Tendances et événements au Proche-Orient

L’annonce par Washington de son intention d’inviter la Syrie à la conférence de paix sur le Moyen-Orient constitue un développement politique majeur après la multiplication des signaux qui présageaient de l’échec de cette réunion convoquée par George Bush. Pour le président états-unien, l’objectif de cette conférence serait d’élargir l’éventail des pays arabes ayant reconnu Israël, sans contreparties politiques significatives. Il espère enterrer définitivement le droit au retour des réfugiés palestiniens et faire cautionner par les Arabes un projet d’État palestinien non viable aux frontières indéfinies et reporter la question du statut de Jérusalem.
Des spécialistes du Moyen-Orient estiment que l’annonce par Condoleezza Rice de l’invitation de la Syrie serait due aux récents développements qu’à connu la région. L’attitude du président égyptien, Hosni Moubarak, qui a mis l’accent sur la nécessité de faire participer la Syrie et de régler au préalable les différends inter-palestiniens, a également joué un rôle de premier plan. La position réservée de l’Arabie saoudite, à la lumière des informations fournies par Mahmoud Abbas sur l’intransigeance d’Ehud Olmert, a fini par enfoncer le clou. Le royaume wahhabite a estimé que le prix moral et politique qu’il devrait payer à travers sa participation à cette conférence à l’ordre du jour et aux objectifs flous, était tout simplement trop lourd à porter.
À tout cela, il faut ajouter l’expérience difficile des États-Unis dans leur bras de fer avec la Syrie ces dernières années. Car malgré toutes les pressions multiformes et les menaces d’intervention militaire, Damas n’a cédé sur aucun des principes qu’il considère comme une constante nationale.
La logique états-unienne du marchandage s’illustre encore une fois par des gestes d’ouverture couplés à une accentuation des pressions. Il est clair que Washington, qui a interdit à la France de s’ouvrir sur la Syrie, s’est réservé le monopole de cette carte. Le message positif a été transmis par Condoleezza Rice, alors qu’Israël et le 14-mars libanais ont pour mission d’accentuer les pressions. Les Israéliens en procédant à des agressions militaires et à des assassinats au Liban, et le 14-mars en lançant des accusations toutes prêtes contre la Syrie. Cette répartition des rôles a pour objectif de pousser Damas à intervenir auprès de ses alliés libanais afin qu’ils facilitent l’élection d’un candidat qui servirait le mieux les intérêts et les plans US dans la région.
Ironie du sort : les pressions exercées sur la Syrie visent à la pousser à intervenir dans le processus électoral au Liban, et non pas à ne pas s’en mêler, comme le prétendent Washington et Paris.

Presse et agences internationales

• Des appareils de chasse israéliens ont décollé samedi pour la seconde fois en 48 heures, suite à une nouvelle fausse alerte à la frontière syrienne, rapporte la radio publique israélienne.
L’alerte a été donnée à la suite de la disparition sur les écrans radar d’un appareil volant au-dessus du territoire syrien, apparemment pour cause accidentelle, selon la radio. L’armée israélienne s’est abstenue de tout commentaire.
Un survol d’oiseaux migrateurs à la frontière syrienne avait déjà mis en émoi vendredi l’armée de l’air israélienne qui avait envoyé des chasseurs à leur rencontre.
Le survol avait été repéré par les radars sans qu’ils puissent déterminer avec certitude s’il s’agissait bien d’oiseaux et non d’appareils ennemis.

• Les États-Unis ont annoncé dimanche leur intention d’inviter la Syrie à la conférence internationale de paix entre Israéliens et Palestiniens qu’ils veulent organiser à l’automne, un geste envers leurs alliés arabes du Golfe.
Les États-Unis inviteront à cette réunion internationale « les parties (Israéliens et Palestiniens), leurs voisins dans la région, le Quartette et les membres du comité de suivi de la Ligue arabe, ainsi que d’autres acteurs clés internationaux », a déclaré à la presse un haut responsable du département d’État.
« Je pense que vous trouverez digne d’intérêt que les membres, au pluriel, du comité de suivi de la Ligue arabe seront invités », a souligné ce haut responsable ayant requis l’anonymat, en insistant sur l’article pluriel pour signifier qu’il pensait à tous les membres de ce comité.
Ce comité comprend la Jordanie et l’Égypte —les deux seuls pays arabes à avoir signé un traité de paix avec Israël—, ainsi que le Qatar, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et la Syrie.
Il a été chargé de convaincre Israël d’accepter une initiative de paix d’inspiration saoudienne relancée en mars dernier par la Ligue arabe lors d’un sommet à Ryad.
La secrétaire d’État US, Condoleezza Rice, a annoncé cette décision dans l’après-midi à ses homologues du Quartette pour le Proche-Orient et dans la soirée au comité de suivi lui-même à l’occasion d’un dîner de rupture du jeûne du Ramadan.
Cette annonce est intervenue à l’issue de deux rencontres bilatérales que Mme Rice a eues dans un grand hôtel de New York avec ses homologues saoudien, Saoud al-Fayçal, et koweitien Mohammed al-Sabah, apparaissant comme un geste envers les alliés arabes de Washington.
À l’issue de sa rencontre avec Mme Rice, le prince Saoud a refusé de préciser si l’Arabie saoudite, qui n’entretient pas de relations diplomatiques avec Israël, participerait à cette conférence.

AL-KHALEEJ (QUOTIDIEN EMIRATI)
Une source syrienne a estimé que l’annonce par les États-Unis de leur intention d’inviter la Syrie à la conférence de paix de George Bush ne contient aucun élément nouveau. Damas a déjà fait savoir qu’il ne participerait pas à une réunion aux objectifs imprécis, qui n’est pas organisée sur la base des résolutions internationales, qui ne prévoit pas le retrait israélien total du Golan occupé jusqu’aux lignes du 4 juin 1967 et la restitution des droits des Palestiniens. La même source doute de la réussite de cette réunion après les fortes réserves exprimées par l’Arabie saoudite et l’Égypte.

BOSTON GLOBE (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
Elie Khoury, fondateur de l’Institut de la renaissance libanaise, a signé un article dont voici des extraits :
Si les prochaines élections présidentielles concernent la sécurité nationale aux États-Unis, les États-uniens doivent accorder une attention particulière non seulement à leurs élections mais aussi à celle qui est organisée très loin de chez eux, au Liban. Le Parlement libanais est appelé à se réunir pour choisir un nouveau président dans un pays du Moyen-Orient où les soldats américains se battent, et où les importants intérêts américains sont menacés.
La Constitution libanaise est claire. Elle stipule que le président est élu à la majorité absolue s’il ne réussit pas à obtenir les deux tiers au premier tour. Mais les choses ne sont pas aussi simples au Liban, où les intérêts syriens, iraniens et israéliens s’entremêlent, tandis que les conflits israélo-palestinien et inter-palestinien se poursuivent. Sans oublier la présence du Hezbollah au Liban-Sud. L’histoire et les événements en cours montrent que le peuple libanais a la capacité d’édifier un État. Face à l’échéance présidentielle, les Libanais doivent se comporter d’une manière démocratique. Le Liban a une occasion de prouver qu’il peut jouer un rôle de stabilisation dans une région en proie à des troubles. Ce rôle sert les intérêts des soldats et des citoyens états-uniens L’élection présidentielle au Liban est littéralement une question de vie ou de mort.

WASHINGTON TIMES (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
Sharon Bein écrit que la plupart des compagnies de sécurité privée en Irak exercent leurs activités sans licences à cause de la corruption qui sévit au sein du gouvernement irakien. Les officiels réclament parfois des sommes pouvant atteindre un million de dollars pour fournir les autorisations nécessaires pour permettre aux sociétés privées de travailler. En raison de ces sommes exorbitantes, certaines compagnies préfèrent exercer leurs activités sans attendre l’obtention des licences.
Le responsable de l’une de ces compagnies a révélé que les officiels irakiens demandes des pots-de-vin commençant par 100 000 dollars. Une somme qui peut augmenter selon l’importance de la société.

SUNDAY TIMES (QUOTIDIEN BRITANNIQUE - GROUPE MURDOCH) • Les forces d’élite israéliennes ont saisi du matériel nucléaire nord-coréen au cours d’un raid dans une base militaire secrète en Syrie mené avant l’attaque aérienne de l’État hébreu le 6 septembre.
Des sources bien informées révèlent que le matériel, saisi dans un complexe situé près de Deir-Ezzor au nord-est de la Syrie, a été examiné en Israël et provient de Corée du Nord.
Israël surveillait le site syrien depuis des mois selon des sources israéliennes. La mission a été effectuée par le commando Sayeret Matkal.
Un responsable américain cité sous le couvert de l’anonymat ajoute que le gouvernement américain a cherché des preuves d’activités liées au nucléaire avant d’autoriser l’attaque aérienne des avions F-15 de l’armée israélienne.
Le raid du commando israélien a été dirigé directement par Ehud Barak, ancien commandant de cette unité d’élite, qui avait le site syrien en ligne de mire depuis sa prise de fonction au poste de ministre de la Défense le 18 juin.
La Maison-Blanche a réaffirmé avoir une « vue réaliste » de la Corée du Nord mais s’est refusée à commenter une attaque de l’État hébreu contre une coopération nucléaire entre Damas et Pyonyang, qui mettrait à mal les efforts américains pour le désarmement nucléaire de la Corée du Nord.

• L’armée de l’air états-unienne a chargé un groupe d’officiers supérieurs de mettre au point une nouvelle stratégie entourée d’un grand secret contre l’Iran. Le groupe de réflexion composé de 20 à 30 membres, remet ses rapports directement au commandant de l’aviation US, le général Mikhaël Mosley. Il a des contacts directs avec la Maison-Blanche, la CIA et les autres agences du renseignement.

Audiovisuel arabe

AL-JAZEERA (CHAINE QATARI)
Émission : Au-delà de l’événement
- Invité : Samir Taki, directeur du Centre de recherches d’Orient (Damas)
La pression monte progressivement sur la Syrie afin de la pousser de modifier ses positions à l’égard de questions essentielles concernant la cause palestinienne, l’occupation de l’Irak, le soutien à la Résistance libanaise et ses relations avec l’Iran.
Le Moyen-Orient est au bord de l’explosion. Les États-Unis empêchent l’entente entre les Libanais, les Irakiens et les Palestiniens.
Les accusations sur l’existence d’un programme nucléaire syrien sont sans fondement. Un tel programme ne peut pas être caché sous une table.
- Invité : Riad Kahwaji, directeur du Centre de recherches sur l’Orient (Rome)
Israël, en coordination avec les États-Unis, prépare quelque chose contre la Syrie. Mais il attend d’abord de voir quelle serait l’attitude de Damas à l’égard d’une guerre contre l’Iran.

Tendances et événements au Liban

Vraisemblablement, la séance du parlement libanais consacrée à l’élection du président de la République, demain mardi, ne devrait pas être le théâtre de développements dramatiques. Le quorum des deux tiers ne sera pas assuré et la coalition au pouvoir ne va pas élire un président à la majorité simple, comme elle menace de le faire sous l’impulsion de ses faucons Walid Joumblatt et Samir Geagea. Le 14-mars attend les résultats de la visite à Washington de Saad Hariri et de Walid Joumblatt, qui doivent être reçus par George Bush début octobre. Dans ce contexte, la séance de demain va se transformer en réunion de concertations entre les députés du pouvoir et ceux de l’opposition qui profiteront de leur présence ensemble au Parlement pour tenter de relancer le dialogue. Le président du Parlement, Nabih Berri, tentera à cette occasion de réactiver son initiative pour essayer de dégager un compromis sur un candidat consensuel.
Pendant ce temps, plusieurs députés du 14-mars ont réaffirmé leur attachement au quorum des deux tiers. Robert Ghanem (Bekaa-Ouest) et Bahige Tabbara (Beyrouth) ont assuré qu’ils n’assisteraient pas à une séance qui ne réunit pas les deux tiers des députés. Un des candidats du 14-mars, Boutros Harb, a de son coté déclaré qu’il retirerait sa candidature si ce quorum n’est pas atteint. En parallèle, les dissensions se sont accentuées au sein du bloc tripolitain. Son président, le ministre Mohammad Safadi (14-mars), semble déterminé à ne pas céder aux pressions exercées sur lui par son allié du Courant du futur (clan Hariri). Il ne participera pas à la séance sans le quorum des deux tiers. Mais certains membres de son bloc pourraient, eux, reculer devant la campagne d’intimidation orchestrée par le Courant du futur dont les partisans ont tapissé les rues de Tripoli de banderoles et de calicots qualifiant de « traîtres » Safadi et son bloc.
Une source de l’opposition affirme que l’assassinat du député phalangiste Antoine Ghanem avait pour objectif de torpiller l’initiative de Nabih Berri et les efforts déployés par le défunt pour tenter de rapprocher le Courant patriotique libre (CPL du général Michel Aoun-opposition) et le parti Kataëb (d’Amine Gemayel, 14-mars). Cet odieux attentat a été exploité pour terroriser les voix modérées au sein du 14-mars et freiner les défections au sein de cette coalition hétéroclite. Le retournement de trois des membres du bloc tripolitain en est la preuve la plus tangible. Et les propos de Walid Joumblatt, qui a déclaré que quatre autres députés vont être assassinés, alimentent ce climat de terreur. À chaque fois que le leader druze prévoit des attentats ou des assassinats, ses prévisions se réalisent. Soit il possède des dons de médium, soit il est dans le secret des dieux.

Presse libanaise

AS-SAFIR (QUOTIDIEN PROCHE DE L’OPPOSITION)
La séance de mardi sera une sorte de fenêtre ouverte jusqu’au 17 octobre pour l’amorce d’un dialogue « individuel » ou « bilatéral » dans le but de dégager une entente sur un candidat consensuel.

AN-NAHAR (QUOTIDIEN PROCHE DU 14-MARS)
Le 25 septembre va vaciller entre la sécurité des députés de la majorité et le boycott de ceux de l’opposition. Saad Hariri a appelé à une participation de tous au scrutin pour inaugurer une phase d’entente.

AL-AKHBAR (QUOTIDIEN PROCHE DE L’OPPOSITION)
Le patriarche maronite Nasrallah Sfeir a réaffirmé que la séance de l’élection présidentielle ne peut avoir lieu qu’en présence des deux tiers des députés au moins.
La crise libanaise se dirige demain vers une nouvelle phase, après l’échec des médiations pour tenter de s’entendre sur un candidat de compromis entre la majorité et l’opposition. .

• Un haut responsable du Hezbollah, Mohammad Fneich, a affirmé que les députés de son parti n’assisteraient pas à la séance du Parlement mardi pour élire le président de la République s’il n’y avait pas un accord préalable sur un nom.
Le député Abdel Majid Saleh, proche du président du Parlement Nabih Berri, a pour sa part indiqué que la séance parlementaire serait consacrée aux consultations, suggérant qu’il n’y aurait pas de vote.
« La séance de mardi sera consacrée aux consultations (entre différentes parties) pour la relance de l’initiative de M. Berri qui est le seul moyen possible pour doter le pays d’un président », a dit M. Saleh, cité par l’Agence nationale d’information (Ani, officielle).
« S’il n’y a pas d’entente au préalable sur le nom du président, le quorum ne sera pas assuré », a prévenu M. Fneich, ministre démissionnaire de l’Énergie, député et membre de la direction du Hezbollah, qui compte 14 députés (sur 128).
« Or, jusqu’à présent, il n’y a pas d’entente » avec la majorité, a-t-il relevé. Mohammad Fneich a précisé que le Hezbollah était « en contact permanent » avec le président du Parlement, également un pilier de l’opposition.
« Nous appuyons M. Berri, qui exige que la majorité respecte la Constitution prévoyant la nécessité d’assurer le quorum des deux tiers pour élire un président », a expliqué M. Fneich.

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions arabe, anglaise et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise et arabe.