« Je pense que la destruction du paysage sur le Plateau suisse se poursuit aujourd’hui avec une rigueur et une attitude presque militante qui fait froid dans le dos. Avec quelle vitesse le paysage est englouti ! »
(Hans Kollhoff, Berlin, professeur d’architecture et de construction à l’EPF de Zurich dans le journal « Der Bund » du 21/10/06)

La Suisse est en train de se couvrir de constructions. Depuis des décennies, presque un mètre carré de terre cultivée disparaît chaque seconde. Par jour, cela correspond à la moitié d’une exploitation agricole. Par année à la surface de plus de 3000 terrains de football. Là où l’on trouvait des arbres fruitiers et où pâturaient des vaches il n’y a pas si longtemps, se dressent aujourd’hui de gigan­tesques centres de distribution sans visage ou des immeubles anonymes. Sans mesures actives et concrètes, cette évolution perdurera dans les années à venir.

Trop grande réserve de zones à bâtir

Depuis 1980, la Suisse possède une Loi sur l’aménagement du territoire (LAT). Elle stipule que le terrain à bâtir doit être séparé du terrain non-constructible. Les communes ont été obligées d’élaborer des plans de zone dans ce sens. Les zones à bâtir ont souvent été délimitées de manière très généreuse par le passé. Aujourd’hui, les zones à bâtir nonconstruites couvrent 60 000 ha de terre cultivable. Cela représente 27% de la zone d’habitat, soit suffisamment de place pour offrir un espace de vie et d’habitation à 2,5 millions d’habitants (source : Rapport sur le développement territorial, ODT 2005). En outre, le terrain déjà bâti présente des réserves considérables. Rien que les friches industrielles et commerciales recèlent des possibilités d’exploitation correspondant à la surface d’habitat et d’infrastructures de la ville de Genève. Le potentiel des vieux complexes d’habitation et des parcelles très sous-exploitées n’a pas encore été quantifié. Quelles sont les causes de ce développement ? Des structures d’habitat dépassées, les mauvaises incitations données par la concurrence fiscale, le manque de coordination entre Confédération et cantons, l’occultation du rôle majeur joué par l’économie dans l’aménagement du territoire ou encore le rêve de la maison individuelle à la campagne. La zone d’habitat connaît un accroissement particulièrement rapide là où il reste relativement facile de rejoindre des centres importants. Cependant, les structures d’habitat mal organisées coûtent plus cher à l’entretien.

De plus en plus de constructions à l’extérieur des zones à bâtir

Depuis son introduction en 1980, la LAT a déjà été révisée à plusieurs reprises. Par ex­emple au niveau des dispositions relatives à la construction hors des zones à bâtir. A chaque révision, les possibilités de construction hors des zones à bâtir ont été étendues. Par la suite, l’activité de construction a continué d’augmenter hors des zones à bâtir. Aujourd’hui, il se construit chaque année plusieurs milliers de nouvelles unités d’habitation hors des zones à bâtir. Les paysages non-bâtis sont devenus un bien rare. Il est de plus en plus difficile de préserver nos paysages. Les agglomérations pénètrent toujours davantage dans les surfaces libres. La qualité des espaces de délassement et la diversité de la faune et de la flore diminuent. Les caisses communales, qui doivent prendre à leur charge les coûts élevés découlant de l’implantation désordonnée des constructions, pâtissent aussi de cette situation. •

Contact : Kathy Riklin, conseillère nationale PDC ZH membre du comité d’initiative.
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