eo. Dans la soirée du 18 octobre sur la Place Mozart à Salzbourg : des hommes et des femmes, en habits de cérémonie, se hâtent vers l’ancienne résidence, décorée de banderoles et de fleurs. Une fanfare joue et Claus Biegert, cofondateur du « Nuclear-Free Future Award » salue, sous le patronage du gouvernement du Land de Salzbourg, les invités, environ 400, dans la salle Carabinieri de l’ancienne résidence.
Ce prix est remis depuis 1998 aux personnes qui s’engagent de manière exemplaire pour un avenir sans armes nucléaires et sans électricité provenant de centrales nucléaires. Le prix est décerné dans trois catégories : « Résistance », « Information » et « Solutions ». Cette année, le prix de « Nuclear-Free Future Award » dans la catégorie « Information » a été accordé au professeur Siegwart-Horst Günther. Le cinéaste et journaliste Frieder Wagner a prononcé le panégyrique. Avec des mots touchants, il a décrit les mérites et le travail au Proche-Orient de ce médecin, qui est là-bas populaire comme aucun autre scientifique.
Après la guerre du Golfe en 1991, le professeur Günther était le premier à reconnaître que dans cette guerre, les alliés ont – en se servant de projectiles à l’uranium – utilisé une munition qui rend les hommes gravement malades encore longtemps après leur utilisation.
C’est pourquoi, dans son discours de remerciements, le professeur Günther a déclaré : « Lorsque j’ai […] découvert que les alliés avaient employé de la munition à l’uranium, avec toutes les conséquences effroyables qui en résultent, j’étais profondément indigné de cette monstruosité. Une guerre est en elle-même déjà une chose terrible, pourtant l’emploi de cette munition et de bombes à l’uranium appauvri [qui a une demi-vie de 4,5 milliards d’années et qui transforme le code génétique de l’être humain] est un crime de guerre méprisant aussi bien le genre humain que l’environnement. »
Les invités dans la salle de l’ancienne résidence de Salzbourg ont honoré ce soir-là le professeur Günther de longs applaudissements. Les autres lauréats étaient dans la catégorie « Résistance » : Charmeine White Face et les défenseurs des Black Hills (USA) ; dans la catégorie « Solutions » : Tadatoshi Akiba et les Maires pour la Paix (Japon). Freda ­Meissner-Blau, la grande dame des Verts autrichiens a obtenu pour son combat contre l’industrie nucléaire un prix pour l’œuvre de sa vie, de même que le professeur Armin Weiss (Allemagne), sans qui le mouvement anti-nucléaire aurait été en détresse.

Discours de remerciements prononcé par le professeur Günther

Mesdames et Messieurs les ministres du gouvernement salzbourgeois,
Mesdames et Messieurs les lauréats,
Mesdames, Messieurs,

Je me réjouis beaucoup de cette distinction et remercie particulièrement les membres du jury qui m’ont choisi pour l’attribution du « Nuclear-Free Future Award » décerné dans sa dixième année. C’est un grand honneur pour moi.
Et je me réjouis particulièrement du fait que je puisse recevoir cet honneur dans la ville merveilleuse de Salzbourg. Losque j’ai découvert après la première guerre du Golfe en 1991 que les alliés avaient employé dans ce conflit de la munition à l’uranium, avec toutes les conséquences effroyables qui en résultent, j’ai été profondément indigné de cette monstruosité. Une guerre est en elle-même déjà une chose terrible, pourtant l’emploi de cette munition et de bombes à l’uranium appauvri est un crime de guerre méprisant aussi bien le genre humain que l’environnement.
Vous savez peut-être que mes rencontres avec Albert Schweitzer m’ont profondément marqué. Son credo « respect de la vie » est devenu également ma devise en tant que médecin et être humain. Je vous remercie. •

Laudatio prononcée par Frieder Wagner

Mesdames et Messieurs les lauréats,
Mesdames, Messieurs,
Cher professeur Günther –
mon cher vieil ami

Le professeur Günther, Mesdames et Messieurs, n’est pas seulement un whistleblower [terme désignant une personne qui révèle des vérités dissimulées], éclaireur ou avertisseur. Il a depuis plus d’un demi-siècle porté secours à des êtres souffrants : en tant que médecin, en tant que pacifiste engagé et en tant qu’organisateur de solidarité et d’aide humanitaire.
Moi-même, j’ai fait la connaissance de cet homme grandiose en février 2002.
A ce moment, je lui ai rendu visite à St. Peter-Ording parce que je voulais réaliser un film pour la télévision sur des whistleblowers, c’est-à-dire sur des personnes qui malgré la résistance d’institutions et de gouvernements rapportent et informent sur des dangers relatifs à l’homme et à l’environnement et ne se laissent détourner de leur objectif ou intimider par personne.
Déjà après notre première rencontre, je savais ce que le professeur Günther avait accompli en ce qui concerne l’information sur la munition à l’uranium et sur les conséquences terribles qui en résultent. Il m’avait montré des photos de nouveaux-nés avec des déformations horribles et m’avait expliqué que les pères de ces enfants avaient tous participé en 1991 aux durs combats de chars dans le sud de Bassora durant lequel les alliés avaient utilisé des tonnes de projectiles à l’uranium.

La monstruosité découverte par le professeur Günther lui a apporté beaucoup de contrariétés, particulièrement en Allemagne où il a été dans les années 90 vraiment discrédité et poursuivi. Par contre, j’ai pu m’apercevoir de la popularité dont il jouit à l’étranger, en particulier au Proche-Orient, pendant le tournage avec lui.
Déjà à l’aéroport d’Amman, où tous les passagers doivent attendre pour obtenir le visa nécessaire, on lui a fait signe poliment et respectueusement afin qu’il sorte de la queue, on l’a accompagné à une petite table, on lui a offert une chaise et on lui a apporté du thé et des biscuits, tandis que nous, les communs des mortels, nous devions faire la queue pendant presqu’une heure avant d’obtenir notre visa. Pendant ce temps, un douanier prévenant avait déjà en vitesse pourvu le passeport du professeur Günther du visa nécessaire.
Plus tard, en Irak, à l’hôpital pour enfants de Bagdad, le directeur a accueilli le professeur Günther en l’enlaçant comme un vieil ami et il pouvait à peine retenir ses larmes de joie et d’émotion en le revoyant de manière inattendue. Plus tard, lors d’une visite dans cet hôpital durant laquelle nous voulions tourner pour la télévision, nous avons vécu une petite surprise. Le directeur de l’hôpital n’avait pas le temps de nous accompagner et avait mis à notre disposition un médecin assistant âgé de 28 ans. Ce jeune médecin nous racontait fièrement qu’il avait appris lors de sa formation qu’en 1991 un médecin âgé d’Allemagne s’était trouvé dans cet hôpital et avait déjà, en ce temps-là, informé ses autres collègues sur les conséquences effrayantes de la munition à l’uranium. Le professeur Günther a écouté cette histoire en souriant et s’est bien amusé après en constatant que ce jeune assistant n’avait pas remarqué que « ce médecin âgé d’Allemagne » dont il parlait si fièrement était le professeur Günther lui-même.
A cette époque, en 1991, Mesdames et Messieurs, le professeur Günther avait presque 67 ans, c’est-à-dire un âge où d’autres profitent déjà de leur retraite dûment méritée. Ce n’est pas le cas de ce médecin travaillant sans trêve.

Il a commencé alors à rendre public ce crime de guerre qu’est la munition à l’uranium, encore peu connu à ce moment et qui menace toute l’humanité. Une vérité désagréable que les alliés ont essayé systématiquement de nier et de passer sous silence – en partie jusqu’à ce jour.
Lorsque nous sommes arrivés à fin septembre 2003 en Irak, l’ONU et presque tous les membres des ambassades occidentales avaient depuis longtemps quitté le pays à cause de sa situation instable. Alors, au cours d’un long trajet en voiture pour notre tournage dans le pays, j’ai demandé au professeur Günther – je crois que c’était pendant le trajet de Bagdad à Bassora – pourquoi il acceptait à cet âge avancé (il avait maintenant 79 ans) de refaire un voyage si pénible et pas non plus sans risques en Irak ? Et que m’a-t-il répondu ? Alors, il a déclaré placidement et presque sereinement : « Vous savez, mon jeune ami, je suis médecin et suis lié par mon serment d’Hippocrate, et ce serment d’aider ne connaît pas d’âge ! »
Cela, Mesdames et Messieurs, était une réponse typique du professeur Günther et elle caractérise cet homme merveilleux. C’est pourquoi, je suis très heureux que le jury ait décidé de décerner cette année le « Nuclear-Free Future Award » dans la catégorie « Information » à cet homme. C’était une décision bonne et intelligente.
Je vous remercie. •

Source
Horizons et débats (Suisse)