Tendances et événements au Liban

La grave dégradation de la situation au Pakistan est, selon les experts, le résultat direct des politiques états-uniennes dans ce pays. Lors des différents épisodes de la Guerre froide, le Pakistan avait servi de base militaire et sécuritaire aux États-Unis face à l’Union soviétique dans le bras de fer entre les deux géants en Asie centrale. On se souvient tous du rôle central joué par Islamabad dans la guerre d’Afghanistan. _ Depuis le 11-septembre, Washington s’efforce de se débarrasser du legs embarrassant au sein des services de sécurité pakistanais et des alliances et réseaux tribaux mis en place dans les années 80 et 90 du siècle dernier, dans le but de servir les objectifs de la guerre menée par les États-Unis et l’Otan en Afghanistan.
L’opposition pakistanaise, toutes tendances confondues, puise sa force dans les crises à répétition qui secouent le pays à cause, principalement, de l’inféodation du régime de Pervez Mousharraf aux priorités états-uniennes. Mais dans un pays aux profondes racines islamistes, l’alignement aveugle sur Washington ne peut pas se passer en douceur. Face au régime Mousharraf, s’est mise en place une alliance politico-tribale ayant des extensions au-delà de la frontière-notamment en Afghanistan — et qui se nourrit des contradictions au sein même de l’establishment dirigeant. À cela vient se greffer une situation économico-sociale catastrophique.
La fuite en avant des États-Unis en Afghanistan se traduit par une tentative de mélanger les cartes au Pakistan. Mais ce jeu dangereux pourrait avoir des répercussions sur l’ensemble de la région. Et dans une tentative de faire diversion de son échec dans la Machrek arabe, Washington pourrait se retrouver dans une chaudière encore plus explosive dans cette partie du monde, où, avec le pétrole de la Caspienne et les gazoducs géants, les enjeux sont aussi importants que ceux du Moyen-Orient.

Presse et agences internationales

• Les agences régionales et internationales rapportent les propos du chef du service de renseignement militaire israélien —Aman—, le général Yossi Pedets, qui a confirmé que le Hezbollah avait effectivement organisé « de vastes manœuvres » au Liban-Sud. _ Selon lui, le Hezbollah a voulu faire comprendre à Tel-Aviv qu’il n’était pas du tout impressionné par les manœuvres de l’armée israélienne.
Les propos de Pedets sont d’autant plus importants que l’officier dirige un des plus importants services de renseignement israéliens. De plus, il a donné ces précisions devant la Commission des Affaires étrangères et de la Sécurité de la Knesset, où il a comparu dans le cadre d’une audition sur la situation au Liban, en Syrie et en Iran.
Le général Pedets a déclaré que contrairement à ce qui a été dit au Liban que le Hezbollah a mené un simulacre de manœuvres sur papier, la vaste manœuvre organisée par le parti visait à montrer qu’il est extrêmement fort et puissant dans l’arène interne libanaise. Selon lui, le Hezbollah apprend comment coexister avec la Finul et continue de renforcer ses capacités.

TECHRINE (QUOTIDIEN SYRIEN)
Les faits et l’expérience montrent que la Syrie est attachée aux normes légales et morales et aux résolutions internationales, et aspire à un ordre mondial régi par les valeurs de la paix et de la justice. Un ordre basé sur le respect, le dialogue, la tolérance et le pluralisme, des qualités susceptibles d’enrichir l’humanité. C’est ce qu’a déclaré le président Bachar al-Assad hier et ce qu’a toujours répété la Syrie, à un tel point que les délégations qui visitent le pays repartent avec l’impression qu’il faut soutenir les positions de Damas. C’est aussi ce qui pousse des responsables internationaux et régionaux à assurer que la Syrie reste un pays central sur l’échiquier régional. Et qu’il ne peut y avoir stabilité et paix sans qu’il ne soit associé à tous les efforts diplomatiques et politiques en cours pour tenter de résoudre le conflit israélo-arabe. Cette solution passe par une paix durable qui rendrait à chacun ses droits et ses terres. De nombreuses personnalités internationales et européennes témoignent de l’attitude positive de la Syrie, contrairement aux positions dictées par des idées préconçues de l’administration Bush.

AL-BAYAN (QUOTIDIEN EMIRATI)
Tous les regards étaient rivés sur la frontière turco-irakienne. Mais derrière la poussière soulevée par cette crise, il existe un événement quotidien qui ne reçoit pas l’attention qu’il mérite. Il s’agit d’une affaire extrêmement grave, celle de l’exode massif des Irakiens. Si cette hémorragie se poursuit, c’est non seulement les solutions à la crise qui sont menacées, mais l’avenir même de l’Irak. Les derniers chiffres rapportés par le Croissant rouge irakien font état de 2,3 millions d’habitants réfugiés à l’intérieur du pays. Pour le seul mois de septembre, 300000 irakiens ont été déplacés. Il y aurait autant de réfugiés irakiens à l’extérieur de leur pays, notamment en Jordanie et en Syrie.

• Hussein Zoghby, président de l’Institut arabo-américain à Washington, précise que la plupart des candidats démocrates ont pris la parole la semaine dernière devant le congrès national des Arabes américains qui est organisé tous les quatre ans dans l’État de Michigan. Le gouverneur du Nouveau Mexique, Bill Richardson, le congressman de l’Ohio, Denis Ciccinic, se sont déplacés, alors que Hillary Clinton, Barak Obama et John Edwards ont envoyé des représentants et ont prononcé des discours enregistrés. Mme Clinton a déclaré que le retrait d’Irak permettra aux États-Unis de jouer un rôle constructif dans le processus de paix au Moyen-Orient, de manière à garantir la sécurité et des relations normales pour les Israéliens et les Palestiniens. Quatre des cinq candidats démocrates ont promis de s’engager personnellement dans les négociations entre Israël et les Palestiniens. Obama et Richardson se sont engagés à promouvoir une solution basée sur les deux États. La position de Hillary Clinton était vague. Elle n’a pas promis de s’investir personnellement dans le processus de paix.

Audiovisuel international

AL-JAZEERA (CHAINE QATARI)
Émission : Dialogue ouvert
- Michel Aoun, chef de l’opposition chrétienne libanaise
Nous assistons actuellement au Liban à l’élimination de deux grandes communautés religieuses du système politique : les chrétiens et les chiites. Cela constitue un grave danger pour la structure libanaise basée sur un équilibre entre les principales confessions.
Ma rencontre avec l’ancien chef de l’État Amine Gemayel (membre du 14-mars) est importante. Elle contribue à renforcer le courant modéré chrétien.
L’élection d’un président à la majorité simple ou le maintien au pouvoir du gouvernement de Fouad Siniora seront considérés par l’opposition comme des actions anticonstitutionnelles. Pour nous, cela signifiera qu’il existe un vide, une vacance à la tête du pouvoir et nous agirons en conséquence.
Je soutiens les résolutions internationales et je souhaite trouver une solution aux armes du Hezbollah. Mais dans un cadre juste et pacifique.

Tendances et événements au Liban

Il semble que l’entente sur un candidat consensuel sera impossible d’ici à la séance de l’élection présidentielle, le 12 novembre, surtout après que le Patriarche maronite Nasrallah Sfeir eut annoncé qu’il n’était pas disposé à établir une liste de présidentiables. Pendant ce temps, les contacts internes font du surplace. Dans ce climat, toutes les options sont possibles dans le face-à-face entre le pouvoir et l’opposition. Cette dernière affirme qu’elle étudie tous les scénarios pour faire face à ce qu’elle qualifie de coup d’état en préparation par le 14-mars avec le soutien des États-Unis. Des concertations intensives se déroulent actuellement loin des feux de la rampe entre les principaux chefs de l’opposition et avec le président Emile Lahoud, qui a réaffirmé qu’il ne remettrait pas le pouvoir à un président élu anticonstitutionnellement, et encore moins au gouvernement de Fouad Siniora.
Le 14-mars, lui, peaufine ses plans et étudie la possibilité d’organiser une séance présidentielle en dehors du Parlement et sous la direction du vice-président de la Chambre, Farid Makari.
C’est dans cette ambiance tendue que Nicolas Sarkozy et George Bush ont examiné le dossier libanais à Washington ces dernières 24 heures. La France essaie d’arracher aux États-Unis un engagement d’éviter au Liban une confrontation généralisée aux conséquences incalculables. Elle propose soit la poursuite du statu quo, soit un compromis provisoire jusqu’aux élections législatives du printemps 2009. Mais il n’est pas dit que Sarkozy réussira à arracher à son « ami et allié » George Bush une promesse de soustraire le Liban au grand jeu des nations.
Les déclarations et l’activité des émissaires ces prochains jours permettront aux Libanais d’en savoir plus sur l’avenir que leur réserve Paris et Washington.

Presse libanaise

AS-SAFIR (QUOTIDIEN PROCHE DE L’OPPOSITION)
Le président français Nicolas Sarkozy réussira-t-il à « arracher » à George Bush une entente inter-libanaise ? Un émissaire présidentiel français est attendu à Beyrouth dans les prochains jours, alors que la Ligue arabe examine la possibilité de dépêcher une délégation ministérielle. En attendant le communiqué final franco-américain au sujet du Liban, la scène locale reste balayée par des vents positifs nés de la rencontre entre le président syrien Bachar el-Assad et les deux émissaires de Nicolas Sarkozy. Dans ce contexte, il semble désormais sûr que la séance du 12 novembre sera reportée.

AL-AKHBAR (QUOTIDIEN PROCHE DE L’OPPOSITION)
Le destin du Liban se trouve entre les mains de Nicolas Sarkozy et George Bush. Un émissaire présidentiel français va être dépêché au Liban pour suivre les développements relatifs à la présidentielle, alors que le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, est attendu à Beyrouth après une visite à Riyad et Damas.

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions arabe, anglaise et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise et arabe.