Tendances et événements au Proche-Orient

Un nouveau paysage se dessine en Palestine et ses principales caractéristiques sont les suivantes : une nouvelle génération de résistants est en train de voir le jour, tandis que s’effondrent les promesses illusoires d’une restitution des droits spoliés à travers le seul processus de négociations, lesquelles achoppent depuis plus de 15 ans sur les questions clé du conflit (Jérusalem, Colonisation, réfugiés, frontières et eaux).
Les colonies et les bases militaires israéliennes ainsi que les unités engagées dans des incursions à Gaza sont systématiquement la cible des tirs de roquettes de la Résistance palestinienne. En parallèle, la position d’Israël dans les négociations avec l’Autorité est claire : pas question de faire la moindre promesse et encore moins de présenter des concessions significatives sur les dossiers clé. La coopération sécuritaire entre l’Autorité et Israël doit primer sur toute autre discussion politique. Il est demandé à Mahmoud Abbas et à son Premier ministre Salam Fayyad de s’engager pleinement et résolument dans la chasse aux mouvements de résistance. Pendant ce temps, la corruption bat son plein dans les institutions de l’Autorité, menaçant ainsi de dilapidation les efforts des États-uniens qui espèrent tenir l’Autorité à travers l’aide financière et technique. Mais celle-ci finit dans les poches de quelques personnalités influentes qui n’en font profiter qu’une infime minorité.
L’heureuse nouvelle que les Palestiniens ont reçue mercredi en enterrant les morts des agressions israéliennes des heures précédentes, est la démission du maire de la colonie de Siderot en signe de protestation contre l’incapacité de l’armée et des pouvoirs publics de protéger sa commune des roquettes palestiniennes. Les résistants continuent leur harcèlement malgré la poursuite du blocus implacable qui prend en otage plus d’un million de civils au vu et au su du monde entier qui ne lève pas le petit doigt. Entre-temps, les indices sur une prochaine reprise du dialogue inter-palestinien se multiplient.

Presse et agences internationales

• Les Palestiniens ont, en vain, demandé à Israël de stopper la colonisation à la relance mercredi des négociations de paix avec pour objectif de parvenir à un accord définitif avant la fin 2008. Cette première séance de discussions, qui inaugure un long cycle de rencontres à venir, doit être suivie d’une prochaine réunion après la conférence des donateurs, prévue le 17 décembre à Paris.
Les délégations israélienne, présidée par la ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni, et palestinienne, conduite par l’ancien Premier ministre Ahmad Qoreï, se sont rencontrées pendant un peu plus de deux heures dans un grand hôtel de Jérusalem.
Les entretiens ont essentiellement porté sur la question de la colonisation en Cisjordanie, notamment la récente décision israélienne de lancer un appel d’offres pour la construction de 307 logements dans la colonie de Jabal Abou Ghneim, en arabe près de Jérusalem-est occupée.
« Nous avons demandé un arrêt total de la colonisation sans exception, y compris celle liée à la croissance naturelle. Cela représente une pierre d’achoppement sur le chemin d’un accord pour une paix réelle », a affirmé M. Qoreï dans un communiqué. « Nous avons demandé aux Israéliens de revenir sur la décision de construire des logements et d’appliquer strictement la première phase de la Feuille de route qui mentionne clairement un arrêt total de la colonisation », a-t-il poursuivi.
De son côté, Saëb Erakat, un négociateur palestinien, a indiqué que l’Autorité palestinienne avait décidé « de demander à l’administration américaine, en tant qu’arbitre, de faire pression sur Israël » pour qu’il stoppe son projet de Jabal Abou Ghneim.
Un haut responsable israélien a confirmé que la colonisation avait été au centre de la rencontre. Selon lui, Mme Livni a demandé aux Palestiniens de « travailler plus intensément sur les questions sécuritaires à Gaza mais aussi en Cisjordanie, où la semaine dernière trois policiers ont été arrêtés, accusés de vouloir tuer un Israélien ».
Les négociations de paix doivent traiter des questions clés du conflit : tracé des frontières, statut de Jérusalem, les colonies juives de Cisjordanie et le sort des réfugiés palestiniens de 1948.
Le mouvement Hamas a condamné ces négociations dans un communiqué. « Le Hamas dénonce la persistance de l’Autorité palestinienne à vouloir négocier avec l’occupant au moment où ses crimes et la colonisation, en particulier à Jérusalem, se poursuivent ».

• Le chef d’état-major de l’armée israélienne a déclaré que les raids quotidiens contre les résistants palestiniens de la Bande de Gaza avaient un impact mais que la probabilité d’une offensive militaire de grande ampleur se renforçait. « Nous opérons quotidiennement à Gaza. Cela réduit la menace terrestre et les tirs de roquette, mais ça ne les stoppe pas », a dit le général Gabi Ashkenazi lors d’un colloque consacré aux questions de sécurité à Tel-Aviv. « Nous finirons au stade où nous devrons mener une grosse opération », a-t-il ajouté.
Des chars et des blindés israéliens ont pénétré mardi à l’intérieur de la bande de Gaza, où cinq résistants ont été tués dans les affrontements qui ont suivi.
Il s’agissait, selon des habitants, de l’incursion la plus importante depuis le retrait israélien du territoire en septembre 2005.

NEW YORK TIMES (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
Depuis la publication du rapport des agences US du renseignement sur l’Iran, les démocrates et d’autres milieux politiques ont accentué leurs critiques contre le président George Bush, l’accusant d’amplifier la menace nucléaire iranienne. Même si ces critiques sont justifiées, elles ne répondent pas à la question suivante : Que faut-il faire maintenant ? Les États-Unis ne peuvent pas ignorer l’Iran. Certes, Téhéran a peut-être stoppé son programme nucléaire militaire, mais il continue d’enrichir l’uranium en l’absence d’un accord fixant des limites à ce processus. De plus, l’Iran ne trouve dans une position confortable pour entraver ou, au contraire, faciliter les projets des États-Unis en Irak et au Moyen-Orient.
Depuis la mort de l’Ayatollah Khomeiny, en 1989, les États-Unis ont adopté à l’égard de l’Iran une politique qui ne servait pas leurs intérêts. La situation ne s’améliorera guère si Washington continue à ne pas vouloir respecter les intérêts légitimes de l’Iran et refuser une politique de normalisation progressive avec Téhéran. La véritable leçon qu’il faudra tirer à long terme du rapport des agences c’est qu’une réévaluation globale de notre politique vis-à-vis de l’Iran s’impose.

AL-BAYAN (QUOTIDIEN QATARI)
Le spectre des assassinats plane de nouveau sur le Liban avec la reprise des attentats. Cette fois, c’est le général François el-Hage, directeur des opérations de l’Armée libanaise, qui a été visé. Le choix du lieu de l’attentat, près du ministère de la Défense, est significatif, de même que le timing de l’assassinat. Ils portent de nombreux messages dangereux. La situation fragile et précaire au Liban aide les auteurs du crime à faire parvenir plus rapidement leurs messages. Comme si la crise de l’échéance présidentielle ne constitue pas un fardeau assez lourd pour le Liban.

• Dans un article publié dans la presse arabe, Vladimir Sadavoï affirme que la crise au sein de l’Union européenne se complique à cause des relations entre les pays européens et la Russie. Des États européens essentiels comme l’Allemagne, la Hollande, l’Italie, l’Espagne ou la France, estiment que ces relations sont plus importantes que les rapports avec certains pays de l’Union. Les crises s’amplifient entre la Russie et les Européens et de petits pays d’Europe continuent leurs provocations contre Moscou pour gagner les faveurs des États-Unis. Mais les grands États sont pris entre le marteau de leurs intérêts avec la Russie et l’enclume des pressions US. Globalement, la situation semble plus favorable à la Russie qui a moins besoin des Européens qu’eux ont besoin d’elle, notamment dans le domaine de l’énergie. Rien n’oblige la Russie à présenter la moindre concession où à accepter n’importe quelle condition. Par contre, les Européens sont invités à définir où se trouvent leurs intérêts.

• Le président russe Vladimir Poutine a décidé de suspendre la participation de son pays au traité qui limite le déploiement des forces conventionnelles à l’ouest de l’Oural. Il entend ainsi protester contre le fait que les États-Unis et d’autres pays de l’Otan n’ont pas ratifié la version révisée du traité. Le ministère des Affaires étrangères a annoncé que Moscou avait cessé d’envoyer des informations aux autres pays signataires du traité et ne recevait plus d’inspecteurs étrangers. « Dans le même temps, nous n’avons aucun plan, dans les circonstances actuelles, en vue d’un déploiement massif de forces à la frontière avec nos voisins », a ajouté le ministère dans un communiqué. L’agence russe Interfax cite une source militaire anonyme selon laquelle des troupes ont été envoyées dans deux Républiques du sud de la Russie. Les responsables du ministère de la Défense ont refusé de commenter cette information. L’Otan a réagi en affirmant que ces membres regrettaient profondément ce geste. Dans un communiqué, l’organisation du traité de l’Atlantique-Nord assure que ses États-membres continueront à respecter le traité, tout en réaffirmant « leur droit à prendre toute mesure prévue par le Traité et le droit international ». La Russie est « prête à poursuivre un dialogue visant à obtenir des résultats » pendant la suspension de sa participation au traité, a ajouté le ministère des Affaires étrangères. Signé en 1990 sous l’ère soviétique, le CFE a été ratifié par la Russie dans sa version révisée en 2004. Mais les Etats-Unis et d’autres pays de l’Otan ne l’ont pas fait, arguant que Moscou devrait d’abord retirer ses troupes de Géorgie et de Transdniestrie, petite région indépendantiste de Moldavie.

TECHRINE (QUOTIDIEN SYRIEN)
- Ezzeddine Darwiche
Les changements interviennent à un rythme accéléré dans la région. On peut les observer avec facilité, se baser dessus, revenir à la période antérieure pour tirer les leçons qui s’imposent. Concernant les dossiers les plus brûlants, c’est-à-dire ceux d’Irak, de Palestine et du Liban, on peut dire que les choses sont revenus à la case départ. La Syrie, on le sait, est restée attachée à ses constantes, appelant l’administration états-unienne au dialogue plutôt qu’à la politique agressive du bâton. Elle l’a invité au pragmatisme plutôt qu’à l’improvisation, concernant toutes les questions de la région. Damas a dit à voix haute : « L’occupation est la cause de tous les problèmes en Irak, et il ne peut y avoir de paix et de stabilité véritables sans un retrait israélien de tous les territoires occupés. Il a dit aussi que l’entente entre les Libanais est la base du règlement de la crise au Liban ».

LE MONDE (QUOTIDIEN FRANÇAIS, SOCIAL DEMOCRATE)
• Au second jour de sa visite officielle controversée en France, Mouammar Khadafi a ouvert une polémique avec l’Élysée. Il a déclaré à France 2 ne pas avoir évoqué les Droits de l’homme lors de son entretien avec Nicolas Sarkozy, alors que celui-ci avait publiquement déclaré le contraire, puis il a critiqué à l’Unesco ceux qui parlent de Droits de l’homme mais ne font pas bénéficier leurs immigrés, enfin il a dénoncé l’internationalisation du conflit du Darfour où la France est en pointe.
• Les « majors » hésitent à investir dans les hydrocarbures iraniens à la fois en raison des pressions US et parce que les offres qui leur sont faites sont uniquement des contrats buy-back sans droit d’accès direct aux ressources. L’Iran, qui ne dispose pas des technologies adéquates, notamment en matière de liquéfaction du gaz, sous-exploite ses énormes réserves. C’est pourquoi il se tourne vers la Chine avec laquelle il vient de signer un contrat de 2 milliards de dollars pour développer le champ pétrolier de Yadavaran.

LE FIGARO (QUOTIDIEN FRANÇAIS, MAJORITE PRESIDENTIELLE)
• La mise en place hier d’un comité israélo-palestinien de pilotage des négociations, coprésidé par Livni et Qorei, est un gage de sérieux d’application des résolutions d’Annapolis. Neuf équipes d’experts de chaque bord ont été constituées. Elles travailleront sur les questions clés du conflit : tracé des frontières, statut de Jérusalem, sort des colonies juives et droit au retour de 4,1 millions de réfugiés palestiniens.
• Pour une fois, le dernier attentat meurtrier à Beyrouth n’a pas touché une personnalité anti-syrienne, mais un proche de Michel Aoun, le général François el-Hage. Du coup, la tonalité des réactions est moins virulente envers la Syrie et ses alliés au Liban.
Cependant l’attentat s’inscrit encore dans le rapport de force entre la Syrie et l’Iran d’un côté, les États-Unis et leurs alliés de l’autre, « l’Iran ne souhaite pas faire de concession majeure au Liban tant qu’elle n’a pas obtenu un geste substantiel sur le dossier du nucléaire. La Syrie participe à cette logique et cherche quant à elle à maximiser ses gains. », commente un analyste.

LIBERATION (QUOTIDIEN FRANÇAIS, OPPOSITION)
• Au troisième jour du séjour parisien du colonel Kadhafi, Nicolas Sarkozy compte les heures avant son départ en redoutant d’autres dérapages. Le second et dernier entretien à l’Élysée a été consacré au projet d’Union méditerranéenne. Il a été suivi d’une rencontre avec les chefs d’entreprise. Khadafi leur a expliqué sans détour que la normalisation des relations politiques avec la France avait pour contrepartie la signature de contrats et des marchés ouverts pour les entreprises françaises. Un bel hommage à la diplomatie du carnet de chèque de Nicolas Sarkozy. L’interminable visite du « Guide » aux caprices de star et aux déclarations délirantes s’est poursuivie avec une virée en bateau sur la Seine. Fait rarissime, les ponts de la capitale avaient été fermés aux piétons pour agrémenter sa balade, soulevant les protestations du maire de Paris.
• Me Ashraf Ahmed Gomma el Hagoug, président d’Avocats sans frontières, a déposé à Paris une plainte pour torture contre Mouammar Khadafi au nom du médecin bulgare détenu huit ans en Libye. Cette démarche symbolique a peu de chances d’aboutir compte tenu de l’immunité dont disposent les chefs d’État.
• L’assassinat du général François el-Hage à Beyrouth rappelle par son mode opératoire ceux de Rafic Hariri et Gibran Tueni. « Cet acte criminel et terroriste est lié au soutien apporté par la majorité parlementaire [antisyrienne, ndlr] à la [candidature] du chef de l’armée à la présidence », a commenté le vice-président du Parlement et député de cette majorité, Farid Makari. Selon le quotidien Al-Hayat, le président syrien, Bachar al-Assad, avait promis à Nicolas Sarkozy que le prochain président libanais serait élu mardi. Il n’y a toujours pas eu de scrutin, mais un nouvel assassinat.

LE NOUVEL OBSERVATEUR (HEBDOMADAIRE FRANÇAIS)
- Entretien avec Nicolas Sarkozy, président de la République française
« On m’a reproché d’avoir téléphoné à Bachar el-Assad. Mais c’était nécessaire car comment sauver l’espérance d’avoir un président de consensus à Beyrouth et convaincre les Syriens de laisser le Liban tranquille si on ne leur parle pas ? J’ai la conviction que la France doit parler avec tout le monde en tenant fermement le discours des valeurs qui sont les siennes. J’ai certes beaucoup hésité avant d’appeler Bachar el-Assad. Je l’ai appelé deux fois et lui ai envoyé mes plus proches collaborateurs, Claude Guéant et Jean-David Levitte. Bien sûr, la Syrie n’est pas un régime démocratique mais s’il y a une élection de consensus au Liban, si les assassinats s’arrêtent et si la Syrie n’entrave pas l’action du Tribunal international, alors je suis prêt à aller à Damas. Tout le monde est d’accord pour dire que ce que font les Iraniens n’a pas d’explication civile. Le seul débat, c’est de savoir s’ils parviendront dans un an ou dans cinq ans à une capacité militaire. Je n’ai jamais été pour la guerre. Le problème pour nous, ce n’est pas tant le risque que les Américains se lancent dans une intervention militaire mais que les Israéliens considèrent que leur sécurité est vraiment menacée. Le danger d’une guerre existe. Si l’Iran laisse l’AEIA faire ses contrôles, je serais prêt à venir à Téhéran et examiner une collaboration sur le nucléaire civil. J’ai la confiance des Israéliens et des Américains sur cette question. Les Américains ne sont pas, là, des va-t-en-guerre. »

LE SOIR (QUOTIDIEN BELGE)
D’ici quelques jours, Rosatom, l’agence russe de l’énergie atomique, pourrait commencer à livrer à l’Iran les combustibles pour sa première centrale nucléaire civile à Bouchehr. Le premier envoi comprendra 67 assemblages avec un uranium enrichi à 1,6%, 69 assemblages avec un uranium enrichi à 2,4% et 44 assemblages avec un uranium enrichi à 3,62%. Des pourcentages bien inférieurs au seuil de 20% au-dessus duquel l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) impose des contrôles renforcés, car il ne s’agit plus d’uranium faiblement enrichi. Les observateurs de l’AIEA, qui ont récemment scellé les conteneurs, doivent contrôler leur transport.

• La Chambre US des Représentants a posé mercredi des conditions à la mise en œuvre en Europe du plan de défense antimissile de l’administration Bush. Ces conditions font partie d’un projet de loi autorisant des dépenses supplémentaires pour les guerres en Irak et en Afghanistan. Approuvé à la Chambre par 370 voix contre 49, ce projet de loi pourrait être voté prochainement par le Sénat avant d’être soumis au président George Bush. Les élus ont supprimé ou adouci certaines dispositions auxquelles Bush avait fait objection, notamment une mesure non militaire de renforcement aux États-Unis de la protection contre les crimes haineux.
Le texte stipule qu’avant que le projet soit lancé, la Pologne et la République tchèque doivent donner leur « approbation définitive » à tout accord négocié d’implantation de bouclier antimissile sur leur territoire. Il interdit aussi toute dépense consacrée à ce bouclier antimissile tant que le secrétaire à la Défense n’aura pas garanti auprès du Congrès que le système fonctionnera effectivement. Et il réclame une étude indépendante sur le plan et sur ses alternatives.
Ces nouvelles conditions ont été ajoutées au projet de loi autorisant des programmes du Pentagone d’un coût de 506,9 milliards de dollars au cours de l’année fiscale 2008 qui a débuté le 1er octobre. Le texte autorise la dépense de 189,4 milliards de dollars supplémentaires pour les guerres en Irak et en Afghanistan, mais le Congrès doit encore adopter un projet de loi supplémentaire pour que cet argent puisse être débloqué.
La Maison-Blanche veut déployer un bouclier antimissile pour contrer une éventuelle menace d’États tels que l’Iran, qualifiés de « voyous », même si un rapport des services de renseignement publié la semaine dernière estime que l’Iran ne cherche plus à se doter de l’arme nucléaire.
La Russie, qui conteste depuis longtemps le caractère dangereux prêté par l’administration Bush au régime iranien, considère le projet de bouclier antimissile en Europe comme une menace pour sa propre sécurité.
Les radars du système doivent être installés en République tchèque et les rampes de lancement de 10 missiles intercepteurs doivent être construites en Pologne.
Le Congrès a déjà refusé de financer la construction du site en Pologne au cours de l’année fiscale 2008, mais les élus pourraient envisager de revenir sur cette décision.
Toutefois, le feu vert pourrait devenir plus difficile à obtenir en Europe maintenant que la menace iranienne est mise en question. La Pologne a maintenant un nouveau Premier ministre qui a accepté d’ouvrir des discussions sur le bouclier antimissile avec la Russie ainsi qu’avec les États-Unis.

• George Bush a nommé mardi James Glassman sous-secrétaire d’État à la diplomatie publique, un véritable « directeur de la communication » chargé de promouvoir l’image des États-Unis dans le monde. James Glassman, dont la nomination doit être approuvée par le Sénat, remplace Karen Hughes qui occupait ce poste depuis septembre 2005 et avait annoncé fin octobre sa décision de démissionner. Le nouveau sous-secrétaire d’État, aux idées conservatrices très marquées, est un proche conseiller du président depuis de nombreuses années, lorsque George Bush était encore gouverneur du Texas. Il avait été chargé de sa communication à l’occasion de sa première campagne présidentielle en 2000. Glassman a notamment été éditorialiste au Washington Post et a dirigé le magazine Atlantic Monthly. C’est également un habitué des plateaux de télévision. Bush l’avait nommé cette année à la tête du Broadcasting Board of Governors, un organisme fédéral qui supervise les activités internationales des médias liés au gouvernement états-unien, comme Voice of America, Alhurra et Radio Free Europe/Radio Liberty.

Tendances et événements au Liban

Le Liban reste sous le choc de l’assassinat du directeur des opérations de l’Armée, le général François el-Hajj, l’un des plus hauts gradés maronites du pays, intervenu alors que les différents protagonistes n’arrivent toujours pas à s’entendre sur l’élection à la présidence du commandant en chef de l’Armée, le général Michel Sleimane.
La grande confusion qui règne dans les hautes sphères politiques s’explique par le fait que l’assassinat d’el-Hajj pourrait être lié à la guerre de Nahr al-Bared. L’officier supérieur était en effet un des principaux artisans de l’éradication par l’armée du groupe intégriste sunnite de Fatah al-Islam, retranché dans ce camp palestinien du 20 mai au 2 septembre, avant d’être vaincu. Les enquêteurs privilégient cette piste dans leur investigations, ce qui laisse présager que les États-Unis et l’Europe vont accentuer leurs pressions pour que l’entente sur l’élection du général Sleimane intervienne rapidement, vu la gravité de la situation. Ce qui signifie que la coalition au pouvoir du 14-mars va se résigner à accepter les conditions posées par le chef chrétien de l’opposition, le général Michel Aoun, visant à assurer un véritable partenariat. Le général Aoun était apparu, mercredi, très affecté par la mort du général el-Hajj, considéré comme son candidat à la succession de Sleimane à la tête de l’armée. Et pour la première depuis l’assassinat de Rafic Hariri, en février 2005, les principaux ténors du 14-mars se sont abstenus d’accuser la Syrie du meurtre, comme ils avaient l’habitude de le faire quelques minutes après chaque attentat.
Sur le plan de la crise politique, les informations font état de progrès lents au niveau des contacts entre le 14-mars et l’opposition autour de l’échéance présidentielle. L’opposition pourrait accepter de discuter avec de « nouveaux négociateurs », comme l’a affirmé mercredi le président du Parlement, Nabih Berry, en réaction à la déclaration jugée « calme et modérée » du chef druze Walid Joumblatt.
Les principales observations des dernières 24 heures sont les suivantes :
- 1. Un vaste mouvement de sympathie s’est exprimé autour de l’armée après l’assassinat. De nombreux hommes politiques ont réaffirmé leur attachement à la doctrine de la troupe, incarnée par le général el-Hajj, et basée sur le fait que l’ennemi du Liban est Israël.
- 2. L’opposition reste attachée au principe que l’élection de Michel Sleimane doit être précédée par un accord global, sinon le nouveau mandat sera l’otage des tiraillements politiques.
- 3. Les positions françaises et saoudiennes au sujet des négociations entourant l’échéance présidentielle restent floues, en dépit d’informations en provenance de Riyad et de Paris révélant que des contacts sont en cours avec le chef du 14-mars, Saad Hariri, afin qu’il s’abstienne de convoiter le poste de Premier ministre, comme le réclame Michel Aoun.
- 4. Les menaces du gouvernement de Fouad Siniora d’exercer les prérogatives du président de la République ne sont que des bombes sonores, car le 14-mars sait parfaitement que la réaction de l’opposition à une main basse sur les compétences de la première magistrature, actuellement vacante, sera décisive.
- 5. Apparition de nouvelle équation et rapports de forces au sein du Conseil de sécurité où une première mouture d’un communiqué appuyant sans réserve le gouvernement Siniora, n’a pu être votée. Un texte profondément remanié a finalement été accepté. L’ère où le Conseil de sécurité était un des principaux outils des États-Unis et de ses alliés du 14-mars semble être révolue.
- 6. L’appel du président Nabih Berry au 14-mars à négocier directement avec le général Michel Aoun montre à quel point les rangs de l’opposition sont soudés.

Presse libanaise

AL-AKHBAR (QUOTIDIEN PROCHE DE L’OPPOSITION)
L’assassinat du général François el-Hajj a provoqué un choc aussi bien dans les rangs du 14 mars que de l’opposition. La plupart des réactions, notamment celle de Walid Joumblatt, ont mis l’accent sur la nécessité de conclure rapidement une entente autour de l’élection présidentielle.

AN-NAHAR (QUOTIDIEN PROCHE DU 14-MARS)
L’assassinat de François el-Hajj adresse des messages dans de multiples directions d’un seul coup. Il s’agit du premier attentat dirigé contre un haut gradé de l’armée depuis les vingt attentats ou tentatives d’assassinats qui ont visé, ces deux dernières années, des hommes politiques et des journalistes.

• Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a condamné mercredi l’assassinat du général François el-Hajj, et a appelé au calme et à la retenue au pays du Cèdre. « Le secrétaire général a été scandalisé par ce nouvel attentat terroriste au Liban », a déclaré le porte-parole de Ban Ki-moon. « Le secrétaire général condamne vigoureusement cet acte de violence et de terreur contre les forces armées libanaises, symbole de la souveraineté du Liban », a-t-il ajouté.
Pour sa part, dans une déclaration, le Conseil de sécurité a fait part de sa « ferme condamnation de cette tentative de déstabilisation des institutions libanaises, dans ce cas particulier les forces armées libanaises ». Il a réaffirmé sa condamnation de tous les attentats ciblés au Liban.
Les membres du Conseil ont également souligné « qu’aucune tentative de déstabilisation du Liban ne doit empêcher la tenue sans délai d’une élection présidentielle juste et équitable en conformité avec les règles constitutionnelles libanaises, sans interférence ou influence étrangères, et dans le respect total des institutions démocratiques ».

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions allemande, arabe, anglaise, espagnole et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise, espagnole et arabe.