Tendances et événements au Proche-Orient

Des combats plus ou moins violents se poursuivent dans la Bande de Gaza entre les mouvements de la résistance et l’armée israélienne, tandis que les civils palestiniens vivent dans des conditions précaires en raison du blocus israélien qui ne laisse passer les denrées alimentaires et le carburant qu’au compte-gouttes.
Un débat profond se déroule à l’intérieur d’Israël sur la pertinence de la panoplie de mesures prises contre la Résistance palestinienne, y compris l’utilité d’une éventuelle invasion globale dans laquelle seraient mis à contribution l’aviation, les blindés et les unités d’infanterie d’élite.
De nombreux experts israéliens soulignent la grande capacité d’endurance des civils palestiniens qui sont prêts à consentir d’immenses sacrifices pour soutenir les mouvements de résistance. Ces spécialistes procèdent à une lecture détaillée des développements à Gaza depuis son occupation, en 1967. En 40 ans, Israël n’a jamais réussi à briser la résistance et la détermination des Palestiniens. Plus la répression s’intensifiait, plus les Palestiniens faisaient preuve de solidité.
Ces experts estiment que la collaboration entre Israël et l’Autorité palestinienne constitue pour cette dernière un insupportable fardeau moral et politique. Sa crédibilité auprès de la population est fortement entamée depuis que de larges pans de la société lui font assumer la responsabilité du sang des résistants versé par les troupes d’occupation et le sort des milliers de résistants emprisonnés. La recrudescence de la répression ne semble donner aucun résultat concret, puisque de nouvelles cellules, composées de résistants plus expérimentés et plus déterminés, se forment pour remplacer celles qui sont démantelées.
Dans ces conditions, la conférence de paix d’Annapolis, convoquée par George Bush, si elle est maintenue, aura pour résultat direct le déclenchement d’une nouvelle Intifada.

Presse et agences internationales

HAARETZ (QUOTIDIEN ISRAELIEN)
- Rifen Pedatzer
Que se passera-t-il dans les rues de Tel Aviv en cas de guerre avec la Syrie. Un conflit avec ce pays sera différent de toutes les autres guerres que nous avons menées dans le passé. Certes, les blindés auront un rôle central dans les batailles sur les hauteurs du Golan, comme cela s’est produit lors des guerres précédentes. Mais le prochain conflit ne se limitera pas aux premières lignes. Il atteindra la profondeur du territoire israélien où vivent les civils. Les habitants de Haïfa et de Tel-Aviv seront à portée des missiles tirés par l’armée syrienne. _ Nous n’avons qu’à nous imaginer ce qui se passerait dans les rues de nos villes. Quelles seraient les conséquences des attaques réciproques sur les civils ? Nous avons un exemple vivant lors de la Deuxième guerre du Liban lorsque le Hezbollah a tiré 4 000 roquettes, paralysant la vie d’un million d’Israéliens dans le nord du pays.
L’armée syrienne possède quelque 1 000 missiles balistiques de type Scud B et C d’une portée de 300 à 700 kilomètres. Ces projectiles peuvent atteindre n’importe quel point en Israël. La distance entre le sud des hauteurs du Golan et Tel-Aviv est de 150 kilomètres. La Syrie possède aussi des missiles équipés d’ogives chimiques, et dispose d’une expérience dans le domaine des armes biologiques. L’armée syrienne possède également des missiles SS-21 d’une portée de 80 kilomètres, ayant une forte précision de tir. Par exemple, les pistes de David Ramat peuvent être sous le feu de ces missiles.
Les Syriens ont tiré les enseignements de la guerre du Liban. Ils ont appris comment protéger leurs missiles et les mettre à l’abri des raids dans des caches fortifiées.
En cas de guerre avec la Syrie, Israël devra payer un très lourd prix au niveau de la population civile. Ceux qui ont échoué dans une guerre contre une organisation ne regroupant que quelques centaines de combattants doivent être prudents lorsqu’ils affronteront une armée régulière qui a tiré les leçons de conflits passés et qui est déterminée à profiter des points faibles de l’armée israélienne.

WASHINGTON POST (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
Les sanctions annoncées jeudi par l’Administration Bush contre l’Iran constituent un push à la campagne destinée à stopper le programme nucléaire iranien par des voies non militaires. Pendant plus de deux ans, Washington a soutenu les négociations menées par les pays européens sous l’égide du Conseil de sécurité et les sanctions prises collectivement pour freiner les ambitions de Téhéran pour fabriquer la bombe atomique. La secrétaire d’État, Condoleezza Rice, a réaffirmé son attachement à cette option. Mais jusqu’à présent, tous ces efforts ont échoué, et l’Iran poursuit la construction d’une importante installation destinée à enrichir l’uranium, ignorant les résolutions internationales (relativement timides). De plus, Téhéran a intensifié son soutien aux groupes terroristes au Moyen-Orient et lance des opérations militaires par combattants interposés contre les États-Unis en Irak.
Les nouvelles mesures de rétorsion ne qualifient aucun de ces groupes de « terroriste » comme le souhaitait certains milieux de l’administration et du Congrès. Ces sanctions ont pour objectif d’entraver les efforts iraniens visant à traiter avec le secteur bancaire international et de dissuader les sociétés non-US d’investir en Iran.
Aucun indice ne prouve que George Bush a pris la décision d’attaquer l’Iran. Un grand nombre de responsables de l’administration sont conscients que les sanctions sont le meilleur moyen pour éviter l’option militaire.

• Les agences de presse internationales rapportent que les États-Unis ont élaboré un plan pour convaincre les pays arabes et d’autres États, notamment le groupe des Six, d’imposer des sanctions supplémentaires contre l’Iran en dehors du cadre des Nations unies. Mais le président russe, Vladimir Poutine, a mis en garde contre l’adoption de cette voie. La Chine, elle, a dénoncé la décision de Washington d’interdire toute transaction avec 22 banques, sociétés et individus en Iran.
Les réactions iraniennes aux mesures états-uniennes étaient variées. Alors que le ministère des Affaires étrangères n’y a accordé aucune importance, d’autres voix ont menacé d’attaquer les GI’s en Irak et dans d’autres régions si l’Iran était attaqué, ce qui ferait grimper à 200 dollars le prix du baril de brut.
Des membres démocrates du Congrès affirment que l’administration Bush bat les tambours de la guerre sans réaliser les conséquences d’un éventuel conflit. Mais le secrétaire à la Défense, Robert Gates, a déclaré que les préparatifs pour une guerre contre l’Iran sont routiniers au Pentagone.
Sur le plan économique, des experts ont prévu des conséquences dramatiques au niveau des prix du pétrole en cas de guerre, de menaces sérieuses et de blocus total contre l’Iran.

AL KHALEEJ (QUOTIDIEN EMIRATI)
Est-ce le fruit du hasard que les troupes israéliennes mènent plusieurs incursions dans la Bande de Gaza, tuent plusieurs Palestiniens et détruisent des habitations au moment même où le Premier ministre, Ehud Olmert, se réunissait avec le président de l’Autorité palestinienne ? Ce n’est certainement pas une coïncidence, surtout pour Israël qui calcule le moindre de ses pas pour être sûr qu’il sert bien ses intérêts.
Les incursions de vendredi à Gaza font suite à une décision du ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, de renforcer le blocus économique sur ce territoire, dans le but de le priver graduellement de carburant et d’électricité. L’objectif ultime étant de mettre la population à genoux. Cette décision est en quelque sorte dirigée contre Mahmoud Abbas qui était pressé de rencontrer Olmert pour mettre les dernières touches aux préparatifs de la conférence de paix d’Annapolis.

AFP (AGENCE FRANCE PRESSE)
Alors que la polémique se poursuit autour de la conférence de paix convoquée par George Bush et de l’importance de la participation de Damas à cette réunion, les informations sur le dossier nucléaire de la Syrie refont surface. À Washington, des experts US ont révélé que des images satellite ont montré que le site, soupçonné d’avoir abrité un réacteur nucléaire et pris pour cible par l’aviation israélienne le mois dernier, a été complètement démantelé. L’Institute for Science and International Security (ISIS) a mis en ligne jeudi, sur son site électronique, une photo prise par le satellite privé Digital Globe prise le 24 octobre. Selon l’Institut, cette photo montre que le site a effectivement été la cible d’un raid israélien. Les experts David Albright et Paul Branan précisent qu’une comparaison avec d’autres clichés montrent que le bâtiment visé a été complètement rasé et son ancien emplacement nettoyé. Ils ajoutent qu’une partie du site nucléaire a été enfoui sous terre.
[Voir documents en fin d’article]

Audiovisuel international

AL-ARABIYA (CHAINE SAOUDIENNE)
Émission : Avec sincérité
- Massoud Barazani, président de la province autonome du Kurdistan
Les faits à la frontière avec la Turquie sont exagérés. Je ne crois pas au déclenchement d’une guerre.
Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) n’a jamais été le bienvenu au Kurdistan irakien. Nous n’acceptons pas que des actes violents soient lancés à partir de notre territoire contre la Turquie ou tout autre pays.
Un pays autre que la Turquie veut aussi provoquer le Kurdistan. Si l’armée turque lance une invasion, nous ne resterons pas les bras croisés.

Tendances et événements au Liban

Le vent d’optimisme recule mais le président du Parlement, Nabih Berri, continue de répéter, comme il le fait depuis des mois, qu’un nouveau président sera élu conformément à la Constitution, dans les délais constitutionnels et dans un esprit consensuel.
Toutefois, les indicateurs arabes ne plaident pas en faveur de ce pronostic, en dépit des informations de presse selon lesquelles le chef des services de renseignement égyptiens, Amr Sleimane, a effectué une ou plusieurs visites à Damas.
C’est du côté français que les choses bougent. Après l’entretien téléphonique, vendredi, entre le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, et son homologue syrien Walid Moallem, l’émissaire du Quai d’Orsay, Jean-Claude Cousseran, est attendu demain dimanche dans la capitale syrienne. Les observateurs attendent aussi les rencontres qui doivent avoir lieu, début novembre, en marge de la conférence des pays voisin de l’Irak, à Istanbul, entre Bernard Kouchner et Condoleezza Rice d’un côté, et Walid Moallem de l’autre.
Sur le front de Bkerké, il est désormais clair que le patriarcat maronite n’est pas en mesure de désigner un candidat à la présidence de la République, à cause de la gravité des contradictions et de l’embarras qui pourrait découler d’une telle mesure, surtout si ce candidat n’était pas élu. Les réunions du comité inter-maronite ont prouvé que les délégués de Michel Aoun et de Sleimane Frangié (Opposition) ont fait preuve d’une grande ouverture, alors que ceux du 14-mars se sont efforcés de bloquer toute entente, soit parce qu’ils avaient reçu des instructions en ce sens, soit qu’ils n’étaient pas mandatés.
Selon des milieux politiques bien informés, l’ambassadeur des États-Unis à Beyrouth, Jeffrey Feltman, n’a pas exprimé la vraie position de son administration lorsqu’il a affirmé que Washington refusait qu’Émile Lahoud reste en place si l’élection d’un successeur échouait. Car le maintien du statu quo (Lahoud à la présidence et Fouad Siniora à la tête du gouvernement) est une des cartes cachées des États-Unis.
C’est la première fois que Feltman évoque indirectement la possibilité que les élections n’aient pas lieu. Cette position intervient après la multiplication des mises en garde libanaises, arabes et européennes contre l’élection d’une président par le 14-mars d’une manière unilatérale.

Presse libanaise

AL-AKHBAR (QUOTIDIEN PROCHE DE L’OPPOSITION)
La visite du chef de la diplomatie égyptienne au Liban a montré que Le Caire ne souhaite pas d’un président libanais aligné sur la Syrie.
L’émissaire français Jean-Claude Cousseran est attendu en Syrie, alors que le secrétaire général de la Ligue arabe craint « un autre Liban après le 24 novembre ».

AN-NAHAR (QUOTIDIEN PROCHE DU 14-MARS)
Avec Damas, la France met en avant le slogan suivant : « L’élection consensuelle au Liban d’abord, l’ouverture d’un dialogue pour la normalisation des relations bilatérales ensuite ».
Les noms des candidats et la question du quorum sont les thèmes qui vont déterminer le sort du comité inter-maronite de Bkerké, aujourd’hui.

AS-SAFIR (QUOTIDIEN PROCHE DE L’OPPOSITION)
Le général Michel Aoun va rencontrer Walid Joumblatt dans les 48 heures. Un émissaire de sayyed Hassan Nasrallah sera reçu par l’ancien président Amine Gemayel.

Documents joints


« Suspect Reactor Construction Site in Eastern Syria : The Site of the September 6 Israeli Raid ? », ISIS, 24 octobre 2007


(PDF - 1.1 Mo)

« Syria Update : Suspect Reactor Site Dismantled », ISIS, 25 octobre 2007.


(PDF - 1.6 Mo)

« Syria Update II : Syria Buries Foundation of Suspect Reactor Site », ISIS, 26 octobre 2007.


(PDF - 170.4 ko)

« The Israeli “Nuclear Reactor Strike” and SyrianWeapons of Mass Destruction : A Background Analysis », CSIS, 24 octobre 2007.


(PDF - 562.5 ko)

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions arabe, anglaise et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise et arabe.