Tendances et événements au Proche-Orient

Les regards se dirigent vers le nord de la Turquie après une nouvelle attaque des rebelles kurdes qui a fait un grand nombre de morts et de blessés dans les rangs de l’armée turque. Ces événements montrent la gravité des dangers qui menacent l’intégrité des États de la région à cause du projet de partage de l’Irak qui n’est plus une lubie mais un texte, voté par le Sénat US.
Les principales forces présentes au Parlement irakien font assumer à l’occupation états-unienne la responsabilité de ce qui se passe à la frontière nord de l’Irak. L’occupation a eu pour première conséquence l’affaiblissement du pouvoir central à Bagdad. Alors que de graves événements sécuritaires et militaires se profilent à l’horizon, il devient impératif de préserver l’unité de l’Irak comme condition inévitable pour préserver la stabilité de l’ensemble du Moyen-Orient. C’est ce à quoi s’emploie la Syrie qui n’a cessé, depuis l’invasion anglo-saxonne en mars 2003, d’appeler à la sauvegarde de l’unité de ce pays. Damas a mis en garde dès le départ contre un plan de démembrement non seulement de l’Irak mais de tous les pays alentours, y compris la Turquie et l’Iran.
Devant la détermination d’Ankara à en finir avec la Parti des travailleurs du Kurdistan, les chefs kurde irakiens, Jalal Talabani et Massoud Barazani, ont proposé aux dirigeants turcs de concentrer leurs opérations militaires dans les montagnes abritant les bases du PKK sans mener une incursion d’envergure dans le nord de l’Irak. Dans ces conditions, l’armée turque serra-t-elle capable de reprendre l’initiative après les revers qu’elle a subie ?

Presse et agences internationales

• Dans un article publié par la presse israélienne, Gédéon Levy affirme que les chances que le navigateur israélien Ron Arad, dont l’avion a été abattu au-dessus du Liban en 1986, soit encore en vie, sont quasi-nulles. Seuls les soldats japonais sortent vivant de la jungle, 21 ans après la fin de la guerre. Il est important de déployer les efforts nécessaires pour ramener vivants ceux qui le sont encore. Quand la restitution de Ron Arad est devenue une bataille perdue, elle a entravé les efforts visant à récupérer les autres. Il est inévitable de faire un choix douloureux et cesser les démarches visant à la restitution du navigateur. L’État doit se libérer de ses déclarations creuses et doit s’investir dans sa véritable mission qui est celle de ramener Gilad Shalit, Udi Goldfasser et Eldad Reguev. Il est nécessaire de libérer Samir Kantar et d’autres détenus libanais en contrepartie du retour de nos deux soldats détenus par le Hezbollah. Il ne faut plus lier cette affaire à l’obtention d’informations sur le sort de Ron Arad.

• Dans un article publié par plusieurs journaux arabes, Rami Tal affirme que ces derniers jours ont connu une escalade verbale entre l’Iran et les États-Unis. George Bush a déclaré : « Si la communauté internationale n’arrive pas à empêcher l’Iran de maîtriser la technologie nucléaire militaire, une Troisième Guerre mondiale pourrait éclater ». Quelques jours plus tard, le chef d’état-major interarmées, le général Mikael Mollon, a affirmé : « Malgré nos efforts militaires en Irak et en Afghanistan, nous avons les moyens nécessaires pour attaquer l’Iran ». En réponse à ces menaces, un haut gradé des Gardiens de la révolution, le général Mahmoud Tchaherbaki, a dit : « Si l’Iran est attaquée, elle ripostera par le tir de 11 000 missiles en une minute sur les bases ennemies ».
Georges Bush s’est engagé dans une aventure extrêmement dangereuse. En parlant de Troisième Guerre mondiale, il a sans doute voulu envoyer un message aux dirigeants russes et chinois que leurs tergiversations dans le dossier du nucléaire iranien sont catastrophiques. Il a voulu dire à la communauté internationale que si elle n’impose pas des sanctions sévères contre l’Iran dans un délai raisonnable, Washington se verrait dans l’obligation de lancer une attaque contre l’Iran qui pourrait avoir de graves conséquences. Bush est encouragé par la nouvelle position de la France après l’élection de Nicolas Sarkozy.
La menace de l’Iran de riposter avec 11 000 projectiles en une minute signifie que Téhéran a décidé d’utiliser ses missiles de courte portée. Aucun État au monde, à part la Russie et les États-Unis, ne dispose d’un aussi grand nombre de missiles de ce type.
Tous les experts s’accordent à dire que si elle a accès à la bombe atomique, l’Iran ne compte pas la lancer sur Israël. Cette arme lui permettra de se hisser au rang de puissance internationale.

HAARETZ (QUOTIDIEN ISRAELIEN)
- Shlomo Ben Ami
Un accord de paix israélo-arabe nécessite des orientations générales pour jeter les fondements de la solution au conflit. Pour y réussir, une volonté régionale est nécessaire. Car les problèmes sont très compliqués et il est impossible de trouver des solutions aux questions en suspend (Jérusalem, réfugiés etc…) sans unanimité arabe. Sans cette unanimité, chaque pays arabe continuera à développer une stratégie de déstabilisation dans la région. Israël n’a jamais envisagé de conclure une paix globale avec tous ses ennemis, en raison des concessions douloureuses en un seul temps qu’il serait appelé à faire sur tous les fronts. L’État hébreu est divisé en deux courants : la gauche a toujours privilégié la négociation avec les Palestiniens. La droite, elle, a ignoré la dimension palestinienne au profit d’un compromis avec les grands États arabes.
La Syrie souhaite être invitée à participer à un compromis avec Israël sous la supervision des États-Unis. Le régime baassiste a vécu deux expériences historiques : la perte du Golan à l’époque de Hafez el-Assad et la perte du Liban à l’époque de son fils Bachar. Le meilleur moyen pour que ce dernier renforce sa légitimité est qu’il récupère les hauteurs du Golan, obtienne la reconnaissance de ses intérêts au Liban et le règlement de ses problèmes avec Washington. C’est de cette façon qu’il réintègrera le concert des pays arabes et profitera d’une aide économique des pays du Golfe.

- Tzivi Bar’el
Bien que le Premier ministre palestinien limogé, Ismaïl Haniyyé, n’a pas été invité à la conférence de paix d’Annapolis, le Hamas sera présent malgré son absence. L’échec de cette conférence ou la modestie de ses résultats, suffiront à relancer le dialogue entre le Hamas et Fatah. À Gaza, la violence se poursuit entre les partisans des deux mouvements. Mais l’Égypte, avec la bénédiction de l’Arabie saoudite, met aux points les principes d’une prochaine rencontre entre les deux parties, qui doit se tenir après la Conférence d’Annapolis. Il y a dix jours, Haniyyé a révélé l’existence d’une médiation d’un pays arabe qu’il n’a pas nommé. Le jour même, un conseiller du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a démenti l’information. Mais dans les coulisses, le ministre yéménite de l’Intérieur, Moustapha Osman Khalil, a mené une médiation avec le consentement de Riyad et du Caire. En parallèle, le président Hosni Moubarak a dépêché le chef de ses services de renseignements, le général Amr Sleimane, auprès des deux parties pour connaître leurs demandes respectives, en prévision de l’élaboration d’un plan pour une rencontre entre le Fatah et le Hamas.
Les responsables égyptiens sont conscients qu’Abbas n’acceptera pas de parler au Hamas avant Annapolis. Car un tel dialogue poussera Israël à faire preuve de plus d’intransigeance. Le président palestinien, qui sait que cette conférence ne réalisera pas les ambitions des Palestiniens, veut éviter d’être accusé de l’avoir torpillée. Les dirigeants du Hamas le savent et sont conscients que l’échec de cette conférence fournira à Abbas le calme nécessaire pour reprendre le dialogue avec le mouvement islamiste.

Audiovisuel international

AL JAZEERA (CHAINE QATARI)
Émission : Rencontre spéciale
- Moustapha Osman Ismaïl, conseiller du président soudanais Omar Hassan al-Bachir
Le président al-Bachir a tenté de désamorcer la crise politique dans le pays en procédant à l’amendement ministériel réclamé par le Mouvement populaire pour la libération du Soudan (sudistes). Mais au lieu de revenir au gouvernement, le mouvement a voulu davantage de concessions.
En retirant ses ministres du gouvernement, le mouvement veut paralyser l’action de l’État. Mais cela ne se produira pas car les institutions vont continuer à fonctionner sur les plans législatif et exécutif.

Tendances et événements au Liban

Le président du Parlement, Nabih Berri, a reporté au 12 novembre la séance de l’élection présidentielle qui était prévue le 23 octobre. Ce nouveau délai sera mis à profit pour tenter de dégager un compromis entre le pouvoir et l’opposition sur un candidat de consensus.
D’ici là, les contacts sur les plans interne et externe vont s’intensifier. Ils ont d’ailleurs connu un développement spectaculaire sur la scène maronite (la communauté dont est toujours issu le chef de l’État) ces dernières 24 heures avec la réconciliation-surprise entre le général Michel Aoun, chef de l’opposition chrétienne, et l’ancien chef de l’État Amine Gemayel, une des personnalités du 14-mars. Cette rencontre donne un coup de pouce à tous les appels en faveur d’une entente interlibanaise, face aux discours provocateurs des faucons du 14-mars, Samir Geagea et Walid Joumblatt, qui menacent tous les jours d’élire un président à la majorité simple.
Pendant ce temps, MM. Nabih Berri et Saad Hariri (chef de la coalition au pouvoir) ont évoqué, lors de leur dernière rencontre samedi, les noms des candidats de consensus potentiels. Même chose du côté du comité maronite conjoint qui tient ses réunions au siège du patriarcat maronite, à Bkerké. Composé de quatre personnalités (deux représentants des partis du pouvoir et deux autres de l’opposition) ce groupe de contact à été créé à l’initiative de Bkerké. Mais l’ancienne milice des Forces libanaises de M. Geagea a refusé d’y participer, dans une vaine tentative de torpiller sa création.
Alors que pouvoir et opposition ont repris langue, la presse de ce jour rapporte que lors de son dernier voyage aux États-Unis, début octobre, Saad Hariri s’est vu délivrer un conseil américain d’accepter la condition du quorum des deux tiers, ce qui signifie accepter l’entente avec l’opposition. Ce même message a été transmis aux différents protagonistes par les ministres des Affaires étrangères de France, d’Espagne et d’Italie, qui ont clôturé dimanche une visite de 48 heures au Liban.
Ces développements interviennent après que l’opposition ait clairement affirmé que l’élection d’un président à la majorité simple par le 14-mars serait considérée comme une violation des limites de l’acceptable. Elle a averti que la riposte à cette mesure anticonstitutionnelle serait immédiate et décisive. Après cette mise en garde, les capitales occidentales concernées par la situation au Liban, notamment celles qui déploient des soldats dans le cadre de la Finul au Sud, ont été contraintes de revoir leurs calculs. Selon des sources bien informées, c’est le forcing opéré par l’Europe qui a convaincu les États-Unis de faire preuve d’une plus grande flexibilité.
Dans le prolongement de ces contacts tous azimuts, des échéances importantes sont attendues dans les deux prochaines semaines :
- La réunion entre le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Moallem, et ses homologues états-unien et français, Condoleezza Rice et Bernard Kouchner, en marge de la conférence des pays voisins de l’Irak, à Istanbul.
- La réunion entre les présidents français, Nicolas Sarkozy, et états-unien, George Bush.
Mais toutes ces réunions qui seront en partie consacrées au Liban n’éloignent pas le spectre d’une explosion de la situation au Liban, car pour l’instant, nul ne sait quelles sont les réelles intentions des États-Unis.

Presse libanaise

AN -NAHAR (QUOTIDIEN PROCHE DU 14-MARS)
La rencontre entre Michel Aoun et Amine Gemayel pourrait être le prélude à des rencontres plus élargies. L’intensité des rivalités interchrétiennes a baissé.
Les ministres de la troïka européenne ont proposé de limiter les candidatures à la présidence à celles qui seront retenues dans le cadre de l’initiative du patriarcat maronite.

AS-SAFIR (QUOTIDIEN PROCHE DE L’OPPOSITION)
Le président Nabih Berri et Saad Hariri ont convenu de reporter la séance de l’élection présidentielle, prévue ce mardi, en attendant l’entente inter-maronite.
Michel Aoun et Amine Gemayel ont discuté, lors d’une réunion nocturne, les moyens de mettre un terme à la marginalisation de la première magistrature de l’État, en allusion à la présidence de la République, toujours occupée par un maronite.
Le président égyptien, Hosni Moubarak, a reçu, dimanche, le commandant en chef de l’armée, le général Michel Sleimane.

AL-AKHBAR (QUOTIDIEN PROCHE DE L’OPPOSITION)
La rencontre entre Michel Aoun et Amine Gemayel a réhabilité l’initiative du patriarcat maronite. Les ministres européens se sont engagés, pour leur part, à « prendre en charge l’attitude américaine » concernant la présidentielle libanaise.

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions arabe, anglaise et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise et arabe.