George W. Bush et John Kerry ont plus de points communs qu’on ne le croit. Les deux candidats continueront la guerre et ils refusent de se retirer d’Irak sans la victoire. Tous deux vont augmenter l’entraînement des forces de police et de l’armée irakienne, vont se tourner vers l’ONU et pensent qu’un gouvernement élu sera légitime et changera la tournure de la guerre. Le seul problème avec ce raisonnement partagé, c’est qu’il est faux.
Il est évident qu’un retrait des troupes états-uniennes pourrait provoquer une guerre civile, mais ce risque existe aussi en maintenant les troupes dans le pays et leur maintien causera plus de morts parmi nos troupes et plus d’arrivées de militants musulmans. Dans ces conditions, les élections prévues en janvier prochain ne seront pas tenues ou manqueront de légitimité car elles n’auront pas lieu partout. Elles n’entraîneront pas la constitution d’un gouvernement légitime et les États-Unis devront donc continuer à combattre. Dans de telles conditions, une internationalisation des forces en présence est impossible car l’Irak est un bourbier et même les Polonais ont annoncé qu’ils voulaient diminuer leur présence. Pourtant, Kerry espère mobiliser assez de partenaires pour commencer à retirer des troupes dans six mois.
Aujourd’hui, nous n’avons plus que deux choix :
- reconnaître, comme l’a fait Kerry, que l’invasion de l’Irak était inutile et fixer une date de retrait, quelle que soit la situation. Cela pourrait provoquer une guerre civile, mais cela pourrait également pousser les Irakiens à proposer une solution indigène.
- continuer le combat et espérer obtenir assez de stabilité un jour pour organiser une élection. On ne pourra pas commencer le retrait dans six mois et on ne pourra pas internationaliser le conflit.
Quoi qu’il en soit, nous devons revenir sur ce que nous croyions.

Source
Los Angeles Times (États-Unis)

« The No-Win Solution », par Rajan Menon, Los Angeles Times, 6 octobre 2004.