanche sa 31ème année d’incarcération dans les prisons israéliennes. Il devient ainsi le plus ancien détenu en Israël et peut être dans le monde. L’ancien président sud-africain, Nelson Mandela, avait passé 27 ans dans les geôles de l’apartheid.

• L’ambassadeur étasunien aux Nations Unies, Zalmay Khalilzad, a accusé l’Arabie saoudite et d’autres alliés des États-Unis au Moyen-Orient de miner les efforts de Washington pour enrayer la violence en Irak. Dans une interview accordée à la CNN, M. Khalilzad a indiqué qu’il visait l’Arabie saoudite lorsqu’il a déclaré que de nombreux pays, et non seulement l’Iran et la Syrie, suivent une politique de déstabilisation de l’Irak.

• Lors de la réunion hebdomadaire du gouvernement israélien, le Premier ministre Ehud Olmert a déclaré que le président George Bush lui avait assuré que Washington prendrait toutes les mesures nécessaires pour garantir la « suprématie qualitative » d’Israël sur les pays arabes. Ces assurances interviennent à un moment où le ministre de la Défense, Ehud Barak, a adopté un nouveau plan qui prévoit, entre autres, d’augmenter le nombre d’unités militaires après des années de réduction de la taille de l’armée. Le plan Barak repose sur les principes suivants : développer un système défensif capable d’abattre les roquettes de tous types ; améliorer les capacités de manœuvres en augmentant le nombre de réservistes ; stocker davantage de pièces de rechange pour les avions et les blindés ; continuer à investir dans les capacités militaires stratégiques d’Israël.

• Les agences de presse ont indiqué que les États-Unis vont porter à plus de 30 milliards de dollars sur dix ans leur aide militaire à Israël. Cette aide représente une augmentation de 25 % de l’aide militaire et de défense des États-Unis à l’Etat hébreu.
Selon une source gouvernementale, les États-Unis ont également accepté de vendre à Israël des avions de chasse de nouvelles générations ainsi que des bombes sophistiquées et des missiles à guidage laser.
En 2006, l’État hébreu a reçu 2,4 milliards de dollars d’aide militaire états-unienne, dont les trois-quarts servent à l’achat d’armes à des sociétés US. Le dernier quart finance des achats d’équipements militaires auprès de firmes israéliennes.

• Le chef des services de renseignement de Colombie a annoncé que les onze députés retenus en otages par la guérilla des FARC avaient été assassinés lors d’affrontements survenus entre deux factions du groupe rebelle.
« Les députés ont été assassinés sur ordre du dénommé ’el grillo’, chef du Front 60 (des FARC) au cours d’affrontements armés avec le Front 29 des FARC », a déclaré à la presse Andres Penate, chef des services de renseignement (DAS).
Le fonctionnaire a démenti les affirmations de la guérilla selon lesquelles les députés avaient été tués lors de tirs croisés avec un groupe militaire non identifié qui aurait attaqué le 18 juin le campement où étaient retenus les otages.
« Selon les résultats de l’enquête du DAS, nous sommes certains que ce qu’affirment les FARC, à savoir que les députés ont été assassinés au cours d’une opération présumée de mercenaires étrangers, est un mensonge », a-t-il ajouté.
Les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxistes), la guérilla la plus ancienne et la plus puissante militairement du pays, retient également en otage la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt et trois ressortissants états-uniens, parmi un groupe de 45 otages qu’ils proposent d’échanger contre 500 rebelles prisonniers

• La secrétaire d’État Condoleezza Rice et le secrétaire à la Défense Robert Gates entament ce lundi une tournée au Proche-Orient pour discuter de l’Irak. Les deux dirigeants seront ensemble à Charm el-Cheikh (Égypte) et à Djeddah (Arabie Saoudite) pour tenter de rassurer leurs homologues concernant l’implication US dans la région sur fond de menace stratégique iranienne.
Robert Gates redira aux alliés des États-Unis que « quoi qu’il arrive à court terme en Irak, notre engagement dans la région reste ferme, résolu et que nous cherchons en fait à le renforcer et à le développer », a-t-il ajouté. À Charm el-Cheikh, Mme Rice rencontrera en outre séparément ses collègues du Conseil de Coopération du Golfe (Arabie Saoudite, Koweït, Qatar, Émirats Arabes Unis, Bahrein, Oman), de Jordanie et d’Égypte, « pour des consultations sur des questions régionales ».
Elle se rendra ensuite séparément à Jérusalem et Ramallah pour des entretiens avec les dirigeants israéliens et palestiniens sur les moyens de se rapprocher de « l’horizon politique » que les États-unis veulent donner aux Palestiniens, dans la perspective de la réunion internationale de paix pour le Proche-Orient que le président George W. Bush a annoncée pour l’automne prochain.
De son côté, M. Gates se rendra au Koweït et aux Émirats arabes unis.
Leur visite commune en Arabie saoudite intervient à un moment où la presse états-unienne évoque des tensions croissantes entre Washington et Ryad. Ces relations se sont tendues depuis l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003 et en mars le roi Abdallah a critiqué « l’occupation illégitime de l’Irak ».

• Le conseiller à la sécurité iranienne, Ali Larijani, a réaffirmé que le dossier du nucléaire iranien pouvait être résolu s’il est abordé conformément à une approche technique et juridique. Il a expliqué que la proposition du directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEI), Mohamad Baradéï, consiste à ce que les deux parties s’arrêtent au stade actuel, ce qui est très différent de la suspension des opérations d’enrichissement de l’uranium. M. Larijani a critiqué les États-Unis qui portent le dossier iranien au Conseil de sécurité pour voter des sanctions, alors que le programme iranien ne prévoit pas et ne peut pas fabriquer la bombe atomique. D’un autre côté, Israël et l’Inde possèdent l’arme atomique sans être inquiétés le moins du monde.

YEDIOT AHARONOT (QUOTIDIEN ISRAELIEN)
Le gouvernement israélien a de nouveau demandé au chef des services de renseignements égyptiens, Amr Sleimane, d’intercéder auprès du Hamas pour obtenir la libération du soldat israélien détenu par le mouvement, Gilad Shalit. Ofer Dikel, le responsable chargé du dossier des soldats détenus, va se rendre prochainement au Caire pour tenter de réactiver la médiation égyptienne.

Audiovisuel arabe

AL-ARABIYA (CHAINE SAOUDIENNE)
Emission : Panorama
- Invité : Khaled Mechaal, président du bureau politique du Hamas
Le Hamas a découvert de nouveaux documents prouvant les complots et les crimes perpétrés (par les services de sécurité de l’Autorité palestinienne, ndlr) contre les Palestiniens et certains États arabes.
Je leur conseille de ne pas sous-estimer la force du Hamas en Cisjordanie. Le mouvement est toujours très puissant. D’ailleurs il n’a jamais été faible dans cette région.
Le Hamas a patienté un an et demi malgré les tentatives de coup d’État perpétrées par les services de sécurité palestiniens.

Tendances et événements au Liban

Les déclarations du ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, à la fin de sa visite de trois jours au Liban, ont laissé la porte ouverte à la poursuite des démarches visant à régler la crise libanaise. Le chef de la diplomatie espagnole, Miguel Angel Moratinos, a pris la relève. Il est arrivé à Beyrouth pour des entretiens avec les responsables libanais avant de se rendre en Syrie.
Les dizaines d’heures d’entretiens de Kouchner avec les différentes parties libanaises ont montré que la solution à la crise qui secoue le pays depuis huit mois est encore loin. Le pouvoir et l’opposition campent sur leurs positions. L’Opposition estime qu’un gouvernement d’union nationale constitue le cadre idéal pour la poursuite du dialogue nationale où seraient débattues toutes les questions litigieuses, y compris l’échéance présidentielle. Le pouvoir (14-mars) pense lui que la priorité doit aller à l’élection présidentielle, même s’il fallait élire un nouveau chef de l’État avec le quorum anticonstitutionnel de la majorité absolue. La formation d’un cabinet d’union nationale viendrait ensuite.
Les propos de Kouchner sur les facteurs externes, notamment syrien et iranien, dans la crise libanaise, ont été sciemment mal interprétés par les médias proches du pouvoir libanais. Ceux-ci ont affirmé que le chef de la diplomatie française a accusé ces deux pays d’entraver la solution à la crise. Cependant, des hommes politiques et des journalistes qui ont rencontré M. Kouchner et les membres de la délégation qui l’a accompagné, ont indiqué que le ministre a mis l’accent sur la nécessité de poursuivre le dialogue avec Damas et Téhéran pour assurer une couverture politique régionale à l’initiative française. Une source dirigeante de l’opposition indique que M. Kouchner a senti chez les Syriens et les Iraniens une crainte que le Liban ne soit utilisé par les États-Unis comme outil de pression contre eux.
Conscient des réalités politiques libanaises, le secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, avait déclaré que seul un gouvernement d’union nationale pouvait neutraliser les inquiétudes réciproques entre le pouvoir et l’opposition. S’il existe réellement deux axes au Liban, états-uno-saoudien et irano-syrien, un cabinet d’union les neutraliserait, avait dit Nasrallah. La France a visiblement écouté avec attention cette proposition.

Résumé d’articles relatifs au Liban

• La presse libanaise a repris en détail les propos du chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, qui a achevé à Beyrouth une mission qu’il a qualifiée de « difficile », après avoir averti qu’une reprise de la guerre menaçait si la crise n’était pas surmontée rapidement.
« Il ne s’agissait que d’une étape, n’attendez pas de moi la solution aux problèmes du Liban, cela viendra », a déclaré M. Kouchner avant de quitter le Liban pour l’Égypte.
Le ministre français a cependant fait état d’une « ouverture » après avoir réuni dimanche pour un déjeuner les dirigeants des partis politiques libanais, du pouvoir comme de l’opposition, alors que tout dialogue est rompu entre les deux camps depuis plus de huit mois.
« Si les Libanais ne réussissent pas ce dialogue nécessaire, malheureusement ce sera encore la guerre », avait-il averti.
Il a une nouvelle fois mis en garde dimanche contre le risque d’un retour de la violence. « Malheureusement, ce n’est pas impossible. En 64 ans d’existence, le Liban a connu 32 années de guerre », a-t-il dit. « Je sais comment cela dégénère très vite, les atrocités, les massacres de part et d’autre, on ne sait pas comment ça s’arrête et ça peut s’arrêter dans la violence ». « Il faut faire pression pour que l’environnement (du Liban), c’est-à-dire, soyons clairs, la Syrie et l’Iran, ne puisse exercer une influence qui conduirait vers la guerre », a ajouté en soirée Bernard Kouchner, arrivé en Égypte, où il rencontré son homologue Ahmed AbouL Gheit.
La mission de M. Kouchner au Liban faisait suite à la réunion organisée à la mi-juillet à La Celle Saint-Cloud, près de Paris, entre tous les courants politiques libanais.
La France espère susciter une reprise du dialogue entre le pouvoir soutenu par les Occidentaux et l’opposition.
« Nous avons réuni les commandants, ils étaient tous là, ils se sont parlé, comme les lieutenants à La Celle Saint-Cloud (...). Mais cette fois, c’était les commandants, voilà la nouvelle étape et elle a été franchie », a encore déclaré M. Kouchner à Beyrouth. Seuls le président du Parlement Nabih Berri, le Premier ministre, Fouad Siniora, et le chef du Hezbollah sayyed Hassan Nasrallah, se sont fait représenter pur des raisons de sécurité.

AL-AKHBAR (PROCHE DE L’OPPOSITION)
Les espoirs que de nombreux libanais plaçaient dans la visite de Bernard Kouchner ont été brisés. Le chef de la diplomatie française n’a pas réussi à convaincre les protagonistes à poursuivre au Liban le dialogue entamé à La Celle Saint-Cloud, le 15 juillet dernier. L’optimisme qui était apparu au lendemain de la rencontre inter-libanaise en France s’est très vite dissipé à Beyrouth. Les polémiques acerbes sur fond de résultats de la guerre de juillet 2006 entre le Hezbollah et le gouvernement et de tension provoquée par la partielle du Metn ont refait surface.

AN-NAHAR (PROCHE DU 14-MARS)
Lors de la rencontre organisée à la table de Bernard Kouchner entre les principaux chefs politiques libanais aucun dialogue sérieux n’a eu lieu et aucune nouvelle idée n’a été discutée. Ce déjeuner a seulement réussi à briser la glace entre les leaders, bien qu’un froid a caractérisé les rapports entre certaines personnalités, notamment entre Michel Aoun et Amine Gemayel.

• Le chef de la diplomatie espagnole Miguel Angel Moratinos a indiqué dimanche à Beyrouth que son pays était déterminé à aider le Liban à sortir de la crise politique dans laquelle il est plongé depuis près de huit mois.
« L’Espagne, qui est proche du Liban, espère pouvoir l’aider à sortir de sa crise. On va essayer, on ne sait pas si on va réussir, mais on va faire le maximum », a déclaré M. Moratinos, à l’issue d’un entretien avec le Premier ministre Fouad Siniora.
Il a ajouté que son pays, « engagé politiquement et militairement d’une manière forte au Liban de par sa contribution à la Finul et qui a payé un prix lourd avec la mort de six de ses soldats », continuerait « à assumer ses responsabilités ».
Six membres du contingent espagnol de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) ont été tués le 24 juin par l’explosion d’une voiture piégée au Liban sud.
M. Moratinos, qui devait rencontrer lundi les principaux dirigeants libanais, se rendra par la suite au sud pour rendre visite au contingent espagnol, avant de rejoindre la Syrie.
À son arrivée dimanche à l’aéroport de Beyrouth, M. Moratinos s’était entretenu pendant un quart d’heure avec son homologue français Bernard Kouchner, qui s’apprêtait à partir pour Le Caire après une mission au Liban.

Audiovisuel libanais

NTV (INDEPENDANTE, SENSIBLE AUX THESES DE L’OPPOSITION)
Emission : La semaine en une heure
- Invité : Najah Wakim, ancien député de Beyrouth (Opposition)
Si le président du Parlement, Nabih Berri, reconnaît la députation des deux parlementaires issus des partielles de Beyrouth et du Metn (organisées sans la signature du président de la République, ndlr), des conflits vont alors éclater entre les différentes composantes de l’opposition. S’il leur interdit l’accès du Parlement, on dira que les chiites portent atteinte aux droits des sunnites et des maronites (les partielles doivent élire un député sunnite à Beyrouth et un maronite au Metn. Nabih Berri, lui, est chiite, ndlr).

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions arabe, anglaise et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise et arabe.