Tendances et événements au Proche-Orient

Citant des milieux saoudiens, de nombreux médias arabes ont rapporté que l’Iran a fait preuve de fermeté concernant le dossier libanais, rejetant des offres de coopération qui ne prendraient pas en compte les positions et le rôle de la Syrie au Liban. Selon ces sources, l’intransigeance de Téhéran a empêché la conclusion d’un accord réglant la crise libanaise.
Un spécialiste des affaires du Moyen-Orient souligne que la question des relations syro-iraniennes a toujours été au centre de l’activité politique et diplomatique régionale et internationale. La plupart des manœuvres conduites ces derniers mois avaient pour objectif de briser l’alliance entre Damas et Téhéran, bâtie sur la défense des droits arabes dans le cadre du conflit avec Israël. Et ce sont toujours les États-Unis qui se tiennent derrière ces manœuvres, la dernière en date étant la démarche franco-saoudienne qui consiste à s’ouvrir sur l’Iran pour tenter d’isoler la Syrie, après que la procédure inverse eut échoué.
Ce que ces puissances régionales et occidentales ne savent pas, c’est que le partenariat entre la Syrie et l’Iran repose sur des bases extrêmement solides que de vaines tentatives de sabotage ne réussiront pas à ébranler.
Selon des sources bien informées, les Français et les Saoudiens ont entendu des propos iraniens clairs à ce sujet. La route vers Damas est connue de tous.

Presse et agences internationales

BBC (CHAINE DE TELEVISION BRITANNIQUE)
Le président syrien Bachar al-Assad a posé lundi des conditions à la présence de la Syrie à la réunion internationale sur le Proche-Orient prévue à l’automne, indiquant que Damas n’y participerait que si l’ensemble des contentieux israélo-arabes étaient abordés.
« Il devra être question d’une paix totale, et la Syrie est une composante de cette paix générale. Sans cela, nous ne devrions pas y aller, nous n’irions pas », a prévenu le président syrien. « S’ils ne discutent pas du territoire syrien occupé, il n’y aucune raison pour la Syrie de participer », a-t-il précisé.
Il s’agit de la première réaction du président syrien au projet de Washington d’inviter Damas —en tant que membre du comité de suivi de la Ligue arabe chargé de convaincre Israël d’accepter une initiative de paix arabe—, à participer à la réunion internationale, prévue en novembre aux États-Unis.
« Jusqu’à présent, nous n’avons reçu aucune invitation et nous n’avons obtenu aucune clarification à quelque titre que ce soit », a encore fait valoir Bachar al-Assad. Il a néanmoins reconnu que ce rendez-vous représentait une occasion d’avancer vers la paix. « Nous n’avons pas le loisir de gaspiller les opportunités, car plus on en gâche et plus la paix sera difficile » à conclure, a-t-il relevé.
« Cette conférence, comme n’importe quelle autre conférence, constitue une opportunité, mais elle devrait avoir des objectifs précis et conséquents », a poursuivi le président syrien.
Il a émis des réserves et cité en exemple les longs préparatifs de la conférence de Madrid sur le Proche-Orient de 1991, rappelant que les États-uniens avaient effectué des navettes pendant près de 10 mois entre les participants. « Je ne vois pas où est le but, quelle est la substance de cette nouvelle conférence, de quoi on va parler, quels sont la méthode et les moyens, tout, ce n’est pas clair, a-t-il dit. Donc, quelle sorte de conférence... La Syrie a besoin de davantage de clarifications pour prendre une décision ».
Le président Assad a par ailleurs déclaré que la Syrie se réservait « le droit de répliquer de différentes façons » au récent raid israélien contre son territoire. « Répliquer ne veut pas dire missile contre missile, bombe contre bombe », a déclaré le dirigeant syrien. Selon lui, l’objectif du raid israélien du mois dernier était « un bâtiment militaire désaffecté » et n’avait atteint « rien de conséquent ». _ « Nous disposons de nos propres moyens pour riposter, soit politiquement, soit autrement. Mais nous avons le droit de répliquer de différentes façons », a-t-il souligné. « Mais si nous ripostions militairement, nous serions en train de réagir conformément à l’agenda israélien, ce que nous rejetons. Cela ne veut pas dire que nous voulons dilapider les chances d’une paix dans un avenir prochain », a ajouté le président syrien.
Interrogé si son pays comptait frapper Israël, le président syrien a répondu : « C’est possible, mais nous ne pouvons pas dire que nous allons adopter cette option maintenant. Nous avons des moyens variés ». Quant à l’éventuel réarmement et renforcement du système de missiles de la Syrie notamment sur le plateau du Golan, dont une partie est occupée par Israël depuis 1967, M. Assad a estimé « normal et évident que nous nous préparions ». « Nous ne construisons pas une armée pour lancer des attaques mais pour défendre notre pays, et cela est normal notamment après la guerre contre le Liban l’an dernier, lorsque les Israéliens ont dévasté les villes libanaises, Beyrouth, le sud Liban », a-t-il ajouté.

THE NEW YORKER (HEBDOMADAIRE ÉTATS-UNIEN)
Après les informations selon lesquelles Washington projette d’attaquer les Gardiens de la révolution, le ministre iranien de la Défense, le général Moustapha Najjar, a déclaré que l’administration Bush et les néo-conservateurs sont la source du terrorisme dans le monde. Le ministre a qualifié « de blague » la décision du Congrès états-unien de considérer les Gardiens de la révolution comme une organisation terroriste.
Certes, George Bush n’a pas encore donné l’ordre de lancer une attaque contre l’Iran. Mais l’intensité des préparatifs militaires augmente, tandis que la CIA a élargi le staff de l’unité chargée des questions iraniennes en son sein. L’ancien plan d’attaque prévoyait des raids contre des sites soupçonnés d’abriter des installations nucléaires. Le plan modifié prévoit le tir de missiles de croisière mer-sol, des attaques terrestres et aériennes contre des cibles bien définies et des plans de destructions des plus grands camps d’entraînement, des dépôts et des centres de commandements des Gardiens de la révolution.

USA TODAY (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
Le chef des opérations spéciales des renseignements états-uniens, José Rodriguez, a révélé que le quart des agents avec lesquels la CIA a passé des contrats cette année sont issu d’une minorité. Mais il a souligné que l’Agence a besoin de collaborateurs originaires du Moyen-Orient, considérés comme précieux dans la lutte contre le terrorisme. « Nous devons redoubler d’efforts pour attirer les minorités, a-t-il dit. La compétition est à son paroxysme avec les milieux d’affaires. Et le processus de recrutement reste long à cause de la vérification des identités ». M. Rodriguez a précisé que 27 % des nouvelles recrues cette année appartiennent à des minorités, contre 13 % seulement en 2006. 5 % seulement des agents secrets viennent d’Asie.

• Le ministre israélien de l’Intérieur, Avi Dikhter, a accusé l’Égypte de ne pas déployer des efforts suffisants pour empêcher le trafic d’armes vers la Bande de Gaza contrôlée par le Hamas. « Si l’Égypte le veut, elle peut mettre un terme en un seul jour à la contrebande d’armes », a-t-il déclaré. Il a ajouté qu’Israël ne restera pas les bras croisés devant la poursuite des tirs de roquettes par les Palestiniens vers la colonie de Sederot et les régions environnantes.

• Alors que la plupart des blocs politiques irakiens ont rejeté le projet de partage de l’Irak en trois entités confessionnelles, voté par le Sénat états-unien, les Kurdes, eux, ont gardé le silence.
Par ailleurs, l’armée turque a mis en garde lundi contre une désintégration « vers laquelle s’achemine rapidement » l’Irak, ce qui représente une menace pour la sécurité de la Turquie, avec l’apparition possible d’un État kurde dans le nord irakien.
« Nous sommes très préoccupés, car la désintégration de l’Irak est fortement probable », a dit le chef d’état-major turc, le général Yasar Buyukanit, dans un discours prononcé dans une académie militaire d’Istanbul retransmis par la télévision.
« Un État indépendant à venir dans le nord de l’Irak représentera un risque majeur pour la Turquie, en termes de politique et de sécurité », a-t-il affirmé.
La Turquie craint qu’une éventuelle indépendance des Kurdes irakiens ne renforce la rébellion menée par les séparatistes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dans le sud-est du pays et qui a fait plus de 37000 morts en 23 ans.
Ankara avait accusé les Kurdes irakiens de tolérer, voire de soutenir le PKK, dont les militants trouvent refuge et installent des bases arrière dans le nord de l’Irak pour mener des attaques côté turc.
Vendredi dernier Ankara et Bagdad ont signé un accord de coopération en matière de sécurité destiné à combattre le PKK, mais il semble peu probable que le gouvernement irakien puisse agir dans la zone kurde qu’il ne contrôle pratiquement pas.

NEWSWEEK (HEBDOMADAIRE ÉTATS-UNIEN)
Les gardes de la société privée de sécurité américaine Blackwater auraient tiré au sol, mais aussi depuis des hélicoptères, lors d’une fusillade meurtrière à Bagdad le 16 septembre.
Selon des documents confidentiels de la police irakienne et des témoignages de responsables policiers, les enquêteurs de la police irakienne pensent que des hélicoptères ont participé à la fusillade qui a provoqué la mort d’au moins dix Irakiens.
Un document rédigé le 17 septembre par le principal enquêteur irakien, affirme que peu après le début de la fusillade, des hélicoptères de Blackwater ont ouvert le feu sur les voitures et les civils.
Un responsable policier irakien, le général Hussein al-Awadi a également déclaré que la trajectoire de certains impacts de balles ne pouvait provenir que de tirs d’hélicoptères.
Les responsables de la plus importante société privée de sécurité en Irak ont admis la présence sur place de leurs hélicoptères, mais ont démenti que ces derniers aient ouvert le feu.
Blackwater assure que ses gardes ont ouvert le feu en réponse à des tirs et à la menace d’un véhicule suspect. Des témoins de la fusillade s’accordent de leur côté pour affirmer que les hommes de Blackwater ont tiré sur des civils sans avoir été agressés.
Depuis la fusillade, qui a provoqué la colère et l’indignation des irakiens, les enquêtes se multiplient côté américain et irakien.

Tendances et événements au Liban

L’ambassadeur des États-Unis à Beyrouth, Jeffrey Feltman, est directement intervenu dans le débat politique libanais pour mettre le holà à certains candidats du 14-mars qui avaient fait des déclarations jugées trop conciliantes à l’égard de la Résistance. Le diplomate a replacé la résolution 1559, qui exige le désarmement du Hezbollah, au centre de la présidentielle libanaise, en estimant que cette résolution constitue une des caractéristiques pour le choix du candidat. Les propos de M. Feltman interviennent alors que les doutes s’amplifient sur la véritable position des États-Unis au sujet des démarches visant à trouver un compromis entre le pouvoir et l’opposition. Des sources concordantes assurent que le président du Parlement, Nabih Berri, n’a toujours pas obtenu des réponses aux trois questions qu’il avait adressées, il y deux mois, à l’administration US :
- 1. Washington est-il favorable à l’élection d’un président consensuel ou partisan ?
- 2. Quelle est la position des États-Unis à l’égard de la question du quorum ?
- 3. Que pense l’administration états-unienne de l’amendement de la Constitution ?
Lors d’une visite au domicile du général Michel Aoun, lundi, Feltman a une nouvelle fois évoqué la question de la relation entre le Courant patriotique libre (CPL) et le Hezbollah, rappelant que l’alliance entre les deux partis constitue le principal reproche fait au général Aoun. La signature du document d’entente entre Aoun et le secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, le 6 février 2006, représente, aux yeux des États-Unis, un des facteurs qui ont empêché Israël de remporter une victoire lors de son agression de juillet 2006. La position du CPL a permis d’immuniser la scène interne libanaise et d’assurer une couverture populaire à la Résistance en absorbant le million de réfugiés chiites chassés par les massacres israéliens. La secrétaire d’État Condoleezza Rice et le conseiller pour le Moyen-Orient à la sécurité nationale, Elliot Abrams, avaient sévèrement réprimandé les ténors du 14-mars, lors d’une rencontre à l’ambassade des États-Unis pendant la guerre, pour leur incapacité à créer un climat interne défavorable au Hezbollah. À l’époque, Israël avait menacé de bombarder la résidence de Michel Aoun pour le punir de son attitude patriotique. Mais la position du général est restée ferme : face à l’agression externe, l’union sacrée.
Les fortes pressions états-uniennes empêchent les dirigeants du 14-mars de répondre favorablement à l’appel au dialogue inconditionnel lancé par le général il y a une semaine. Et bien que les sondages commandés régulièrement par l’ambassade des États-Unis prouvent que Michel Aoun reste de loin le leader chrétien le plus populaire, Washington refuse d’envisager son élection à la présidence. Au contraire, il soutient les orientations du 14-mars qui passent par la violation de la Constitution à travers l’élection d’un président à la majorité simple. À chaque intervention, Feltman conseille à la Syrie de prendre « l’exemple des États-Unis » et de ne pas se mêler de l’élection présidentielle. Toutefois, les analystes interprètent ces propos comme un appel à Damas afin qu’il intervienne auprès de ses alliés libanais pour les convaincre d’accepter l’élection du candidat agréé par son administration.
Après l’appel de Walid Joumblatt à une internationalisation de l’élection présidentielle, le Courant du futur lui a emboîté le pas, trois jours avant la rencontre entre son chef Saad Hariri et George Bush. Un avant-goût de ce que Hariri va demander au maître de la Maison Blanche : une intervention internationale pour imposer aux Libanais le président du 14-mars, sous couvert de la mise en œuvre de la 1559.

Presse libanaise

• Le commandant militaire du groupe Fatah al-Islam a été capturé dans la nuit de dimanche à lundi dans le camp de réfugiés palestiniens de Baddaoui dans le nord du Liban, a déclaré à un responsable palestinien. « Nasser Ismaïl a été capturé par une force de sécurité (palestinienne) dans le camp de Baddaoui », a déclaré Abou Ali Farès, un porte-parole des factions palestiniennes à Baddaoui.
Ce camp est situé près de celui de Nahr el-Bared, théâtre du 20 mai au 2 septembre d’affrontements entre l’armée libanaise et le groupe islamiste.
« La force a perquisitionné la maison d’un proche de Nasser Ismaïl et a trouvé ce dernier caché dans un grenier en compagnie d’une autre personne », a ajouté M. Farès. « Il a été conduit hors du camp à bord d’une ambulance du Croissant-Rouge puis remis aux services de renseignements de l’armée ».
La femme de Nasser Ismaïl se trouve toujours à Baddaoui, a-t-il dit, précisant qu’Ismaïl était le seul dirigeant du Fatah al-Islam originaire de Nahr el-Bared.
L’armée mène toujours des opérations de ratissage dans ce secteur à la recherche de fugitifs. Le chef du groupe Chaker al-Absi, initialement donné pour mort, n’a pas été retrouvé et pourrait s’être enfui.
Selon un responsable du mouvement palestinien Fatah-Intifada, Khalil Dib, « Absi a quitté Nahr el-Bared un mois avant la fin des combats » le 2 septembre.
Les affrontements ont fait près de 400 morts, dont au moins 222 islamistes, selon un bilan officiel. Un soldat a succombé récemment portant à 168 le bilan des pertes de l’armée.

Audiovisuel libanais

AL-MANAR (HEZBOLLAH)
Émission : Entre parenthèses
- Helmi Moussa, spécialiste des questions palestiniennes
L’Autorité palestinienne est complice d’Israël dans le blocus imposé à la Bande de Gaza. Son objectif est de multiplier les obstacles devant le Hamas afin que le mouvement échoue. Israël a intérêt au statut quo à Gaza.
L’Autorité palestinienne ne représente pas le Fatah. Mais ce mouvement assume toutes les erreurs de l’Autorité. Le gouvernement de Salam Fayyad ne représente que 2,5% des Palestiniens.

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions arabe, anglaise et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise et arabe.