Tendances et événements au Proche-Orient

La secrétaire d’État Condoleezza Rice a évoqué pour la première fois la possibilité de reporter la conférence de paix au Moyen-Orient, convoquée par George Bush en novembre. D’Égypte, où elle a effectué mardi une courte visite, Mme Rice n’a pas assuré que le prochain rendez-vous pourrait être fixé à décembre. L’affaire de cette conférence, dont l’ordre du jour n’a pas encore été établi, les participants pas encore connus et le lieu pas encore défini avec certitude, illustre parfaitement la confusion qui caractérise la politique états-unienne dans la région. Elle reflète aussi l’embarras dans lequel se trouvent plongés les alliés arabes de Washington qui sont perplexes et hésitants face aux objectifs états-uniens : reconnaître Israël en contrepartie de miettes politiques aux Palestiniens. Les États-unis veulent même développer la future normalisation entre les Arabes « modérés » et l’État hébreu et la transformer en alliance politique, sécuritaire et militaire contre les pays qui refusent de baisser les bras et qui continuent à résister à l’hégémonie israélo-US au Moyen-Orient.
La demande de l’Égypte de fixer un calendrier précis concernant les droits des Palestiniens a été officiellement rejetée par le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, lors de ses entretiens avec le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Et même si Israël acceptait un tel calendrier, rien ne dit qu’il le respectera. Depuis les accords d’Oslo, en 1993, toutes les échéances, même celles conclues sous la supervision de l’« arbitre impartial » états-unien, sont foulées du pied par l’État hébreu.
Si Washington envisage le report de la conférence, c’est en raison des fortes pressions internationales et arabes visant à élargir la fourchette des participants en y concluant, notamment la Syrie, et en modifiant l’ordre du jour non-officiel qui se contente de traiter du volet palestinien. Mais Damas refuse de faire de la figuration : pour accepter de prendre part à cette réunion, il exige que la question de l’occupation israélienne du Golan soit mise sur la table.

Presse et agences internationales

CHRISTIAN SCIENCE MONITOR (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
- Walter Rogers, ancien grand reporter à la CNN
La sagesse des présidents apparaît clairement en temps de guerre. L’ancien président Abraham Lincoln était sans doute le plus sage des chefs d’État états-uniens, parmi ceux qui l’ont précédé et suivi. Lincoln a refusé de s’engager dans des guerres sur plusieurs fronts lors du conflit avec l’Angleterre, en 1861. Par contre, aujourd’hui, certains rapports affirment que la Maison-Blanche et le Pentagone envisagent une guerre contre l’Iran. Aussi, est-il utile de rappeler la phrase de Lincoln à son secrétaire d’État : « Une seule guerre en même temps Monsieur Steward ».
Il clair que beaucoup pensent qu’une éventuelle guerre US contre l’Iran servirait les intérêts d’Israël. Mais cela pourrait ne pas être nécessairement le cas. De même qu’en Arabie saoudite, on aimerait voir l’Iran vaciller sous des frappes militaires états-uniennes. Mais les États-Unis ne doivent pas mener des guerres par intérim au service des Israéliens et des Saoudiens. D’ailleurs, il est douteux qu’une guerre contre l’Iran contribue à consolider la sécurité du royaume saoudien.
Le président George Bush doit se faire à l’idée que la guerre contre l’Iran n’est pas une option envisageable. Le dialogue constructif mérite des décennies d’efforts. Cela n’empêchera peut-être pas Téhéran d’acquérir la bombe atomique. Mais l’histoire a prouvé que les pays qui entrent au club des États nucléaires deviennent plus responsables. Et les traités sont efficaces entre les nations ennemies. Des frappes aériennes contre l’Iran risquent de déstabiliser l’ensemble de la région et pourraient ne pas ébranler le régime des mollahs.

WASHINGTON POST (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
De bonnes nouvelles parviennent du champ de bataille en Irak. Les changements effectués en début d’année par le chef des troupes dans ce pays, le général David Petraeus, ont permis d’enregistrer de grands succès contre al-Qaida. Les indices montrant des changements d’attitude de la part des Irakiens contre cette organisation en raison de sa cruauté contre les civils se multiplient.

AL-KHALEEJ (QUOTIDIEN EMIRATI)
Si la secrétaire d’État Condoleezza Rice exclut une « percée significative » lors de la conférence de paix automnale de George Bush, et si elle assure que Washington n’imposera pas de solution à Israël, alors à quoi sert encore cette réunion internationale ? Si cette conférence se tient dans les circonstances actuelles, elle sera une simple réunion de relations publiques, censée montrer que l’Administration Bush s’intéresse à la résolution du conflit israélo-palestinien.

AL-WATAN (QUOTIDIEN SAOUDIEN)
Les cartes se sont de nouveau mélangées au Liban. Alors que les divergences s’accentuent entre loyalistes et opposants autour du nom du futur président, le Hezbollah et Israël ont procédé à un échange de prisonnier et de dépouilles mortelles. Cette opération était entourée d’un grand secret, comme si rien ne se passait. Le silence en Israël était tellement assourdissant que les correspondants de presse ont respecté la décision de la censure militaire de ne pas divulguer l’information. Côté libanais, le Hezbollah n’a publié un communiqué que tard lundi soir, plusieurs heures après la fin de l’échange.
Cette opération ne répond pas aux ambitions des deux parties. Le Hezbollah souhaite récupérer tous les détenus libanais dans les prisons israéliennes et, s’il le peut, des prisonniers arabes. Israël, lui, veut récupérer ses soldats capturés et connaître le sort du navigateur Ron Arad, dont l’avion avait été abattu au Liban, en 1986. Mais cet échange était peut-être un exercice, une répétition générale avant le grand échange qui ne devrait plus tarder… si les intentions des deux parties et celles du médiateur international sont bonnes.

YEDIOT AHARONOT (QUOTIDIEN ISRAELIEN)
- Akifa Eldar
Les Israéliens et les Palestiniens qui ont rencontré ces derniers jours la secrétaire d’État Condoleezza Rice et ont discuté avec les membres de sa délégation, ont compris qu’elle ne sait pas ce que veut au juste son président. Le docteur Rice n’a pas de problème de compréhension. Son problème c’est que le président des États-Unis n’a pas encore décidé ce qu’il veut à travers la conférence de paix d’Annapolis.

ASSOCIATED PRESS (AGENCE DE PRESSE BRITANNIQUE)
Les commandants militaires en Irak ont décidé d’amorcer le retrait des GI’s dans la province instable de Diyala, une mesure qui marque un tournant dans l’engagement US dans le pays.
La brigade qui doit quitter en décembre la province de Diyala ne sera pas entièrement remplacée. À la place, une autre brigade, stationnée dans la province voisine de Salahuddine verra son secteur de responsabilité élargi, selon plusieurs responsables états-uniens. Le nombre de brigades US en Irak passera donc de 20 à 19. Cette réduction marque le début de ce que le président George W. Bush a qualifié de tournant dans la mission US dans le pays, un passage de tâches de combat à des fonctions de soutien, comme l’entraînement des soldats irakiens ou le conseil des autorités. Le retrait partiel de décembre n’a pas encore été avalisé par le département de la Défense, mais a été décrit à l’AP par le colonel Stephen Twitty, commandant d’une brigade en Irak, dans un entretien téléphonique. Le projet a été confirmé par trois autres responsables états-uniens en Irak, dont le lieutenant-colonel Michael Donnelly, porte-parole du plus haut général en charge des troupes dans le nord du pays, Benjamin Mixon. La province de Diyala, située à l’est de Bagdad, est le théâtre d’importants affrontements entre tribus rivales, et plusieurs groupes de combattants d’Al-Qaïda y trouvent refuge. La hiérarchie militaire US fait cependant état de progrès dans la région, en particulier après le raid de milliers de GI’s et de soldats irakiens sur la capitale provinciale, Baqouba, en juin dernier.

• Avec le début de la visite à Ankara du président syrien Bachar al-Assad, Damas a annoncé que ses relations avec la Turquie n’avaient pas été affectées par le raid israélien menée contre la Syrie, le 6 septembre dernier. Il a par ailleurs réitéré sa condition de voir l’affaire du Golan doit inscrite à l’ordre de la conférence de paix d’Annapolis pour accepter d’y participer.
M. Assad a entamé, mardi, une visite de quatre jours en Turquie. Un programme intensif doit le mener à Ankara et Istanbul. Ses entretiens porteront sur la coopération bilatérale sur les plans politiques et économiques.

• Le président russe Vladimir Poutine a défendu mardi à Téhéran le droit de l’Iran à l’énergie nucléaire. M. Poutine, premier dirigeant du Kremlin depuis 1943 à visiter l’Iran, participait à un sommet des chefs d’État des cinq États riverains de la Caspienne (Azerbaïdjan, Iran, Kazakhstan, Russie, Turkménistan). À cette occasion, le président Poutine a apporté un soutien à l’Iran sur son programme atomique en déclarant que « les activités nucléaires pacifiques doivent être autorisées ».
Après le sommet, il s’est entretenu à deux reprises avec le président Mahmoud Ahmadinejad avant d’être reçu par le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, plus haute autorité de l’État.
« Les relations entre l’Iran et la Russie vont se développer sans aucune limite et nous espérons que cette visite ouvrira une nouvelle page dans les relations entre les deux pays », a déclaré M. Poutine selon la télévision d’État, ajoutant que « l’intérêt de la Russie est dans l’existence d’un Iran fort ».
Le Kremlin a plusieurs fois retardé les travaux de la centrale atomique de Bushehr, invoquant un retard de paiement, ce que Téhéran a toujours démenti. Mais après s’être engagé à élever le volume des échanges commerciaux bilatéraux à plus de 140 milliards d’euros, Vladimir Poutine veut tenir ses engagements : « La Russie a précisé dès le début qu’elle ne se contenterait pas simplement de signer le contrat de construction mais qu’elle mènerait le projet à terme. Nous nous sommes même engagés envers nos partenaires iraniens à faire revenir les déchets nucléaires en Russie », souligne le chef d’État russe.

• Les pays du pourtour de la Caspienne sont convenus mardi à Téhéran de ne pas permettre que leur territoire serve en quoi que ce soit à une intervention armée lancée par un pays tiers contre l’un d’eux.
Washington n’exclut pas l’option militaire contre l’Iran au cas où la diplomatie échouerait dans la crise liée au programme nucléaire de Téhéran. Aussi la déclaration adoptée au sommet sur la Caspienne prend-elle une allure de réplique aux menaces d’attaque états-uniennes.
La déclaration finale du sommet a été adoptée après un discours du président russe Vladimir Poutine en ce sens, qui visait selon toute vraisemblance l’Azerbaïdjan.
Des représentants de l’armée US ont inspecté des pistes aériennes situées dans cette ex-république soviétique, qui a conclu un accord de partenariat avec l’Otan, et les médias russes ont laissé entendre que les militaires états-uniens avaient peut-être l’intention d’utiliser ces installations en cas d’intervention contre l’Iran. Les autorités de Bakou ont écarté une telle éventualité.
L’Iran, la Russie, le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan et le Turkménistan ont déclaré qu’« en aucune circonstance, ils ne permettront (l’utilisation de leurs) territoires par des pays tiers pour lancer une agression ou quelque autre intervention militaire contre l’un ou l’autre des pays membres ».
Ils reconnaissent également dans la déclaration finale les droits de tous les signataires du Traité de non prolifération (TNP), dont l’Iran, à se doter d’un secteur nucléaire civil.

Tendances et événements au Liban

L’initiative lancée par le Patriarche Nasrallah Sfeir pour tenter de dégager un accord sur un candidat consensuel entre les chefs maronite du pouvoir et de l’opposition bute sur des obstacles. Aucune information précise n’a été divulguée sur la nature et les raisons de ces difficultés pour ne pas semer un vent de pessimisme dans le pays. Toutefois, la presse affirme que l’idée de la création d’un comité conjointe entre le 14-mars et l’opposition chrétienne a été immédiatement saluée par le général Michel Aoun et l’ancien ministre Sleimane Frangié. D’un autre côté, le niveau de représentation proposé par le 14-mars (des responsables de deuxième ou de troisième rang) montre que les chrétiens du pouvoir ne croient pas à cette initiative mais évitent d’annoncer ouvertement leurs objections de peur que l’opinion publique ne leur fasse assumer la responsabilité de l’échec de l’entente. Malgré cette ambiance peu encourageante, le patriarcat maronite donne l’impression que les concertations se poursuivent et qu’elles pourraient faciliter un compromis sur le nom d’un candidat consensuel.
Selon des informations sûres, les ministres de la troïka européenne (France, Espagne, Italie) ont informé le président de la Chambre, Nabih Berri, qu’ils étaient disposés à participer directement aux concertations en cours pour aboutir à une entente entre le pouvoir et la majorité. Le premier obstacle réside dans le nombre élevé de candidats loyalistes. Pour paver la voie au compromis, ceux-ci doivent se retirer de la course au profit d’un candidat dont les qualifications répondent à celle proposées par le général Michel Aoun. Ce dernier a implicitement laissé entendre qu’il serait prêt à retirer sa candidature au profit de l’entente lorsqu’il a dit qu’il appuierait toute personnalité élue sur la base du quorum des deux tiers.
D’un autre côté, certains milieux politiques libanais, dont des proches de la coalition au pouvoir, manifestent leur inquiétude à l’égard des résultats de la tournée aux États-Unis de Walid Joumblatt. Le faucon du 14-mars n’a pas caché le but de sa visite : inciter Washington à accentuer ses pressions contre la Syrie et l’Iran. Ce qui pourrait provoquer une explosion généralisée de la situation au Liban après l’élection d’un président de confrontation à la majorité simple, qui pourrait être Samir Geagea, l’ancien seigneur de guerre.
Alors que la décision états-unienne semble se faire attendre, les milieux du 14-mars commencent à parler d’un report de deux ou trois mois de l’élection présidentielle, c’est-à-dire au-delà du mandat d’Émile Lahoud. C’est ce qu’a laissé entendre un des principaux candidats loyalistes, Nassib Lahoud. Cela rejoint la volonté américaine de maintenir à la tête du gouvernement Fouad Siniora. Dans ce cas, Émile Lahoud restera au Palais présidentiel, car il a clairement affirmé qu’il ne remettrait pas le pouvoir à un gouvernement anticonstitutionnel.

Presse libanaise

• Le secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, a fait état mardi de « progrès positifs » dans les négociations en cours avec Israël pour un échange de prisonniers libanais contre les deux soldats israéliens capturés en juillet 2006.
Pour le chef de la Résistance libanaise, l’échange limité qui a eu lieu lundi soir —le corps d’un civil israélien contre un prisonnier libanais et le corps de deux militants du Hezbollah— est un « encouragement » en vue d’un échange plus large de prisonniers dans l’avenir.
« Pour la première fois, je peux parler d’espoir, d’optimisme, de progrès positifs et d’une occasion de parvenir à une grande réussite et à un échange complet », a déclaré sayyed Nasrallah à la chaîne Al-Manar (Hezbollah).
« Je peux parler pour la première fois de progrès positifs dans les principales négociations sur les deux soldats et les prisonniers », a-t-il ajouté. « J’affirme qu’il y a des négociations déterminées, des séances continues qui reprendront dans les prochains jours. (...) Il s’agit d’un processus en cours et nous espérons que nous parviendrons bientôt à des résultats ».

• Un député de l’opposition a tracé le scénario constitutionnel prévu pour la période qui nous sépare du 24 novembre. Il estime qu’il est peu probable de parvenir à une décrispation d’ici le 23 octobre, date fixée par le président Nabih Berri pour la tenue du scrutin présidentiel. Par conséquent, il est vraisemblable que la séance soit ajournée par défaut de quorum comme ce fut le cas le 25 septembre. Le président de l’Assemblée fixera alors un nouveau rendez-vous, pour le 14 novembre. À partir de cette date, il procèdera à la convocation de la Chambre, chaque jour, et cela jusqu’à la date-butoir du 24 novembre, qui marque la fin du mandat présidentiel actuel. D’après ce même parlementaire, la convocation quotidienne du Parlement empêchera les forces de la majorité de tenir une séance pour l’élection d’un président à la moitié des suffrages plus un.

• L’accueil réservé par le président français Nicolas Sarkozy au chef de la coalition au pouvoir, le député Saad Hariri, a suscité l’intérêt des observateurs qui n’ont pas manqué de remarquer le changement intervenu à ce niveau comparativement avec l’ancien régime. Sarkozy a accueilli le député de Beyrouth à l’intérieur du palais de l’Élysée et non pas sur le perron dans la grande cour. Il ne l’a pas non plus raccompagné à sa voiture comme le faisait Jacques Chirac.

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions arabe, anglaise et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise et arabe.