Une visite avec des écoliers à la ferme « Frohberg » près d’Uster

De nos jours, vu la production industrielle de l’alimentation avec ses conséquences nuisibles pour le sol, pour la diversité des espèces et pour la santé, il est d’importance vitale pour nous tous de maintenir l’agriculture paysanne en Suisse et d’enseigner son importance aux générations futures. Nos enfants doivent encore avoir la possibilité de se nourrir sainement. Avec le thème « la ferme » pour l’enseignement nous voulons y contribuer. Le thème de la ferme représente une expérience importante, surtout pour les enfants qui vivent en ville. Tous les enfants adorent les animaux et les plantes, ils aiment les observer. La rencontre avec nos animaux productifs dans une ferme, apprendre à connaître l’entretien naturel des animaux et les travaux qui y sont liés, tout cela contribue à plus de connaissance, de joie et de soin envers les animaux et la nature.
La visite à la ferme du Frohberg près ­d’Uster avec des enfants de 3e et 4e classe en est un exemple impressionnant.
La ferme sur le Frohberg offre, contrairement à d’autres fermes plus spécialisées, une grande variété d’espèces, de plantes et d’animaux. Monsieur Kunz, qui gère la ferme avec sa femme, a écrit : Notre ferme « est une reproduction de paysages naturels pleins de fruits mangeables, de noix et de légumes avec assez d’espace pour les oiseaux, les bêtes et les plantes en communauté avec les êtres humains. A quelque distance de la ferme nous avons aménagé un étang assez grand et nous avons planté beaucoup d’arbres, dont des arbres fruitiers (haute tige) de diverses espèces et sortes. Il s’agit là aussi de préserver de vieilles variétés de fruits de haute valeur. » Ce qui tient à cœur à la famille, c’est l’agriculture biologique et l’autosuffisance.
Pour notre visite, Monsieur Kunz a été d’accord de garder deux vaches à l’étable au delà de l’heure habituelle, c’est-à-dire 6 heures du matin, pour pouvoir montrer aux élèves le processus de la traite. Et il était convenu que les enfants se rendraient utiles et l’aideraient. Ils étaient tous venus en habit de travail et ils se réjouissaient beaucoup de pouvoir aider. Après le voyage en tram, en train de banlieue et en bus, nous sommes enfin arrivés à la ferme située au sommet d’une colline et nous avons été accueillis chaleureusement par Monsieur et Madame Kunz. Monsieur Kunz nous a présenté le déroulement de la matinée : D’abord regarder de petits animaux cachés, ensuite une visite à l’étable, amener les vaches au pâturage, ensuite ramasser les fruits tombés par terre et les donner à manger aux porcs, observer en passant les poules, les lapins et les chatons, et finalement apprendre à connaître les espèces de légumes au jardin potager et arracher des carottes.
Après la présentation mutuelle, les observations :
Quelles petites bêtes pourraient bien se trouver dans une fontaine ? Le bassin de la fontaine était couvert d’une grille pour empêcher les bêtes de se sauver. Qu’est-ce que cela peut être ?
Monsieur Kunz plonge son bras dans la fontaine, il tient dans sa main une écrevisse de rivière, de sorte qu’elle ne puisse le pincer avec ses pinces. Nous pouvons très bien observer les pinces, les yeux et les huit pattes de cette bête, et aussi comment l’écrevisse marche à reculons. Pourquoi ces écrevisses se trouvent-elles dans la fontaine ? Nous l’apprendrons plus tard : Sur son terrain, Monsieur Kunz a aménagé un grand étang rempli d’eau de pluie, déjà peuplé par une famille de canards, et les écrevisses pourront bientôt s’y installer.
A la question : « Est-ce que nous pouvons manger quelque chose ? J’ai faim ! » Monsieur Kunz répond : « Non, d’abord il faut travailler ! » Et maintenant, tout le monde à l’étable. Monsieur Kunz raconte qu’il y a trois ans, il était encore dans la production laitière, ­s’occupait encore d’un grand cheptel et vendait du lait. Aujourd’hui, il a une autre conception de l’exploitation d’une ferme bio. Il a vendu la moitié de ses vaches et en a gardé 16 pour pouvoir élever les veaux avec le lait.
Mais maintenant les vaches ont besoin de fourrage. Chaque enfant a pu mettre une brassée de foin dans la crèche. A la question : « Est-ce que vous voulez traire à la main ? », les enfants répondent par un « oui ! » enchanté.
Monsieur Kunz raconte : « Il y a vingt ans qu’une conduite de lait a été installée à l’écurie et, depuis lors, les vaches ont été traites à la trayeuse et ainsi l’on a pu économiser de la main d’oeuvre. D’autres paysans ont déjà des robots à traire où le processus de la traite se déroule presque sans que le paysan y touche – mais naturellement avec la conséquence que les vaches ne sont plus habituées aux hommes et qu’elles deviennent parfois dangereuses. Chez Monsieur Kunz, ce n’est pas le cas. Il connaît ses animaux et il leur cause. Il fait aussi attention qu’on ne les dérange pas. « Ne pas courir dans l’écurie », dit-il.
Et maintenant, on va traire. Monsieur Kunz prépare la vache, il frotte les tétines avec de la laine de bois. Cela les stimule et ainsi le lait peut monter. Maintenant il montre comment il faut faire gicler le lait. « Ça c’est cool. Vous faites cela ‹méga› vite », est le commentaire des enfants. Chaque enfant peut essayer de faire ce mouvement pour traire. Chacun le fait à sa façon : plutôt prudemment, ou bien de manière spontanée.
Ensuite le paysan trait un pot de lait pour nous tous et après les vaches vont encore être traites avec la trayeuse. Nous pouvons observer la conduite du lait et à la fin nous pouvons sentir comment les bouts de la trayeuse fonctionnent : ils pressent et ils tirent, comme nous l’avions fait tout à l’heure avec les mains.
Maintenant la trayeuse doit être nettoyée : Dans une pièce à côté de l’écurie, il y a un bassin pour laver les pièces en caoutchouc. Ensuite la conduite du lait est nettoyée : D’abord une éponge y est propulsée avec la pression de l’air et le tuyau est ensuite branché sur la conduite d’eau et rincé.
Mais, où est le lait ? Il a été conduit dans un tank à lait, raccordé à un automate pour boire. L’automate est installé à la paroi de l’écurie des veaux. A la tétine en caoutchouc de l’automate, les 17 veaux peuvent toujours boire et c’est ce qu’ils font à l’instant.
Qu’est- ce qui va se passer avec les veaux ? « Ils vont être abattus », c’est la réponse honnête. Cela chagrine les enfants, les petits veaux sont si mignons ! Mais Monsieur Kunz est réaliste. Il demande : « Est-ce que vous mangez de la viande ? Vous ne pouvez pas avoir que ce qui est agréable et ne pas vouloir savoir le désagréable. Mais moi, j’essaye de faciliter cela pour les animaux. J’ai mon petit camion qui charge les animaux et je les accompagne, je leur parle jusqu’à la fin pour qu’ils aient le moins d’excitation et de peur possible. » Ainsi les enfants ont l’occasion de réfléchir à la question.
Nous avons vu la traite et le travail qui va avec et nous avons observé comment le paysan traite les animaux avec gentillesse et calme.
Les deux vaches retenues à part doivent enfin être amenées au pâturage. Le paysan ouvre la porte et les appelle ; elles se précipitent dehors même un peu trop vite parce que l’une glisse un peu. « Mais alors là, j’ai eu peur », dit une des filles, qui est d’habitude très courageuse. Une autre fille peut tirer un chariot avec des caisses et des paniers pour les fruits tombés. C’est presque trop lourd pour elle seule, un des garçons vient l’aider. Le chemin nous conduit à travers un champ, par-dessous d’un fil de fer vers un arbre avec des poires à cidre. Ils peuvent les ramasser dans des corbeilles et les vider dans les caisses. Qui travaille le plus vite ? Les enfants qui n’ont pas peur de se salir les mains pour travailler, aident avec empressement à ramasser les fruits, les autres restent plutôt à l’arrière-plan, aident à remplir les caisses et à tirer le chariot jusqu’à l’enclos des porcs.
Là ils sont salués avec grande joie, une truie avec cinq porcelets de trois mois grognent tous et n’attendent pas longtemps de mordre les poires. Sur leur terrain, ils peuvent creuser et fouiller et ils se laissent caresser un peu sans avoir peur, mais pour les attraper ils sont déjà trop grands et trop rapides. Nous pouvons constater avec quelle vivacité les animaux bougent, comment ils sont élevés dans le respect de leur rythme biologique, et nous voyons qu’ils sont vigoureux et en bonne santé.
Maintenant, traînant le chariot vide, nous traversons le beau jardin de fleurs et de baies, passons devant le poulailler où sont une vingtaine de poules et un fier coq noir et blanc ; nous retournons vers la ferme et le grand jardin potager dans lequel poussent beaucoup de sortes de légumes.
Madame Kunz nous raconte : « Le sol est très lourd ici et il nous faut du temps pour que l’humus se forme. Nous n’utilisons pas d’engrais chimique. Car un sol sain donne aux plantes tout ce dont elles ont besoin. J’ai suivi déjà beaucoup de cours de jardinage et nous essayons maintenant de revenir à une culture naturelle qui nourrit le sol et qui n’endommage pas les plantes. »
Dans le jardin nous trouvons beaucoup de sortes de légumes que les enfants ne connaissent pas, mélangées avec des fleurs qui sont une protection naturelle pour les plantes contre des mycoses. Les plantes dans les carreaux de la colline sont les plus fortes, parce qu’elles y ont un bon climat pour pousser.
Chaque enfant peut ensuite arracher une carotte. C’est un événement de comparer les diverses racines et d’observer qu’il y a aussi des jumeaux et des triplés chez les plantes.
Les heures ont coulé vite à la ferme. Il ne nous reste que peu de temps pour poser des questions à Madame et Monsieur Kunz au sujet de leur ferme et du déroulement de leurs journées.
Pour cela, nous nous rassemblons dans l’atelier autour d’une table ronde avec du moût, du lait frais et de la tarte aux pommes. Les enfants veulent par exemple savoir combien de temps il faut pour labourer un champ. « 4 à 8 heures » leur répond Monsieur Kunz. Beaucoup de questions restent ouvertes ; nous aurions aimé rester encore longtemps pour mieux connaître les plantes et les animaux, mais nous reviendrons certainement.
Nous remercions chaleureusement la famille et nous disons « au revoir ». •