L’exposition de photographies « Trois mondes – Barnabas Bosshart, photos du Brésil, 1980-2005 »

A Winterthur, au pavillon d’exposition de la Fotostiftung Schweiz (Fondation de la photographie suisse), on peut encore voir l’exposition de photographies précieuses du photographe suisse, Barnabas Bosshart. Bosshart est né en 1947 à Hérisau (AR). Lors de l’exposition, on a publié un album de photographies merveilleux où le photographe décrit l’intention de son oeuvre impressionnante : « Je dédie cet album et l’exposition aux Canela-Apaneykra du Moarahao central dans le nord-est du Brésil, à l’une des nombreuses tribus indiennes oubliées qui luttent pour leur survie en marge de la société brésilienne. »
Le photographe de mode, qui avait beaucoup de succès à l’époque, a quitté le monde superficiel et commercialisé « glamour de la mode » et il s’est décidé à se consacrer à une préoccupation vraiment humaine et culturelle. En 1973, il est allé pour la première fois en Amérique du Sud, du Nord et en Amérique centrale. Il a fait ses études de cinématographie à Londres et il a enseigné la photographie dans une université au Canada. Depuis, il a visité chaque année la côte nord-est du Brésil en prenant quelques photos. En 1980, il s’est installé au Brésil. Lors de nombreux voyages, il a fait des travaux photographiques. Il est vraiment impressionnant que le photographe ait toujours essayé de vivre en communauté avec les habitants pendant un certain temps, de connaître leur conception de la vie et leurs problèmes et de gagner leur confiance. Il était ému de la « magie du lieu – des gens et des choses que je pouvais voir et sentir autour de moi. Je suis resté pour 10 mois et j’ai commencé à peindre de ­petites aquarelles abstraites. Pendant ce temps je ne prenais guère de photos, j’observais seulement avec une certaine distance, car je ne voulais pas effrayer les habitants avec mon appareil photo. Je me sentais comme un intrus et j’étais conscient de ma position délicate. Pour moi, c’était un nouveau monde, ne ressemblant en rien à ce que j’avais vécu jusqu’à ce moment-là. »

Trois mondes dans la situation sans issue de la mondialisation

Peter Pfrunder, le directeur de la Fotostiftung Schweiz, avait choisi, ensemble avec le photographe, trois sujets très différents pour l’exposition et l’album.
Les photos du premier projet montrent l’ancienne ville coloniale, « Alcantara », qui est vouée au déclin. Elle montre « la perte de l’identité dans un temps du changement rapide – le destin incertain auquel les êtres humains sont soumis. »
Avec le deuxième projet, « Rio Exposto », Barnabas Bosshart montre les conditions de vie inhumaines dans les banlieues de Rio de Janeiro, où, déjà en 1991, des escadrons de la mort et des bandes avaient assassiné chaque jour 30 à 40 personnes. Là, il a pris autour de 20 000 photos. Le photographe a également été menacé plusieurs fois : « Après la dernière attaque contre moi et mon compagnon brésilien dans les Favela-Manguinhos, quand trois mitrailleuses et deux révolvers visaient ma tête, j’ai arrêté le projet. C’était un avertissement de ne pas continuer à prendre des photos. » Dans ces ghettos qui mettent la vie en péril, il a y une sorte de système d’apartheid « dont on parlait peu, l’ombre funeste de l’époque colonial, non digérée », écrit le photographe.
Le photographe consacre le troisième projet, « Canela-Apanyekra », qui était terminé en 2005, aux descendants des habitants originels du Brésil, au « monde guère étudié des Indiens Canela-Apanyekra dans l’Etat fédéral de Maranhao. » Pour lui, il s’agissait moins d’une approche ethnographique mais plutôt d’une rencontre subjective avec un monde complètement inconnu à l’ouest. Les photos de Bosshart parlent de la fierté et de la vitalité maintenue d’une petite communauté à la destinée isolée. » Peter Pfrunder ajoute : « Les photos qui sont radieuses, de la magie du moment, montrent aussi la richesse d’une culture que les derniers 800 membres d’un grand peuple de jadis ont sauvée à nos jours. » Le photographe pouvait réaliser avec cette petite tribu son souhait le plus important : « Je voulais travailler en profondeur au lieu d’attraper des phénomènes superficiels. »

Peter Pfrunder résume : « Le fait que les trois projets brésiliens montrent des sociétés dans des situations dangereuses, les réunit. Ainsi ils deviennent l’emblème de la fragilité de la solidarité sociale et de la situation sans issue de la mondialisation. » L’œuvre méritante de ce photographe et l’initiative de la Fotostiftung Schweiz étaient soutenus de façon généreuse par la Fondation Volkart à Winterthur et par la Kulturstiftung des Kantons Thurgau.
C’est réjouissant que le photographe ait transmis ses archives de photographie entières à la Fotostiftung Schweiz. Il garantit ainsi que ces documents seront accessibles aux générations futures. La discussion de ces questions sociales et culturelles est une obligation. Dans son livre « L’ Empire de la honte », Jean Ziegler avertit de la misère alimentaire dans ces pays, qui s’est réalisée par la mondialisation orientée vers le profit. Le fait que le président du Brésil veuille s’employer pour ces tribus indiennes donne de l’espoir. La résistance grandissante des pays troublés de l’Amérique latine et du Sud contre l’exploitation cruelle et la mondialisation de sang-froid, et leur lien aux propres traditions et la création de plus de justice sociale, devaient rendre l’Ouest non seulement pensif, mais aussi provoquer des actions concrètes et généreuses. Le photographe impressionnant et l’exposition de photographies montrent que l’artiste est responsable et qu’il peut ainsi contribuer à plus de justice et plus de paix dans le monde. Une visite dans la ville d’art de Winterthur vaut la peine pour visiter les nombreuses collections d’art. On peut également visiter l’exposition de photographies exceptionnelle « NeoRealismo – la nouvelle photographie en Italie, 1932-1960 » au musée de la photographie à Winterthur. •

Source
Horizons et débats (Suisse)