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Responsabilité citoyenne

L’Allemagne face au vote du parlement sur la reconduction de ses interventions en Afghanistan

Le 15 septembre s’étaient élevées des protestations en Allemagne contre la reconduction des interventions de la Bundeswehr en Afghanistan. Il y eut des manifestations dans différentes villes du pays contre l’engagement allemand avec la FIAS, avec les avions Tornado et l’OEF. Lors d’un congrès extraordinaire du parti des Verts, la reconduction des trois engagements militaires allemands, selon les vues du gouvernement fédéral, fut refusée par une large majorité.

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Ces trois engagements devraient, selon les vœux du gouvernement, être prolongés, début octobre ou novembre, approuvés par le Parlement. Le gouvernement a publié, à cet effet, une brochure de 19 pages, Das deutsche Afghanistan-Engagement : Herausforderungen und Schwerpunkte (L’engagement allemand en Afghanistan : défis et priorités ») sur cette intervention en Afghanistan, mettant en avant ce que cela comporte en exigences et en efforts. Un texte qui se contente d’enjoliver la réalité et de minimiser les effets de la guerre.

Six années de guerre —plus que la Deuxième Guerre mondiale— ont précipité la population dans le dénuement et font mentir les deux prétentions « pas de sécurité sans reconstruction et développement » et « pas de reconstruction et de développement sans sécurité » qui doivent tenir lieu de « nouvelle stratégie » dans ce pays.

Le peuple allemand refuse de plus en plus cette intervention, non pas du fait du succès de la propagande des Talibans, comme le gouvernement avait voulu nous le faire croire, il y a peu, mais du fait que l’information fait son chemin au sein de la population allemande, actuellement au travers du livre de Christoph Hörstel [1] qui a des contacts directs avec les parties en conflit et lui évite de ne devoir se fier qu’aux médias officiels de l’occident.

Le chef du groupe parlementaire socialiste, Struck, ancien ministre de la Défense, dont on se souvient de son mot malheureux que l’Allemagne était défendue à l’Hindou Kouch, a exigé au début septembre de chercher le dialogue non seulement avec les chefs de guerre (« warlords »), mais aussi avec les Talibans « modérés ». De son côté, Tom Koenigs, le politicien des Verts allemands, actuellement délégué de l’ONU pour l’Afghanistan, s’est exprimé en faveur de négociations entre le gouvernement afghan et les Talibans et une intégration de ces derniers dans le parlement afghan.

Le 10 septembre, d’après l’agence de presse française AFP, les Talibans s’étaient de nouveau exprimés en faveur de négociations (« pour des intérêts nationaux »). Le lendemain, l’agence de presse AP a annoncé que le gouvernement Karzai avait aussi signalé sa volonté de négocier.

S’il est vrai que, selon Koenigs et l’ONU, « le gouvernement afghan et ses amis doivent réfléchir à la façon d’établir la paix » (selon une interview de Koenigs à la Berliner Zeitung du 12 septembre), alors les gens responsables doivent tout entreprendre pour engager des négociations honnêtes, afin de faire taire les armes, que les tueries cessent, permettant enfin une reconstruction dans ce pays torturé.

La communauté internationale soutiendra toutes les forces de par le monde qui refusent de se prêter plus longtemps à ces actions suicidaires des USA. On doit être conscient que les États-Unis fomentent d’autres plans de guerre —contre le Pakistan et l’Iran, contre la Russie, mais aussi contre la Chine— et mènent ainsi le monde vers un abîme. Jusqu’à maintenant, les États-Unis et leur allié anglais ont déjà commis des crimes de guerre et causé de graves dommages irréparables aux humains : des régions contaminées par l’uranium et devenues inhospitalières, mettant en danger la vie des générations futures. Si l’ONU veut réellement, ensemble avec les gouvernements européens, mettre un terme à cette guerre en Afghanistan, elle peut s’imposer face aux États-uniens.

Plus l’Allemagne se place aux côtés d’une Amérique honnie de par le monde du fait de son caractère belliciste, plus elle se montre elle-même sous un jour guerrier avec une volonté de domination, et plus sa réputation en pâtit. On a de nouveau honte d’être Allemand – en tant qu’être humain qui connaît les affres de la guerre subies par les victimes et particulièrement en tant qu’Allemand qui connaît son histoire.

Cela restera vrai tant qu’on ne recherchera pas une autre vue de la politique allemande. Tant que manquera la volonté politique de changer de direction.

Selon toutes les enquêtes menées ces derniers temps, une grande majorité du peuple allemand s’élève contre cette participation allemande à la guerre en Afghanistan, mais aussi ailleurs. Cela doit se traduire dans une volonté politique. Le congrès extraordinaire des Verts a montré à quel point la base se révolte —c’est probablement le cas pour tous les partis— et combien elle est en contradiction avec la politique menée par les instances dirigeantes, au mépris de la volonté des électeurs et électrices.

[1] Christoph Hörstel, Sprengsatz Afghanistan. Die Bundeswehr in tödlicher Mission, 2007, ISBN 978-3-426-78116-6

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