Tendances et événements au Proche-Orient

La dernière tuerie perpétrée en Irak par la compagnie de sécurité privée Balckwater a suscité, cette fois-ci, une vive réaction de la part du gouvernement de Nouri al-Maliki et a mis sous les projecteurs un dossier qui était uniquement traité par les mouvements anti-guerre aux États-Unis qui ont publié de nombreuses études sur l’armée de mercenaires mise en place par Washington dans le pays des deux fleuves.
L’administration états-unienne a fait, mardi, la première confession à ce sujet. Elle est apparue dans une position justifiant le crime commis par Blackwater (dix civils tués) et qui a poussé al-Maliki à retirer la licence accordée à cette compagnie. Washington a ainsi qualifié de « précipitée » la décision du Premier ministre irakien et lui a conseillé d’attendre les résultats de l’enquête.
Selon des sources bien informées, l’armée des mercenaires US compte en Irak 120 000 hommes qui touchent, chacun, des salaires mensuels pouvant atteindre 45 000 dollars.
Selon Thierry Meyssan, intervenant cet été sur Al-Alam, Blackwater forme une articulation entre les évangéliques du Pentagone et la faction atlantiste du Vatican. Cette société a été fondée par Erik Prince de Christian Freedom International et est dirigée par l’ancien inspecteur général du Pentagone Joseph Schmitz de l’Ordre souverain militaire et hospitalier de Malte. Un dispositif opérationnel et idéologique identique avait été déployé en sont temps en Amérique centrale par John Negroponte et Preston Bush Jr (chevalier de Malte et oncle de l’actuel président Bush) en collaboration avec le révérend Moon. Il s’agissait alors de combattre les théologiens de la libération, mais en Irak l’idéologie est de poursuivre les croisades.
Ces mercenaires sont le plus souvent recrutés dans les milieux criminels et la pègre et sont au service du Pentagone, du Département d’État et des services de renseignement, dont l’action est coordonnée par Elliot Abrams, chargé du Moyen-Orient au Conseil national de sécurité. Les pertes dans les rangs des compagnies de sécurité privée ne sont pas comptabilisées avec celles de l’armée états-unienne. Selon des sources bien informées, les mercenaires forment l’essentiel des escadrons de la mort qui perpètrent les massacres et les explosions à caractère sectaire dans le but d’attiser les dissensions entre sunnites et chiites et entre Arabes, Kurdes et Turcomènes. La première apparition publique de ces unités de mercenaires a eu lieu dans la ville de Fallouja, en 2004, lorsqu’une foule en colère en a lynché quatre.
Des correspondants de la presse étrangère en Irak ont fait état de fosses communes ou seraient enterrés des dizaines de mercenaires tués en Irak et dont les corps ne sont pas toujours rapatriés dans leurs pays respectifs. Cette armée privée serait financée par les caisses noires, alimentées par le pillage des ressources pétrolières irakiennes. Ces fonds servent aussi à financer toutes les opérations secrètes menées par la CIA dans d’autres pays comme le Liban, la Syrie et autres.
De sources sûres ici à Beyrouth, on affirme que des unités israéliennes, et des membres de l’ancienne milice supplétive de l’État hébreu, l’Armée du Liban Sud (ALS), ainsi que des miliciens des Forces libanaises, ont été recrutés ces dernières années pour se rendre en Irak en tant que mercenaires.
Des chaînes satellitaires arabes commencent à faire la lumière sur les exactions commises par ces mercenaires et des reportages-choc vont prochainement être diffusés.

Presse et agences internationales

• L’ambassade des États-Unis en Irak a indiqué avoir suspendu les déplacements terrestres de ses personnels à Bagdad et dans le reste du pays, face à un risque accru d’attaques après une fusillade impliquant un convoi du département d’État protégé par la société Blackwater.
« A la lumière du sérieux incident impliquant un détachement de protection de l’ambassade américaine à Bagdad, l’ambassade a suspendu officiellement les déplacements terrestres des employés civils américains en dehors de la zone internationale et partout en Irak », indique un communiqué. « Cette suspension permettra d’évaluer les missions et procédures de sécurité, de même qu’une possible augmentation des menaces sur les personnels se déplaçant en dehors de la ‘zone verte’", ajoute le communiqué.
Cette décision fait suite à une fusillade dimanche sur le passage d’un convoi diplomatique escorté par l’entreprise états-unienne Blackwater, chargée de la protection de l’ambassade des États-Unis à Bagdad. Dix Irakiens ont péri, dont neuf civils.
Selon des témoins, les hommes de Blackwater ont fait feu indistinctement sur les civils, dans le quartier de Mansour.
Le gouvernement a depuis annoncé avoir retiré la licence de Blackwater, l’une des plus puissantes « compagnies privées de sécurité » en Irak, et assuré que les responsables de ce qu’il considère comme « un crime » devaient être déférés devant la justice irakienne.
L’interdiction de Blackwater est à ce jour restée sans effet : aucun personnel de Blackwater en Irak n’a été formellement mis en examen, arrêté ou expulsé du pays.
Le cabinet du Premier ministre Nouri al-Maliki a également décidé que l’activité de toutes les entreprises de sécurité opérant en Irak serait « réexaminée » et mise en « conformité avec la loi ».

AL-BAYAN (QUOTIDIEN EMIRATI)
Subitement, la température du dossier nucléaire iranien a atteint des niveaux inégalés. Le climat ambiant laisse croire que la guerre est aux portes. Cette escalade n’est pas un langage inhabituel pour ce sujet brûlant depuis plus de trois ans. Souvent, ce dossier est arrivé dans une impasse malgré certaines périodes d’éclaircie qui laissaient espérer un règlement. Mais le réchauffement des deux derniers jours montre que cette question est entrée désormais dans une zone dangereuse ou, du moins, se trouve à son seuil. L’Union européenne, y compris la France, a été la première à proposer le dialogue comme moyen de règlement du problème nucléaire iranien. Elle est restée attachée à l’option de la négociation et a même failli, à certains moments, se heurter aux États-Unis. L’Europe devrait poursuivre sur la même voie et déployer davantage d’efforts pour trouver une issue pacifique à cette crise. Cela nécessite beaucoup de flexibilité et d’ouverture et l’abandon des menaces et des discours de guerre, des missiles et des avions. La question est sensible et les tensions sont fortes. Dans de telles circonstances, la moindre erreur pourrait provoquer une catastrophe.

• Téhéran a minimisé l’importance des propos du ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, qui a dit s’attendre au pire, c’est à dire à la guerre, à cause du dossier nucléaire iranien. Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, qui a dit ne pas « prendre au sérieux » les déclarations de Kouchner, a appelé la France à cesser son « approche irraisonnable » de la question nucléaire.
Par ailleurs, des responsables iraniens ont menacé d’une « riposte destructrice et rapide » à toute attaque militaire contre le pays.
À Moscou, où il se trouve en visite officielle, M. Kouchner a tenté de minimiser la portée de ses déclarations incendiaires. Le chef de la diplomatie française a accusé la presse de « manipulation » sur ses propos concernant une opération militaire en Iran et a affirmé qu’il ne voulait pas la « guerre, mais la paix ».
« On se retrouve à la tête d’un maelstrom. On dit : Bernard Kouchner veut la guerre, mais ce n’est pas vrai. C’est une manipulation. Je ne veux pas la guerre, je veux la paix », a déclaré M. Kouchner. « Comme d’habitude avec les journalistes, ils prennent une phrase et on ne sait pas ce qu’on a dit après. On m’a posé la question : cela veut dire quoi s’attendre au pire ? J’ai dit : le pire ce serait la guerre, je n’ai pas dit : le mieux ce serait la guerre », a expliqué le ministre. « Il faut négocier (avec l’Iran) sans s’arrêter et sans craindre les reculs. Nous sommes prêts à travailler sur des sanctions avec les pays qui le proposent, des sanctions techniques qui ne visent en rien le peuple iranien », a encore souligné M. Kouchner. Le ministre a suggéré des sanctions « au niveau des circuits bancaires », « financiers ». Il a rappelé à cet égard celles prises contre l’Afrique du Sud du temps de l’apartheid, estimant qu’elles avaient été « efficaces ».

• La Russie s’est dite inquiète après l’évocation d’un scénario militaire à l’encontre de l’Iran, un pays qu’elle défend sur la scène internationale et avec qui elle entretient d’importantes relations économiques. Le ministre russe des Affaires étrangères, Serguei Lavrov, a mis en garde contre les « conséquences possibles » d’une telle opération dans la région, en renvoyant au précédent de l’intervention américaine en Irak. Il a également rappelé que l’accord trouvé dans le dossier nucléaire nord-coréen montrait qu’une solution était possible si toutes les parties faisaient des efforts.
Tout comme la Russie, la Chine, autre membre permanent du Conseil de sécurité de l’Onu, s’est élevée contre les « menaces incessantes » d’intervention militaire en Iran.
M. Lavrov s’est prononcé contre des sanctions unilatérales, en dehors du cadre de l’Onu, suggérées notamment par M. Kouchner au niveau de l’Union européenne (UE).
« Si nous nous sommes mis d’accord pour travailler collectivement, dans le cadre du Conseil de sécurité de l’Onu, à quoi bon des sanctions unilatérales ? », s’est-il demandé.
Le ministre russe a appelé dans l’intervalle à poursuivre les « négociations avec l’Iran » et souhaité une reprise « au plus vite » des contacts entre le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale iranien Ali Larijani et le représentant de l’UE pour la politique étrangère, Javier Solana.

AFP (AGENCE FRANCE PRESSE)
L’Égypte et l’Iran vont engager un dialogue au niveau ministériel en vue d’une éventuelle reprise de leurs relations diplomatiques, rompues officiellement depuis 1980, a-t-on annoncé mardi de source officielle égyptienne.
« Il a été convenu de poursuivre le dialogue entre les deux parties, surtout en ce qui concerne les relations bilatérales, au niveau des hauts responsables puis des ministres des Affaires étrangères », a déclaré dans un communiqué Hossam Zaki, le porte-parole officiel du ministère égyptien, évoquant implicitement une éventuelle reprise des relations diplomatiques.
M. Zaki s’exprimait après des entretiens du vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, avec des responsables du ministère.
« Les Iraniens veulent parler, avoir des contacts, et l’Égypte ne ferme pas la porte. L’Égypte est ouverte à un dialogue, a-t-il affirmé. Les deux côtés sont désireux de développer les relations et d’avancer vers une disparition des questions entravant une pleine reprise des relations ».
L’annonce intervient en pleine polémique après les déclarations du chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner. Mais pour Imad Gad, chercheur au Centre Al-Ahram des études politiques et stratégiques, l’annonce est d’abord « un message à l’intention des États-Unis », l’Égypte souhaitant montrer qu’elle peut se démarquer de la politique de son allié US dans la région.
M. Gad n’écarte pas non plus la possibilité que l’annonce soit une réaction à un récent rapport de l’administration états-unienne notant une détérioration des libertés religieuses en Égypte, aussitôt rejeté par Le Caire.
Les relations entre l’Iran et l’Égypte sont mouvementées depuis que Téhéran a rompu ses relations diplomatiques avec Le Caire en 1980, après la révolution islamique, pour protester contre la reconnaissance d’Israël par l’Égypte un an auparavant.
Téhéran n’a pas non plus pardonné au Caire d’avoir d’avoir accordé l’asile au shah Mohammad Reza Pahlavi, renversé par la révolution iranienne, et d’avoir aidé l’Irak lors de la guerre de 1980-1988.
De son côté, l’Égypte avait notamment exigé que soit débaptisée une rue de Téhéran portant le nom de Khaled Eslamboli, l’assassin de l’ancien président égyptien Anouar al-Sadate, en 1981. La municipalité avait accepté de rebaptiser cette voie « Intifada », mais l’ancien nom reste inscrit sur toutes les plaques.

Audiovisuel international

AL JAZEERA (CHAINE QATARI)
Principal journal du soir
- Invité : Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe
On ne peut pas parler d’une préparation sérieuse de la conférence de paix (convoquée par George Bush en novembre, ndlr), car on ne sait pas encore qui sont les participants et quel sera l’ordre du jour.
Les pays arabes ne veulent pas que cette conférence soit uniquement une réunion de pure forme.

AL-ALAM (CHAINE IRANIENNE ARABOPHONE)
Émission : Déclaration exclusive
- Invité : cheikh Abdel Razzak Neddaoui, haut dirigeant du courant sadriste
Il est inévitable de former de nouveaux partis qui rassembleraient dans leurs rangs les diverses composantes du peuple irakien. Il faut abandonner la répartition des postes et des fonctions, basée sur des quotas confessionnels. C’est la seule façon d’éviter à l’Irak davantage de malheurs.
L’Irak se prépare à de nouvelles élections qui vont produire un paysage politique différent.
Le Courant sadriste s’est retiré de la coalition (chiite unifiée au pouvoir en Irak, ndlr).

Tendances et événements au Proche-Orient

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Conférence de presse de Ban Ki-Moon, 18 septembre 2007.

Dans une conférence de presse organisée mardi, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, a exprimé plusieurs positions qui ont suscité l’intérêt des milieux politiques libanais, arabes et étrangers, concernés par les événements au Liban.
- 1. Il a pratiquement désavoué son adjoint Terje Rød-Larsen, qui avait interprété la Constitution libanaise dans le même sens que le 14-mars, estimant qu’elle autorisait l’élection d’un président de la République à la majorité simple. M. Rød-Larsen avait lié l’échéance présidentielle à la résolution 1559, ce qui avait été perçu, au Liban, comme une volonté d’internationaliser l’élection d’un nouveau président.
M. Ban a déclaré que ces déclarations ne reflètent pas la position des Nations unies et avait laissé entendre que des explications seraient demandées à son adjoint.
Le 14-mars envisageait de déplacer ses députés au siège de l’ONU à New York pour élire à la sauvette le prochain président libanais.
- 2. M. Ban a souligné l’importance du rôle de la Syrie au Moyen-Orient. Il a révélé avoir adressé une invitation au ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Moallem, afin de participer à la réunion conjointe entre le comité arabe chargé du suivi de l’initiative de Riyad et le quartette international. Certes, cette réunion ne va pas sortir du cadre de ce que souhaitent les États-Unis. Mais les pays arabes n’avaient pas posé comme condition à leur participation à cette concertation que la Syrie y soit invitée.
De nombreux analystes considèrent le Liban comme baromètre de la situation régionale. Ils inscrivent les propos de M. Ban —qui interviennent au lendemain des efforts visant à apaiser les esprits après les menaces françaises contre l’Iran— dans le cadre des tentatives d’apaisement généralisées. Dans le même temps, les responsables israéliens ont adressé des messages positifs aux dirigeants syriens dans une tentative on ne peut plus claire de calmer la situation après la violation de l’espace aérien de la Syrie et des déclarations ambiguës qui ont suivi.
La question qui se pose est la suivante : les États-uniens ont-ils donné l’ordre à leurs amis, alliés et agents, de juguler l’escalade, de peur que les événements n’échappent à tout contrôle ? Si tel est le cas, cela signifie que l’escalade orchestrée par Washington et consorts s’inscrit dans une stratégie de renforcement des positions et de rassemblement des cartes en prévision d’un deal en gestation à l’échelle régionale. Mais cette escalade ne doit pas dépasser certaines limites, sinon le prix que Washington et ses alliés devront payer sera alors exorbitant.

Articles relatifs au Liban

AS-SAFIR (QUOTIDIEN PROCHE DE L’OPPOSITION)
Le vice-président syrien, Farouk Chareh, a déclaré que le prochain président libanais devrait être capable de prendre en main le dossier des relations bilatérales.
Pendant ce temps, Bkerké (le siège du patriarcat maronite, ndlr) consolide l’initiative de Nabib Berri alors que le président de la Chambre et le député Saad Hariri projettent de se rencontrer prochainement.
D’autre part, le gouverneur de la Banque centrale, Riad Salamé, a déclaré que la crise des banques dans plusieurs pays occidentaux n’aura aucune répercussion sur le secteur bancaire libanais.

AN-NAHAR (QUOTIDIEN PROCHE DU 14-MARS)
Le président Berri a salué les »gestes de courtoise » de Saad Hariri. À Riyad, le roi Abdallah a conseillé au Premier ministre Fouad Siniora de faire en sorte que le Liban traverse l’élection présidentielle sans problème.

AL-AKHBAR (QUOTIDIEN PROCHE DE L’OPPOSITION)
Les indices prouvant l’existence d’une volonté de ne pas autoriser le retour dans leur camp des habitants de Nahr al-Bared se multiplient. Le gouvernement fait preuve d’un total manque de transparence dans le traitement du dossier de la reconstruction de ce camp.

Documents joints


Private Security Contractors in Iraq : Background, Legal Status, and Other Issues (CRS Report, July 2007)


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Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions arabe, anglaise et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise et arabe.